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DIX-NEUVIÈME LEÇON

Reconnaissance des cours d'eaa. '— Des eaui à la sarface de la terfe. — Des sources. — Des ruisseaux,— Des torrents. — Des rivières et des fleuves. — Des canaux. — Des eaux stagnantes^ marais^ lacs^ inondations.

Reconnaissance des positions militaires^ et particulièrement de leurs abords pour rétablissement des avant-'postes.

Nous continuons Tétude des reconnaissances spéciales particulières^ c'est-à-dire de celles qui ont pour but d'examiner et de faire connaître chacun des accidents naturels que présente le terrain.

Nous allons voir dans cette leçon les eaux courantes

et stagnantes, puis les positions militaires.

Des eavz à la sirfaee de la terre.— Les eaux réduites en vapeur dans latmosphère se précipitent sur la terre sous forme de pluie ou de neige.

Une partie de ces eaux, provenant des pluies ou de la fonte des neiges, coule à la surface du sol et se rend directement dans les vallées.

Une autre partie filtre à travers les terrains per^ méables et descend dans l'intérieur de la terre jusqu'à ce qu'elle rencontre une couche qu'elle ne puisse pénétrer. Elle glisse alors sur cette couche, elle en suit les sinuosités et elle vient jaillir sous forme de sources à la surface du sol dans les endroits peu élevés, ou bien si elle ne trouve pas d'écoulement immédiat, elle forme de grands réservoirs intérieurs i

Les eaux qui glissent à la surface de la terre, ou qui pénètrent dans son intérieur pour former les sources, descendent toujours dans les vallées, s'y réunissent et y forment des masses d'eaux courantes ou stagnantes.

Les eaux courantes sont : les ruisseaux, les torrents, les rivières et les fleuves.

Il faut y ajouter les canaux, cours d'eau factices, créés par la main des hommes pour les besoins du commerce et de l'industrie.

Les eaux stagnantes sont des lacs, des étangs, des marais, des tourbières.

11 faut y ajouter les inondations qui diffèrent des marais en ce qu'elles ne sont généralement qu'éventuelles, peu profondes et souvent artificielles.

Telles sont les différentes formes sous lesquelles se présentent les eaux à la surface de la terre. Nous allons les examiner successivement et voir les détails de leur reconnaissance.

Des sources. — On peut avoir à reconnaître une source quand celle-ci est destinée à fournir de l'eau à un camp ou à un bivouac.

Il y a alors deux choses principales à examiner :

V La natare des eaux ; 2<* Leur volume.

La nature ou la qualité des eaux se reconnaît par une analyse sommaire. Leur volume par un jaugeage que l'on fait également au moyen des procédés les plus expéditifs.

On doit indiquer encore dans la reconnaissance d'une source, sa position par rapport à l'emplacement des troupes, la nature de ses abords et les travaux que l'on peut avoir à y exécuter.

Des niiis0aix. — Les ruisseaux sont de petites rivières. Ils proviennent généralement d'une ou plusieurs sources. Ils se grossissent des eaux de pluie.

Ils jouent un rôle dans les opérations militaires. Ils servent d'obstacles, et les hauteurs de droite et degauche qui forment leurs vallées contribuent à rendre plus fortes les positions qu'ils défendent. D'ans la reconnaissance d'un ruisseau, on indique sa direction, sa largeur, sa profondeur, sa vitesse, la nature de ses bords, la largeur de son bassin, les affluents de droite et de gauche, les points de passage qu'il présente, gués, ponts ou points favorables à l'établissement des ponts militaires.

Il faut noter encore les usines ou moulins que le ruisseau met en mouvement, ainsi que les crues auxquelles il est sujet.

On termine en examinant la nature des services qu'il peut rendre, d'après l'ensemble de l'opération que l'on doit exécuter. Par exemple, il peut servir à couvrir le front ou le flanc d'une position, d'un camp, d'un cantonnement, d'une marche, etc..

Dans le cas oh. les troupes doivent utiliser les eaux, il faut en reconnaître la qualité et indiquer en même temps les abreuvoirs de la cavalerie.

Des tonents. — Les torrents sont les ruisseaux des pays de montagnes.

Ils sont alimentés par des sources et surtout par la fonte des neiges.

La reconnaissance des torrents porte sur les mômes objets que celle des ruisseaux. Cependant on examine particulièrement la nature du fond sur lequel ils roulent, ainsi que les époques de leurs crues.

Ces époques sont généralement périodiques et correspondent à la fonte des neiges.

Enfin on indique le rôle qu'ils peuvent jouqp dans les opérations.

Dm rivières. -— Les rivières sont formées par la réu* nîon de sources et de ruisseaux fournissant un volume d*eau assez considérable.

Les fleuves sont formés par ta réunion de plusieurs rîviëres, et Ton fait généralement remonter le nom du fleuve jusqu'à la source la plus importante.

Les détails de la reconnaissance d'une rivière ou d'un fleuve étant les mêmes, je les réunis dans un même paragraphe.

On doit indiquer :

1» Le nom du cours d'eau ;

2<* Sa division en bassins;

5* Sa direction ;

ï*» La nature de son lit;

5* Sa vitesse;

6<* Son volume;

70 Ses affluents;

8^ Les accidents de son cours : tles^ moulins, usines, etc ;

9*» Sa navigation ;

lOo Les points de passage qu'il présente; li« Enfin les détails de son embouchure.

Examinons successivement ces diverses parties de la reconnaissance d'un cours d'eau.

Le premier détail à donner se rapporte au nom du cours d'eau.

Ce nom peut être le même depuis la source jusqn a Tembouchure, comme pour la Seine,

Ou bien il peut être formé par la réunion des noms de plusieurs ruisseaux qui forment eux-mêmes la ri-

vière ou le fleuve. Ainsi la Dordogne^ formée par la réunion de la Dor et de la Dogne.

Quelquefois encore, une rivière change de nom sur plusieurs points de son cours. C'est ce qui a lieu en Afrique , où certains cours d'eau changent de nom suivant le territoire des tribus qu'ils traversent.

On indique ensuite la division du cours du fleuve ou de la rivière, qui présente ordinairement plusieurs bassins partiels, généralement trois :

1* Le cours supérieur ou le bassin supérieur, qui se trouve dans les parties montagneuses etvers les sources, comme le Rhin jusqu'à Bâle , le Danube jusqu'à Ulm, etc.,

2* Le cours moyen qui se trouve dans les parties de plaines, comme le Rhin de Bâle à Wesel, le Danube d'UlmàWiddîn.

3° Enfin le cours inférieur qui se trouve dans les parties basses vers Tembouchure, comme le Rhin de Wesel à la mer du Nord, le Danube de Widdin à la mer Noire.

Puis on indique la direction générale du cours d'eau et ses diverses inflexions.

Cette indication est importante puisque le rôle dos cours d'eau dépend en grande partie de leur direction.

Perpendiculaires à la marche des armées, ils servent de lignes de défense; parallèles, ils servent comm e moyens de transport et, en môme temps, l'armée qui possède les moyens de passage se porte d'une rive à l'autre en se couvrant du cours d*eau suivant les circonstances.

On examine ensuite le lit du cours d'eau, c'est-àdire le terrain sur lequel il coule.

Ce terrain peut être du sable, du calcaire, des rochers, etc.*.

Il peut présenter des hauts fonds qui amèneront des brisans, des rétrécissements comme les Portes de fer sur le Danube, des barres à l'embouchure, enfin des rapides, des chutes ou des cataractes, comme sur le Rhin, le Nil et le Niagara.

On note la pente du cours d*eau ou plutôt sa vitesse.

Il est difficile d'obtenir la pente exacte. C'est un travail de nivellement que ne comporte pas une reconnaissance, mais il est facile de trouver la vitesse au moyen d'une baguette lestée que Ton fait descendre dans le courant. On voit quel temps elle met à parcourir un espace déterminé. On en conclut la vitesse du cours d'eau.

La vitesse moyenne de la Seine varie de 0",50 à 0*,80 par seconde.

De la vitesse du cours d*eau, on déduit le volume de ses eaux, en faisant une section transversale au moyen de sondages et en multipliant par la vitesse.

Ce volume est variable et l'on signale le point des basses eaux et celui des hautes eaux.

Ces points correspondent aux crues qui sont généralement périodiques et qui correspondent ellesmêmes soit aux époques de pluie, soit aux époques de chaleur amenant la fonte des neiges.

Si les troupes doivent utiliser les eaux pour les boire, on les analyse pour en reconnaître la qualité.

On signale ensuite les divers accidents que présente le cours de la rivière, savoir :

l"" Les affluents de droite et de gauche qui viennent s'y j^ter et, s'il y a lieu, on fait la reconnaissance de leurs bassins secondaires ;

V Les tles qui partagent le lit de la rivière» qui le i^endent moins large, et qui, par suite, sontgénérale- Enent favorables aux passages;

3* Les moulins et les usines qui se trouvent sur ses bords et que le courant met en mouvement.

4' Les chemins et les routes qui longent la vallée, ou qui viennent aboutir aux points de passage;

5* En même tempç, au fur et à mesure que l'on ^'avance, on décrit Tensemble de la vallée, la nature les berges qui forment le bassin du cours d*eau, et celle des rives entre lesquelles il coule ;

6* On indique les villes, villages et lieux habités qui se trouvent à portée.

Enfin on termine la reconnaissance dun cours deau par l'étude de sa navigation, par la description des points de passage, et par celle de son embouchure.

Les rivières sont navigables quand elles ont un mètre de profondeur et que la pente n'excède pas 1/500.

Elles sont flottables avec une profondeur de O'^fOS.

On se sert du flottage pour les trains de bois, comme ceux que l'on voit à Paris venant du Morvan par la Seine et par l'Yonne.

Dans les petits cours d*eau le flottage n'a pas lieu par trains, mais à bûches perdues.

La navigation a lieu au moyen de bateaux de différentes grandeurs. Ces bateaux descendent la rivière avec le courant ; ils la remontent avec des chevaux de halage, ou avec des remorqueurs à vapeur.

Dans une reconnaissance» on doit noter avec soin le nombre et la grandeur des bateaux, la nature de leur construction, ainsi que les moyens de traction que l'on emploie.

Pour les points de passage^ ils sont de plusieurs

espèces;

Nous aurons :

1« Les ponts ; 2* Les ponts-volants ; S<» Les gués ^

k^ Les points favorables à l'établissement des ponts militaires.

Pour les ponts, il y en a de difiTérentes sortes, savoir:

Les ponts permanents en maçonnerie et à tablier fixe, comme les ponts de la Concorde, d'Iéna, de Neuilly, etc.,.

Les ponts à culées et piles en maçonnerie, avec tabliers en bois, comme le pont d'Asnières.

Les ponts en bois, comme le pont Morand sur le Rhône, celui de Bàle sur le Rhin.

Les ponts suspendus, comme le pont de Cubzac sur K Dordogne.

Les ponts de bateaux, comme l'ancien pont de Kehl, le pont de Cologne, etc..

Enfin les ponts à culées et piles en pierres, avec voûtes en fer.

Telles sont les principales espèces de ponts et la première chose à indiquer dans la reconnaissance de ce moyen de passage est évidemment la nature de sa construction.

On signale ensuite sa largeur, sa longueur, la disposition et la construction de ses arches relativement à la navigation, ses abords, la manière de le défendre sur Tune et sur l'autre rive, celle de s'en assurer la possession, enfin la manière de le détruire.

Après les ponts, comme moyens de passage, viennent les ponts-volants. Il y en a de deux espèces, les bacs et les trailles.

Pour les bacs^ le cftbie est immergé. Il est attaché sur les deux rives et plonge dansTeau, Le bac est attaché en deux points à ce câble et il se hftle d'un bord à l'autre.

Pour les trailles, le câble est tendu au-dessus de l'eau. Un second câble et une poulie servent à. y atta^^ cher le bateau de transport. Au moyen d'un gouver^^ nail, on place celui-ci à 45'' dans le courant et il passe ainsi d'une rive à l'autre.

Il y aune traille de cette espèce sur le Rhin à Bâle. Grâce à la rapidité du courant, sa vitesse est remarquable*

Nous avons maintenant les gués.

Ce sont des parties du cours d'eau où le fond se re^ lève et permet le passage.

La profondeur d'un gué ne doit pas dépasser 1 mètre pour l'infanterie , 1",30 pour la cavalerie, et0",80 pour les voitures d'artillerie.

Il faut de plus pour qu'un gué soit bon, que l'accès en soit facile, que la vitesse du courant y soit modérée, que le fond soit uni et ferme.

Quand il s'agit de rechercher un gué, il faut d'abord prendre des renseignements auprès des habitants, faire suivre les deux rives et voir si des chemins avec traces de roues ne viennent pas y aboutir en se correspondant; faire entrer des cavaliers dans l'eau pour sonder avec leurs lances ou avec des perches; enfin on peut descendre le courant dans une nacelle à l'arrière de laquelle on attache une sonde delà profondeur voulue pour le gué.

Quand on a reconnu l'existence d'un gué, il faut en étudier les abords, la largeur, la direction, la qualité, etc..

Sous le rapport de la direction ^ les gués peuvent être perpendiculaires ou obliques au courant. Ils se trouvent de préférence dans les endroits où les rivières s'élargissent. Dans les rivières rapides, très-sinueuses et où les rives ne sont pas résistantes, on peut les chercher entre deux coudes opposés.

Sous le rapport de la qualité, la bonté d'un gué dépend de la nature de son fond. Celui-ci peut être de sable, de vase, de gravier ou de roche. Le meilleur fond est celui de gravier, quand il présente une certaine solidité»

En même temps il faut signaler les moyens à em* ployer pour assurer le passage des troupes. Ces moyens consistent à mettre des repères sur la rive, pour indiquer la ligne à suivre ; à planter des piquets de distance en distance le long du gué, et à les réunir par une corde pour servir de garde-fou ; à recommander aux hommes de fixer la rive où ils doivent aborder, et non pas l'eau qui pourrait les entraîner ; enfin à placer de la cavalerie au-dessus du gué pour rompre le courant et au-<[essous pour rattraper les hommes qui viendraient à être entraînés, etc.

Il faut indiquer encore les moyens de rompre le gué, si on en voulait interdire l'usage à l'ennemi.

Pour cela, on peut creuser un fossé dans la largeur du gué, ou des trous en quinconce. On peut barrer le gué avec des pieux assez serrés et à fleur d'eau. On peut l'embarrasser avec des herses de laboureurs dont on place les chevilles en-dessus, ou bien avec des planches garnies de gros clous. On peut y jeter des chausse-trapes et enfin y placer des arbres entiers avec leur tête tournée vers l'ennemi et reliés les uns aux autres.

Si , dans une reconnaissance , on trouve un gué

rompu, on indique les moyens de le réparer en enlevant les divers obstacles dont je viens de parler, en comblant les trous, en jetant des fascines par-dessus les herses et les chausse-trapes, etc..

Enfin il reste encore à étudier les points favorables à rétablissement des ponts militaires.

Ces points doivent remplir les conditions suivantes :

<• La forme de la rivière doit présenter un rentrant, de manière à pouvoir faire converger les feux de l'artillerie sur le débouché du pont, comme à Dietikon, comme à Essling.

V La rive occupée doit dominer la rive ennemie, de manière à donner un commandement favorable, comme à Stein, en 1800, au passage du Rhin par Lecourbe,

3* Les rives doivent être assez douces pour permettre l'embarquement et le débarquement, dans les barques légères qui transportent continuellement des troupes dans un passage de rivière.

4' Il doit y avoir à proximité les uns des autres plusieurs points de passage favorables, afin de pouvoir donner le change àTennemi.

5* Le point choisi doit être à portée de bonnes routes, pour faire arriver le matériel et les troupes.

6* Il doit y avoir des affluents sur la rive amie^our mettre les bateaux à Teau et préparer des parties de pont. Ces affluents doivent être au-dessus du point de passage. Et s'il y en a du côté de l'ennemi, ils doivent être au-dessous du même point, afin que le pont soit à l'abri des corps flottants.

V Enfin la rivière doit présenter une ou deux îles qui diminuent sa largeur et par suite les difficultés de Topération ; une lie peut alors servir de place d'armes,

de point de refuge, de lieu de dépôt, comme l'île de Lobau, en 1809.

Il est rare que Ton trouve un point qui réunisse toutes ces conditions ; mais on choisit celui qui en réunit le plus grand nombre et Ton tâche de suppléer à celles qui manquent.

On termine la reconnaissance d*un cours d'eau, en parlant de son embouchure.

Les rivières se jettent dans les fleuves; les fleuves se jettent dans la mer. Quelquefois ces embouchures ne présentent pas d'accidents remarquables; mais souvent ils en présentent qu'il est bon de signaler. Ce sont des deltas, comme aux embouchures du Nil , du Rhône, du Rhin, etc.; des bancs ^ comme à Tembouchure de la Liane devant Boulogne ; des barres deaUs comme sur TAdour et sur la Seine, etc.

Tels sont les différents détails à donner dans la reconnaissance d'une rivière ou d'un fleuve.

Je citerai, comme exemple, la reconnaissance du bassin du Danube, dans le Mémorial du dépôt, par le général Guilleminot, reconnaissance générale qui s'applique à une vaste surface de terrain, mais qui, pour la reconnaissance particulière du cours d'eau ^ présente les divers détails que je viens d'indiquer.

Des canaaz. — Après les fleuves et les rivières, nou^ trouvons encore, comme eaux courantes, les canaux.

Les canaux peuvent servir de lignes de défense oi> de lignes d'approvisionnement.

Il y a deux espèces de canaux :

Les canaux latéraux -,

Les canaux à points de partage.

Le cours de fortification donne les détails de leui^ tracé, de leur construction, et tout ce qui est relatif à

leur largeur, à leur profondeur, leur volume d'eau, etc.

Il donne également les détails des écluses et leurs manœuvres.

La reconnaissance d'un canal portera sur ces différents points.

On indiquera ensuitef son profil et l'on examinera ses propriétés défensives.

On étudiera les emplacements des écluses, ainsi que les moyens de les protéger ou de les détruire.

Si les canaux servent à irriguer les terrains environnants, on examinera le moyen de les saigner ou de les détourner par des prises d'eau.

Enfin, l'on s'occupera de la navigation, en indiquant là forme des bateaux employés, leurs dimensions, le nombre que l'on pourrait en réunir et les moyens de traction en usage.

Passons à la reconnaissance des eaux stagnantes.

Des eaux stagnantes. — Les eaux stagnantes sont des lacs, des marais ou étangs, des tourbières et des inondations.

Des lacs. — Les lacs peuvent faire partie de lignes de défenses, comme celui de Zurich, comme celui des Quatre-Cantons, dans la campagne de 1799, en Suisse.

Ils servent encore de moyens de communication, comme les deux lacs cités ci-dessus, comme le lac de Genève, en 1800.

Dans la reconnaissance d'un lac, on indiquera sa forme, ses dimensions, la nature de ses eaux, la conformation de ses rives, les villes et villages situés à portée, les routes et chemins qui les relient, enfin les moyens de navigation et de transport que Ton y trouve

Des marais. — Les marais sont des eaux stagnantes qui présentent moins de profondeur que les lacs*

Généralement, ils reposent sur un terrain vaseux ; ils sont couverts d'herbes; à certaines époques de Tannée, les eaux baissent et quelques parties restent à sec.

Les étangs sont généralement des marais artificiels.

Il faut, tenir compte de la présence des marais de deux manières. Au point de tue des opérations et au point de vue sanitaire.

Au point de vue des opérations, les marais peuvent faire partie d'une ligne de défense ou appuyer une position d'armée.

En 1814, les marais de Saint-Gond, avec les deux forêts d'Étoges et de la Traconne , forment une ligne de défense qui couvre le mouvement de l'Empereur de Nogent sur Champ-Aubert.

En 1811, à Fuentès-de-Onoro, un marais couvre l'aile droite de l'armée anglaise.

Dans la reconnaissance d'un marais , on donne à peu près les mêmes détails que pour un lac. On indique particulièrement la cause qui le produit, la nature du terrain sur lequel il est situé, et enfin s'il est praticable à certaines époques.

Au point de vue sanitaire, on recherche s'il n'est pas malsain à certains moments, quelle est la nature

des maladies qu'il produit, etc.

Dat toirbières. — Ce sont des prairies marécageuses qui présentent des amas de tourbe. Il y en a beaucoup sur les bords de la Somme et de la Lys, et ces deux cours d'eau en tirent une grande force. On indique dans une reconnaissance leur forme et leur étendue.

Des inoDdatioDS. — Elles sont naturelles ou factices. En tous cas, on indique leur cause, la nature du terrain sur lequel elles reposent, les écluses qui les retiennent et la manière de les détruire, ou bien les

moyens de les saigner pour en produire l'écoulement.

Une inondation peut servir de ligne de défense,

comme celle de la Seille à Marsal, entre Metz et Bitche.

Tels sont les détails relatifs à la reconnaisance des eaux à la surface de la terre.

Pour rendre cette étude complète, il faut y joindre encore les détails suivants relatifs aux côtes maritimes.

On indique leur nature : dunes, sables, falaises ou rochers.

Puis les anses et les ports, les caps et les promontoires sur lesquels on peut établir des batteries pour protéger le cabotage, le moment des marées, les points favorables aux descentes, enfin l'ensemble du système de défense de la côte.

Reconnaissance des positions militaires.— J'ai déjà dit qu'on entendait par position militaire une surface de terrain présentant à l'armée qui s'y établit les moyens d'y combattre avec avantage.

L'occupation des positions et par suite leur reconnaissance sont des opérations fréquentes à la guerre.

Un officier chargé de reconnaître une position doit l'examiner sous trois points de vue.

1" Au point de vue stratégique, pour savoir si elle atteint bien le but pour lequel on l'occupe.

2" Au point de vue tactique, pour savoir si elle est bien en rapport avec la force et l'organisation de l'armée qui doit s'y établir.

3° Enfin, au point de vmî topographique^ pour connaître sa forme, ses accidents et le parti que Ton peut

en tirer.

Sous ce dernier point de vue, on examine successivement les différentes parties de la position :

1* Le front, qui doit être appuyé par des points forts et dont rétendue doit être en rapport avec l'effectif de l'armée.

2° Les flancs, qui doivent être couverts par des obstacles.

3" L'intérieur, qui sera praticable à toutes les armes et présentera une profondeur suffisante ainsi que des abris.

4® Les abords, qui seront découverts pour ne pas gêner les feux de la défense, mais qui cependant présenteront des obstacles inertes, fossés, marais, canaux, pour arrêter Tennemi et pour le retenir sous les coups des défenseurs.

5° Les derrières, qui doivent être disposés de manière à favoriser le mouvement de retraite, quand celui-ci deviendra nécessaire.

L'officier chargé de reconnaître une position examinera donc les diverses parties que je viens d'énumérer.

Pour bien juger de l'ensemble de la position, après l'avoir parcourue en détail, il devra se porter sur le terrain destiné à l'ennemi de manière à se placer à son point de vue. Il verra ainsi la manière dont la position se présente à l'assaillant et il pourra préjuger ses manœuvres et ses attaques.

Enfin, il faut indiquer si la position est dominée à portée de canon, ce qui la rendrait intenable, puis quels sont les endroits à portée des troupes, où Ton trouvera de Teau et du bois ; quels sont les travaux de fortification qui pourraient être nécessaires pour renforcer certaines parties ou corriger certains défauts de la position, etc.

Je joins à la reconnaissance des positions les connaissances précédant l'établissement des avantrpostes.

Ces reconnaissances sont faites par les généraux de brigade ou par les commandants de détachements.

Le général de brigade se porte en avant avec les colonels ou lieutenants-colonels de sa brigade, accompagnés chacun d'un adjudant-major ou d'un adjudant.

Il cherche et détermine les emplacements de ses grand'gardes. Celles-ci doivent être placées de telle manière qu'elles puissent voir au loin, surveiller l'ennemi et l'arrêter pendant un moment.

Les points les plus avantageux seront donc à cheval sur les débouchés qui conduisent à la position, ou trèsprès de ces débouchés. Ils domineront les lieux environnants et offriront des abris pour les défenseurs.

Quand le terrain présente, sur le point choisi, un obstacle, par exemple un bouquet de bois, l'infanterie se place en avant, la cavalerie en arrière, parce que l'obstacle permet à l'infanterie de rétrograder en combattant et qu'il donne à la cavalerie le temps de se mettre en défense.

En même temps, le général de brigade cherche sur le terrain qu'il parcourt et à demi-distance entre la position et les grand'gardes quelques points intermédiaires pouvant servir de postes de soutien. S'il en trouve, il les fait occuper et fortifier de manière qu'ils couvrent la position, qu'ils puissent recueillir les avant- postes et retarder les attaques de l'en-^ nemi.

Tels sont les principes généraux des reconnaissances précédant l'établissement des avant-postes.

Ainsi que je Taî dit précédemment, quand les grand gardes sont établies, leurs commandants reconnaissent à leur tour les environs et déterminent les emplacements des petits postes et des sentinelles ou vedettes.

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