‹ Cours d'art et d'histoire militairesChapitre 34 sur 37 · VINGTIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

VINGTIÈME LEÇON

Reconnaissance des lieux habités.— Châteaux^ moulins^ fermes, maisons isolées^ villages^ bourgs et villes.

Reconnaissance des bois. — Manière de les occuper. — Moyens d'en déloger Tennemi.

]>es reconnaissances statistiques.

Des espions. — Des prisonniers. — Des cartes, etc.

Conclusion de la première partie.

Les habitations des hommes peuvent être isolées, comme le sont généralement les fermes, les moulins, les châteaux, etc.

Elles peuvent être groupées en petit nombre, comme dans les hameaux et les villages.

Elles peuvent être rassemblées en nombre plus considérable, comme dans les bourgs et les petites villes.

Enfin elles peuvent être agglomérées en grandes masses, comme dans les capitales et les villes de premier ordre.

Par suite la reconnaissance des habitations et des centres de population se divisera en quatre parties, suivant l'importance et la nature du lieu reconnu.

La r* partie comprendra la reconnaissance des habitations isolées.

La V partie, celle des villages et des hameaux.

La 3% celle des bourgs et des petites villes.

Enfin la 4*, celle des grandes villes.

ReconnaissaDce deshabitatloDS isolées.— Les habitations isolées sont des fermes, des châteaux, des moulins, des usines, etc.

Ces habitations joueront un certain rôle dans les opérations, rôle que j'indiquerai dans le cours de 2* année. Et par suite, il y aura souvent lieu de les reconnaître.

La reconnaissance de ces points peut avoir lieu dans deux buts différents :

r Dans le but de les occuper et de les défendre, V Dans le but de les attaquer.

Dans le premier cas, il faut donner les indications suivantes :

r L'emplacement de la ferme, du moulin ou du château est-il en rapport avec le but que Ton se propose ?

T A-t-il un certain commandement sur le terrain qui l'environne ?

3** Trouve-t-on sur les' lieux les matériaux nécessaires pour l'exécution des travaux de défense ?

4** Les abords sont-ils découverts ? La retraite estelle facile ?

5* L'étendue du poste est-elle en rapport avec le nombre d'hommes que l'on doit y mettre?

6** L'es murs sont-ils bons ? Peut-on y percer des créneaux? Présentent-ils des flanquements ?

V Quelle est la forme générale des bâtiments? Comment sont-ils couverts? Quelle est leur nature? Sont-ils en pisé, en briques ou en pierres, etc.?

Les bâtiments en briques sont les meilleurs pour la défense. Le canon les troue sans les ébranler et sans presque produire d'éclats.

Voilà les principales indications à donner dans le cas où Ton reconnaît un poste pour l'occuper.

Dans le cas où la reconnaissance précède une attaque, on s'efforce de distinguer le véritable point d'attaque, ainsi que la route qui doit y conduire. On donne en même temps toutes les indications que l'on peut obtenir sur le site du poste, sur sa construction, sa distribution, son intérieur, ses abords et la force de sa garnison.

Recoiiaissaice des filiales et des hameaux. — Ils se trouvent en grand nombre sur les théâtres d'opérations et sur les champs de bataille. Ils y jouent un rôle important.

Les principaux détails de la reconnaissance d'un village sont les suivants :

r On examine d'abord sa forme.

Les villages affectent quatre formes principales :

Leurs maisons sont éparses, séparées par de grands intervalles ;

•Ou bien elles s'allongent à droite et à gauche d'une grande route.

Ces deux premières formes ne sont pas favorables à la défense.

Les rues peuvent venir aboutir à un centre commun, place ou marché, et toutes les maisons sont alors groupées autour de ce centre, affectant une forme à peu près circulaire.

Enfin il y a une rue principale qui sépare le village en deux parties et un certain nombre de rues secondaires qui viennent s'embrancher à la première, à droite et à gauche et à angle droit. L'ensemble du village affecte une forme à peu près rectangulaire.

Dans ces deux derniers cas, les villages sont vérita-

blement propres à la défense et forment des obstacles avantageux.

Telles sont les formes principales que présentent les villages, et Ton indique tout d'abord celle du village que Ton reconnaît.

2" On étudie ensuite ses abords et ses relations avec le terrain environnant. On indique les routes par lesquelles arrivera l'ennemi, les débouchés que suivront ses colonnes d'attaque, les points où il pourra établir ses batteries, les bois et les haies qui pourraient favoriser ses mouvements. Enfin on examinera le terrain en arrière, c'est-à-dire celui sur lequel doit s'effectuer la retraite.

3° On reconnaît l'intérieur du village et la nature des constructions. Les maisons peuvent être en terre, en pisé, en torchis, en bois, en briques, en moellons, ou en pierres de taille. Elle peuvent être couvertes en paille, en bois, en tuiles, en ardoises ou en zinc.

Les villages qui peuvent être incendiés ne doivent pas être défendus. Quelquefois même il est bon de les détruire d'avance, comme les Russes ont fait pour celui de Semenoffskoë, à la Moscowa.

4° On examine ensuite la direction des différentes rues qui forment entre elles des îles de maisons.

5** Puis on étudie l'organisation d'une enceinte continue, composée de maisons reliées entre elles par des murs, des haies bordées de fossés et autres obstacles. On indique les travaux à faire pour compléter cette enceinte, qui peut être interrompue sur quelques points, interruptions auxquelles il faut suppléer. Autant que possible, dans l'établissement de cette enceinte, on s'attache à obtenir des feux de flanc.

6° Enfin on cherche une place pour y disposer ses

réserves et, u côté, un grand bâtiment, grange, manufacture, auberge, église, mairie, etc., dont on puisse faire un réduit et où se passera le dernier acte de la défense.

Voilà les préoccupations principales d'une reconnaissance précédant l'occupation d'un village.

Si la reconnaissance a pour but l'attaque du village au lieu de la défense, on s'attache alors à déterminer les points d'attaque les plus favorables, et, autant qu'on a pu s'en approcher, on donne les mêmes renseignements que précédemment sur la forme, la nature des constructions, le tracé de l'enceinte, etc.

Dans la défense d'un village, on divise ordinairement les troupes en quatre parties :

La 1", du 1/3 de l'effectif, garnit l'enceinte, formant une chaîne de tirailleurs que l'on renforce sur les points importants.

La 2* partie, du 1/4 environ, forme, en arrière de la première, des pelotons de soutien et des réserves partielles.

La 3* partie forme la réserve générale, aussi du 1/4 environ .

Enfin la 4* partie, à peu près le 1/6, forme la garnison du réduit.

Pour l'attaque, on a généralement une grande supériorité de force. On éteint alors avec ses batteries le feu de l'artillerie ennemie, on cherche à faire brèche à l'enceinte, on menace en même temps les derrières du village, puis on lance ses colonnes. Sur chaque point, il y en a ordinairement trois : une colonne d'attaque, une colonne de soutien et une colonne de réserve.

ReooDDAlsflaDce des bourgs et des petites ?llles. — Les bourgs et les petites villes sont des centres de population plus considérables que les villages. Ils ont plusieurs milliers d'habitants. Ils jouent dans les opérations un rôle important, comme nous le verrons dans le cours de 2* année. On les fortifie, on leur donne une garnison, et ils suppléent aux places fortes. Avant de les occuper, il faut évidemment les reconnaître.

On examine alors leurs relations avec le théâtre dV pérations ; puis leur forme, la nature de leurs constructions, leur population, leur commerce, les ressources qu'ils présentent, les établissements publics, églises, théâtres, mairies, etc., que l'on pourrait transformer en hôpitaux ou en magasins.

Enfin on étudie la manière d'en organiser la défense. On rencontre quelquefois des circonstances favorables, telles que : un mail qui fait le tour de la ville, un fossé, un mur du moyen âge, qui facilitent la construction d'une enceinte continue.

Le terrain des approches est traité comme celui qui environne les places fortes. On le nettoie en abattant les maisons, les bois et tout ce qui pourrait servir d'abri à l'ennemi.

Quelquefois on rencontre des faubourgs qui s'allongent le long des grandes routes. 11 faut en tenir compte, et on peut organiser leur défense, indépendamment de celle du poste. Quand ces faubourgs ne sont pas trop considérables et qu'ils se lient à la ville par une large base, on les enveloppe dans l'enceinte.

Celle-ci doit présenter des flanquements et une hauteur de 7 à 8 met. pour être à l'abri de l'escalade.

Les points importants de cette enceinte sont les portes. Quand elles existent d'avance, elles sont facilesà défendre. Quand elles n'existent pas, il faut y diminuer

la largeur des issues et les couvrir d'un petit petrau» chement.

Dans l'intérieur du poste, on reconnaît les points favorables à la défense et particulièrement le réduit qui doit se trouver en tête de la ligne de retraite.

Tels sont les détails principaux que l'on doit donner dans la reconnaissance des bourgs et des petites villes.

Reconnaissance des grandes villes, — Pour les grandes villes, on indique toujours, comme précédemment, leur forme générale, leur situation, la nature de leurs constructions, leurs principaux édifices, leur population, les ressources de toute espèce que Ton peut en tirer, etc.

On indique encore le rôle qu'elles peuvent jouer dans les opérations et les travaux à exécuter pour les mettre en état de défense.

Enfin l'on donne les mômes détails que dans les reconnaissances précédentes.

Je ne parle ici ni des places fortes ni des forts.

Le cours de fortification présente à ce sujet tous les détails nécessaires. De plus, parmi leurs travaux d'application, les élèves font le plan d'une place forte et établissent un rapport sur cette place. Ils trouvent évidemment dans ce travail l'indication de tous les détails à donner dans la reconnaissance d'un obstacle de cette nature.

Reconnaissance des bois. — Les bois sont importants en stratégie et en tactique. J'indiquerai, dans la 2* partie du Cours, le rôle qu'ils jouent sous ce double rapport.

Il y a souvent lieu de les reconnaître.

La reconnaissance d'un bois porte sur les objets suivants :

l"" Sur ses relations avec le théâtre d'opérations, ou avec le champ de bataille, et par suite sur le rôle qu'il peut jouer dans l'un ou dans l'autre cas;

V Sur son étendue ;

3° Sur son épaisseur;

4° Sur les chemins qui le traversent ;

5"* Sur la nature de ses lisières ;

6** Sur les formes du terrain qu'il occupe ;

7® Sur les clairières qu'il présente ;

8* Sur sa nature.

Sous le rapport de leur nature, les bois peuvent être des taillis ou des futaies.

Les taillis sont des bois qu'on ne laisse élever que jusqu'à une certaine hauteur et que l'on coupe à intervalles réglés en ne laissant qu'une souche. Ces intervalles ne sont pas les mêmes pour les différentes espèces de bois. Ils sont d'autant plus courts que les essences sont plus légères. Généralement ils sont de huit ou neuf ans pour les premières espèces, de douze ans pour les autres. De dix-huit et de vingt ans pour les essences les plus dures.

Les futaies sont des bois dans lesquels on laisse les arbres se développer et dont on coupe un certain nombre, au fur et à mesure qu'ils grandissent, pour donner de Taîr aux autres.

La première coupe se fait généralement au bout de neuf ans. S'il ya, par exemple, 100 arbres par hectare, on en coupe le 1/4, le 1/3 ou la moitié.

Au bout de neuf autres années, on fait une nouvelle coupe dans des proportions analogues, et ainsi de suite

jusqu'à ce que Ton n'ait plus que vingt ou vingt-cinq arbres, auxquels on laisse prendre tout leur développement. Si ce sont des chênes, on les laisse jusqu'à deux cents ans.

Les taillis sont généralement peu élevés, épais et difficiles à pénétrer.

Les futaies sont au contraire hautes et facilement pénétrables.

On termine la reconnaissance d'un bois en indiquant la manière de le défendre ou de l'attaquer.

Les bois se défendent ordinairement avec des tirailleurs d'infanterie que l'on dispose le long de la lisière et dans les endroits les plus touCTus.

On soutient cette ligne de tirailleurs par des réserves partielles, correspondant aux fractions principales et placées sur les communications, dans les clairières, sur les chemins d'exploitation, enfin dans les endroits les plus favorables. Une réserve générale est placée plus en arrière encore et en tête de la ligne de retraite.

Si on a de la cavalerie, on la fait agir en dehors du bois et on l'emploie à menacer les flancs des colonnes de l'ennemi.

Pour l'attaque, on a généralement une supériorité numérique qui compense les désavantages de la position.

On enveloppe les saillants d'une grande quantité de tirailleurs, qui se couvrent de tous les accidents du terrain.

On fait de fausses attaques, afin de détourner l'attention de l'ennemi. On soutient les tirailleurs par de petites colonnes peu éloignées, marchant à une certaine distance les unes des autres, se tenant prêtes à soutenir les parties de la ligne qui seraient ramenées*

On a ensuite, en 3« ligne, des réserves plus considérables qui donnent le coup de collier.

L'artillerie éteint les feux de Tennemi et abat les clôtures.

La cavalerie menace les flancs et les derrières de Tennemi.

L'attaque d'un bois est toujours une opération délicate. Et quand ce bois n'a pas une trop grande étendue, il vaut toujours mieux chercher à le tourner que de l'attaquer de front.

Nous avons terminé tout ce qui est relatif aux reconnaissances spéciales topographiques ayant pour objet un des accidents particuliers que présente le terrain : route, cours d'eau, village, bois, etc.

Pour quelques-uns de ces obstacles, j'ai indiqué les principes généraux qui président à leur attaque ou à leur défense, parce que la connaissance de ces principes peut être très-utile dans leur reconnaissance.

Les reconnaissances topographiques générales, embrassant une vaste surface de terrain , par exemple un champ de bataille, une frontière, un théâtre d'opérations, ne sont autre chose que la réunion d'un certain nombre de reconnaissances particulières, s'appli-* quant aux voies de communication , aux cours d'eau^ aux lieux habités, etc., de la surface reconnue.

Il y a lieu alors de présenter ces diCTérents objets d'une manière méthodique.

Les principes des reconnaissances générales sont évidemment les mêmes que ceux dont nous venons de nous occuper précédemment^

Nous avons donc terminé tout ce qui se rattache aux reconnaissances topographiques i

Reconnaissances statistiines.— Nous avons ensuite les reconnaissances statistiques.

La statistique a pour objet principal de faire connaître :

1® La division d*un territoire ^

2* Son mode d'administration ;

B"" Sa population ;

4° Ses produits;

6» Ses revenus^

6° Ses forces militaires de terre et de mer, etc.

La statistique s'exprime généralement par des chiffres que Ton groupe dans des tableaux de forme différente.

Par exemple , l'agenda d'état-major présente un tableau statistique destiné à faire connaître les ressources que présente un bourg ou un village. Ce sera par des tableaux analogues que l'on fera connaître les divers objets des reconnaissances statistiques.

La première condition que doivent remplir ces reconnaissances est évidemment l'exactitude.

Le plus souvent, elles ont pour objet le logement et les vivres. Dans ce cas, pour être exact, l'officier chargé d'une reconnaissance statistique doit visiter lui-même les maisons et les écuries, et s'assurer de leur contenance ainsi que de leur état. Il doit chercher un endroit pour le magasin à fourrages, un autre pour la forge, un troisième pour l'abreuvoir, etc.

Quant aux vivres, on apprécie les approvisionnements visibles, on recherche ceux qui peuvent être cachés. Qn se procure les mercuriales des marchés pour connaître la valeur des denrées^

Enfin on prend des renseignements auprès des ha-

bitants et des autorités, renseignements que Ton vérifie, autant que possible. Voilà les principes généraux des reconnaissances statistiques.

Nous avons terminé ce qui est relatif aux reconnaissances.

Elles servent, comme je lai dit, à fournir des renseignements militaires, sur le terrain et sur Tennemi, soit aux généraux, soit aux gouvernements.

Mais, indépendamment des reconnaissances, il y a encore d'autres moyens pour obtenir ces renseignements. Ce sont les espions, lès déserteurs, les prisonniers, les guides et les cartes.

L'application et l'emploi de ces moyens rentrent dans la spécialité des officiers d'état-major.

Dans l'armée anglaise en Espagne, le duc de Wellington avait créé une classe d'officiers qu'il appelait officiers de remeignements . C'était une subdivision de son état-major.

Il y a donc lieu de dire quelques mots sur les divers moyens que je viens de signaler : examinons-les successivement.

Des espions.— Les espions sont indispensables en campagne ; on s'en sert, tout en les méprisant. On en trouve ans toutes les classes de la société, mais surtout parmi les colporteurs, les braconniers et les contrebandiers. 11 faut les bien payer pour être bien servi. Souvent les espions sont doubles et servent les deux partis. Ils sont alors dangereux ; mais si on s'aperçoit de leur double rôle, ils peuvent être fort utiles pour tromper Tennemi. En tout cas, Tespionnage est organise par l'état-

major. C'est lui qui reçoit les rapports des espions et qui les confronte avec les renseignements déjà recueillis, afin de les vérifier, autant qu'il est possible.

En 1800, à larmée d'Allemagne, l'adjudant général Claparède était chargé de ce service et du registre des renseignements secrets.

Des désertears. — Les déserteurs sont amenés au quartier général et interrogés. Ordinairement, on leur pose une série de questions relatives à l'emplacement et aux forces de l'ennemi. On doit se méfier de leurs réponses et chercher à les vérifier.

Desprisonniers.— On les interroge également, maison n'ajoute pas une foi complète à leurs réponses. D'abord le soldat et l'officier subalterne ne connaissent que ce qui se passe autour d'eux, dans un rayon peu étendu. De plus, on peut supposer qu'ils chercheront à cacher la vérité.

Des guides. — On prend des guides pour accompagner les colonnes. Ce sont généralement des gardes forestiers, des gardes-chasse, des bergers, des bûcherons, des contrebandiers, etc.. On les paie bien afin de s'assurer de leur fidélité ; mais en même temps si l'on se défie d'eux, on les menace de mort. On les fait alors marcher entre deux hommes chargés de leur brûler la cervelle en cas de trahison. Quand les guides sont à pied, on les attache ; quand ils sont à cheval, on leur donne une mauvaise monture.

<jénéralement c'est encore l'état-major qui cherche et qui interroge les guides.

Des cartes.— C'est l'état-major enfin qui est chargéde la Conservation et de la vérification des cartes^ tant de celles que l'on possède que de celles dont on s'empare.

11 y a deux espèces de cartes :

1 "^ Les cartes générales dont on se sert pour les opérations stratégiques, donnant Tensemble d un théâtre d'opérations et dont l'échelle varie du \ au

2** Les cartes particulières ou plans topographiqpies dont on se sert pour les opérations tactiques, donnant l'ensemble d'un champ de bataille, d'un cantonnement, d'Aimé place, etc. •. dont l'échelle varie du —^ au — /^ - - .

La beauté d'exécution d'une carte répond généralement de son exactitude. Néanmoins avant d'y ajouter une confiance entière, il faut la vérifier.

Les cartes ont une grande importance en campagne.

C'est sur sa carte que le général en chef réunit les divers renseignements fournis par son état-major ; qu'il établit la position de ses corps d'armée et de ceux de l'ennemi, et qu'il étudie les diverses' combinaisons à exécuter.

« Napoléon, dit M. de Chambray, avait toujours avec « lui la carte du pays oh il faisait la guerre. Il en avait (( une dans sa voiture. Un officier de son état-major en « portait une autre quand il était à cheval. Il en faisait « étendre une dans son logement, sur une table ou sur « le plancher.

« 11 indiquait sur cette carte l'emplacement de ses « divisions et la position présumée des divisions de « l'armée ennemie, au moyen d'épingles, dont la tête « était enveloppée de cire de difiFérente couleur, etc. »

Oonolmiioii du cours de l'*" année.-— Nous avons terminé le cours de 1" année.

Je résume rapidement ce que nous y avons vu*

Le cours a été divisé en trois parties ou en trois livres.

Dans le premier livre, nous nous sommes occupés des principes sur lesquels reposent les systèmes militaires modernes, et nous avons vu ensuite comme application, les institutions militaires des principales puissances de l'Europe.

Dans le livre II, nous avons vu la tactique des différentes armes et les principes d'organisation des armées actives, fractions des armées permanentes que l'on en détache pour faire la guerre.

Enfin, dans le livre III, nous venons d'étudier les petites opérations et les reconnaissances, en considérant les unes les autres comme appartenant à l'instruction militaire des armées.

En résumé la première année du cours a été consacrée, comme je l'avais annoncé, à l'étude de la création d'une armée et à sa préparation pour entrer en campagne.

Cette première partie correspond à la première partie du précis historique d'une campagne, ce que l'on peut appeler les préliminaires de la campagne, comprenant :

r L'indication des causes de la guerre;

T L'examen comparatif des ressources et moyens de guerre des puissances belligérantes ;

3° Enfin les détails d'organisation des armées qui vont entrer en opérations.

Terminons le cours de 1" année en jetant un coup d'œil sur les principales conditions que doit remplir une armée active sur le point d'entrer en campagne, et

en même temps sur celles que .doit remplir le général qui la commande :

L'armée doit remplir les conditions suivantes :

1"* Son recrutement aura été tel que Ton trouvera dans ses rangs un certain nombre de vieux soldats ayant déjà l'expérience de la guerre et en même temps des jeunes gens faits, vigoureux, ayant la force physique et l'ardeur qui sont l'apanage de la jeunesse.

2" L'armement et le matériel seront en bon état et à la hauteur des perfectionnements modernes.

3'' La discipline reposera sur des bases solides et sera appropriée au caractère des soldats.

4'' L'instruction des iroupes sera complète. Sur le champ de bataille, elles présenteront à la fois de la solidité et de la mobilité, elles exécuteront bien les feux, elles manœuvreront avec rapidité, fermeté, précision ; elles seront rompues à la marche; elles sauront camper, s'éclairer, se garder, s'approvisionner, etc..

5° Il y aura dans les grandes unités, divisions et corps d'armée, un esprit de corps analogue à celui des régiments.

6° Les cadres en général seront bien composés ainsi que les divers états-majors.

7° L'administration sera en état de pourvoir à tous les besoins des troupes.

S"* Le chiffre de l'armée, son organisation, sa composition seront bien en rapport avec la nature de la guerre et du terrain.

9° Enfin, sous le rapport moral, cette armée sera animée à la fois de constance, de résolution et d'enthousiasme ; elle aura en même temps du fonds et du feu.

Tel est le type d'une bonne armée.

Telle était celle du camp de Boulogne.

Après le tableau de Tarmée, voici le portrait du général qui la commande. J'en emprunte les traits principaux à celui que Tabbé Raynal trace de Maurice de Nassau.

« Un général, dit-il, doit posséder Tart des marches « et des campements comme Montecuculli*;!

« Celui de fortifier les places et de les rendre inex- (( pugnables comme Vauban;

« Celui de faire subsister de nombreuses armées « dans des pays stériles et ruinés, comme le prince « Eugène;

« Celui de savoir dans l'occasion enflammer le cou- « rage du soldat et en tirer plus qu'on a droit d'en at- « tendre, comme Vendôme.

« Il possédera le coup d'oeil qui décide du succès des « batailles comme Condé.

« Le moyen de rendre les troupes insensibles à la « faim, au froid et à la fatigue, comme Charles XII.

« Le secret de ménager la vie des hommes, comme (( Turenne. »

J'ajouterai ace portrait tracé par l'abbé Raynal, qu'un général doit posséder encore le coup d'oeil stratégique de Napoléon, sa résolution et son intelligence des hommes et des choses.

J'ajouterai enfin avec le duc de Rohan, qu'un général doit être heureux, ou du moins qu'il passe pour l'être. Cela donne une grande confiance aux troupes. Au début d'une campagne, un engagement d'avant-

garde, habilement conduit, suffit souvent pour donner cette réputation.

Voilà donc le général en chef et Tarmée.

Dans le cours de seconde année, nous les verrons à l'œuvre.

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