PLANCHE XVI
Photographie de la Lune, Région de Copernic.
Grand Equatorial coudé de Paris.
(Cliché C. Le Morvan, de l'Observatoire de Par
LE
Éd de
peut-être et dont la longueur peut atteindre 200 kilomètres : elles sont quelquefois semées de chapelets de petits cratères. Ces fissures ressemblent assez à certaines vallées d’érosion de la Terre, au Grand Canyon du Colorado ou à la vallée du Niagara par exemple. Mais elles n’ont presque certainement rien à voir avec l'érosion, même fossile : ce sont peut-être des conséquences du rétrécissement de l'écorce de la Lune, sous l’influence du refroidissement brusque entre Le jour et la nuit : on pourrait alors les comparer aux craquelures hexagonales de nos prismes de basalte.
On remarque encore — surtout dans les mers également— de nombreux plissements en relief. Ils sont sans doute dus à la contraction du noyau interne, autre effet du refroidissement graduel qui engendre sans doute sur la Terre les plissements montagneux. C’est au fond — comparaison plus triviale — à une cause du même genre (1) que sont dues les rides d’une vieille pomme.
A côté de ces saillies, des rainures en coup de sabre s'observent par places, souvent terminées, chose étrange, par un cratère. Telle est la fameuse fissure ou «vallée » des Alpes, qui a 70 kilomètres de long sur 19 ou 12 de large. Les dénivellations brusques ne sont pas non plus sans exemple : celle qu’on appelle le «Mur droit», sorte de marche entre deux régions d’une même mer est la plus connue.
Tous ces accidents du sol lunaire se ramènent en somme à des reliefs ou à des creux. Les auréoles et les rainées qui rayonnent en étoile de plusieurs grands cratères n’ont au contraire pas d'épaisseur appréciable : des poussières impalpables, éclaboussées on ne sait comment, n'auraient pas d'autre aspect. Citons parmi les plus remarquablesles auréoles des cratères Copernic et Képler et surtout les immensés trainées blanchâtres, émanées de Tycho, qui couvrent une grande partie de la Lune et constituent certainement un de ses caractères les plus curieux.
(4) Nous ne disons pas /a méme cause car, pour les pommes, le desséchement intérieur intervient principalement.
12. INSIGNIFIANCE DES CHANGEMENTS QU'ON A CRU CONSTATER SUR LA Lune. — Depuis qu’on observe la Lune en détail, mettons depuis 250 ans, on ne peut pas dire qu’on y ait jamais observé un seul changement net et incontestable. Ce n'est pas qu'on ne puisse aisément constater sur la Lune de nombreuses et souvent importantes modifications. Mais ces changements de forme ou de couleur peuvent toujours être interprétés par les variations d'éclairement qui correspondent aux diverses phases. L'éclairement de chaque détail de la surface ne varie d’ailleurs pas seulement avec la phase : les déplacements divers de l'orbite lunaire, ajoutés au fait que le mois n’équivaut pas à un nombre entier de jours, nous empêchent de jamais voir pour ainsi dire deux fois la Lune éclairée de même. |
Un des cas de changement les plus souvent allégués concerne le petit cratère Linné (1), dans la Mer de la Sérénité. Schrôter le vit au début du xx° siècle ; Beer et Mädler le déclarèrent profond et brillant en 1837 et en 1866 Schmidt annonça sa disparition. Il reparut depuis et on l’apercoit maintenant comme une petite tache noire auréolée de blanc. La réalité d'une modification est assez douteuse : le dessin de Schrôter ressemble davantage en effet à l'aspect actuel de la tache que celui de Beer et Mädler.
On cite aussi les petits cratères Messier dont les altérations périodiques ne sont également, presque à coup sùr, que des jeux de lumière.
I n’y à d’ailleurs sur la Lune, semble-t-il, guère de causes de changement et l'absence de toute observation sérieuse de cet ordre n’est pas surprenante. La seule cause connue parait résider dans les alternatives d’extrème chaleur et d'extrême froid qui doivent craqueler plus ou moins le sol.
13. ORIGINE DES CRATÈRES DE LA LUNE : ANCIENNES EXPLICATIONS PROPOSÉES. — C’est là peut-être un des premiers problèmes qui frappe l'esprit et un des plus passionnants, certes, que nous
(1) Miss A. CLerke : History of Astronomy during the XIXR Century, Londres (A. et C. Black), 1902, p. 267.