‹ Cours d'économie industrielle, 1836-1838 (volume 2)Chapitre 44 sur 71 · DOUZIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

DOUZIÈME LEÇON

13 janvier 1856.

tonum. Do l'industrie du fer.. — Différente» espèces de minerais, ■ombre de mines et minières.— Lavages, — grillages,— usioet à fer,— leur dirigions, quatre classes et douze groupes. — Indications des groupes. —Valeurs détruite» et créées par les différentes élaboration* dater, — ouvriers employé», — combustibles consommés — De l'emploi de la houille et du bois. — Résultais. — Question des transports.

Messieurs,

L'industrie du fer dont nous aurons à nous occuper dans cette leçon, se divise en deux catégories distinctes. La première comprend la conversion du minerai en fonte, et de la fonte enfer malléable ou en acier : celle là est la véritable industrie du fer; elle exige certaines conditions, et surtout la réunion sur un même point du minerai, du combustible et de la force motrice, ainsi que des débouchés faciles , des transports commodes et économiques. La 2e catégorie renferme les établissements qui s'occupent de l'élaboration du fer, en tôle , ferblanc, etc; la première a pour

objet les changements d'état, la seconde les changements de forme.

Dans la leçon d'aujourd'hui nous étudierons la statistique de cette industrie , le nombre d'ouvriers, de chevaux et de machines qu'elle emploie, les valeurs qu'elle détruit en les consommant , et les valeurs nouvelles qu'elle produit; nous examinerons quelles sout les méthodes suivies dans les différentes parties de la France et qui se modifient en passant de l'une dans l'autre. Dans notre prochaine leçon, nous nous occuperons de la législation qui régit cette industrie , et des résultats qu'elle a fournis; nous rechercherons quelle espèce d'encouragement pourrait lui donner une nouvelle vie, et par quels moyens il serait possible de la mettre enfin sur un pied d'égalité avec l'Angleterre qui lui permît d'être utile au pays au lieu de lui être à charge.

11 y aura peut être pour vous, Messieurs, quelque fatigue et quelqu'ennui à me suivre dans les détails où Je vais être obligé d'entrer ; mais les renseignements et les chiffres que j'ai à vous corn* muniquer sont d'un trop haut intérêt pour que je puisse les passer sous silence; ils sont d'ailleurs indispensables pour bien juger l'état actuel de notre industrie et l'avenir qui lui est réservé.

Vous savez que le fer est un métal extrait d'un minerai qu'on trouve presque partout et dont la France est abondamment pourvue. Ce minerai se présente sous quatre ou cinq espèces différentes dont voici la désignation:

ir« Classe : minerai d'alluvion, hydroxide de

fer ea fragments de formes diverses, le phts souvent semblables à des grains arrondis et sablonneux.

2e Classe : le même minerai en couches, filons et amas, ce sont des fers oxidés et hydroxidés de toute nature.

3« Classe : fer carbonate apathique avec hématites brunes manganésifères, en filons et amas dans les terrains anciens; fer carbonate lithoîde en couches et rognons* Il abonde surtout dans les terrains houillers.

4e Classe ; elle se compose de différents rainerais qui ne rentrent pas dans tes divisions précédentes: les mélanges de fer oxiduléet d'aluminosilicate de fer , les schistes micacés où le mica est remplacé par le fer oligiste (Ita-kolumite); les mélanges d'hématite brune, de grenat ferrifère et de mica ; il en existe encore d'autres qu'il serait trop long d'énumérerf je vous citerai seulement le fer osidulé micacé.

Le nombre des minières est de 2,633 dont 47 * non exploitées; elles se trouvent dans 67 départements et occupent, mais seulement pendant l'intervalle des travaux agricoles, 1 i,3oo ouvriers travaillant en moyenne i5o jours par an avec un salaire d'environ 1 fr. 60 c.

Pour la plupart de nos fabriques , la première cause d'infériorité vis-à-vis de l'industrie anglaise, réside dans le transport du minerai. Car vous le savez , Messieurs , il n'en est pas chez nous comme en Angleterre , où la hoaiHe est presque toujours superposée au minerai; dans notre pays

au contraire il est rare que les gisements de ces deux éléments de la fabrication du fer soient rapprochés. Il faut le plus souvent que l'un des deux se mette en route pour aller joindre l'autre; et avec nos routes et nos canaux, nos fleuves tels que je vous les ai décrits ,' ce voyage est fort onéreux : la dépense qu'il nécessite., entre pour moitié dans k prix du minerai rendu dans les forges.

Deux opérations préparatoires sont données ordinairement au minerai pour diminuer autant que possible son poids, et par là les frais de transport : ce» opérations sont le lavage et le grillage, Elles ont toutes deux pour objet de débarrasser le rainerai brut des parties terreuses auxquelles il se trouve allié5-*t qui sont souvent dans une proportion décuple des parties utiles.

Ces préparations: sont importantes non pas seulemeut sous le rapport économique, mais aus4i pour la «qualité des produits. Dans certaines localités on a beaucoup amélioré les procédés. Data le Haut-Rhin , le minerai est lavé deux fqis, igais avant de subir le deuxième lavage, il est grillé ou plutôt calciné dans un four à réverbère chauffé par la flamme qui sort du gueulard du haiit four* neau. Dans le Bas-Rhin , il est après un lavage ondinaire, soumis au criblage à la cuve ; quelquefois crème on fait deux criblages, séparés par une cal*ci nation ou grillage semblable à cettai pratiqué dans le Haut- Rhin. ; : ?

Le nombre des lavoirs est de a,5o(i donrt,5î.otifiactifs; ils emploient 3,3oo ouvriers, et exis&tut

( *56 ) dans 56 départements. Les fours à griller sont au nombre de 1 22 dont 28 inoccupés ; ils sont répartis entre i5 départements et n'emploient que 3oo ouvriers.

Ces différentes préparations s'exercent sur une quantité de minerai égale à 7,857,2/11 quintaux métriques, dont la valeur est de io,663,744 fr. au prix moyen de 1 fr. 36 c. le quintal. Les différentes valeurs créées sont celle' ci :

L'exploitation des mines et minières , qui emploie n,3oo ouvriers 4>°3<Vr)6i ^r* Le lavage 3,3oo f ,086,4 1 4 a Le grillage 3oo 289,457 « Transport des mines au lavoirs, aux fours à griller et aux forges, 5,286,718 «

Il résulte de ces chiffres que les /rais de transports entrent pour moitié dans le prix de revient des minerais rendus aux hauts fourneaux. Combien de reflexions ne naissent pas de ce fait, surtout si l'on considère que la plus grande partie de ces frais est économisée par les producteurs anglais , et qu'il dépend de nous de détruire cette cause d'infériorité en améliorant notre système de communication et en multipliant nos routes et nos canaux. L'opération du grillage, qui pourrait aussi réduire les frais de transport en diminuant le poids du minerai, ne se pratique pas assez en France, elle ne s'exerce que sur 840,763 quintaux métriques , le 9eme environ de la masse totale des minerais employés. On ne saurait trop répandre cette opération importante qui a pour effet, je le repète, non seulement de diminuer le

. ( *5? ) poids , mais encore de distendre les molécules

diL minerai et de les disposer admirablement pour arriver à l'état d'oxyde par le second lavage. Cette opération est d'ailleurs fort économique ; je vous ai dit que dans le Haut-Rhin on utilisait pour cet usage la flamme des gueulards ; dans Misère , le minerai de fer spathique est grillé avec des débris de charbonnage qui n'avaient autrefois aucune valeur.

Après les diverses opérations préliminaires que je yiens de vous décrire, le miserai est jeté dans le haut fourneau avec la castiue; certaines parties se combinent , le reste coule en fonte par Tçuveiv tUre pratiquée au bas du fourneau. Plus tard \ la fonte est transformée eu fer , au moyen de pro* cédés qu'il ae m'appartient pas de vous décrire; Il y a dans ces différentes préparations une absorption de combustible très considérable , qui élève d'une manière notable le prix du fer; Cette p&* rtode.de la fabrication ramène enépre à Pexam&n de la question des transports et à la constatation de l'influence déplorable qu'elle exerce sur toute production économique. .

: : il existait en 1 834 » 363 usines distinctes^ consacrées à la fusion des minerais et à la fabrication du fer et de l'acier de forge. En les classant d'après la nature des combustibles qu'elles emploient, on en trouve de quatre, espèces différentes. J^es usines des trois prpoojçres . classes se livrent à la fabrication dç la fontç, et(à sa conversion soit en fer, soit en aciçr. Pour ce travail , les usines de la première espèce font un usage exclusif du char-

Blanqui. 53

( a5B ) bon de bois; celles de la seconde emploient le charbon de bois et les autres combustibles; celles de la troisième ne se servent que de bouille,, tourbe , lignite et anthracite ; les usines de qua* trième classe convertissent directement le minerai en fer ou en acier, sans le faire passer par l'état intermédiaire de fonte : cette opération ne se fait qu'au charbon de bois»

Nous en sommes encore, sur beaucoup de points, à l'enfance de l'art métallurgique; l'emploi du combustible , la construction des fourneaux > te mélange des diverse* espèces de houille et dé fonte; toutes ces connaissances si diverse* et m variées, empruntées à la mécanique, à ta chimie, à la physique; et qui, réunies, forment la sci^nea et le talent du maître de forge, sont, eu partie du moins , ignorées de nos industriels Nows UVOfié> sans doute , de grandes et honorables exceptions; mais, je le répète, le plus grand nombre ne sait pas ; on s'en prend à la concurrence étrangère * et à l'absence de protection qui cependant estes* oessi ve , de la position précaire et inférieure danto laquelle on se trouve, alors qu'il suffirait pour la faire cesser , de voir et d'étudier davantage; mats on préfère les douceur* de L'inaction à la fatigue des recherches et de l'activité, et on s'en* dort paisiblentent sur l'oreiller des tarifs.

L'administration desfnines, que j'ai prise potir guide dans la classification des différentes usines à fer, les a divisées en 4 classes (dont je tiens de vous parler) et en ia groupes, qui se partagent

( *59 ) le sol de la Fnmce et comprennent 'toutes les

méthodes en» usage chez nous.

Première Classe : Fabrication de la fowte et du fer par lemploi exclusif du charbon de bois.

N° i . Groupe de l'Est , formé des usines de la Haute-Saône, duDoubs'^du Jura , du Haut-Rhin, de la Meurthe , de celles à Test de la Côte d'Or et des Vosges, et de deux au sud-est de la Haute- Marne; en tout 1 47 usines, employant les méthodes comtoise et champenoise. Le [canal du Rhône au Rhin et 1» Saône, donnant aux houilfes de la Loire un accès facile au centre de ce groupe, il est probable que Femploi de ce combustible y sera bientôt adopté, ce qui changera le mode de fabrication. Les matières premières, ainsi que le bois, sont fournies par le groupe foi-même, qui exporte par la Saône et le canal du Centre des quantités assez considérables de minerai dans les huitième et neuvième groupes.

N° 2. Groupe du Nord-Ouest, formé par ta départ.: l'Eure, l'Orne, la Mayenne, le Morbihan , la Sarthe, la Loire-Inférieure, les Côtes du Nord , l'Eure et le Loir, llHe-et-'Villaine, la Manche, le Loir-et-Cher et le Maine et-Loire^ qui ren* ferment 61 établissements. Méthodes comtoise , wallon ne,cbampenoise et anglaise. On a tenté sans succès d argent un haut fourneau au coke. Les minerais, les fontes et le charbon de bois proviennent du groupe même ; la houille est importée d'Angleterre on de Belgique, malgré les droits de douanes que compensent, et au delà, les frais de transport.

N° 3. Groupe de l'Indre , composé des usines de ce département et de. celles de la Vienne, d'In^ dre-et-Loire, des Deux*Sèvres, et de celles au nord de la Haute- Vienne. Ce groupe, qui renferme 22 établissements, n'emploie, pasmême par exception, de combustible minéral ; on ne se sert que de la méthode comtoise. Les minerais , les fontes et les charbons de bois sont fournis par le groupe et les alentours.

N° 4- Groupe du Périgord. u5 établissements, situés dans les départements de la Dordogne, de la Charente, du Tarn-et-Garonne, delà Corrèze, du Lot, ainsi qu'au sud de la Haute- Vienne et au nord-est du Lot-et-Garonne. La fusion du minerai et la conversion de la fonte en fer se fait exclusivement au charbon de bois : une seule usine affine la fonte à la houille. Les minerais sont en quantités inépuisables sur di vers point&du groupe; le charbon vient des forêts qu'il renferme; les houilles sont fournies par les bassins de la Dordogne et de la Corrèze; il en vient également de Belgique et d'Angleterre, qui pénètrent dans l'intérieur du pays par la Dordogne et l'un de ses affluents.

N° 5. Groupe dç Sud-Est. 38 Établis. : dans la Drôme, Isère et Vaucluse. Les minerais de fer spa* thique de l'Isère donnent un acier naturel préparé dans des fourneaux d'une forme particulière, la méthode perfectionnée que l'on emploie dans ce pays est connue sous le nom de méthode de Rives. Les minerais, le charbon de bois et la fonte sont fournis par le groupe et les forêts voisines.

( «6i ) ae Classe. Fabrication de la fonte et du fer

PAR LB CHARBON DE BOIS ET LES AUTRES COMBUSTI- BLES : HOUILLE , COKE, TOURBE, etc.

No 6. Groupe du Nord-Est. 89 Établ. dans les Àrdennes, la Moselle, le Bas-Rhin, l'Aisne, le Nord de la Meuse et le Sud du dép. du Nord.

L'emploi alternatif ou simultané des différents combustibles permet aux usines de ce groupe de fabriquer toutes les espèces de fer; depuis le plus tendre qui sert à la clouterie commune, jusqu'au plus nerveux qui soutient avec avantage la comparaison avec les meilleurs fers de Saxe.

Les minerais, proviennent du groupe même et une partie de la fonte sort des fourneaux belges, de l'entre -Sambre et Meuse , du bassin de la Meuse ainsi que du Luxembourg. Le charbon de bois est fourni par les forêts du Groupe et celle du Hainaut, de Namur et du Luxembourg. Les houilles et le coke sont tirés en totalité de l'étranger : Saarbruck, Charleroy et Liège; ils sont amenés par la Sarre , la Moselle, la Sambre, la Meuse et le canal des Ardennes.

N° 7. Groupe de Champagne et Boubgogne. i44 établ. dans la Marne, l'Yonne, la Haute- Marne, le bassin de la Seine et de ses affluents, le Sud de la Meuse, le Nord -Ouest de la Côte-dOr et des Vosges.

Une grande ressemblance existe entre ce groupe et le précédent. La seule différence notable consiste en ce que la fonte n'y est fabriquée qu'au charbon de bois et que les houilles employées 4 l'affinage sont toutes d'origine française . mais si-

tuées très loin des usines qui les emploient. C'est dans ce groupe que s'est le plus développée la méthode Champenoise qui remplace chaque jour davantage l'affinage comtois. Déjà même les produits des forges à la bouille dépassent ceux des forges au bois. Cette révolution , si favorable aux progrès da ta fabrication , n'attend pour être complète que des moyens de transport plus économiques çntre les houillères de lia Loire et les usines dç la Haute-Marne.

W 8. Gkoupr duCetctuf. 122 Etab. dansfaNfèvre, Saône et Loire, Cher, AHier. Ce groupe offre! le mélange de toutes les méthodes et de tous les procédés ; cet état de chose résulte des conditions diverses dans lesquelles les usines se trouvent placées; elles ont en abondance le minerai, le bois, la houille et les voies de communication. La tendance semble être celle-ci : fusion des minerais par le charbon de bois seul ou mêlé de coke ; affinage à la houille dans la plupart des usines quf marchent encore au bois, et emploi du laminojr dans celles qui disposent d'une force suffisante ou q»i se trouvent à proximité du combustible.

M* 9* Groupe du Sud-Est. Peu important et composé de 1 8 Étab. situés dans les Landes , fa Gironde , à l'Ouest du Lot et Garonne et au Sud- Ouest des Basses Pyrénées. Fusion du minerai avec le charbon dfe bois seulement, conversion de la fonte en fer par la méthode comtoise avec le charbon de bois en nature et de fa tourbe dans lefouràpudler.

La fabrication est restreinte danè ce groupe

( *fi3 ) par le manque 4e minerai; elle y prendrait un grand accroissement, Vil était possible d'y importer par mer les riches minerais de la Biscaye. Ce groupe est le mieux placé pour avoir à bon marché le combustible végétal ; leur prix moyen n'y est guère en effet que la moitié de celui calculé pour l'ensemble de tous les autres groupes* 3e Classe ; fabrication de la fonte et du tàt

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