L INDUSTRIE DU FER
Charbon de bolf 5,482,058 quint, mit. talant 53,786,340 franc*. Bois on bnohe 59,88* Hère* 1 \QJ*^
— fagota l,5li cents J 127,500 «
"•«fi
Combat Uble végétal 53,915,849 franc*.
Coke 848,650 quint, met. talant 9,068,550 franc*.
Houille 9,524.808 — — 5,510,811 «
Tourbe 910,924 itire* — 16, 90t «
Comboitible minéral 7,596,062 franc*.
Valeur de* cinq espée** de comboatible 4i,S09,9U franc*:
La, valeur totale du combustible employé dans les différents travaux métallurgiques forme donc les 3£5 millièmes , ou plus du tiers de la valeur totale créée par cette industrie.
Ainsi, Messieurs, en France , nous consommons deux fois autant de bois et de charbon de bois que de houille, de coke et de tourbe , alors qu'en Angleterre on n'emploie presqu'excLusivement que le combustible minéral; et, vous le savez , les produits obtenus de cette ma nière ne sont pas les moins, beaux. Quelle immense économie n'y aurait-il pas à faire sur ce
( a68 ) seul agent de la fabrication du fer , le charbon de, bois coûte 6 fr. 16 c. le quintal métrique , la houille lie revient qu'à a fc. a&cJ
Tant que l'industrie du fer était peu développée et que nos forétsetaient nombreuses et Lien peuplées, il a pu être convenable cte faire usage l du bols dans une aussi grande proportion, mais aujourd'hui qu'une grande par tie de nos bois a été défrichée il serait à la fois prudent et économique d'abandonner ce mode de fabrication pour adopter la houille. U y aurait en outre un grand intérêt à ménager nos forêts dpnt lç défrichement nuit beaucoup à l'agriculture en la privant des sources qui lui sont nécessaires pour les irrigations, et eiî laissant ses champs let se6 prairies à la merci des vents qui se brisaient autrefois contre nos chênes et nos sapins séculaires.
Quel préjudice fie résulterai pas encore de cette état de choses pour nôtre manne marchande et pour celte de f État ; car, 11 ne faut pas se le dissimuler, la loi qui a cru protéger et enooarager l'industrie duier n?a profité en définitive' qw^aux propriétaires de bois. 11 Jie faut pas certes des études. bien sérieuses et bien, longues ,-iia génie bien transcendant pour etf* propriétaire de -forets r et cependant ce sont ces derniers qirf ont réalisé les bénéfices que la loi se proposait (fassû- .rer aux maîtres. de forges. La protection n'a servi de cette manière qu'à augmenter les revenus d'une certaine classe d'individus presque complètement oisife , et dont les récoltes sont toujours sûres et abondantes.
Pourquoi donc àl^rs iva-t-on pas changé }a *lor, lorsqu'on a nédôtmu qu'elle était mauvaise et 'quelle manquait son btft ? C*est, Messieurs, que l'État lui-même est un gros propriétaire de îa dasse de ceux -dont je viens de vous parier; c'est que lestnembres les ptus honorables et les plus 4t)fluetts des deux chambres sont dans la même position. Et Messieurs, vous le savez, la racSUeùre volonté, le -zële4e ^Sltts ardent pour les affaires du pays, lié 'Vctat pus toujours jusqu'à feïre sa* ' orifier ses propres intérêts. C'est là ce qui explique comment 41 a pti se faire qu'utt état de choses aussi déplorable se soit maintenu si long-temps. Vous serei étonnés peut-être qtte les maîtres de forges ne se soient pas.récriés contre cette loi •sot-dteant protectrice de leur industrie i qui ti'tfvaît d'autre résultat que de leur faire |>ayer fort cher une matière première indispensable. O ^silence de leur part «explique facilement : ils se sont fait eux aussi propriétaires de bois x et ils «mt obtenu de cette profession si facile à rçtnplir, des bénéfices bien autrement considérables qiie cenx qufils auraient pu retirer de 1 exercice de Iteur' industrie i rendue pénible par la conçue rence, et le besoin chaque jour renaissant de nouvelles améliorations et d'économies plus sévères.
Il est arrivé de là que les maîtres de forges, satisfaits de leur position , n'ont rien ou presque rien fait pour perfectionner leurs procédés ; qu'ils sont restés, sous beaucoup de rapports, inférieurs aux étrangers , et qu'ils ont demandé eu^-mêmes
■ ( a7°" ) le maintien d'une législation qui leur rendait au
centuple d'un côté ce qu'elle leur faisait perdre
de l'autre.
Malgré le nombre et la puissance de nos gisemens, malgré l'abondance de nçs mines 4e houille, l'industrie du fer, si arriérée encore, ne suffit pas à là consommation intérieure ; et nos fabricans de machines , nos mouleurs sont obligés d'aller demander à l'Angleterre , à la Suède , des fers et. des fontes que nous ne produisons pas , et qu'il nous serait si facile d'obtenir au moyen de certains mélanges de charbon de bois, de cpkeet de houille, de fonte des diverses provenances , d'opérations préliminaires , telles que le lavage et le grillage , mieux dirigées et plus généralement répandues.
La question du combustible n'est pas la seule qui importe à l'industrie du fer; je vous ai déjà signalé l'influence des transports sur le prix delà houille : elle n'est pas moins grande sur celui du fer. La difficulté des communications, l'irrégularité de nos cours navigables, les frais énormes qui en résultent, sont pour un grand nombre de nos usines , même pour les mieux placées , une cause de ruine ou tout au moins d'insuccès. Vous avez vu que les transports formaient la moitié du prix des minerais ; ils entrent pour une proportion bien plus forte dans celui du combustible qui est à la production du fer comme 3a5 à 1,000. Les minerais si riches et si excellens de l'Ârriège sont , je vous l'ai dit , transportés à dos de mulet ; les difficultés de la navigation du Lot paraissent pour Decazeville les avantages que cet établisse*
ment pourrait retirer de sa position spéciale entre le minerai et le combustible; il produit à bon marché et ne peut expédier ses produits. Il en est de même peur Alais, le Creuzot , etc.
A toutes ces causes d'infériorité vient encore se joindre pour ces grandes usines un autre vice radical : le luxe des états -majorset les commissions centrales qui dirigent de Paris ce qui se passe à 200 lieues de là. Je vous ai déjà signalé cette faute commise par plusieurs de nos grandes usines; j'aurai occasion d'y revenir.
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■ II',. WSgSBJSBfcBqjayastçaqwrèff
TREIZIÈME LEÇOtf:
17 Janjier 1837,r .„
•ommaule. Suite de la question des fera. — Coup d'oeil sur la constitution intérieure et la législation de cette industrie. — Inconvéniens des gérences et des conseils d'actionnaires. — Infériorité de nos procédés de carbonisation. — Traitement incertain du minerai. —Absence de concurrence. — Funeste influence des tarifs. — Prix du fer en France et en Angleterre. — Histoire dés tarifs du fer. — Nécessite de diminuer considérablement les tarifs du fer et de la fonte. — Supériorité de la fonte anglaise. — Influence du prix de la fonte sur les machines. — Qualités du fer de Suède ; inutilité du droit qui pèse sur ce fer. — Le§ monopoleurs sont à la chambre. —Opinion de Turgot.
Messieurs,
Je vous ai exposé dans notre dernière réunion les faits généraux et les chiffres essentiels nécessaires à l'examen de la question des fers; il me reste aujourd'hui à jeter avec vous un coup d'œil rapide sur la constitution intérieure de cette grande industrie, sur les causes qui en arrêtent le progrès ou qui les font payer si cher, et sur la législation récemment établie pour la protéger. Si, dans cet examen, je suis amené pour ainsi dire malgré moi à heurter quelques opinions,
( »73 ) et à froisser quelques amours propres; croyez, messieurs, que je ne fais qu'obéir aux exigences de mon sujet, et à l'habitude dont je ne me départirai pas, de dire à nos industriels les vérités que je crois devoir leur être utiles. .
•î Au premier rang des causes de notréinfériorité métallurgique en ce qui touche le fer, je placerai la condition sociale de ce genre d'usines, généra* lement fondées par actions , gouvernées par des gérants et pourvues d'un état-major dispendieux, hors de proportions avec les besoins réels des entreprises. Une longue expérience a prouvé qu'on ne pouvait pas attendre d'un gérant, quelles que fussent sa probité et son activitié, une surveillance aussi exacte, et une sollicitude aussi vive que celle d'un propriétaire sérieusement responsable , travaillant avec ses propres capitaux, et par conséquent intéressé à tous les perfectionnements , à toutes les économies. C'est en cela d'abord que nos 'usines à fer diffèrent de celles de l'Angleterre, qui appartiennent non à des sociétés mais à des particuliers , et qui indépendamment d'une foule d'autres avantages, ont celui d'être administrées de la manière la plus utile, avec la moindre dépense possible. Nos établissements métallurgiques ont en outre contre eux la surveillance d'un conseil d'administration qui se réunit habituellement dans la capitale, loin du foyer des travaux, et qui n'est pas toujours composé des hommes les plus compétents.
"Une seconde cause d'infériorité pour nos usines à fer est due à l'emploi presque exclusif du char-
BUi<mi »
( >74 ) bon de bois. Veuillez vous rappeler , Messieurs ,
la différence que je vous ai signalée dans la dernière séance, entre le capital employé en charbon 4e bois, et celui qui est représenté par le prix <fc & houille : 33 millions d'une part, $ ou 7 raillions seulement de l'autre : or , si vous considères la différence qui existe entre (e prix 4u charbon 4e bois et celui du charbon 4e terre, vous concevrez facilement comment les fabricants qui se servent 4e la houille sont dans une positiop beaucoup plus favorable que ceux qui se servent du l>ois. Le tarif des ^oui^leis ajoute encorq aux difficultés dont sont environnés les maw très de fprges, et j #i à vous signaler unq difficulté nouvelle jusqu'ici à peine entrevue * qui vient cje ^imperfection vraiment honteusq de nos procédés de carbonisation du bois. Ceux 4'entre vous qui ne sont pas tout-à-fa^t étran-* gçxs à çejtye question , auront pu remarquer avec quelle négligence et quel esprit 4e: WUîMW $on$ conduites Jes entreprises d^e fabrication cUçhai>; bon* hes procédés employés sont encore 4*8$ ren£ance;onperd)souyent §f 10, ; 5 et ^q pour çeu% 4e ^a valjÇjur du bois; on recueille mal ou on ^é-
rii^^4fe?. «¥fce fRul? de procfoits qui r^Uent dp la ç^rbpnbation , et om augmente : ainsi ^n pure
B8SSS: le. K» $• ?fe^qps qui &i£ feausôer. àso* tovyr \er prix de reviept <ks fera. Le çtc^magç qui rï«te ie cet ^tat de chose* à, ^ pç& g^i^rnl est tellement considérable que j'ai la conviction q*^Pft»Qërf«!Ms>Rik? une tçès belle Industrie par
I ±7$ ) l'application bien entendue de noi connaissances
chimiques à la carbonisation du bol*.
Là variété nombreuse des méthodes dû fer me •semble encore une antre cause de lenteur et d'infériorité. Tous avez vu en effet , messieurs , que chaque usiné en France avait, pour ainsi dire, ses procédés personnels, et qu'on faisait abusparhri nous de l'emploi des méthodes ou des tâtonnements innombrables qui ont été mis en pratique depuis les anciens jusqu'à nos jours. Si la variété de ces méthodes était une nécessité de .chacune de nos usines , soit à cause dé là nature du minerai, du combustible bu de la càstirie, il n'y aurait rien à dire , ce serait un malheur sans doute, et Un malheur inévitable; mais j'ai la conviction que les nombreux procédés si toal employés dans né& fabriques pourraient être réduits à un plus petit nombre , et jusqu'à i|n certain point à une véritable uniformité ; tant qu'il y aura autant de méthodes que d'usines, n'ayez pas l'espoir de former une classe d'ouvriers exercés , où vorf chefs d'entreprises pourront recruter avec sécurité; n'espé* rez pas comparer des expériences faites avec des éléments différents : vous n'y réussirez point. Le maître ne pourra rien emprunter à la pratique de nos voisins, et Fouvrîer, rien demander à là libéralité d'un autre maître. Tous seront cloués aux mêmes ateliers , aux mêmes habitudes , et il n'y aura ni progrés pour les uns , ni indépendance pour les autres. C'est là , messieurs f ce qui vous explique pourquoi nous sommes obligés d'aller chercher en Angleterre des contremaîtres exercés
que nous pourrions former bous mêmes , si nog établissements métallurgiques fussent restés moins fidèles au culte de la routine; tous ceux qui ont fait des efforts généreux pour en sortir y sont parvenus avec un grand succès, Fourchambault; par exemple, qui est une usine comparable à ce que l'Angleterre a de plus avancé. ■ >
Mais ces beaux exemples sont rares dans la fabrication du fer : les améliorations n'y marchent qu'avec lenteur-, les procédés nouveaux n'y sont admis qu'avec défiance , à quoi il faut ajouter la rareté des capitaux, la difficulté des appelsde fonds à des actionnaires fatigués, et la cherté plus grande qu'en aucune autre industrie, des remaniements ou des constructions de fourneaux et de machines; car il y a beaucoup d'usines en France , qui ont dévoré leur capital, soit qu'elles eussent mal choisi leur emplacement , soient qu'elles aient été administrées sans ordre et sans économie : leur grand malheur est d'avoir trop compté sur la protection. Assurés de vendre à un prix élevé sans craindre la concurrence des produits étrangers, nos entrepreneurs n'ont pas fait tout ce qu'ils pouvaient faire, et le pays a supporté sans compensation , des charges très pesantes qui n'ont pas toujours profité à ceux pour l'avantage desquels elles avaient été créées; combien n'a* t-il pas fallu de temps pour faire adopter les laminoirs anglais; et l'air chaud, et les soufleries à la vapeur ? c'est là un dommage immense sans compter la cherté et la difficulté des transports.
Mais ce qui domine la question des fers, c'est
( *77 ) celle des tarife. Ce sont eux qui ont fait élever
tant de fourneaux et qui ont ensuite été cause de leur peu de prospérité ; car les oscillations du taux de la prohibition ont constamment entre* tenu la peur dans l'esprit des capitalistes, et il en est résulté de l'hésitation à risquer des fonds dans cette industrie. Joignez à cela la tendance continuelle des entrepreneurs à baser les conditions de leur avenir, beaucoup plus sur les primes que 3ur les efforts du talent et les applications de la science, et vous aurez la clef du peu de développement que je n'ai pu m 'empêcher de vous signaler dans notre industrie des fers.
Et cependant je pourrai vous répéter ici tout ce que je vous ait dit, pour vous faire apprécier l'importance de la houille ; le fer est la matière première de toutes les industries ; constructeurs de machines, filateurs, agriculteurs, marins, fabricants, ouvriers, tous sont intéressés à l'avoir au meilleur marché possible. En Angleterre, l'abaissement du prix du fer a eu des résultats tels que l'on y construit maintenant avec ce métal des planchers, des escaliers, des toits, des colonnes et bientôt sans doute on en fera des maisons. L'introduction du fer n'a pas seulement amené le bas prix des constructions, mais encore une plus grande élégance et une plus grande commodité. Dans les docks de Ste-Catherine à Londres, les colonnes creuses qui soutiennent la toiture, servent d'égout aux eaux pluviales; et dans les caves avec desimpies briques rangées sur ces colonnes, frêles et délicates en comparaison des gros piliers de ma-
( »7« ) \, on est parvenu à faire dos voûtes surbaissées admirables-
Les renseignements suivants vous donneront ail surplus une idée delà révolution que peut faire dans une industrie le bas prii du fer ; ils sont relatifs à L'abaissement du prix de la quincaillerie en Angleterre depuis i8t8.
Une paire de chandeliers qui valait 3 fr. 5o a vaut aujourd'hui 1 frl a 5 a ,
, Lès loquets qui valurent 45 fr. la douzaine talent au jourd'hni i a fr.
La grosse de boutons de 5 fr« 5o c. vaut s fc a5 cent.
Le mèrhe changement s'est opère dans tek autres articles: les Faulx, les limes, les pelles, les bêches, les Jïiodhes, les marteaux, les clotis, etc.»ëtc! presque tous sont diminués de moitié cjuand ce n'est pas des deux tiers.
Avant de jeter un coup d'œil sur le tarif des douanes, je vais vous citer quelques prix cqmpa; ratifs c!u fèr en France et eh Angleterre: je les trouve dans une brochure intéressante publiée par M. Mirio, ancien marchand de fers.
En prenant pour exemple le prix couranj dç l'usine de Châtillonsur Seine, on trouve (cm 836)
Première classe, fer carré de 9 lig. 4*fr- les 100 k. 3e « . . .. • • . • . 6 • 45 « •' « »
\J • • • » t , » • .. • • O ■ OO 1* • • «4» * *
En prenant pour exemple des prix anglais ceui
del'usiqe de Nauty*Glo et Beaufbrt {pays de Galles) on trouve (6 janv. 1 836).
xrt classe, fer carré de 8 lig.. ^20X40 c.leaiook. a* ..••.. • .fi „. ,.. 21,70 . • */ • î.
6e # . * • •-••,•■ 3 «.«.So, 6o < * . * ♦
fin voit qutep Frapçç il y a une dilïérenee de 8. (rages par ioo kil. entre la première et la. dernière classe, çt qu'en Angleterre elle est de i a fir. %Q fi, ; <HJ§lq^â uçings f màça)33* né font qu'une différence d'un franc par classe; en Angleterre eUe ç*$ la même par tout. Comment se iait-ii donc qu'on ait imposé des petits fers plus que les gros? Est-ce pour, protéger les ouvriers? Mais- quand il fr'#git d'étirer le fer de quelques lignes au taminoir f la maiab d'oeuvre est bien peu de cfaôse ; et ^ si l'on voulait réellement favoriser le travail de l'ouvrier, il faudrait laisser entrer librement la houille , la fonte et le fer en maseiaux. ■
Le tarif des fers $tait en 1814» au ier avril, de 4 francs pour ioo kiL ou 4o franes la tonne pour le fer en barres , et de 6 francs par i oo kil. on 6e francs la tonne pour le fer en verges, caril* loos f rondibs, etc. ; la fonte brute payait un sità* pie «$r oit de balance; '" " ' 'r '
La fonte moulée pour projectiles dfe guerre 3 franco les i oo kilos;
Toatea les ailtr es étaient prohibées.
X^suIeikkutS décembre i$*4 a porté ;
i*qfacà-L3feaqc«^
( *$*) Le fer qui a subi trois manipulations à a 5 fr.
Et le fer qui en a subi quatre à 4o fr. . La fonte à 9 fr. 90 c.
Et la fonte épurée à 1 5 fr.
La loi du 28 avril 18 16 a ajouté le décime de guerre qui porte le fer de i5 francs à 16 fr. 5o c. « Les faiseurs de la loi du 217 juillet 1822, dit M. Mirio avec raison, voyant que les fers de petites dimensions se vendaient plus cher , ont cru faiie preuve d'une extrême sagesse en les imposant du double ; et en conséquence de cette lumineuse idée, ils ont établi leur tarif comme suit:» ( décime de guerre compris ).
. 1" classe, fer de 10 lig« 27 fr. 5o c« par 100 kil. 2e. • • • 7 • • «39 60 • • » • • • •
L'ordonnance du 10 octobre i835 rendue par M. Ducbâtel a réduit ces droits d'un cinquième; ce qui les met au taux suivant : ■ Première classe • • . 22 fr.
Je ne puis mieux faire pour que vous coropre- WZ ce qu'il y a d'imparfait dans ce tarif que de vous engager à rapprocher tous ces chiffres. Vous y verrez , par exemple , que le prix des fers anglais de première classe qui coûte 20 fr. 4° c» d'achat, 22 francs d'entrée et 5 francs de droits de transport, de frais de sortie , fret , assurances , commission , etc. ne peuvent être rendus en France qu'à 48 francs , de sorte qu'il faudrait que les fers français parvinssent à ce prix énorme pour
( *8i ) que l'on pût songer à importer des fers anglais en France. Et encore ne faudrait-il penser qu'aux fers de grosse dimension puisque pour les autres les droits peuvent être de 22 francs ! J'insiste donc avec M. Mirio sur la nécessité d'un droit unique, quelles que soient la forme et la dimension du fer en barres; car sans cela les réductions de droit n'auront aucun résultat pour le consommateur. En effet si les maîtres de forges voient le prix de leurs gros fers limités à 48 francs, ils peuvent prendre leur revanche en vendant à des prix exorbitans les fers de tous les calibres au-dessous de 1 o lignes.
S'il y a , Messieurs , nécessité de diminuer progressivement les droits sur les fers , les mêmes raisons nous engagent à demander aussi le même droit pour la fonte. En effet la majeure partie des travaux mécaniques réclament la fonte anglaise et quel soit son prix, nos fondeurs sont forcés de s'en procurer. Le haut prix des fontes influe d'une manière funeste sur les prix des machines. Voulez vous savoir jusqu'à quel point le tarif est vicieux ? Depuis quelques années la construction des machines à vapeur a fait de grands progrès en France, non pas pour le prix , elles sont toujours très chères, mais pour le nombre et surtout par la qualité , - puisque celles de petit modèle sont souvent préférées aux machines anglaises ; eh ! bien , le tarif n'impose les machines qui ne sont que de la fonte fabriquée, que de 3o pour cent ad valorem, tandis qu'il porte à peu-prés à 100 pour cent les droits sur la matière qui sert à
Blanqui. 36 '
( 28i ) les faire. Encore les machines à Tapeur sont-elles les moins bien traitées, puisque les cordes , les tours et autres ne sont soumises qu'à un droit de i5 pour cent que l'on peut encore facilepaent réduire en faussant les déclarations d'un tiers.
A cela, Messieurs, les partisans du monopole répondront qu'il faut élever le tarif pour les machines ; quant à nous nous prendrons la bonne route et nous conclurons à un abaissement hardiment progressif qui nous conduise dans peu d'années à un simple droit de balance. Et qu'ont donc à craindre les producteurs français ? la houille anglaise ne sera-t-elle pas toujours surchargée des frais de transports , etc ? Mais nous sommes encore bien loin de ce que nous demandons, cette matière première si lourde paie encore 8 fr. 80 c.
La France tire des fers d'Angleterre et de Suède. Je vous ai parlé des premiers et j'aurai jjeu de mots à ajouter pour les autres : lés fers du Nord fabriqués au charbon de bois sont indispensables à nos fabriques d'acier et de limes ; mais nos fers, ceuxduBerriet de Bruniqqel, j>ar exemple , sont meilleurs comme fers pour l'usage ordinaire, et par conséquent ils ne devraient pas craindre la concurrence. Cependant comme noijs n'avons pas voulu traiter |es vaisseaux Suédois comme les nationaux, nous sommes obligés de recevoir le fer par les vaisseaux qtr^ngers ce qçû ncusfait payer un dixième en sus, de .sorte que le droit est ainsi composé :
droit par jpo kilog. ♦ . . x&fr.
( *83 ) * */o pour importation par navire étranger ....... i 5o.
Le décime de guère sur le tout i 65.
En tout 18 i5.
Les Anglais ont été plus habiles que nous , ils avaient mis un droit de 7 1/2 livres sterling ( 188 francs) • pn i8a5 ^ls ont reconnu que ce droit nuisait à leurs fabriques d'acier et de quincaillerie sans protéger leurs fers, et ils l'ont réduit à 1 jp livre sterling ( 37 francs) de telle sorte qu'aujourd'hui malgré le droit énorme mis à rentrée , nous allons chercher une grande quantité d'acier et d'outils en Angleterre et en Allemagne
Tous vous rappelez . Messieurs , l'accroissement gigantesque qu'à pris l'industrie cotoqnière, qui elle aussi a eu à lutter contre la supériorité des Anglais. Pourquoi les maîtres de forges partis du même point n'ont-ils pas fait les mêmes progrés que les filateurs de coton ? Ils ont eu comme eux de la capacité , du temps et des protections ; mais la contrebande a excité l'ardeur des premiers et n'a rien pu sur l'atonie des seconds, dont les produits sont trop encombrans. Il serait à désirer que les chiens des contrebandiers pussent passer des barres de fer sous l'œil même des douaniers de la frontière, car la question serait déjà résolue et j'aurais ce soir à vous entretenir d'un autre sujet.
En terminant je vous dirai que dans cette question comme dans beaucoup d'autres le pou-
voir exécutif est souvent impuissant ; son influence vient se briser contre l'acharnement des monopoleurs haut placés ; et vous avez vu que M. Duchâtel avait eu beaucoup à lutter pour rendre son ordonnance qui réduit les droits d'un dixième. C'est à la Chambre que se trouvent les partisans les plus ardens du monopole; c'est aux électeurs à porter remède à cet état dangereux pour l'industrie du fer. Et quand je dis que les partisans du monopole sont à la Chambre , je suis loin de vouloir jeter te blâme sur eux. Us se sont faits tout naturellement les échos de leurs propres intérêts et vous savez qu'on est presque toujours fort mauvais juge dans sa propre cause: au reste la question n'est pas neuve et , il y a plus de quarante ans, le célèbre Turgot écrivait au ministre Terray qui lui avait demandé son avis au sujet d'un droit à établir sur l'industrie du fer, (Turgot était alors inteudant d'Auvergne); une lettre remarquable qui rentre tout à fait dans
mon sujet (i).
(l). Voyez U leçon mirante dani laquelle la lettre a été transcrite prêt** que en entier.
ri ... ■ , ■ .■ .! . !..
QUATORZIÈME LEÇON
20 JtDTier 1887.
Sommuie : Examen de l'enquête de 1828 sur les fers. — Citations. — Ré* flexions. — Lettre de Turgot à l'abbé Terray. — Conclusion.
Messieurs ,
Nous jetterons ce soir un coup d'oeil en arrière, et nous rechercherons ce qu'il est résulté de plus net et de plus clair, de la fameuse enquête faite en 1828 par l'administration, sur l'industrie du fer.
Ce qu'il y a de remarquable dans cette revue rétrospective, c'est que la plupart desdéposans, qui ontdéfendulacausedela liberté commerciale et de l'abaissement des tarifs,ont fait des prédictionsque le temps a réalisées; tandis que les avocats du monopole et de la prohibition, qui. n'ont pas tenu leur promesse d'alors, ont vu de plus leurs sinistres prévisions heureusement démenties parles faits qui se sont passés depuis cette époque,déjà si éloignée de nous. L'expérience que nous avons
( i86 )' acquise ainsi,nous permettra d'estimer à leur juste ' valeur les divers argumens présentés dans cette occasion,etle cas qu'il convient d'en faire lorsqu'ils sont reproduits dans nos discussions de chaque jour.
Vous voUs rappelez sans dbùte que l'impôt sur les fers étrangers avait été voté pour venir au secours de la métallurgie française; or, je vous l'ai dit, ce n'est pas elle qui a profité de cette taxe, mais une autre classe de producteurs : les propriétaires de bois. En effet le prix de ce combustible qui était en 1 821 ( avant la loi qui a augmenté le tarif îfës fers ), de 5 fr. a 3 fr. 5o c. là corde , s'était élevée à 5 et 6 fr. à l'époque de l'enquête;
c'est-à-'dife que dans cet espace de huit ans le combustible employé par nos forges avait doublé de valeur. Nous sômniçs donc autorisés à dire que I3 loi protectrice a manqué son but , et qu'elle n'a eu d'autre résultat que de rendre plus chère pour les consommateurs industriels, une denrée de première nécessité pour eux ; e{ qu'il en a été de même pour les consommateurs ordinaires, la masse du public qui n'emploie encore que le bois pour le chauffage domestique , dont vous connaissez, Messieurs, toute l'importance.
La loi a été surtout hostile aux industries qui emploient lefet1: en mettant les maîtres de forges à l'abri de la concurrence étrangère, elle les a encouragés à ne pas perfectionner leurs prockiits; et bien que dans l'enquête ils aient soutenu le
contraire , les faits sont là pour leur donner un éclatant démenti.
« D. J'ai lieu de croire, disait le président à l'un de ces industriels , que beaucoup de fabricans préfèrent encore tirer leur fonte d'Angleterre.
cR. Je crois qu'ils n'accordent pas une telle préférence aux fontes anglaises sur les Bonnes fontes douces de France. Je ne doute pas au reste que notre fabrication intérieure ne suffise bientôt en quantité et en qualité à tous les besoins ».
Voici des chiffres qui nous montreront combien cette assurance était peu fondée. En 1827 , un an avant l'enquête , l'importation des fontes anglaises était de 2,227,892 kilog. , en i835 elle était de 10 millions ! Voilà comment la production française suffît à tout.
Il est donc bien évident que quelles que soient la qualité de nos minerais, l'abondance de nos houilles et de nos bois, notre métallurgie n'est pas encore en mesuré de répondre à tous les besoins de la consommation française. Jugez d'après le chiffre de l'importation et la quotité de l'impôt , des sacrifices que cette protection inutile a imposés à toutes nos industries , et des nombreux intérêts qu'elle a lésés.
L'enquête fourmille de contradictions semblables et de bien plus surprenantes encore que nous aurons plus d'une fois l'occasion de constater.
C'est ainsi par exemple que les prix qui devaient diminuer chaque année se sont sensiblement accrus.
Le fer roche de Champagne qui se vendait
( *88 ) 5i fr. 5o c. en 1821 valait 5a fr. en 1824 et 58
en 1827.
Id. Vosges. Id. 48 « « 5o « 53 fr.
Demi roche. Id. tfi <t « c « 52 «
De Bourgogne. /S. 5o « « 55 <c 53 ce
Il en a été de même pour à peu-près tout ce qui , d'après le défenseur des tarife , devait résulter de leur maintien.
«D. Quel prix vous faut-il obtenir aujourd'hui (en 1 828) de votre fer, pour garder un bénéfice raisonnable: 10 0/0 par exemple?
ce R. Aujourd'hui, en employant seulement la fonte du Creuzot, nous produirions le fer à 32 fr. par 0/0 kilog. ; mais la moitié de notre fabrication se fait encore avec de la fonte par nous achetée à 2o5 fr. , ce qui ajoute 70 fr. par 100 kilog. au prix ci-dessus et porte notre fabrication à 39 fr ». Il nous faudrait ainsi vendre au prix de 43 fr., sur place, pour avoir un bénéfice de 10 p. 0/0. »
Il y a quelques conclusions à tirer de cette réponse. Une certaine partie du fer qui se fabrique en France est fait avec de la fonte étrangère, ce qui explique le chiffre des importations anglaises. Si donc on élève le prix des fontes de ce pays en les frappant d'un droit, c'est le prix du fer qu'on augmentera en dernière analyse, et ce sont les mille industries qui l'emploient qui auront à payer les frais de cette chère protection. Quel enchaînement de conséquences fâcheuses, quel cercle vicieux; et comment se fait-il que les mesures qui devaient profiter à tous , aient ainsi
(*»9) causé tant de gêne et de souffrance k tout le
inonde !
ce D. A quelle époque, demandait-on à la même personne, pensez vous qu'on puisse espérer d'obtenir le fer en France, à des prix inférieure ji peux que vous venez d'établir?
« R. Cela dépendra de la promptitude avec laquelle de nouveaux établissements se formeront dans des localités convenables, où la bouille et le minerai se trouveront réunis. Je croîs que h diminution que subiront les prix sera progressive, mais elle ne sera notable que dans dix ans.
ce D. Cependant vous nous avez dit que vous espériez bientôt produire le fer à 28 fr., ce qui vous permettrait, pe semble f de le vendre à 3^ ou 33 fr. Continuer de le vendre au prix actuel de 4° et 45 îv^ ce serait faire un bénéfice exagéré à la faveur de t insuffisance de la concurrence intérieure. Ne serait-il pas possible dèslors, d'appeler une certaine concurrence extérieure ptr quelque réduction du droit sur les fers?
a R. Veuillez remarquer que j'ai parlé de Téta-, bUssemeat du Creuzot , que je considère comme étant maintenant dans un cas d'exception, à cause des avantages de sa situation. Je crois qu'il aurait peu à souffrir d'une réduction modérée , telle par exemple que 5 fr. par o/o k. ; mais je croie que cette réduction serait funeste à un grand nombre d'autres établissements »,
C^t celui qui ^iv^it annoncé de cette manière
le gqrt 4e ses ;ço»ç.wrett$s qpi* &Mf&w\>èle pre-
Blanqni. 87
( ^9° ) mier et pour ainsi dire le seul. Et s'il était permis de rechercher les causes pathologiques de son décès , peut-être trouverions-nous qu'il ne tient en rien au tarif et à ses modifications; mais bien à ce genre de ruine que renferment toutes nos grandes sociétés industrielles, et que j'ai eu déjà l'occasion de vous signaler en le désignant sous le nom de : Luxe des États-Majors.
Voici une autre citation.
ce D. Quel effet , dans votre opinion , produirait une réduction modérée des droits sur les fers et sur les fontes d'origine étrangère ?
« R. Dans mon opinion, une réduction actuelle, N ne fut-elle que de dix fr. par o/o k. comme on en a parlé , ferait tomber dans un grand nombre de localités et certainement dans le Berry et le Nivernais , les usines qui fabriquent la fonte et le fer au charbon de bois.
Heureusement tous ces prophètes de malheurs ont vu leurs prédictions ne pas s'accomplir ; cette réduction, qui effrayait tant, a eu lieu, et grâce à Dieu, nous n'avons assisté à aucun malheur ; elle n'a fait tomber aucune usine , pas plus du Nivernais que du Berry ou d'ailleurs ; les actions de plusieurs de ces établissements ont même augmenté de valeur et elles jouissent de beaucoup de crédit. On disait qu'il ne faudrait que quelques années de maintien des tarifs pour que la production française fournît à la consommation les mêmes qualités et au même prix que l'Angleterre; 8 ans se sont écoulés entre le jour où ces promesses étaient faites et celui qui a vu dimi-
( 291 ) n uer les droits, sans qu'à cette dernière époque nous fussions plus avancés qu'à la première.
Dès lors l'administration , plus sage que les industriels , prévoyait les inconvénients d'une protection excessive : je lis en effet dans l'enquête :
« Une protection trop élevée ne peut-elle pas déterminer la formation d'établissements qui , placés dans une position peu avantageuse , fabriqueraient nécessairement le fer à un prix trop élevé, et qui auraient besoin indéfiniment de cette protection ?
« R. Cela s'est vu sans doute ; mais je crois que ce n'est plus à craindre. Chacun aujourd'hui est tellement averti de la nécessité de se placer dans une position où il puisse soutenir la concurrence, qu'on n'ira plus choisir de mauvais emplacements ».
Eh bien ! Messieurs, j'ai fait le relevé des établissements créés sous la foi des tarifs, et j'ai constaté que beaucoup étaient mal placés. Faut-il * donc, je vous le demande, que le pays fasse les frais des écoles et de l'imprévoyance do ces gens inhabiles .et paresseux qui disent : à quoi bon perfectionner nos moyens de fabrication ; à quoi bon réduire nos prix; la consommation intérieure ne nous est-elle pas assurée, pour la plus forte partie du moins, par des lois protectrices et prohibitives de la concurrence étrangère ?
Voici un passage de l'interrogatoire du même déposant , qui a le mérite d'être piquant
« D. Préférez vous donc l'inquiétude insépa-
rabîe de Têtat actuel des closes, c'est-à-dire cTàné
protection annuellement contestée, 4 une réduction dé S fr. sàr les? droits qtti resteraient ainsi fixés pouf un terrips détermine ? *
« R. Cette inquiétude né me pàtàît pas éqùU valoir dans ses inconvénients à une réduction dé 5Jr. qui tuetàiï immédiatement tes forges allant au charbon de bois. Elles doivent préférer là crainte de la tooRT A la itioRT miIme. î)'aiHeiïr$ etc.
Et plus foin:
tfD. Comment se fait-il que les maîtres de forges au charbon de bois tiennent tant au main* tien d4une protection qui doft nécessairement amener leur ruine ?
« R. Parce qziils aiment tnieuûp vivre un peu plus long-temps que d'être tués tout de suite ».
Ces réponses sont, comme vous le voyez, remplies de franchise et de naïveté; et on conçoit parfaitement que si les maîtres de forges avaient su être gravement lésés par la réduction , ils devaient préférer la crainte de la mort à la mort même ; mais, je le répète, ces craintes si franchement exprimées et si souvent reproduites étaient vaines ; la réduction a eu lieu et personne n'eii est mort , seulement on gagne peut-être un peu moins ; ou ce qui est préférable , on a amélioré les tnoyens de fabrication.
Examinons un peu maintenant dédommage qui résulte pour la marine de f État et pour celle du commerce, de cet état de choses.
cr.B. Quelle quantité de fer en barres, demande le ministre au délégué de la chambre de com-
taâerce de Nantes, èntre-t fl dans là construction <J*un navire de 200 tonneaux ?
« R. lia quantité de Fer employée dans la construction d'un tel navire est de S7 kilog, par tbnneau, soit 7,4°° kilog. qui se répartissent aiiisi :
fotir la ewpw ; . {5 ît. pér toineau on 3000 le. fr . un natiw de teoion | — Le gréément. • 8 « id. — 4660 f
•— Lei ancre* • • 7 a . id. — 1400 «
' les entines. . . . fr « ùt — 4400 «
fiaraét*. . » Wk. pwl«Mfa«o»^ioôY.p. onMTirinhlûOWii*
Ce qui fiait une taxe de 4070 francs pour un navire de 200 tonneaux ; mais ce n'est pas tout encore ; on a généralement adopté dans la marine l'usage des cables en fer, surtout pour les fonds 8e corail et de roche ; ici ce n'est plus seulement le commerce qui est taxé , ce ne sont pas les frais généraux qui sont augmentés; c'est la vie des hommes qu'on impose, c'est leur sûreté qui est compromise par le tarif! '
« D. Quel est ordinairement le poids d'un cable de fer propre à un navire de aoo ton.?
a R. Ordinairement i4 à i5oo kilog.; mais il y a des navigations , dans les grands fonds , pour lesquelles ce cable doit être prolongé, et alors il pèse de 2,000 à a,3oo kilog. »
ce D. Quel prix paie-t-on dans les fabriques de Nantes ; un câble de fer propre à un nav. de aoo ton.?
« R. Il se paie ordinairement 1 1a fr. les ojo k. ce qui, etc.
«D. Combien paie-t-on de droits pour les cables qu'on tire de l'Angleterre?
a R. 5o fr. par o/o k. , non compris le décime, en vertu d'une décision spéciale qui permet l'importation des chaînes , moyennant le droit de l espèce dejer le plus chèrement taxée. »
C'est donc 825 à ia65 francs de droits pour un seul câble !
« D. Savez-vous à quel prix se vend un câble venant d'Angleterre ?
« R. Je crois que le prix du câble anglais , chargé du droit , diffère peu de celui du câble français.
Un navire de commerce du port de 200 tonneaux a donc à supporter 5,ooo francs de taxes seulement pour le fer qu'il emploie ; ajoutez-y les droits sur les bois du nord ou de l'Amérique, sur les chanvres, les goudrons, et vous aurez l'explication de la différence qui existe entre le fret de notre marine et celui de l'étranger. Tous les transports maritimes sont moins élevés que les nôtres et malgré la surtaxe imposée aux navires étrangers, notre commerce lui-même trouve encore de l'avantage à l'employer.
J'ai toujours à revenir sur certaines questions et principalement sûr celles des tarifs ; c'est que , Messieurs, ses conséquences sont tellement déplorables, son influence si funeste, que je ne saurais trop les signaler et en demander la réforme.
On se plaint que notre commerce d'exportation soit tombé , et comment voulez-vous qu'il en soit autrement ? A part l'augmentation de notre fret qui tient aux droits sur les fers, les bois, les chanvres , etc., quels échanges voulez-vous que
( *9* ) nos négociants puissent faire à l'étranger , lorsque la plupart des retours sont impossibles j nous sommes obligés dp revenir sur Test , ou si nous nous risquons à embarquer des objets prohibés ou trop haut taxés , il nous faut les aller vendre sur les marchés étrangers, en concurrence avec les autres puissances maritimes qui toutes naviguent à meilleur compte que nous.
Il en est pour la pêche de la baleine , celle de la morue, comme pour le commerce ordinaire; ce ne sont pas des primes qu'il faut à nos armateurs , ce sont des navires à bon marché, qui les mettent sur un pied d'égalité parfaite avec tous leurs concurrents.
Ce n'est pas seulement notre commerce maritime qui souffre du maintien des tarifs, il en est de même pour celui du continent. Ayant eu Tautre jour la visite d'un célèbre économiste napolitain , je m'entretenais avec lui des relations commerciales qui existent entre son pays et le nôtre , et lui demandais la raison du ralentissement des affaires depuis quelques années. Il me répondit que cette interruption dans les rapports des deux pays , avait uniquement pour cause la rigueur hostile de nos tarifs. Les Napolitains nous payaient avec les laines produites par leurs nombreux troupeaux de la Pouille , nos draps , nos mérinos toutes nos étoffes fabriquées ; le droit de 33 p. o/o a rendu stérile entre leurs mains ce moyen d'échange. Ne pouvant plus nous vendre leurs laines, ils ont cherché à les utiliser ; ils ont établi des manufactures et ont taxé à leur tour et par re-
présailles , non seulement nos draps et nos étoffes de laine ? mais aussi presque tous nos autres produits. Voilà , Messieurs, l'effet des tarifs; nous avons voulu protéger les éleveurs de bestiaux et sans profit réel pour eux , nous avons nui gravement à toutes nos autres industries. Ce qui est arrivé pour l'Italie, a eu lieu aussi pour l'Espagn e, pour la Belgique , le Portugalettant d'autres pays dont nous avons repoussé les produits à coups de prohibitions et de droits élevés ; mais revenons à l'enquête sur le fer.
Je vous ai cité, en commençant cette leçon, la réponse de ce maître de forges, qui assurait qu'avant peu d'années ( il parlait en 1828) et avec le maintien du droit , l'industrie métallurgique française suffirait à tous les besoins de la consommation en quantité et en qualité , le chiffre seul des importations de fonte anglaise en 1827 et en i835 vous a montré comment cette promesse avait été tenue, l'induction que nous avons tirée de ce fait se trouve corroborée par le témoignage d'un de nos plus habiles fondeurs mécaniciens de Paris. Je n'ai pas voulu nommer ceux qui défendaient le système du monopole; quant à leurs adversaires, ceux qui demandent la levée des prohibitions et la réduction des tarifs, je n'ai pas les mêmes raisons pour taire leurs noms, je vous dirai donc que l'industriel dont je vais vous lire la déposition est M. Calla, bien connu de la plupart d'entre vous.
* ï). Quelle sorte de fonte employez-vous?
t R. Des fontes qui /réunissent autant que pos-
( *97 ) sible une très grande douceur à une très grande
force et qui se contractent le moins possible en se
refroidissant.
« D. D'où les tirez-vous ?
« BL Uniquement d Angleterre depuis l\ ou 5 ans»
« D. Pour quelle raison tirez-vous exclusivement vos fontes d'Angleterre?
" « H. Parceque nous avons rarement trouvé dans les fontes françaises les qualités de la fonte anglaise.
Plus loin M. Calla déclarait qu'il ne pensait *pas que les établissements qui ont besoin dé bonnes fontes pussent être approvisionnés suffisamment par les fontes françaises avant sept à ïtuit ans. Ses espérances mêmes ont été trompées ; fieuf ans se sont écoulés depuis qu'il parlait ains i; «et l'importation des fontes anglaises a quadruplé!
Non seulement le droit protégeait nos maîtres 'de forges par la quotité du droit , mais la loi les protégeait encore en n'admettant k l'importation que des fontes coulées en gueuses pesant au moins tjuatre cents kilogrammes.
M. Calla signale ainsi les inconvénients qui résultent de cette prescription:
id La forme des gueuses est gênante pour la manutention ;
2° Elle augmente le prix du fret ; 3° Elle élève le prix de la matière dans les usines anglaises, attendu qu'on ne peut l'obtenir dans : ces usines que sur une commande spéciale ;
ht BlanqttL W
4° Elle exige pour la fabrication une consommation de combustible plus considérable ;
5° Elle nuit à la perfection du travail , en ce sens que les massiaux étant d'un plus grand volume , on a plus de peine à obtenir une fonte suffisamment fluide, il serait donc désirable pour nous que cette limite n'existât pas. Il est remarquable au surplus que malgré la gêne qui en ré-* suite ,nons achetons toujours des fontes étrangères ; ce qui prouve que la restriction n'atteint pas le but que la loi semble s'être proposéj».
Vous pensez bien, Messieurs, que ce n'est pas par plaisir ou par méchanceté , qu'un industriel aussi dis t in g ue que M. Calla, a déposé ainsi dans l'en que te. Cette question des gueuses, aujourd'hui vidée , a été long-temps pour nos fabriques une gêne très grande et la source de frais considérables. J'ai vu moi-même à Essonne , chez un autre déposant , M. Feray , une machine très coûteuse qui n'avait été construite que pour briser les gueuses de fonte anglaise ; l'intérêt du capital représenté par cette machine et la main d'oeuvre exigée pour lé cassage des gueuses, venaient ainsi se joindre au droit et augmenter son chiffre déjà si jéievé.
Ainsi ce n'était pas seulement par le fond mais encore par la forme qu'on apportait des entraves au travail; on n'était pas satisfait des causes d'infériorité naturelles, on en créait d'artificielles; on ajoutait à des obstacles déjà nombreux, des obstacles plus grands et plus insurmontables. Il en fut pour les fontes comme pour les huiles j la nature avait fait celles-ci de bonne qualité , la
( *99 ) douane obligeait à les empoisonner avec de, la
thérébentine pour qu'on ne put pas les manger, et qu'elles fussent exclusivement employées par les manufactures dont elles détruisaient les machines au lieu de les conserver.
La providence a tout disposé pour le plus grand avantage des hommes, et parmi eux il s'en trouve qui payés à l\o sous par jour n'ont d'autre occupation que de détruire ses bienfaits, et de déranger ce que dans sa haute prévoyance elle a si admirablement préparé : quelle lutte insensée! ,
Voici maintenant quelques détails également tirés de l'enquête sur la question des prix.
« D. D'où tirez-vous vos fontes de qualités supérieures?
« R. D'Ecosse et du Straffordshire.
« D. D'où tirez- vous la fonte moyenne ?
« R. Des usines de Fourchambault et de Pont* callic en Bretagne pour les deux tiers, et de la Belgique pour l'autre tiers.
«. D, Qu'entendez-vous par fonte supérieure ?
« R. Celle qu'on désigne en Angleterre sous le nom de fonte n. i.
« D. Qu'entendez-vous par fonte moyenne ?
ce R. La fonte regardée en France comme de qualité supérieure.
« D. Est-ce qu'on ne fabrique pas dans quelques usines françaises de la fonte égale au n0 i anglais.
« R. Je n'en aijameds rencontré*
« D. Quel prix payez- vous sur place les fontes de Fourchambault et de Bretagne?
( 5oo )
« R. *8 fr. le* o/o k.
< « D. Quel est le prix le plus élevé auquel voua les avez payées ?
<t R. 44 fr- rendues à Paris.
« D. Ce prix a-t-il été de longue durée ?
« R. Depuis F époque de t élévation du droit des fontes étrangères en i8aa.
« D. À quel prix achetez-vous sur piaoe en Angleterre la fonte n°i?
tu R. De i3 f. 75 à i5 fr. leà 070 k.
« D. À quel prix vous revient-elle rendue dans votre établissement?
t( R. De 29 à 5o fr. les 0/0 k.
« D. À quel prix obtenez-vous en Angleterre , l'espèce de fonte que vous considérez comme égale à la fonte française que vous employez dans vos usines ?
<r A ï r fr. a5 c. les 0/0 k. au port de Cardiff.
« D. A quel prix vous revient-elle à Essonne?
« R. A a6 fr. 65 c. les 070 k. y compris 9 fr. 90 c. de droits.
Ainsi voilà près de 4o p. 0/0 d'augmentation que la loi fait supporter aux consommateurs , c'est-à-dire à tout le monde. J'arrête ici les citations de l'enquête, et de celles qui précèdent, je lire cette conclusion que ceux qui ont prédit qu'une réduction de droits serait le signal de la ruine d'un grand nombre d'établissements se sont trompés ; la réduction a eu lieu et personne n'est mort excepté ceux qui à l'abri des tarifs s'étaient placés dans de mauvaises conditions sous le rapport du minerai , du combustible ou des routes.
(Sot)
Il n'y a qite les défendeurs de la déformé économique qui ont dit vrai; ils avaient anonncé qu'une réduction de droit était indispensable , qu'elle ne nuirait pas à ceux dé nos établissements qui étaient bien situés , mais que pour être efficace elle devait être considérable, ou que sans cela l'émulation ne serait pas assez forte pour lés produits similaires, et que les consommateurs deâ fontes et fers que la France ne fournit pas encore, seraient toujours obligés de payer fort cher et sans avantagea pour les maîtres de forges, une matière première indispensable à leur industrie»
L'expérience et les faits ont vérifié tout ce que ces hommes avancés avaient dit; la réduction accordée a été trop faible et pour un grand nombre d'objets nous lie pouvons pis encore lutter avec l'Angleterre ; nos machines sont en* core bien plus coûteuses , et notre agriculture > notre marine , nos constructions, sont grevées de frais énormes qui ne profitent à personne et que tout le monde paie.
On consomme en Anglererre quatorze fois et demi plus de fer qu'en France ; cette industrie avec celle de ia houille , car elles sont liées l'une à l'autre, forme le véritable thermomètre de la prospérité du pays, Aujourd'hui les Anglais construisent des maisons tout en fer. Vous avez peut-être visité le Dock de Ste Catherine à Lon* dres, vous aurez sûrement remarqué alors ces colonnes de fonte si élégantes qui vont depuis Ja base de l'édifice jusqu'au sommet; elles supportent des grues et sont creusées pour
< 3oa ) servir à l'écoulement des eaux qu'elles rejettent dans les bassin$. De tous côtés on voit le fer eu barres , la , tôle, l'acier, prendre raille formes différentes et se substituer de plus eu plus au bois et à la pierre.
Des murs, des planchers, des plafonds, sont établis en fer et en fonte ainsi que le comble des bâtira ens. Rien de plus beau et de plus curieux que les caves de Ste-Catherine ; presque toutes sont pavées avec de grandes et largçs plaques de
fonte dans lesquelles des rigoles sont pratiquées pour recevoir les liquides qui pourraient suinter des pièces qui les renferment, et les conduire dans des. réservoirs.
Partout dans la ville, on voit 1$ fonte servir à la conduite des eaux et du gaz; avec le fer, l'architecture actuelle n'a rien à envier à celle du moyen âge; quand elle le voudra elle sera aussi légère et aussi gracieuse; comme elle, elle pourra offrir aux amateurs de sculptures , des arabesques gracieuses, des coupoles élancées, des flèches de dentelles qui laissent passer l'air en sifflant dans leurs mailles délicates. Déjà nos ingénieurs remplacent par des ponts suspendus à de minces fils de fer d'une solidité éprouvée , nos vieux ponts en bois et en pierre, si lourds et si disgracieux , que l'orage emporte au loin comme nous l'avons vu dans cent endroits, à Melun et à Paris même.
Quelle révolution dans Fart, et quel avenir pour l'industrie du fer lorsqu'elle fournira par masse et à bas prix le fer et la fonte à nos mécaniciens, à nos architectes, à nos constructeurs
( 3o3 ) de bateaux et de navires ! Mais ce n'est pas avec le droit, même réduit, qu'ils y arriveront; il ne profite d'ailleurs, ainsi que nous l'avons vu, qu'aux propriétaires de bois, il faut une diminution nouvelle qui stimule nos producteurs et permette aux consommateurs de se fournir en Angleterre , en Suède, en Belgique, des qualités de fer et de fonte qu'ils ne trouvent pas en France.
On parle ici de conduire l'eau à domicile, il faudra pour cela du fer et de la fonte presqu'uniquement ; et vous le savez , le droit est encore* de 5o p. o/o : quelle économie à faire!
Quant à cette espèce de routes nouvelles qui donne aux peuples qui la possèdent en plus grande quantité, le prix de la course, c'est-à-dire l'économie de tems et d'argent, bien que le fer n'entre que pour 1/7 dans le coût de leur établissement, la plus value ajoutée par le droit est encore assez considérable.
Je ne vous parle ici que des grands travaux; mais le même résultat se produit dans les petites choses, dans la consommation usuelle.
La lutte qui existe entre les défenseurs de la réduction du droit, c'est-à-dire des consommateurs, et ceux qui en demandent le maintien, ne date pas d'hier; elle remonte fort loin et leurs arguments comme les nôtres se retrouvent tous dans les ouvrages d'un homme dont s'honore la science,etqui avait devancé son tems; dans les mémoires de Turgot. Permettez -moi de vous citer quelques passages d'une lettre dont je vous ai déjà parlé
(3o4) qu'a écrivait à M. l'abbé Terray sur la marquç des fers.
« Je ne connais de moyen d'animer un cqto* merce quelconque que la plus grande liberté et l'affranchissement de tous les droits, que l'intérêt malentendu du fisc a multipliés à l'excès sur toutes les espèces de marchandise? et e& particulier sur la fabrication des fe?$.
» Vous paraissez, Monsieur, dans les lettres que vous m'avez écrites sur cette matière yavoir ençisagé comme un encouragement pour le comr merce national, les entraves que ton pourrait
mettre à Ventrée des fers étrangers Je conçois
que des maîtres de forges , qui ne connaissent que leurs fers , imaginent qu'ils gagneraient davantage s'ils avaient moins/ïe concurrents.il n'est point de marchand qui ne voulût être seul vendeur de sa denrée, il n'est point de commerce dans lequel ceux qui l'exercent ne cherchent à écarter la concurrence et ne trouvent quelques sophismes pour faire accroire que l'état est intéressé à écarter du moins la concurrence des étrangers. Si on les écoute, et on ne les à que trop écoutés, toutes les branches du commerce sont infestées de ce genre de monopole. Ces imbéciles ne voient pas que ce même monopole qu'ils exercent non pas comme ils le font accroire au gouvernement, contre les étrangers , mais contre feurs concitoyens consommateurs de la denrée t leur est rendu par ces mêmes concitoyens vendeurs à leur tour dans toutes les branches de commerce, où les premiers deviettr
nent acheteurs ..•;;...
Il n'y a là dedans de profit pour aucune partie; il y a une perte réelle pour l'état qui, aclietant moins à V étranger lui vend moins aussi. • . . '.
» Mais quand tous ces principes ne seraient pas, comme j'en suis convaincu, démontrés avec évidence , quand le système des prohibitions pourrait être admis dans quelque branche de commerce, j'cse dire que celui des fers devrait être excepté par une raison décisive , et qui lui est particulière.
» Cette raison est que le fer n'est pas seulement une denrée de consommation utile aux différents usages de la vie; c'est surtout comme instrument nécessaire à la pratique de tous les arts que ce métal est précieux. A ce titre il est matière première de toutes les manufactures, de l'agriculture même, à la quelle il fournit la plus grande partie de ses instruments. »
Vous savez à ce sujet, Messieurs, que J.B. Say a soutenu il y a 7 ou 8 ans et avec un grand nombre de savants que l'impôt sur le fer coûtait à l'agriculture 17a 18 millions de francs; il avait évalué ce qu'il entre de ce métal dans tous les outils , machines et ustensiles qu'elle emploie et il avait obtenu le résultat que je viens de vous rappeler en comparant le prix du fer tel que les tarifs l'ont fait, à celui tel qu'il pourrait être. Je vous ai dit ce qu'il en coûtait à la marine , nous verrons bientôt la part de l'industrie cotonnière ; mais je reprends ma lecture :
Bitnqui.J 59
« . ... À ce titre il est denrée de première nécessité; à ce titre, quand même on adopterait l'idée de favoriser les manufactures par des prohibitions %le fer ne devrait jamais y être assujetti.
» Défendre l'entrée du fer étranger , c'est donc favoriser les maîtres de forges , non pas seulement comme dans les cas ordinaires de prohibitions, aux dépens des consommateurs nationaux ; c'est les favoriser aux dépens de toutes les manufactures, de toutes les branches d'industrie; aux dépens de l'agriculture et de la production des subsistances , d'une manière spéciale et encore plus directe que l'effet de toutes ces autres prohibitions dont il Joui avouer quelle se ressent toujours ».
Ce que Turgot disait il y a 65, ans pous le répétons aujourd'hui; les arguments qu'il combattait sont ceux qu'on nous oppose ; voyez comme il traite la question des qualités.
« rajouterai ici deux considérations qui me paraissent mériter votre attention.
» L'une est qu'un grand nombre d'arts n'ont , pas besoin seulement de fer, mais de qualités différentes et adaptées â la nature de chaque ouvrage. Pour les uns, \\ faut du fer plus ou moins doux; d'autres exigent un fer plus aigre, les pluà importantes manufactures emploient de l'acier et cet acier varie encore de qualité ; celui d'Allemagne est propre à certains usages, celui d'Angleterre est plus précieux à d'autres, Of H y a certaines qualités de tet que le royaume ne fournit pas et qu'oit est obligé de tiret* dé l'étranger. Ce serait perdre ces manufactures , ce
•(Boy) serait anéantir toutes celles où Ton emploie l'acier,
toutes celles où l'on a besoin de qualités particulières de fer , que d'interdire l'entrée de$ fers étrangers; ce serait les conduire à une décadence inévitable que'de charger ces fers de droits exclusifs , ce serait sacrifier une grande partie du commerce national à un intérêt très-mal entendu des maîtres de forges. . * .
» S obstiner par des vues d'une politique étroite qui croit pouvoir tout tirer de son cru, à contrarier cet effet nécessaire (importation des fers étrangers), ce serait faire comme les propriétaires de la Brie qui croient économiser en buvant le mauvais vin de leur cru qu'ils paient beaucoup plus cher par le sacrifice d'un terrain susceptible de produire de bon froment, que ne leur coûterait le vin de Bourgogne, qu'ils achèteraient ûe la vente de ce froment; ce serait sacrifier un produit plus grand pour conserver un produit plus fatble ».
Aujourd'hui, Messieurs, les cultivateurs de la Brie arrachent leurs vignes et achètent le vin de la Bourgogne avec le prix qu'ils retirent de leur froment; mais nous continuons à acheter à très-haut prix le fer français qui ne convient pas à tous les usages, alors que nous avons à coté de nous, en Angleterre, en Suède, des fontes et des fers de toutes ces qualités et à beaucoup meilieur marché que les nôtres.
Nous sacrifions ainsi un produit plus grand vour conserver un produit plus faible .
De tout ce qui précède il résulte, Messieurs, qu'à toutes les causes d'infériorité dont se plaint notre industrie, nous en avons joint nous mêmes une fort grave, les tarifs élevés , qu'on ne saurait trop se hâter de détruire. Il est donc nécessaire de continuer les réformes qu'on a commencées l'année dernière; il faut au moins revenir au tarif de i8ua: on verra ensuite.
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QUATORZIÈME LEÇON
24 janvier 1837,
Sommaue : Industrie du coton.— Le coton dans l'anUquilé. — Introduction da colon en Europe. — Premières machines ; leurs inventeurs. — Perfectionnements.— Cardage; filage; tissage,. — Progrès et importance» de l'industrie cotonnière.
Messieurs ,
Cinq cents ans avant Jésus-Christ , on portait dans llnde des vêtements de coton ; Hérodote dit en parlant des Indiens : ils possèdent une sorte de plantes qui au lieu de fruit produit de la laine plus fine et plus blanche que celle des moutons; etPline rapporte que les prêtres égyptiens en ont des vêtements d'un blanc et d'un moelleux éclatant. Ensuite depuis plus de i3oo ans, il n'en était plus question dans les annales des peuples, lorsqu'il a reparu tout à coup pour féconder l'industrie moderne, et fournir aux pauvres du linge et des vêtements plus beaux et plus éclatants que ceux qu'il avait donnés aux ministres des autels dans la plus haute antiquité. Les Romains l'ont connu;
(3,o) mais il ne l'ont pas apprécié; car ils n'étaient pas machinistes , et ils préféraient travailler la laine qui leur donnait beaucoup moins de peine. Toutefois nous trouvons dans le Digeste, qu'en 55a, les tissus de coton étaient frappés d'un droit.
Il semble résulter des documents que nous a laissés l'antiquité, que le cotonnier d'abordcultivé dans l'Inde, a plus tard été replanté en Egypte, et que c'est de ce dernier pays qu'il est venu pour la première fois en Europe; voïlà pour l'ancien monde. Les premiers Espagnols qui ont dévasté l'Amérique ont trouvé l'arbuste qui nous occupe, indigène dans quelques forêts vierges du nouveau monde; et nous savons que Fernand-Cor tes envoya à Charles-Quint un tapis en coton tissé à peu-près comme les futaines d'aujourd'hui. Pourtant ce n'est pas d'Amérique que ce produit si utile devait nous venir pour la seconde fois. Il paraît en Chine, vers la fin du 1 3e siècle; mais il y fait peu de progrès, et s'y trouve en concurrence .avec la soie et la laine, la soie surtout qui habil- •lait les ouvriers, malgré les édits de luxe qu'on reproduisit chez nous plus tard. Cependant la filature y était assez avancée dans le voisinage de llnde quand les européens y ont pénétré; vous pouvez en juger par les nankins ainsi appelés de la ville de ce nom.
Toute l'Inde moderne, Bornéo et les Moluques ont toujours eu des vêtements en coton , et c'est aussi de fort bonne heure que les Africains s'en sont servis. Quant à l'europe qui était destinée à fournir le monde de cotonnades , elle n'a connu
(5u ) de nouveau le coton que fort tard. Les Maures l'ont apporté à Valence, à Grenade et partout où ils ont séjourné ; mais une fois les Africains chassés, les Espagnols l'ont repoussé comme produit de l'industrie des infidèles. Toutefois on le cultivait dès le ioc siècle à Valence, à Cordoue, à Grenade, à Séville et il y avait des fabriques de futaines à Barcelonne.
L'Italie fabrique des cotonnades au commencement du XIVe siècle ; déjà les basins et les futaines de Venise et de Milan sont renommés. Ce n'est que long-temps après que Londres commence à tisser le coton que ses vaisseaux rapportent de Chypre ou de Smy t ne.' Ce n'est que plus tard encore qu'on importe en France sous Louis XIV ce produit du levant; et c'est en 1 784 seulement que Martin d'Amiens établit à Lépine près Arpajon la première filature.
Le coton est donc indigène partout; mais comment se fait-il qu'il ait mis tant de temps à se répandre? c'est qu'il est plus difficile à filer à la main que toutes les autres matières textiles : aussi a-t-on avancé qu'Hercule filait du coton aux pieds d'Omphale; mais les temps sont bien changés; la quenouille de la fable ne donnait qu'un seul fil, et IesOmphales de Manchester "en obtiennent aujourd'hui deux mille avec la leur ! '
Je viens de vous citer les faits qui semblent le plus généralement admis- dans l'histoire de l'industrie cotonnière et vous pensez sans doute avec moi qu'il est inutile que f agite ici toutes les questions de priorité qui se sont
(3.a) élevées chez chaque peuple pour 1'iutroduction en Europe d'une plante si éminemment utile. Ce sont là des querelles d'amour propre de fort peu d'importance ; et comme en définitive ce sont les machines qui ont vulgarisé le coton, c'est aux Anglais qu'il faut rapporter tout l'honneur,puisque ce sont eux qui en construisant les appareils dont je vais vous parler, ont multiplié avec une rapidité qui tient du prodige, ces vêtements et ce linge inconnus de nos pères, et indispensables pour nous.
On ignore en général l'histoire des machines employéesdans les manufactures de coton, et les manufacturiers eux-mêmes ne savent pas toujours l'histoire des perfectionnements quijles mettent aujourd'hui en état de faire leur fortune. Selon quelques auteurs, nous serions redevables delà découverte des premières machines à filer, à un pauvre ouvrier nommé Higbs qui ne put recueillir la gloire queméritaitson génie,faute d'avances et deprotection pour profiter lui-même de son invention. Tout l'honneur a été rapporté à Richard Àrkwright qui a fait une fortune immense , et qui est mort laissant un nom populaire. Celui-ci en s'arrogeant un mérite qu'il n'avait pas, n'aurait donné aucun secours à l'homme de génie mort dans la misère soit par vanité , soit par indifférence.
La filature la plus simple , est celle de la quenouille ; elle est encore en usage dans llndoustan, et la supériorité des nankins de llnde et des longs cloths anglais sont dûs à ce mode de filer, qui dispose plus également les fibres du coton, et les
(3i3) tord mieux que les machines à ûle*. Mais ce pro* cédé ennuyeux et incomplet n'a point été employé en Europe. Dans le comté de Lancastre, au commencement du i8° siècle:, la trame seule des tissus était en coton; 1a chaîne était en lin d'Aile» magne» et le coton seul servait surtout pour foire des mèches de chandelles. Du reste) , le cardage se faisait à la main, le filage au rouet et le tissage au moyen d'un simple métier de tisserand. Les produits de cette fabrication portaient le nom de/i*teints, et le tisserand qui n'était souvent qu'un simple paysan , qui s'était procuré lui-même la matière première, les vendait écrus au* marchands de Manchester.
Eu 1740? ceux-ci commencèrent k don fier les chaînes et lç coton aux tisserands ; lorsque les Estâmes leur étaient rendues, ils les teignaient euxmême* * et les portaient ensuite à dos de cheval dans les principales villes dti royaume, et les vendaient ôux boutiquiers qu'ils rencontraient sur la route. Eu 1733, Watt inventa, dit-on, une rtia* chine pour filer le éoton ; deux fabriques furent construites à Birmingham et à Southamptonj mate elles échouèrent et on n'a aucun vestige de ces machines.
En 1760, on adopta le mode de la navette imaginé en 1738, par John Kay pour donner plus de largeur à l'étoffe. C'est dans cette même année cjtie Robert Kay, fila de celui-ci, inventa la boite à coulissé au moyen de laquelle le tisserand peut 8e servir alternativement de irais navettes contenant chacune ûrie trame dé âfifètènte coiiîeifr,
Blioqai. 40
sans prendre la peine de les enlever et de les replacer dans la châsse. On introduisait à la même époque l'ourdissoir ou dévidoir prismatique, connu depuis long-tems dans l'industrie des laines. En 1750, il s'éleva une seconde classe de marchands ou maîtres enfutaine qui résidaient dans la campagne et employaient les tisserands. Ils se rendaient toutes les semaines au marché de Manchester et vendaient les pièces aux marchands de la ville qui les teignaient et les expédiaient ensuite par les voitures des messagers, pour les lieux où on les leur avait commandées. En 1760, on ne faisait pas pour plus de 5 millions de francs de cotonnades; mais à partir de cette époque, Manchester exporta des futaines en quantités considérables pour l'Italie, l'Allemagne et les colonies du nord de l'Amérique, au point que les fileurs ne pouvaient pas fournir assez de trame aux tis? serands. La fabrication attendait une nouvelle impulsion d'un homme du peuple, autre Colomb, dont le génie a fait aussi la gloire d'un second Améric. Un jour, c'était en 1763 ou 1764, un modeste fabricant de peignes à tisser, Thomas Highs, dont vous entendez peut-être le nom pour la première fois, se trouvant à Leigh, dans le Lan-! cashire, chez un de ses voisins, vit entrer le fils de celui-ci tout abattu par la fatigue et l'ennui ; ce jeune homme avait couru toute la matinée pour avoir de la trame sans pouvoir en trouver. Dès cet instant Highs ne cessa de combiner dans son esprit une machine capable de fournir de la trame en assez grande quantité-Cette idée le conduisit
(3i5) chez un horloger de la même ville appelé Kay, à qui il communiqua son projet et le résultat de ses réflexions. Celui-ci s'enthousiasma à son tour et les deux inventeurs se réunissaient tous les jours dans le grenier de Highs, dont la porte fut soigneusement fermée, pour confectionner les rouages et les autres pièces d'une machine, produit de leurs veilles. Cependant les voisins avaient percé le mystère de ces deux pauvres idéologues, et les quolibets leur pleuvaient de toutes parts, . Plusieurs mois s'étaient déjà écoulés sans résultat apparent, lorsqu'un beau jour à la suite d'un accès de désespoir et de découragement, les rouages furent jetés par la fenêtre pour le plus grand amusement des railleurs. L'horloger Kay eut bientôt pris son parti; quand on lui deman« dait combien son maître lui donnait pour fabriquer des machines à filer, il répondait qu'il avait renoncé à la filature et puis il mêlait ses railleries à celles de ses voisins. Highs, au contraire, fut bientôt revejm d'un premier moment de faiblesse; il sentait en lui se développer le germe d'une pensée féconde et quand ses voisins lui demandaient ironiquement de la trame, chacune de leurs paroles était un nouvel aiguillon pour lui. Il reporta ses rouages brisés dans son grenier et après de nouveaux efforts, il parvint à faire marcher cette machine tant désirée, qui répondit si victorieusement, non-seulement à tous les demandeurs de trame de Leigh et du Lancashire, mais encore à ceux de toute l'Angleterre. Highs avait une fille, qui, elle aussi avait dû souffrir sa
( 5t6} ^art tiei chagrins de son pèro. Slfe * 'appelait Jeannette, et Highfc la fit marraine de sa machin#, qu'il appela SpinrUng Jenny. (Jeannette la fileuse au la fileuse de Jeannette).
SLa première Jenny n'avait qu'une aûtte carrée et si* broches. Plus tard Highs en construisit qui avaient jusqu'à vingt-quatre broches. Trois ans après l'invention de ce pauvre fabricant de peignes, James Hargraves de Blaekburn apporta quelques modifications à la pince de la Jenny. Geint qui connaissent cette machine savent qu'on appelle ainsi les deux morceaux de bois qui main* tiennent la broche sur laquelle s'enroule le fil. Ge fait a induit en erreur quelques historiens qui ont attribué à Hargraves la découverte de Highs. Cette erreur fut encore accréditée par un mémoire d'Arkwright que j'aurai occasion de vous citer bientôt.
La Jenny ne donnait que la trame ; mais Highs l'eut bientôt complétée au point de se surpasser lui-même, en imaginant une machine capable de filer le coton au degré de consistance et de finesse qu'exige la chaîne, qui jusque là avait été faite en fil de lin étranger. C'est la machine à cylindres, •e Thrùsiléàes Anglais et la continue des manufacturiers français. Le coton est soumis à la pression de deux paires de cylindres, dont un par paire est cannelé pour laisser passer le fil qui s'amincit et se tord et puis se renvide sur une bobine. C'est Kay, dit-on, qui a fait la première continue sur le modèle en bois de son ancien compagnon d'infortune. Comme il faut une force considérable
( «*7 ) pour la fetre marcher, elte ne pondait servir que
dans les fabriques qui, avant l'application de là vapeur, pouvaient disposer d'une chute d'eau» on lui a aussi donné le nom de métier hydraulique { thrbstle ). AU reste le fil que donne ce métier est beaucoup plus tordu que celui de Jenny et convient particulièrement pour les chaînes. Ainsi, depuis l'introduction de ia continue, on filait les chaînes dans les manufactures,tandis que la trame était produite sur la Jenny pur les femmes et les enfans des tisserands.
Le métier hydraulique était l'invention favorite de Highs ; aussi tout en rendant la Jenny pu*» blique. il s'efforça de réserver pour lui la filature à cylindre, jusqu'à ce qu'il pût se procurer assez d'argent pour établir une fabrique; car il était encore bien pauvre et sa famille était devenue plus nombreuse. Mais le vœu si légitime du génie dan6 la misère ne devait pas être exaucé ; sa découverte devait profiter à d'autres. Et ici, Messieurs, je sui6 tout naturellement conduit à vous parler de Richard Arkwright dont j'ai déjà eu occasion de vous citer le nom. Arkwright est sorti d'un rang obscur et par une persévérance infatigable et une habileté particulière à manier les hommes, il est parvenu à se faire une fortune considérable et une réputation populaire. Cet homme qui avait un penchant naturel pour la mécanique, mettait un zèle incroyable à s'approprier les découvertes des autres et savait parfaitement en tirer tout le parti convenable. Pauvre comme Highs,son esprit moins modeste ne redoutaifcpas ie6
( 3.8 ) humiliations en sollicitant des associés et des protecteurs, et c'est ainsi que par sa remuante activité il parvint à réunir des actionnaires à diverses époques et à leur faire débourser les sommes nécessaires pour réaliser ses projets.Beaucoup ne réussirent point; maison prétend qu'il restait toujours à Arkwrightun peu plus qu'il n'avait en commençant, et toujours assez d'habileté pour enthousiasmer de nouveaux sociétaires. Arkwright était en 1760, barbier coiffeur de Bolton-le-Moors, déjà renommé parla couleur qu'il savait donner aux cheveux qu'il vendait. Il épousa une femme de Leigh et c'est dans cette ville qu'il apprit les inventions du malheureux Highs. On pourrait croire qu'il chercha à faire connaissance avec lui , pour lui surprendre son projet ; mais il déploya plus de finesse. Il sut que Kay, l'ouvrier horloger, dont je vous ai parlé qui résidait alors à quelques lieues de là, à Warrington, avait travaillé poui Highs; il s'introduisit chez lui pour lui faire tourner quelques pièces de cuivre destinées, disait-il,à un grand mécanisme qui devait lui donner le mouvement perpétuel .Un jour, c'était en 1767, il emmena Ray dans un cabaret pour lui parler mécanique.Kay, flatté sans doute de la politesse d' Arkwright, et n'ayant probablement pas des principes bien arrêtés sur le respect de la propriété, lui conseilla de s'occuper plutôt d'une machine à filer , en lui promettant sans doute quelques bons conseils. Arkwright feignit d'abord une assez grande indifférence, mais le lendemain matin il avait rejoint son homme et il en avait obtenu le modèle de la continue de Highs.
(3i9) L'habile barbier fît voir son modèle k plusieurs
personnes et il eut bientôt trouvé un bailleur de fonds. Le 3 juillet 1768, il prit une patente à Nottingham pour filer avec des cylindres qu'il fit faire par Kay qu'il avait pris à ses gages. Il se tenait au courant de tout ce qui se faisait; et comme les filateurs à la Jenny venaient de perfectionner le cardage et le boudinage, il sut être plus adroit qu'eux et obtint en 1775 une seconde patente. Mais comme les filateurs continuaient à se servir de ces procédés qu'Arkwright n'avait pasinven tés, il leur intenta des procès et les perdit. Cela ne l'empêcha pas de faire une grande fortune et de recevoir des honneurs; car il mourut à Cromford dans le Derbyshire à l'âge de 59 ans après avoir été fait chevalier et grand shérif de son comté* Quant au pauvre Highs, peu de personnes s'en sont inquiétées et il a dû mourir dans la misère. Il est toutefois vrai de dire qu'Arkwright en vulgarisant l'idée de Highs, a été un des grands instrumens de progrès des manufactures de coton ; car si la mise à exécution est secondaire au mérite de l'invention, elle n'en est pas moins nécessaire à la perfection de l'art. Mais Arkwright a eu le tort immense de méconnaître le malheureux Highs ; et c'est ainsi que dans un de ses prospectus, il attribue l'invention de la Jenny à Hargraves ; sachant bien qu'il était dangereux de faire mention de son véritable inventeur qui avait aussi imaginé le métier hydrauliqne qu'il s'appropriait.
La Jenny et la continue en consommant beau* coup de trame eurent bientôt mis les cardeurs à
( 5ao ) la main hors d'état d'en fournir. C'est là oe qui donna heu à l'introduction de» carde* à bloc Dans ce perfectionnement les cardes sont le double des cardes à main; l'une est fixée sur un banc et Ton y applique l'autre avec les deux mains* Mais cela ne suffisait pas, et ce fut la machine à cardes qui vint combler la lacune. Cette machine n'est pas l'idée d'un sauMnventeur; elle est la somme de plusieurs perfectionnemens successifs faits à diverses époque*. Vous savez que c'est un cylindre de bois garAi de cardes» tour* nant sur un axe horizontal sous une ouverture concave et garnie de cardes. Dans le principe, le coton était étendu à la main sur le cylindre et on l'enlevait avec des cardes à main ) plus tard on ajouta un second cylindre qui enlevait le coton cardé au premier, et un rouleau cannelé tbngitib» dinalement qui pressait celui-ci et enlevait le coton par loquettes.£n 1772* John Lées imagina l'appareil alimentatetfr qui transmet h cotOn au cylindre; en 1773, James Hargraves, qui a aussi perfectionné la Jenny, imagina l'arbre coudé et le peigne destiné à détacher le cotoft du cylindre ; eo 1773 , Thomas Higbs et Vood organisèrent deux cylindres pour obtenir une toquette OU ruban sans fin.
L'industrie cotonnière «ndfchâit avec une rapl* dite extraordinaire* ett 1780, sans compter les «ombreuses Jennys des petits filatetïrs, on comptait *o manufactures à métiers hydrauliques appartenawt à Àrkwright ou k des personnes qui lui avaient payé une prime, et de i^S5 , éj)oquef
( 3ai ) de l'expiration des patentes, jusqu'en 1790, il y en avait 1 5o, répandues en Angleterrre, surtout dans le comté de Galles; lorsque le Mull Jenny vint donner une nouvelle impulsion à cette fabrication déjà si puissamment vivifiée par le génie du pauvre Highs et le savoir faire d'Arkwright. Le Mull Jenny est un composé de la jenny et du métier hydraulique ; c'est Samuel Crompton de Bolton-les-Moors qui en 177$ imagina de marier ces deux idées du premier inventeur; dans cette nouvelle machine la mèche passe entre des cylindres placés sur le derrière des métiers et arrive aux broches qui sont placées en avant par un chariot mobile, à mesure que ces broches tournent, le chariot s'éloigne des cylindres un peu plus vite qu'ils ne délivrent les mèches. Les deux premiers cylindres attirent la mèche de la bobine, la seconde l'étend et l'alonge; au moyen de ces dispositions et de plusieurs autres dans le détail des quelles je ne dois point entrer , on obtient une mèche plus fine qu'avec la jenny, ou la continue simple qui ne donne que des chaînes et des trames assez grossières, telles qu'il les faut pour les calicots et les autres étoffes fortes. A l'époque dont nous parlons, ces tissus étaient fabriqués en France , en Saxe et en Suisse, avec du fil produit par le rouet à la main; et le bas prix de la main d'œuvre balançait les avantages que les Anglais retiraient de leurs perfectionnements dans la filature ; mais d'un autre côté ceux-ci n'avaient plus de rivaux pour les mousselines fines. Aux puissants mobiles de Highs et de Crompton, la ti*
BUoqoi. **
Uiture ajoutait à la même époque { 1790} la vapeur dont Watt venait de vulgariser les prodigieux effets. La chaîne anglaise fut bientôt importée sur le continent qui depuis n'a cesaé de copier Us procédés de la Grande-Bretagne,
Maintenant, Messieurs t pour compléter l'histoire de la manufacture du coton , il rae reste à voua parler des premières machines à tissus et des perfectionnements qui ont été successivement adoptés, La première tentative du tissage mécanique remonte, dit-on, à 1695, époque à la quelle un sieur de Gennes imagina un métier qui a été décrit dans les transactions philosophiques; mais la première fabrique à tissu, mue par l'eau, ne fut construite qu'en 1765* par Gai side fabricant de Manchester; elle était, dit -on, garnie de métiers inventés par Vaucauson et analogues . à ceux qui ont été décrits dans l'encyclopédie mécanique; dix ans après* Gartwrigh^ vint révolutionner le tissage par l'invention du métier à tissu, destiné à être mu par l'eau ou la vapeur. Ce nouvel essai eut aussi ses premiers moments de découragement } la fabrique que Cartwright construisit à Doncaster n'eut aucun succès, et le parle* ment, sur la demande de plusieurs manufacturiers de Manchester accorda à l'inventeur une récompense pécuniaire. Cette belle découverte fut suivie du perfectionnement d'Austin de Glasgow en 1789 et du métier à apprêter de Thomas Jonhson de Bradbury dans le Cheshire en i8o3; avant cette invention^ il fallait un. tisserand à chaque métier à vapeur, et maintenant un entant de *4 ans peut
«h dirige? deu* et faire autant de tMvàU qilê le plus habile ouvrier, sans compter Favàtttâge qui résulte de là régularité du mécanisme bien supérieur au* mouvements de l'homme le plu$ habile. Au reste le nombre croissant de ces mé* Hers atteste leur supériorité sur le* métiers à la waîn; ea 1 818 il y en avait çn Angleterre deu* mille, eu 1 8^1, environ six: mille, et au moment où je vous parle plus de dix mille !
Je viens de parcourir rapidement l'histoire des progrès de l'industrie cotonnjère ; je me suis borné à vous rappeler les noms des premiers inven* teurs qui sont aussi les moinsconnus.il serait maintenant trop long et peut-être aussi trop fastidieux de vous faire passer en revue les innombrables perfectionnements qui ont été apportés depuis le commencement du 19e siècle, dans le cardage, la filature et le tissage du coton. Je me bornerai donô à citer à la fin de là leçon, aux frommes spéciaux qui se trouvent parmi Vous, les ouvrages dans les quels ils trouveront les renseignements dpnt ils pourront avoir besoin. '
Il me suffira de veus dire que de 1800 à i83o il a été pris en France 75 brevets et en • Angleterre 7 a patentes
Toutefois , je vais tâcher de compléter ce que je viens de vous dire par quelques chiffres qui laisseront dans votre esprit des idées netles et précises» Prenons d'abord l'importation , et rappelons les données statistiques que je vous ai déjà indiquées dans une de mes premières leçons. Vous savez que l'importa tionr du coton a principale-
C 5a4 ) ment lieu des États-Unis , du Brésil, de l'Inde et de l'Egypte. Ces pays et quelques autres envoient en Angleterre de 1 5o à 1 60 millions de kilogrammes sur lesquels environ 89 millions viennent des Etats-Unis, 14 du Brésil, 12 des Indes Orientales et 3 de l'Egypte en longue soie. On estime le capital qui est engagé dans cette industrie à 85o millions divisés en 175 millions de matières premières , 33o millions de salaire et 33o millions d'intérêt du capital et du bénéfice des entrepreneurs. On estime que 7 à 8 cent mille ouvriers sont directement alimentés par les cotonnades. Vous savez en outre que quelques villes ont progressé d'une manière remarquable par l'industrie cotonnière.
Manchester avait 4* mille habitants en 1775, et 195 mille en i835 ! Preston s'est accru de 6000 habitants (1780) à 35ooo (i835). An reste, voici la marche des progrès de l'importation depuis 1701. de 1701 à 1705 terme moyen. 1,170 . . .881
177 rà 1775 après lejennymullet le métier hydraulique. 4,764 • . . 589
17818)786 io>94i • • • 934
1800 ...... 56,oio . . . 73a
1816 après le blocus
continental. • 93,930 • • • o55
i835 • . . . . . 160000000 environ, et pour ...«-• . 553ooooode coton.
( 3a5 ) La statistique de la France ne nous donne pas des résultats si considérables. Vous vous rappelez que l'importation du coton brut n'y est guère que de 4o millions partagés comme il suit : États- Unis 3a , Egypte et levant 4 > Brésil i , etc. C'est sous Louis XIV que les premières importations ont eu lieu du Levant; en 1787 on importait déjà 4. 460.000 kil. de coton; en 1804 10 millions de kilogrammes, et en i835, 38 millions valant en-* viron 67 millions et produisant une valeur de plus de 5oo millions de francs et occupant, dit-on, 600,000 ouvriers. Je vous ai dit que c'est en 1784 que Martin d'Amiens établit la première filature à Lépine près Àrpajonj en 1789 une Mull-Jenny de 280 broches fut montée dans la même ville. Les premiers pas ont été difficiles. Un jour, Antoinette parut à la cour en déshabillé de coton, et dès que cette nouvelle se fut répandue, de toutes parts on la blâma et tout le monde répéta avec les exclusifs du temps que la reine n'était pas patriote parce qu'elle s'était vêtue avec une nouvelle étoffe. Cependant la flatterie ayant répandu ce tissu abhorré parmi les courtisans les bourgeois à leur tour y prirent goût. Une seule pièce de mousseline fut présenté au jury de l'exposition de 1802 et encore quelques personnes compétentes crurent-elles qu'elle n'était pas française. Cependant à partir de i8o3, St.-Quentin se développe et grandit; en 1818, on compte déjà en assez grande quantité les basins, les calicots pour impressions, les perkales, les mousselines.
( 3»6 ) Tarare arrive h son tour et parvient à fil** le numéro 60. Lille et le département du Nord* Troyes, l'Alsace, Rouen et la Normandie prospè» rent par l'industrie cotonnière en adoptant succès sivément le tissage mécanique* les roues hydrauliques et les machines à vapeur pour les filatures* parmi les nombreux producteurs on cite Nicolas Schlumberger k Guebviller, Hartmann à Munster, Gros, ûdier et Roman à Wesseriing, Davilliers à Gisors, Fauquet Lemaistre à Bol bec, Feray à Essonne. Enfin, en i835 la France exportait pour 61 millions de francs de cotonnades dont 41 environ les deux tiers en étoffes imprimées dans la production desquelles Mulhouse et Rouen se dis» tinguent par les progrès qu'elles ont faits pour la teinture, les apprêts et les imprimés. Une bonne carte qui indiquerait les principaux sièges de l'industrie cotonnière, dans le genre de celle qu'on a Élite par exemple, pour les haras, serait fort utile* En attendant on peut la classer en quatre zones : le Nord, l'Alsace, la Normandie et la Champagne. Dans le Nord, Lille, Roubais, Turgoin se font remarquer par la filature, la teinture et le tissage. En Alsace, surtout dans les Vosges , le Haut et le Bas-Rhin l'industrie cotonnière atteint le plus haut degré de perfection» Le génie français ayant à sa disposition des chutes d'eau et une foule d'autres facilités , y est arrivé au point de pouvoir lutter hardiment et à poitrine découverte avec l'Angleterre. C'est du moins ce que quelques fabricants disent tout haut et ce que les prohibi-
(3*7) tifs avouent en comité secret. Mais toujours c'est
une satisfaction pour les amis du pays.
J?ai aussi recueilli quelques chiffres pour divers pays dans lesquels l'industrie du coton a de l'importance. La société cotônnière de Belgique occupe 120 mille hommes et produit 6a millions de francs. En France, la fabrication du coton produit 110 raillons, sans compter Breslaw, Erfurth et la Saxe; la Russie possède 485 fabriques produisant 4o millions de Francs ; la Sicile a 5ooo métiers* Quant à la Suisse dont vous connaissez les bas prix, je n'ai pu me procurer un chiffre suffisamment exact.
Enfin les États-Unis qui n'exportaient que 1 3o millions de kilogrammes ert exportaient en i835, 325 millions de kilogrammes.
La zone de la Normandie brille surtout par Rouen qui* est la succursale de l'Alsace, on y fait des tissus de moyenne valeur, soit pour la finesse, toit pour la couleur, soit pour le tisau, soit pour le dessin. Cette fabrique a fait beaucoup de progrès députe quelques années; dans la dernière ex* position j'aî Vu des produits qui mis à côté de ceux de Mulhouse offraient peu de différence.
ïroyes et la Champagne fout beaucoup moins et %e s'occupent guère que des tissas forts et Croisés pou* les troupes, les toiles à v*>ile, ela Quand àU ftiidi, il n'y à encore rien de remaN ^n&bié; cependant quelques êsprîts songent à tenter des essais qui pourront être fructueux. En général le grand toM des fabricants est d'ignorer les pfOgrèè éi les procédé* des voisins; Mulhouse
(3a8) cependant semble être en dehors de ce f eprochej aussi ses produits luttent-ils avec avantage.
En outre, les États-Unis qui deviennent de jour en jour manufacturiers, comptent déjà 795 fabriques, 33ooo métiers, 58ooo ouvriers; la ville de Phila delphie seule ano filatures.
Ce qu'il y a encore de remarquable dans cette industrie, c'est que depuis 3o ans le prix de la matière première a diminué de moitié, et cette circonstance jointe aux autres progrès de l'industrie a amené une baisse considérable dans le prix des produits fabriqués. Ainsi, en comparant les prix de St.-Quentin de 18 16 et i83i on trouve :
Calicot */A à 75 portées . 2,60 • . . 0,70 Percales 6/4 à 1 25 portées » 4>5o . . » i,65
Dessin a,5o . . • 0,75
Mousseline à jour. . . . a, 10 . .* • o,4$ La production anglaise l'emporte sur la notre dont les deux tiers sont en imprimés élégants et de luxe. Comme je vous l'ai dit tant de fois, ce n'est pas» aux grandes bourses qu'il faut s'adresser mais aux petites qui sont plus nombreuses. L'on consomme plus de boutons que de rubis, plus de surène que de Champagne, plus de tissus forts que de tissus fins et délicats. Aujouid'hui la France n'a que le marché intérieur pour écouler les toiles de coton; il lui en faut de nouveaux et elle doit chercher à s'en créer en Belgique , en Suisse, en Angleterre même.
En terminant, Messieurs, je vous ferai observer que le coton, fournit une exception au principe
( *>9 ) économique que vous m'avez souvent entendu
proclamer, savoir que chaque produit ne peut
être exploité avantageusement que dans sa patrie.
Le coton, vous l'avez vu, va partout; et partout
il prospère.
Parmi les ouvrages à consulter je vous citerai : L'histoire de la filature et du tissage du coton de Guest. ( en anglais ).
Ly histoire de la filature et du tissage du coton de Bain es; c'est un livre consciencieux, les planches sont fort nombreuses,mais peu remarquables. ( en anglais ).
La philosophie des manufactures t par Andrew Ure contenant des détails précieux sur la vie des ouvriers et l'intérieur des manufactures, traduit en français.
Histoire de la filature et du tissage du coton par M. Maisean qui a réuni quelques documents à une partie de l'histoire de Guest qu'il a traduite.
Les nombreux volumes des breçets dinoention.
Le portefeuille de MM. Leblanc et Couillet.
L'article du dictionnaire de Mac Culloch et du dictionnaire du commerce que publie l'éditeur
GuiLLAUMUf.
Blaoqat 4t
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QUlNZI$tyÇ LEÇON.
a*j*a?ier k-W.
L'industrie cotonnière, dont nous nous occuperons encore qrsoir, peut se diviser en trois grands clauses. Lh première comprend la filature, la seconde le lissage, la Uo sième les impressions. Il eu est une autre encore dont je ne vous parlerai que pour mémoire^ c'est celle, daos laquelle se rangent les diverses opérations de la bonneterie, du tricotage, de la passementerie, etc.; nous oous arrêterons successivement sur chacune des trois principales classes, nous examinerons les conditions dans lesquelles elles se trouvent placées, et ce qu'il est possible de faire pour leur prospérité.
L'industriedu coton estjeune encore parmi nous, et nfa pris quelqulmportance qife depuis trente ans. Ses principaux développements se sont accomplis sous l'influence de la guerre des douanes,
{ 33t ) appéhdîee !tisép«ràliîë dé là gitferhë *l« diWftt. Le Syàtèine cbhtitiental,qhi est le fceftti iiHHl th* vegîftie prohibitif, à été îi 1'hidttstrte eotbtuiière, te qu'est une sei te chdtklé à I» tëgétatiotî? il il ftttcé l'ictioti de la n^tnHi; i'iiiife et finît rtt iiè petrteht titre avec l'air de la liberté;
Lrt toi dé l8i6> perturbatrice de tdttt d'HidittH» tries, Confirma toutes Ifeâ prohibitions de la loi de 1806; elle alla tnèmë plus loin; elle ordonna lé réexportation de tous les tissus étrangers qui ée ttout&iétit en France* et pour assdier fexteutidn de cette mesure, elle Ait jusqu'à autoriser des visites domiciliaires, des saisies et des amett*des. L'histoire des tarife rt'offre pas d exemptes d'uite semblable protection, qui donnait k la dé» lation et à l'espionnage domestique la sanction de U loi. Ces dispositions étaient' tellement vexatoirds qu'on fut Obligé de les abandonner en partie fet de tolérer l'industrie illégale de la contrebande, correctif ordinaire de toute» les mauvaises iois de douanes. Il n'y eut pas de rércherelies, passé lis seuil du fabricant, dont les magasins furent en quelque sorte un lieu d'asile où arrivèrent surtout les filés de coton des numéros élevés, que nous ne produisions pas, et sans lesquels nos mousseliniers de Tarard, de Saiiit-Oueiitin, né peuveht travailler.
Pendant i5 aiîs ^ on resta dans cette position. On disait aux fabricants: Faites nous des étolfes; qtiiint au fil, prenez-le où vous .pourrez; nous n'en faisons pas, ma s nous vous défendons d'en demander k nos voisins qui vous eii offrent : c'est,
• (33a) tous le voyez, comme pour les houilles de Mous, les fers de Suède et les fontes d'Angleterre.
Le coton filé étant plus transportable et moins encombrant, ce fui, ainsi que je viens de vous le dire, à la contrebande qu'on s'adressa pour alimenter les métiers, et l'administration comprit qu'elle devait tolérer une infraction qui donnait la vie à quelques millions d'ouvriers, que la loi condamnait à l'oisiveté et à la misère. Aujourd'hui encore, malgré le remplacement de la prohibition par un droit, comme celui-ci est encore trop élevé, plus de la moitié des filés employés par nos fabriqués sont introduits par la contrebande* Pour avoir voulu tenir la barrière trop haute, on a fait de la place pour passer dessous. Cette protection excessive est d'ailleurs inutile; excepté M. Schlumberger de Guebenràller et un très petit nombre de filateurs , nous ne produisons pas les numéros élevés; à quoi donc a-t-elle servi?
Les cotonniers eux-mêmes n'espéraient pas une protection aussi large; ils le reconnaissent en avouant que, malgré elle et à cause d'elle, ils n'ont pu prospérer, et cependant ils en réclament le maintien ; quelle contradiction !
Je lis dans une brochure publiée par un ardent défenseur du système prohibitif, M. Singer, ancien filateur, les lignes suivantes, qui renferment les aveux les plus naïfs et justifient tous nos arguments.
«L'industrie n'osait pas espérer alors (en 1816) cette puissante protection; on devait supposerque cette loi serait la sauvegarde de l'industrie co-
( 333 ) tonnière; en effet, il est évident que la théoriedevait conduire à cette conséquence naturelle; mais dans les spéculations théoriques, V expérience a souvent prouvé que la raison n'a pas toujours raison.
« Voici à peu près les causes qui ont empêché cette loi de produire tout le bien qui devait en résulter : »
i° Elle a donné une trop grande sécurité etune trop forte garantie à l industrie cotormière.
a* Les manufacturiers ont écoulé trop facilement les bas numéros, et les produits qui en provenaient.
Ils ri ont pas été dans la jnécessilé de chercher la finesse et le perfectionnement. Les trois quarts des filatures ne dépassent pas aujourd'hui le numéro 4o.
« Il en est résulté que les bénéfices de quelques années ont j ait naître trop de filatures qui ont trop produit; et par suite une sut abondance de cotons filés seulement jusqu'au n° 4o et des tissus qui en proviennent. Nos fabricants de mousseline sont restés tributaires des cotons filés anglais. On ne connaissait pas alors en France la fabrication du tulle.»
La protection n'a donc encouragé que la paresse; et comme de véritables enfants gâtés, nous avons négligé notre tâche : c'est la contrebande qui a rétabli l'équilibre, c'est elle qui a empêché le coton de mourir. Toutes les mesures tracassières sont venues échouer contre les besoins de l'industrie qui a su les éluder. C'est ainsi qu'à Birmingham certains fabricants ont soldé une contre-
police pour tenforèer cette dfc !a dottàtië et étttpécher la sortie de* machines, et cependant fà contrebande s'est encore faite : que de frais et d'entraves pour nuire au* cofrsôttthiâteurs, qui paient toutes ces policés et toutes ces prhfces !
L'industrie cotonnière est tout entière dan* la filature. Le peuple qui file le mieui et le plus économiquement obtient les meilleures étoffes et place plus facilement ses produits * toute Pattelt-* tîon doit donc se porter sur cette opération si importante. On a divisé par douzième la filature du coton en France. 9/12 comprennent les nufrnéfttè
moyens jusqu'au n° 4° > *'s âervènt k faire les étoffes communes et petit teint; */ii vont du numéro 4o au n° 80, ils sont destinés à la fabrication desMudapolams, desperkales, desguingafnps, etc.; et le dernier douzième qui renferme tous les numéros compris entre le n° 80 3t le n° 16b s'emploie à la fabrication des mousselines , des jacouas, des tulles, etc. Cette division vous prouve encore qu'on doit travailler en général pour les masses, c'est-à-dire, pour fa grande consommation qui offre des débouchés sinon plus avantageux du moins plus assurés que les consommations de luxe. Nos filateurs doivent s'occuper surtout et avant tout, du perfectionnement de leur fabri* cation des numéros moyens et bas; c'est là qu'est leur avenir; et ils ne feront que végéter tant qu'ils n'entreront pas daus la voie des améliorations. Voici l'état de l'industrie cotonnière en France. Le département de la Seine-Inférieure et ceux qui l'avpisinent produisent à peu près le tiers de la
fabyicatioq totale, et ne filet* t, h peu d'exception s près* que les numéros 3a et 4o; ces départements â'out pas amélioré leur filature; or, en industrie surtout, on rétrograde quand on reste stationnaire. Dans le département du Haut Rhin» o*> fiLe environ les V4 en numéros 3o à 4®, et l'autre qçart eu numéros /40 à 160; la qualité du fil est de beaucoup supérieure à celle du département delà Sçiae -Inférieure. Paris, St.-Queutie, Lille, Roubaix^tc, fabriquent dauâ la même proportion.
Nous ayons en France 3,5oo,ooo broches produisait annuellement 54 millions de kilog. de cofeou filé, évalués à 170 millions de francs, don* il faut défalquer le prix de 3$ millions de kilog. de caton brut» soit 83 millions; il reste 82 raillions paur U main d'œuvre» le combustible, l'entretien' de oiacbiaes,les intéréts,.lesbénéfices etc.; 80 mille quv riens environ sont employés avec ua salaire de 1 f. 3o c. par jour en moyenne.
l'ai eu beaucoup de peine à réunir les chiffres qui précèdent et ceux qui vont suivre; les documents dans lesquels j'ai voulu puiser ne m'ont présenté que des contradictions.. Dans l'enquête, par exemple, j'ai trouvé que, suivrai un déposant, le prix d'établissement de la broche était de 40 £, tpudjs q^u'un autre, l'honorable M. Kxechliny ne Ke§fciïnp qu'à, 10 £
Certes* quelle que soit la différence de localité* elle ne pwt rendre possible une aussi grande va* yi0t*o# de prix qui s'explique par l'intérêt et la position des parties; l'un cherchait à exagérer les prix de revient pour conclure au maintien des
tarifs ; l'autre, qui en demandait la réduction, s'est attaché à démontrer que notre industrie était en état de la supporter. Je vous donne ici les chiffres de M. Kœchlin ; ils m'ont paru les plus dignes de foi.
Le prix de revient des établissements de filature en France est d'un tiers plus élevé qu'en Angleterre. Un métier à filer sans accessoires revient en Alsace à 10 f. la broche; en Angleterre à 6 f. La bâtisse coûte un peu moins chez nous, de 28 à 3o f. ; en Angleterre (\o. Le combustible représente à peu près 5 p. °/0 de la valeur des filés en France et seulement 1 p. °/0k Manchester. Cette cause puissante d'infériorité, qui est. due tout entière au haut prix des houilles, n'existe pas pour les établissements qui sont mus par des chutes d'eau, et, on le sait, ces moteurs naturels sont bien plus abondants chez nous que chez nos voisins.
En France, les métiers sont généralement de 216, if\o et 36o broches; on commence à en faire assez communément de 36o et même de 396 broches; la moyenne de leur produit, en fil n° 3o, est de 90 kilog. par métier et par semaine ; soit un kilog. par chaque broche pour des métiers de 366. En Angleterre, les machines étant à meilleur marché qu'en France, tandis que la main d'œuvre y est plus chère, un seul ouvrier fileur conduit deux métiers d'ensemble 6 à 800 broches; ils ne produisent pas plus de 1 25 kil. par semaine, en n° 3o soit 1 kil. par 5 broches.
Là moyenne du prix de revient d'un */* kih de
(^7) filé en n* 5o à'55 peut Rétablir 4e ia manière
suivante, en Angleterre, en France, et en Suisse :
A Mulhausàn pour salaire . -•••••* Si é.
Houilles y compris éclairage et chauffage i i !
Intérêts de établissement et moins évalue à
ioet 5 p% " i7
Frais généra us ^wirrtitttreg, réparations, etc. 1 3
Total. 72
A Manchester : salaires ■..,,.,. 56$.
Houille, éclairage, clwnffoge ..,,,, 3 Intérêt et moins value à 9 et 4 7* ♦ « ♦ , 11 Frais généraux, fournitures, répétions, assurance^ etç, . , , .,,•••., j;i ,
Totale fis
A Zurich ; salaires . 3o c.
Moteur pat ehwte d'eau »
Intérêt et moins value ..*..•• 1 5
Frais généraux. ......... 1$
Yoici le compte de reyient yd'une filature d«3 Vosges, roue par une chute d'eau,:
Salaires, ....... y .. . •* * . 17 £.
Intérêt* et moins value. . . , . . ♦ ^ u ç. Frais généraw, fournitures , . * , . jq c.
TdtaL • Ajf.
Il résulte de ces calculs. qme ia Saisie a un très fa&fo avantage jsnr nous, et que cdt avantage n'existe fna, toutes i^ fois cpieaoa établissements sont ntis en «MHJTenuënt pàriin tnote&r fe^4rttttikjua Ton* couapetàsé, la Frarae 4 donc un artm*-
Blanqui. 43
( 338 ) tage sur l'Angleterre, qui doit s'accroître avec la réduction des droits sur les matières premières, le coton en laine, la houille et le fer ; avec l'amélioration de nos voies de transport, et toutes les réformes dont on commence à comprendre la nécessité.
Le seul moyen de rendre avantageuse pour nos industriels, la lutte avec l'Angleterre, est de les mettre dans des conditions semblables. Ce n'est pas la protection des tarifs qu'il leur faut, mais la liberté, mère de l'émulation et du progrès ! 11 ne faut pas ajouter aux maux naturels, des maux artificiels et volontaires, et augmenter les prix de revient par de lourds impôts. Il faut surtout affranchir les matières premières, éléments du travail. Le droit sur les cotons en laine , par exemple, élève de 5 % les P™* de revient pour les numéros moyens; cette augmentation est de 8 à io % sur les bas numéros; il est trois fois plus fort en France qu'en Angleterre ( 7 fr. et 22 fr.). La différence qui existe entre la valeur du fer et celle «5e la houille, en Angleterre et en France, est de 8 %. C'est surtout le consommateur indigène qui paie tous ces impôts, les primes à l'exportation en exemptent les étrangers; or, chez nous les trois quarts des consommateurs d'étoffes de coton sont pauvres, et c'est sur eux que retombe tout le poids des droits protecteurs.
La position des ouvriers employés par l'industrie cotonnière n'a pas appelé chez nous comme en Angleterre l'attention du législateur, et cependant elle y est plus misérable. 3 e lis dans l'en-
(339) quête : « La journée commence en étéà cinq heures et demie et finit à huit heures du soir , ils ont une heure et demie pour les repas : en hiver elle commence à six heures et ne se termine qu'à neuf heures. (En Angleterre la loi fixe à 69 heures Je travail de chaque semaine ). Les enfants travaillent aussi long-temps que les hommes faits, quelques-uns n'ont que six ans, le plus grand nombre n'en a que huit; ils composent environ la moitié des ouvriers employés et sont admis dans les f* briques avant d'avoir fréquenté les écoles. Les enfants dans les filatures se portent en général assez bien; il n'y a pas de chômage occasionné par le mauvais état de leur santé; mais le séjour des ateliers est peu salubre, peu propre à fortifier et à développer la constitution de l'homme ; et pro* portion gardée, les fileurs fournissent beaucoup moins que l'agriculture, de soldats valides pour le recrutement de l'armée. » En résumant ce qui précède sur la filature du coton, nous verrons que ce qui importe surtout à sa prospérité, c'est . le bon marché et l'abondance de ses principaux agents de production; elle peut marcher du même pas que sa sœur l'Angleterre, mais comme à elle, il lui faut du fer, de la houille et des routes. C'est ainsi que nous revenons toujours à ces questions qui sont la base de toute organisation industrielle. Que leur réforme soit le signal de réformes non moins grandes dans toutes nos industries, alors nos filatures de coton produiront aussi bien et à aussi bon marché que l'Angletef re.
C'est seulement depuis le remplacement de la
( 5fa ) prah Ifeittoft p*r * 0 dtate, q*ë h Ôkrtuft dé<? tramém* étatée a 4e*ôrt>]fti: :ses pragrèfc les4 plus îw* portaid4;>qfi'titi0taestife setribiabie tienne réveil» fer Its prodoctewr* de numéro» moyenne t nous ne t^rrows plu* d'bcrtdftible* febriiarts venir non* dire, tfixils he pedvent pee soutenir ta cducur-* rèfftfe étrangère pttrCfeqtfVIUr eut armée de toâM chines naturelles et perfectionnées, tandis qu'ils se sont bornés à raccommoder leurs Vieup ii&£eft* «les; Que les récompenses que nous décernons dans ries solennités industrielles, aux premier^ d'entre dos travailleurs* ne soient pas une pri* me qui les engage à se reposer, à ne plUs avancer} Ijtl'jls f>rôgrdss&it ail contraire fet que les trions
phatetors du jeur ne se présentent pas le foride* main comme des victimes dévouée * la mort, s) on le» livre àlaeoHCtirrenûe éttfang$re«
' ïfsSAGE.
J'ai insisté long*temp& sur la piteatièrt pebfte de l'itfduàtriç cotonoière* parce qu'ainsi qu'il tous est facile de le cOnceveUr* c est d'elle que depén** dent ies autres. Si elle pfeduiLà bon matebé, ils pourront vendre de mêmel; si Au contraire elle leur fait payer cher oè qui polir eux est la matière première , ils ée verront forcés d'augmenter leurs prix sanl qu'il en résulte aucun béiiéfice pour eux. Loin de là même, la consommation en étant plus restreinte, fermera les débouchés, et on verra bientôt des encombrements* des crises* des Ventes à perte et des faillites*
Une grande révolution se prépare dans le tra-
frtH ** Gêftjn j'te ttosflgfc taéttittiqué ftnd à prwi* dte ch#tf«e jôil* de HoilvsiKtt: développements $ 4éjà it*^i30 et* Àttglétgrrd il remplace presque pat" tout ie tissage à la main. Ceiui*ci est préférable pottr les tiésafl fins*' l'autre offre d'importante» économies poiir les étoffes ordinaire» : calicots* petit teint , etc. C'est pourquoi le» Anglais, qui travaillent surtout ponr la grande consommation Font adopté ) ils y ont été aussi amené» par la cherté de la main d'oeuvre chez eux, qui leur fait préférer un travailleur mécanique docile, sur et infatigable , à un autre quelquefois exigeant et Souvent armé pour soutenir ses prétentions. En Frarice, vous le savez, les capitaux nécessaires pour établir un tissage à la mécanique, tout rares et coûteux, tandis que le travail y est offert à bas prix; cette différence de position explique la pré** {ère fi ce qtie les deux pays ont donnée aux deux systèmes opposés; mais il n'en dérapas long-temps ainsi; chaque jour eut effet flous nous rapprochons davantage de l'organisation anglaise: les capitaux se réunissent par l'association et la rétribution dii travail augmente avec les développements de l'in-* dustfto/ L'état actuel ne subsistera qu'autant que fious tie travaillerons que pour notre propre consommation j il changera certainement aussitôt que nous songerons sérieusement à fabriquer pottr l'exportation.
- Outré la question des capitaux et celle des tarife, il eu est une autre encore qui s'oppose à l'adoption immédiate par nos manufacturiers du tissage à la mécanique : il entre dans la confec-
tion de ces métiers une assez grande quantité de fonte dont nous avons vu que le prix était plus élevé chez nous qu'en Angleterre : de plus, il faut un moteur au combustible, et nous trouvons encore les mêmes questions, les mêmes embarras que pour la filature. Jusqu'à ce que toutes ces questions soient résolues et ces embarras levés, nous ne pouvons pas espérer de voir le tissage à la mécanique s'établir en France ; on n'en fera que peud'usage.Et cependant combien ne serait-il pas à désirer qu'il en lut autrement. Les métiers mécaniques font surtout à bon marché les toiles ordinaires, les plus grosses étoffes, c'est-à-dire celles qu'achète le pauvre. Quand donc avec le système actuel, pourra-t-il avoir sa douzaine de chemises, du linge blanc pour sa table, et des robes simples, mais propres et faciles à renouveler, pour sa femme et pour ses filles. Car, Messieurs, tel est le but que la science doit toujours se proposer : faire jouir les masses de ses découvertes les plus précieuses; les faire sortir du mal* heur etdes privations pour les conduire au bienêtre et les mettre à même d'y atteindre. Je crois qu'un résultat semblable est promis au système de tissage par la mécanique ; je crois qu'il lui est réservé d'améliorer le sort des ouvriers en diminuant le prix des objets de leur consommation, et en augmentant celui de leurs salaires. En effet, quand tout le travail matériel sera fait par des machines, il ne restera plus à l'homme que des travaux intelligents ; ce ne seront plus ses bras qui auront besoin d'être forts, mais sa tète qui devra
penser ; or, pour cela il faudra qu'il s'instruise, qu'il étudie, qu'il sorte enfin de la condition humiliante de machine aveugle qu'il remplit aujourd'hui : la cause de la civilisation, les progrès des lumières, marcheront alors de front avec les dé-' veloppements et la prospérité de l'industrie.
En France, la conversion en étoffes des 34 millions de kilog. de filés , produits annuellement, emploie 270 mille métiers occupant 3a5 raille ouvriers qui ne travaillent qu'une partie de l'année; leur salaire est, en moyenne, de 75 c. par jour. Cette industrie a résolu le problème difficile d'utiliser des forces jusqu'ici stériles : les femmes et les enfants. C'est là un grand avantage, et il est bien de mettre chaque membre de la famille à même de contribuer à ses charges et de soulager son chef d'une partie de sa tâche; mais pour que cet emploi des enfants soit toujours un avantage et ne devienne pas un abus, il est nécessaire de le contenir dans de justes bornes ; il ne faut pas comme dans la filature, que les devoirs industriels les enlèvent aux leçons de l'instituteur primaire ; il ne faut pas surtout les soumettre à un travail exténuant de 14 heures par jour, qui les étiole et les épuise avant l'âge.
Les progrès de l'industrie du tissage ont été subordonnés à ceux de la filature; elle pourra lutter avec succès toutes les fois qu'elle aura des filés égaux en qualité et en prix , à ceux de ses concurrents. Les ouvriers tisserands, ordinairement disséminés dans les villages, travaillent en famHle et n'ont aucun frais généraux; aussi, ga-
( 344 ) gnent«iU fort pe«. Du reste, tes économie* «w fc tissage sont peu importantes #t m infttwtf qne légèrement sur les pri* de vente, GOffcpwaliV*nient à la valeur du coton filé qui en forme au moin* les V». Quant g ie*abli**w<mt da# pri* de revient et à leur comparaison ds»# différants P^ys je dois vous prémnnir contre une erjfleur qui se reproduit fréquemment; on n$ t&nt pus compte des différences qui existent daosles membre* linéaires ainsi que dans la longueur des.piècçs* Le yard carré n'çst pas égal à l'aune française; la pièce de Suisse a 59 aune», celle d'Alsace 34» cçUe d' Angleterre a4; il Éwt doncélpMir las pri* par aune et sur qualité pareille. Si par exemple noue prenons du calicot % 7-5 partie qualité ^on- *>'<?, nous trouverons que le* pw de wrfent sont ; £** Aleaee u% cent l'aune.
A Manchester o4 -~ -r En Suisse 19 ■*-» -7* '
Le tiesemnd «ngtate gsgfte .avec le systèwe mécanique trois ioU plus que Gelui de Francs sur son roéjtier ordinaire : avec le prix de nos sa*laires tel qui! est maintenant , wtre pri* 4e révisât serait beaucoup plus bas que celui de l'Angleterre si nous employions le tissage mécarnique*, (
De même que les cotons filés, les tissus, de coton ont été protégé et prohibés; aijssi, à l'e*oepûou dçs calicots que nous faisons bi4n, la cpntr<e~ band# introduit^eUe par massas éo^rmas* ftas basip* , das piquée des Imitas» de*, vçlow** «te L abolition de toutes^ prp&bifioflfl d$v*ft«Ofifr-
( 345 ) ser arec celle des dotons filés qui ne saurait plus subsister long-temps.
Maintenant quelques mots sur les impressions . Elles sont une branche d'autant plus importante pour nous, que nous y excellons ; en effet, si nous sommes inférieurs aux Anglais pour la filature des N°* moyens, et seulement sur la même ligne pour le tissage, nous avons sur eux une granJe supé* Viorité pour l'impression. Daôs cette branche, nous resaisissons, comme dans tout ce qui se rapporte au goût et aux arts chimiques, notre place ordinaire au premier rang. Cette industrie ne s'est pourtant établie en France qu'après avoir traversé la Suisse, l'Allemagne et l'Angleterre; mais elle n'a fait que passer dans ces pays avant d'aller se fixera Lyon , à Mulhausen et à Rouen..
L'impression s'exécute de diverses manières : à main d'homme sur une table, pour les étoffes les plus fines, telles que, mousselines, jacouats et autres, du prix de 2 à 5 et 7 francs; par des machines plates pour les indiennes bon et grand teint, de i fr.ôo à 3 et 4 francs; et au moyen de rouleaux de cuivre gravés, pour les étoffes ordinaires, les rouenneries petit teint, de 75 c. ai f. 5o. Ce dernier mode est exclusivement employé •en Angleterre qui, vous le savez, s'occupe surtout de la production à bon marché, et s'adresse de préférence aux consommateurs les plus nombreux.
Nos fabricants n'ont pas cru devoir faire de même, et je pense qu'ils ont eu tort : sans doute ils ne craignent aucune concurrence pour les tissus
BlMtqni. 44
firtq et las belles irp prenions, les destins enmplit? qués, les couleurs vives et solide*; «pais aiiMt leiii» débouchés front fort reetreiotSt Leurs produits sont beaux «ans doute, mai» ils sont aussi iras cbers et fi* vendent Irai p#u; devinés seulement à une elasse d'acheteur* peu nombreuse, ils sont soumis à toutes les fluctuations et le* caprices de la modo. Couvent uûô petite fleur détrône un grand bouquet, et un dessin payé fort cher est ptnUi; le lendemain, nouvelle révolution et nouvelle perte. La mode élève les pris d une manière exagérée, et l'instant d'après les fqit tomber au dessous des pris de revient.
Tel est le sort réservé à toutes ces industries artificielles et de luxeç il ne suffit pas de faire le mieux, il faut faire le plus économiquement possible, et pour eela il faut écarter ces ehf unes de perte dont je viens de vous parler) on y parvient «en travaillant pour les masses, pour le peuple des campagnes, qui -adopte une couleur et la conrêetre no, 3o, 5o ans t là seulement i\ y a profit, parue qu'il y a travail fixe et assuré*
C'est précisément en vue des circonstances que je viens de voiis signaler, et dans la crainte d'un engouement subit de la mode peur les produits étrangers, même inférieurs, que nos imprimeurs d'étoffes, ont demandé Im maintien de la pnehibi*tton ; je viens de leur signaler un remède beaucoup plus certain et qu'ils peuvent employer en toute assurance; bien entendu au reste, que l'introduction des tissus imprimés, anglais, suisses et belges, n'aurait lieu que moyennant
( Hi )
Il réduction préalable dit droit SU* les &\êè et Uâ tiMtis* qui dont là matière premier qu'ils ëflfc ploteM;
L'histoire dd t'indiiëf^ë des tollé» peîhtëfcoffte le curieux spectacle d'une de ces sinistré* prédis tions dont je vous ai déjà parlé, et que le temps £ il heureusement démentie. Je trouve dané le ï)iefiorihâifé deé Ht*ts et mahufaetufes de Fency-» ôlopérliè mfttUodique , dû à Rtfland de là Plft-» tièt^ inSpeeitéUfdes manufacturerons LouiàXVt «t ministre de la Révolution* les observation* suivantes :
ft ÈsHl question d'autofiset* k fabriquer les tbile» peintes, leë privilégiés voient dans tîe projet la snbvèrsiofî de toutes les loi», ranéantisseriiéntdn cOftirtiêfce, la dépopulation du royéufflë.
« Rouen fait valoir la prôspêHtédne à se» Manufactures de Cotonnades (leur éthblis»êtnent avait quelque» années auparavant excité une oppô»i* tlon trè» vive)*, et l'on voit, si Ton permet le» toiles peintes, son commerce désolé, ses métiers abnn-< donne* , tes fettiineÈ, lès enfanta, tes vièitfatdi plongés dans la misèH, les terhzs tes mieux cûU tiçèes retomber en friche , et la Normahdîe, àtità belle et riche pïovirtce, deveftit déserté.
« La ville de Tours montré tes députés de ttitil le tbfaumè , gémissants; et Voit uûe èorhrriùtiôri qui occaéionné une convulsion dans tè petite hët* çeurt politique. Reims présente sa t èquéte »ignéé de plus de 5o mahshônd» qui disent nettement quon veut leur àter leur pdirt. Lyon tte saurait se taire sur un projet ijui a répandu ta terreur dahi
( 348 ) toutes les fabriques. Paris ne s est jamais présenté pour une affaire aussi importante au pied du trône, que le commerce arrose de ses larmes. Amiens regarde la permission du port et V usage des toiles peintes comme le tombeau dans lequel toutes les manufactures du royaume doivent être anéanties, « Ce mémoire est ainsi terminé : » Au reste, il suffit pour proscrire à jamais le, port et l'usage des toiles peintes ou teintes, que le royaume /remisse d'horreur quand il entend annoncer qu'elles vont être permises ...... Vox populi, vox
Dei !»
Quel accord unanime dans les malédictions! quelle émulation et quel zèle à noircir l'avenir! Voyez-vous la Normandie déserte et les marchands Rémois sans pain; le commerce de Paris arrosant le trône de ses larmes, et toutes les manufactures du royaume terrifiées, d'après Lyon, ensevelies dans un linceul de loile peinte, suivant Amiens!!! Quel fatras et que de ridicules entassés dans ces lignes par des villes de fabrique qui gagnent aujourd'ui 12 à i5 millions de francs au moyen de cette industrie et malgré le système protecteur!
Pour quelques esprits arriérés, quelques intérêts égoïstes et ignorants, le passé n'a pas eu d'enseignement, et ils répètent aujourd'hui presque dans les mêmes termes les déclamations ampoulées du corps des marchands du XVIIIe siècle; ceux de nos jours sont nés à V ombre de (arbre de la prohibition , ils ne sont pas faits pour le grand jour, if veulent mourir comme ils ont vécu; la
seule discussion des quêtions de doujaues lès w quiète eUarrête les prpgïb$de leur industrie, c'est daps cejtte crainte qu'ils hésitent à substituer de nouvelles machines aux anciennes, qu'ils raccom* modem leurs vieux ustensiles, tandis que les Anglais brisent les leurs pour les remplacer par d'autres plus perfectionnés. Ce sont les mêmes qui préfèrent la prohibition à un droit protecteur équivalent, qui no ferait que rendre hommage aux principes en changeant un mot; ils aiment mieux une porte bien épaisse, bien close et gardée par fine: armée de surveillants, qu'une barrière qui, lorsqu'elle est élevée, laisse passer tout le monde dessous.
Quelle différence entre ces paroles et ces désirs si timides et si honteux, qui se cachent et demandent grâce en pleurant pour leurs intérêts qu'ils- croient lésés» avec, les pensées généreuses exprimées par M. Kœchlin dans ses réponses lors de la même enquête !
« C'est Jà ma conviction bien sincère (que le droit peut et doit être réduit); et il Ta fallu telle pour me faire aujourd'hui marcher à part de ceux dont pendant si long-temps je me suis fait un plaisir et un mérite de partager les opinions. Tout d'ailleurs milite ici pour témoigner en faveur de cette sincérité, même mes intérêts les plus chers.
« Notre maison occupe, dans ses propres ateliers de filature, de tissage et d'impression, de 45ooà 5ooo ouvriers. Nous avons plusieurs millions en y^leur d'établissement. Pendant .3o annéesj'ai été
( 35o ) te principal gérant de flotte société de ftttliltej et *i, depuis quelques années, l'honneur de reprê* tenter mes concitoyens à la chambré m'a pttttÔ à quitter cette gestion* devenue incompatible avec mes devoirs politiques» je n'en suis pal moing resté intéressé à toutes tes chances de perte eerame de bénéfices de nos établissements) per* sonne dés lors h* supposera que j'eusse (Imprudence de prendre part à urte mesure que je croirais ie moins du monde capable de troubler l'a' venir de mes concitoyens et ma propre existence et motus encore de compromettre le sort de tant de familles ouvrier** qui Ont partagé pendant de si longues années, et si paisiblement, ma bonne et ma mauvaise fortune, et qui n'ignorent pas bon plus que toujours leur hietiMètrè est entré dans mes sollicitudes.
«Et aujourd'hui comme naguère, je redis avec Ig chambre de commerce de Mulhausen, dan* son mémoire présenté au Roi :
« J'ai la confiance que dent cette confcurrfence n universelle d'induitrle, soUs la protection de a droits d'entrée modérés de pays U pays, lu à France occuperait un des premiers rangs \ et » que si elle n'obtient pas momentanément le* » résultats brillahts que lui a procurés le prohi* * bition^les affaires y gagneront en étendue et en
» stabilité.»
Quel témoignage plus éclairé et plus désintéressé èerait'il possible tte recueillir en faveur de la cause des réformes, que celui d'un des pflndpaua chefs tte l'industrie française» qui, ayant plu&tàurS
millions engagés en valeur d'établissements et occupant déjà 5ooo ouvriers, vous déclare que ces réformes sont nécessaires, nullement pertur*batrices, et que les affaires y gagneront en étendue et en stabilité ?
XVe XVIe XVIIe ET XVIIIe LEÇONS.
Du 31 Janvier au S mars 1837. (I).
Sommaire : Indostrie des soies. — Caractères spéciaux do cetto tadustrie. — Variété» de la matière première. — Supériorité des soies françaises.— Emigration de cette industrie.— Nombre des métiers en Europe. — Funestes effets de la révocation de l'édil de Nantes.— Industrie des soies en Angleterre, en Suisse et en France. — Causes de décadence. — Remèdes a apporter. Histoire du métier Jacquart. —Histoire de la soie. — Condition des soies.
Messieurs, s'il y a en France une industrie vraiment natlbnale et supérieure, c'est sans contredit l'industrie des soies. Nous étions tellement sûrs de notre avantage qu'il ne nous semblait pas possible que les étrangers pussent jamais nous atteindre ; mais ce n'était qu'une illusion ;. cette industrie, naguère reine en France et en Europe, a aujourd'hui des rivales dont le nombre s'accroît tous les jours , et si nous n'y prenions garde elle
(t) M. B'anqoi ayant été forcé, par suite d'une blessure grave, de suspendre son cours à deux reprises différentes, nous ayons réoni le* quatre leçons qu'il a faites sur la soie, du 31 janvier au 5 mars, en une seule.
pourrait bien nous échapper. Cependant elle porte avec elle un caractère d'originalité qui la rend plus intéressante a nos yeux. D abord elle est toujours éminemment française , car nous seuls jusque présent aVons plus de goût pour imaginer tous tes perfectionnements qui se rattachent a son progrès; nous seuls produisons mieux la matière première et en plus grande quantité; enfin, c'est en France que Ton file , que Ton teint et que l'on tisse la soie. De plus, la matière première $'est constamment maintenue à un prix élevé : la laine et le coton se vendent 3o à 5o sous la livre, et la soie de 3o a 5o francs; pour ces matières la on compte par sous, pour celle-ci on compte par francs. En outre, l'industrie des soieries est doublement intéressante en ce sens qu'il faut autant de soins et d'habileté pour la proddction de la matière première que pour son emploi ; et aujourd'hui , vous le savez , il est aussi difficile de biefrt conduire uiie magnanerie qu'une fabrique de tissus de soie, ou qu'une filature de grèges et d'organsins.
Le commerce compte une variété infinie dé soies : lés soies françaises, les soies italiennes, les soies espagnoles, les soies grecques, les soles du Bengale , de la Chine 6t de la Cochinchihe. Chas cu'ne de ces variétés a un emploi spécial, ses qualités, et ses défauts. Les unes servent à la fabrication des étoffes , des rubans , des gazes , des tarèges ; les autres dans ïa passementerie et la bonneterie, Iâ broderie; celles-ci pour la tapisserie, célles-lâ pour tes dentelles et les blondes. Les soies fran-
Blaoaai. 411
çaises font les deux tiers de la consommation de nos manufactures; un tiers seulement vient de I'értanger, et sur ce tiers les soies italiennes entrent pour les neuf dixièmes. Parmi les soies nationales qui se consomment à Paris, on remarque celles du Languedoc que les commerçants vont chercher à Sain t-Paré, à Alais, à Gangeset à Valleraugues. Je viens de vous dire que la soie de France passait pour la meilleure du monde ; voici un fait qui vient à l'appui de mon assertion :eu 1795, époque à laquelle les ascensions aérostatiques étaient, comme de nos jours, à la mode, on fut conduit à faire des expériences sur la résistance des ballons, et l'on trouva que les organsins de France avaient sur ceux du Piémont une supériorité de résistance de a5 pour 100. Depuis cette époque de nouvelles expériences ont été faites , et M. Boucher a trouvé que 74° brins de soie de France j ;ouvaien t soutenir un poids de 26 livres, tandis que le même nombre de brins de soie de Nice ne pouvaient supporter une traction supérieure à 20 livres.
Les principaux centres de la fabrication française sont : Lyon, Avignon, Nîmes, St.-Chamond et Saint-Etienne; et chacune de ces villes présente une spécialité bien déterminée. Lyon seul occupe quarante mille métiers et produit une valeur de
cent millions : elle consomme douze cent millekilogrammes de soie brute. Les progrès des mœurs et de la richesse publique, la tendance constante qu'a l'homme civilisé pour tout ce qui ajoute à son bien être, ont augmenté de beaucoup la consommation des soies en Europe , et cet accroissement
( 355 ) considérable a fait monter très haut le prix de la matière première ; cependant cela n'a pas empêché cette industrie de s'établir en Suisse, en Saxe, en Prusse, en Autriche et surtout en Angleterre.
En Suisse , la fabrication s'est éparpillée aux environs de Zurich, qui compte aujourd'hui douze mille métiers : en 1814 elle en avait à peinequatre cent!
En Prusse, il y a maintenant quarante mille métiers, et la ville de Berlin à elle seule en compte trois mille.
En Autriche, on évalue le n ombre des métiers à vingt-quatre mille.
En Italie, Gênes n'a guère que huit cents métiers , la Toscane quatre mille, Milan quatre mille, et toutes les autres parties de l'Italie environ dix mille.
Il m'a été impossible de me procurer un chiffre exact ou au moins à peu près raisonnable pour le nombre des métiers qui fabriquent la soie, dans Tlnde. Quant à l'Angleterre, j'ai été plus heureux, et je vais vous communiquer une statistique, sinon complète , au moins suffisante pour l'appréciation que nous avons à faire ce soir.
Le nombre des métiers était à Manchester, avant la levée de la prohibition, que les lois anglaises prononçaient contre nos soieries, de cinq mille cinq cent , tant pour les produits de soie pure que pour ceux qu'on appelle mi-soie; aujourd'hui , peu d'années se sont pourtant écoulées, et le chiffre a déjà monté à vingt mille. Le moulinage employait, en 1828, vingt-et-un mille bo-
hinps,£t aujourd'hui quatre-vingt-dix mille. Ces résultats remarquables m'autorisent à dire que Manchester va jouer dans la fabrique des soieries le même rôle qu'elle joue en ce moment , et de^ puis bon nombre d'années i dans l'industrie cotonière, C'est pourtant la révocation de ledit de Nantes qui a naturalisé la fabrication des soieries en Angleterre et en Prusse. Vous savez, messieurs, et permettez-moi cette digression historique, elle $e rattache tout naturellement à aofre sujet; vous savez qu'en i5g5, Henri IV, après être arrivé au
trône par le secours du parti hugucnpt, fidète à
son système de bascule, termina les troubles intérieurs en même temps que la guerre étrangère, en accordant la tolérance religieuse et des garant tics polj tiques aux protestants par 1 edit de Nantes. Le cardinal de Richelieu les anéantit plus tard comme parti politique } mais il leur laissa leurs vois dans les parlements, leurs synodes et une partie de leur organisation intérieure. Toutefois il se flattait vainement de les ramener par la pqpr suasion. Louis XIV y employa l'argent et ne réussit pas davantage; c#r on lui annonçait de temps à autre qu'un canton , qu'une ville venaient d'abjurer, n Encore un dernier coup de vigueur, lui disaient les courtisans, et vqus pourrez vous flatter d'avoir cimenté l'imité de la France* » La viplepce ne répugnait plus k personne, et le grand §os?uet lui-mémef souscrivait à l'application d'un mal temporel, comme on disaU alors, pour procurerait* protestants un bien éfqrnel. Taut que Qoibert vécut , \\ défendit les
(#7) pro£e$tgjtts ; çe«x-çi exclus des cl^rg^f *^*Wpa$
faits commerçants et industriels f et loin de trou* bler la France, 1)3 leprichissgient, 4 près Colbert, JLouis XlV eut pour conseiller Louyois , et pour la première fois l'administration de Louis XIV
trouva de la résistance dans l'intérieur ; aussi montra - 1 - elle fjne violence sauvage contre les calvinistes. Confiscations, galères, roijes, gi* bpts , tout fut employé contre eu*, l*es dragons furent mis à la disposition des missionnaires, et les amis de Louis XIV se bornep f: aujourd'hui k nous dire que sop coeur généreu* ne copiait que h moindre partie des e*cès. Aussi Ton eut beau fermer le royaume, confisquer les bieps des fugitifs, envoyer aux galères ceux qui favorisaient leur évasion; l'état perdit deu* cent mille Français , et selon d'autres cinq cent mille. Us érpH grèrent en foule pour l'Angleterre, pour la Hol* lande, pour l'Allemagne , pour la Prusse, emportant avec eux le germe des industries à l'aide des* quelles ils enrichissaient la France sous Golbert. Tant que ces pauvres réfugiés çt leurs enfants vé~ cqrepf;, Je gouvernement français n'eut pas d'en* nerois plus acharnés , et si aujourd'hui ce vieux ressentiment est couvert par la poussière dç$ tombeaux , les ombres de cçs proscrits voient leur vengeance continuée par les industries rivales qu'ils surent établir fon& leur npuvellç patrie adoptiye- JLps premiers raé$ier§ de soieries furent établis pn Angleterre et ep Prussç çn 1697.
De bonne heure les Anglais ipirentep pratique Jes ftipesfes d^i»** 4p te protection et de la
( 358 ) prohibition. Pour assurer la prospérité aux établissements de Spitâlfields, le gouvernement prohiba toutes les soieries, même celles delà Chine, en 1701. Aussi y a-t-il eu peu de progrès dans cette fabrication pendant tout le dix-huitième siècle et la première partie du dix-neuvième. Mais en 1824, un homme éclairé, M. Huskisson, qui occupait le ministère du commerce, persuada au parlement qu'il était dans l'intérêt bien entendu de la consommation et de la production anglaise de remplacer la prohibition par un simple droit. À partir du 5 juillet 1826 toutes les prohibitions furent levées, et les soies n'eurent plus à payer qu'un droit de trente pour cent ad valorem. Il en est résulté ce que j'ai déjà eu occasion de vous dire : en dix ans on a fait la marche d'un siècle. Les fabriques étaient éparpillées à Spitalfields et autour de Londres, et l'on ne voyait partout, comme aujourd'hui à Lyon , que misère et saleté. Aujourd'hui Manchester, Coventry, Derby, Norwich, Yarmouth, Glasgow, Paislay, prospèrent et s'enrichissent. Il y a quelques années, on essayait un système de tissage des foulards à la mécanique à Manchester, et maintenant Glasgow produit avec ce procédé rapide des gros de Naples qui se répandent tous les jours.
Les progrès de la fabrique de Zurich ne sont pas moins remarquables. Zurich ne faisait en 18 14 que duflorence et des articles légers ; il y joint aujourd'hui la fabrication des façonnés non seulement pour la consommation de la Suisse, mais encore pour l'exportation. C'est à Zurich comme à
(359) Lyon, comme à Manchester, que vont s'approvisionner maintenant les marchands d'Allemagne, de Russie, d'Amérique, d'Italie, etc. Dans ce pays, la vie est économique, parce que le fisc prélève peu d'impôts sur les objets de première nécessité, et n'invoque point les théories de la douane et des tarifs protecteurs. En outre, les entrepreneurs qui ont les capitaux à bas prix et qui peuvent travailler en grand, ont eu le bon esprit dediminuer les frais et les pertes en concentrant davantage leur fabrication. Il n'y a que vingt-cinq fabricants à Zurich pour dix mille métiers; à Lyon il y en aurait cent, c'est-à-dire dix fois plus, qUi prélèveraient leur profit sur le travail de l'ouvrier et la dépense du consommateur. Bien que la ville offre de grands avantages sur nos centres de fabrication, les métiers s'éparpillent dans les campagnes. On en compte beaucoup aux environs de Baie; à Crevelt et à Erbersfeld nos fabricants trouvent déjà des concurrents pour les petits velours et les petits rubans.
Maintenant, messieurs , que vous pouvez juger de l'importance des rivales avec lesquelles la fa* brique française doit désormais lutter, je vais vous donner un aperçu rapide de sa situation. Je vous ai -dit que les soies françaises formaient les deux tiers de la consommation de nos manufactures et qu'un tiers seulement , sur lequel les soies d'Italie entrent pour les neuf dixièmes, nous venaient de l'étranger. Cette importation a été : En i83ode ...... 710,860 kil.
Je n'ai pas voulu vous citer de chiffre postérieur à celui-ci; voua savez que depuis trois ou Quatre ans la fabrique de Lyon plusieurs fois in" quiétée n'a pas suivie de marche régulière.
L'exportation des produits de fabrique ont été en i833 :
En étoffes unies 63,000,000 fr.
— étoffes façonnées . . . 122,000,000
— rubans tout soîe . , . 3o,6oo,ooo
— étoffes mêlées 5,ooo,ooo
— châles , mouchoirs, etc. 5,ooo,ooo
— passementerie. • . . . 3,ooo,ooo
— crêpes. * a,6oo,ooo
— bonneterie à,ooo,ooo
— tulles de soie • .... 1, 000,000
— gazes « 1,000,000
— étoffes brochées avec ou
sans dessin ..... 900,000 La consommation annuelle des soies en France, est de dent millions cinq cent mille kilogrammes.
ïoutes ces valetrts sont produites par qtrattevïngt-cinq mille métiers.
En prenant 55 ou 60 francs f comme prix de k matière première, on a été conduit k ert évaluer la valeur à i5o millions; et en ajoutant à cette Somme 70 millions pour les frais de main-d'œuvre, où a uft total de 120 millions poui* ta fabrique de Lyon et de Saint-Étienne. Ce total tfe comprend pas lest métiers de Paris et de lai Picardie ,
( 36i ) ni ceux de Nîmes etd*Avignon qui font les articles ttièlés 'dôlàiïiê 'et âé coton. On peut donc, sans se rtïohtrér trop exagéré, porter le chiffre que je viens de vous citer à si5o millions dé francs. On évalue le nombre des ouvriers a cent quatre- vingt milfé hommes. Plus des cinq sixièmes des produits manufacturés dé là France sont exportés de Lyon î et le reste des autres parties dé là France. Oh estime que tyôriVehd aux États-Unis trois fois plus qu'à la France ,* et même plus à l'Angleterre seule qu'à la France entière. C'est là ce qui expliqué Hnâtabilité de cette industrie. En effet* vous lé savez, c'est la guerre dû président Jackson avec les banques, qui, en ébranlant le crédit américain et lé crédit anglais, a arrêté les commandes sur' lesquelles la population lyonnaise devait prélever ses profits et le pain de$ oiivrieïs pour lesquels nous souscrivons en "Vdin aujourd'hui.
1 En examinait les soieries mélangées , on est frappé de la fâcheuse influence du haut prix des laines longues et des cotons filés fiùs. En effet, nous ne fesons guères que pour 3o millions de cet article touUi-fait populaire , et déjà les Anglais qui savent si bien tout l'avantage qu'on a, en faisant des petit» bénéfices infiniment répétés en s'adressant aux masses, nous ont déjà dépassé et de beaucoup; et leur production en étoffes de Soie mêlée de laine et de coton s'élève à cent vingt taillions! Voyez donc encore une fois la singulière anomalie de nos lois de douanes , les soies étran^ gères peuvent venir chez nous librement, et les cotons filés ont constamment été arrêtés par les
règlements 'dé la protection, jl en est de même qes.
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3 présentent dap.s
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France .fournit la
meilleure matière première etles meilleurs tissus. 'Quand e\le veut' des blondes, des tuiles, des gazes
• Sw. ... ■ :»■'.,■ ¥",","■ >■■* 'i "'" "''' ''iTlrixl
et tous ces innombrables produits, remarquables
France, en outre, peut produire plus que ses hr
briques ne peuvent consommer,; comment se
fdlt-ïl clbhc'dtVellô demande encore a 1 Italie Te
'tier^dè'sa'coiisômmation?... Tous le savez tousj
rien ne serait si facile que lam'uftiplication'du mu-
Vîef î'ti'avons-nùiis'pas le mûrier m ulticaiil'e'qui croit ' -,-,, -<>■■(!, , - Y'- ■■)■ tu* '■', vli:', Al « ? '- .;,:ï:i
présqii aussi ble" "■• -1 -■"■ -* ' **~
Ëbhiptfe'ïrf'îe'rà mîlfiefsîrSf*àvdn 'efcpôsittôiï les* se "d&vV 'dans' ïâ ' 1 Pourquoi le ftiic essais'que leno iaat né fourpir 'mondé'?' c'est là Tàgriculture;' c m'adresse; vbitè doivent relever' ' Nous avoiis; ■ rirrncîpalémènt s'ecùossë' chez i "rHriufactuVes d tbirV^omWbr'ce 'à'côtëiq'ut"peu1 noùstbétttofts'à ■,- , t^otl venions toujours dans feu* ct>iisbhlmatibn',sj
ce n'est un débouché suffisant, an moins un dér bouché qui ne nous serait pas hermétiquement Fermé, comme cela nous arrive aujourd'hui avçp l'Àmériauje. La soie'est éncpre pour le»s riches en Fiance ; les',velours? pour ne citer qu'un produit, sopt* inabordables t et peu, de personnes songent à s'en parer. Les moeurs anglaises nous mo^rçrrt un exemple utile à suivre; chez nps voisins il p'y a pas une femme qui n'ait deux pu ^rpis ro^es de soie a. sa disposition.; / w- w . ,-.,
,, Si nous.exanûnons les causes de l'accroissçiaent rapide de la .fabrication anglaise, nous voyons que les machines y entrent pour beaucoup e^ fllçr? nous retombons dans les arguments que je, vou^ ai tant de fois donnés,, dp haut pris; dç nos ça pi-* Jaux , de l'ignorance de nos fabricants , d.ç lp chprr té des maiières premières, des machines, et de l'absurdité des lois de douanes qui nous, êmpêr cheht d'aller les chercher là où on les produite meilleur marché. Je mp bornerai donc ce spir, & apguyer .plus particulièrement sur l'ap^ltHe de nos chefs de fabrique, et je.le^r ppoppsçr^i-epcojcp es Anglais pour modèle;^ Jtyys ne çpus (JppjQns pas.de ce qui se passe ^l'é^ng^r; mai3 nq^^oisms d'outre,, M^nchç. cirp^Uept.dansjopte l'JEprope fi ppujr embaucher les ppvriçfs habiles et étudier, les procédés inconnus chez çux et tous les détails, technologiques qui s'y rattachant. 1,1$ ont été a Naples et d,aps toute ^Ifclije» ils sont, venus, >ep £rapce et ppt rapporté «fans leur pays dos raejlleu- ^esjdé^t Jls, fakvique/i tjes foplçmds pussi biçn .que Lyon, et s'ils n'ont pasjencore atteint la perfec*
WoiT'qjuî caractérise nos Façonnas 'j'ifôncfiester itihrcKe de pair avec Lyon pour les unis/ Quelle terrible coricinrèrice! Et qui nous 'dit bue* dans 'cihqtiârifè ans ils ne lïôûs auront pas £rïsr neutre goût et notre originalité pour les façonnés ? ?ny Vt-il >pte 'des fabriques efotierëk peuplées dWvriét* lyôhhàîs yét te Vîsifétfr ëforifinehtâlnè ^ t*buvéu«il pas en pays ^connaissance quand -it est admis dans' certaines ittanii factures de sbiés? ^fenotis^y garrde} ce sont là dessyhiptôiiiës 'd$. plorables. Au teàie ;' c'e&t notre fauté j quel soin ■prenons-nous des classes ouvrières; qUe fësottS- -nouspour Jeur bten-étfé?tiëii,tri6irt$ quéYfe'n ; èafr 'nous les empêchons de» vivre de léUr traVtfll; et <piimdeile# noué quittent , elles obéissent à la loi naturelle. Ubi frène\ patria L.
" Si nous passoris ten Suisse, quelles causés de -prospérité' trouvons-noirs que nous lie puissions nationaliser chez notis : l'abaissement êtes droits ,d octroi , la centralisation des fabriques entraînant 'avec eiles le' btofr marché des vivres et du loyer, -et 'par contre la suffisance dès salaires. Ces qties* rions sont claires; la théorie n*a plrts rien à faire, et la pratique doit se mettre à l'œûvrei Ch*z nous encore, te; fabricant, intermédiaire inutile ërt* tne le commerçant et l'ouvrier, prélève son ptôfit -sur lesalaire de ce deràter, déjà décimé "par Toctroi et la location de son habitation ; tandis qu'en -Suisse l'ouvrier ayant moins de chefs à souteiifr 'peut produire a meilleur marché, et lëS tissus qiti "sortent de ses mains peuvent lutter avec avantage tturleshrçrctié* étalager*. Ensuite, Il fatit fâi/jétte*,
; ^flr^jaqLif^, de, \tyjlWrtetjMptifr esfciU jftVyrfAr IfiWs fl*¥* tes ^iy<;oi^taftÇê^ &*9* jfeiWi SfWtt* -eL&fitt IftW #a«PU\ 6Ç «ara^te: de tfégukk-
<t4^ qui appaiHifiM ww iH$&Mi9ij>* *ju* atfute l'*-
jÇfmi; dffrçnt 4*llfft> $p fllfei ^&i prtWfi ^xWΫQfl3ife
ftwt ti^îs ppvricii^ sateriçs, * te . ptëfee pan u» interj-
.|$£diaijr£ », f£pè<?6 d q , cpp t «çrPWttë ai*0 *tt»a<^ *• pofir ££ssem? ^e&rwtiflrs de To4>v vierge* *#w s'^touche ftsfep lft febwaitt qui n'e$tàr$op toun qu'un intepmédiaire entre l'ouYrtà* qui tisse et le'cotoïnis cpi W&m feine les cç^qmandès* Cet ordçe exige. Une Jr^tofocpiatiQu ; aUe ijera difficile* il «st traljmafc «Ue.rnç paraît d'une nécessité urgente, D'ion au>tre fiQtéios coçaroandes i*e se fontïque phr rafadeb, f4J£.pMi$ du*e,.Qf de la d^Wont uite foule de ijq^pliçfttipps : qui fl'^u^iettt pa* lieu.fii l!in4UÔtvifi ^es.f^i^^vgi^ pa* i\a débpuchd intérieur et ^^4^Tich^^rjatt^er,pl*jfâ étende; m\ tm npat,îsi JlwrçiffthrtqwQVft pwr la petile prJopri^té- Mais iqu'^riv^tril darçsV4r&t atftuel des choses .KQband .|b$ cQron(îandèaa^0pçleDj^ J$s ouvriers awghien- ,tQllt Jeur pri^> etqûàpilk tertîpsde chôchagëatt- ?\m> les i^brioa^tp dittmm&nt les salairéfc j, -Kwiyçjçr m 4#^e, i;teai ai <œ&i0$ttMlat*Qni-j :$jil &}t ♦gWflqufcs » pçpftte dan§ \$ ,|>çertwr ca$V *l&eant ,«ottpmsifcv-qt *m->delàî, par toutes lbsi privations
qit'ëhiraine'fe^ecônd , beîmcbùppius'Ffeqtiétit cVnlà jiàrtfé !èst Régalé enfré le fabW&rit & luïJ cëM-folt tfetîjbrttâ ton tà^Vâl pour Wkso-aVcè;- ei éfftH-«W*$Afo-qtfé ses Brà's'éproù'vfe ïèfe&igôlss'és* delà ïàmY quand il ♦lBiftttrtrt»-.,'C,lfetl9'uïrtJqïi«S^ ttàn'Wtalè*; MisTécbtfo'miè pôlniqtié ïfé 'peuRY ^êè'ôUdi'é^'ân'e manière absolue 'dans les circon* s^n'cèsbù'nouS nô'us trouvons. Etq'ùa'rïttlfe b'fefet de Lyon a cru mettre les deux parties d accord âv'éc un tarir,' îl s'és't grandement trompé.' Cèftë question-n était pas de sa compétence. Les ouvriers vainqueur^ n y ont rien pu ; le gouvernement re*devenu maître h a pas tait davantage.
pei
ments auxquels elle doit sa supériorité, datent e nnvention du métier a la Jacquart, dont il taut dire un mot, quand ce ne serait que pour rendre justice a son célèbre inventeur, vous savte£ ^i\^Snttùî 1^ fabrication desYaçonnës n'aVaiï fiièti *^tfè'kWf%de& ihétiers mèurfners ef compliquas <fi*bk ffel&ftft foiî^tîôÀ^ef qu'en 'y^aillant
ôtiVrïeV.* 'àWé pS'r âà A ' eitfan* , 'suffit p5ur Singer là ItfïàVfttfnè fcV prdduïre YéS* ctiefsHd *œïïvfë que vous
"ft'ayâttt'plis i1V.tëwVr6Wc^ehi^rér"d'ans'àés^é^ans t*écb.nJo1bglï[ues 'q'û'i iie sont pas de mon sujet', je mV¥>'ôftîerà<i a ^iféïqu'ès 'réflexions Vuf JScquart è't fés tèVbltfttblis ^làë&tfan'én'interië'par s*
Jacquart était un simple ouvrier en chapeaux de paille dont là jeunesse s'était passée dans la condition la plus obscure. Ayant entendu par- 1er 'à l'époque de la paix d'Amiens, d*un prix pro-, posé par une société anglaise pour l'invention, d'une machine à faire le filet , il pensa qu'il ne ui serait pas impossible de remplir les conditions du programme, et s'étant mis à l'œuvre-, iî réussit, après quelques essais, comme il 1 avait espéré, Mais, Messieurs, il était simple ouvrier, sans relation avec les académies d'Angleterre pas plus qu'avec son propre gouvernement : aussi sa découverte d meura-t-elle stérile, inconnue de tous, même de lui, qui, après l'avoir donnée à un ami , l'oublia bientôt pour se rémettre à tresser de la paille. A quelque temps de là, et par lin heureux: hasard , un échantillon du filet produit par sa machine tomba entre les mains de l'auto* rite dont il fixa l'attention. On le fit venir, et après lui avoir lait expliquer son invention, on
lui demanda un autre métier, pour la construc»
tion duquel trois semaines lui furent nécessaires. Lorsqu'il lut termine, il le porta chez le préfet, et priant ce fonctionnaire de toucher du pied une certaine partie de la machine, il lui fit ainsi ajouter une maillé a celtes qui étaient déjà formées. ^'Empereur ayant été informé de cie fait , manda Jacquart à Paris; et ici, Messieurs, je dois ra'élever contre une calomnie gratuite dirigée par les Anglais contre Napoléon. Ils ont prétendu, et ie m'étonne de voir un écrivain aussi éclairé et aussi impartial que le docteur Bowring se faire
( 3%) l'écho d'un pareil iii en songe ( Voir Report on
staie ofihe silk tracte ) y ils ont prétendu i dis-Jë, que l'Empereur avait fait expédier un mandât d'arrêt contre Jacquard, et que celui-di avait été obligé de partir tous là conduite d'un gendarme, et sans même avoir pu rentrer chèss lui pour s'y nlunir défi choses nécessaires à Son Voyage. C*est là, Messieurs, je le répète, une calomnie : l'Empereur savait trop bietl le respect qu'on dëit au mérite, pour le traiter de cette manière ; fce qui est vrai , c'est qu'il écrivit au préfet de faire vehtf Jacquard à Paris, et que ce Fonctionnaire, animé d'un zèle trop ardent, pressa tellement le départ de notre modeste inventeur, qu'il lui laissa à peine le temps de faire ses dispositions.
Arrivé à Paris, Jacquard fut présenté à YÈihpé* rtur , qui t'interpella en lui disant : C'gst donc vous qui luttez avec le bon Dieu , et prétende*! faire defc hœuds sur Une corde tendue ? Conduit au Conservatoire de& Arts»ët-Métierg , Jacquard fut chargé d'examiner Une machine qui avait servi à la fabrication d'étoffes destinée au ptffc^ mier consul* Cette machine, qui avait coûté fort cher, était ttès-compliquée , et n'avait paa répondu à l'attente de <ieui qui l'avaient établie* Après l'avoir étudiée, Jacquard entreprit d'en faire une beaucoup plus simple et qui rtë présentât pas les itiecnes inconvénients : le résultat d*a& essais et de ses travaux fut la construction du fe* me um métier qui porte soh nom i
À Paris, ou le félicita, et une pension de 3,om francs fut la récompense accordée p son taléirtL
Blanqui. 47
(37o) Un accueil bien différent l'attendait dans son pays: on voulut le lapider, et son métier fut brisé en place publique par ordre des prud'hommes ; le bois et le fer qui le composaient furent vendus comme matériaux de rebut > et lui-même fut désigné à la vindicte publique comme un objet de haine et de mépris. Ce ne fut que plus tard, et lorsque la concurrence étrangère commença à se faire sentir et à devenir redoutable, que les ingrats Lyonnais revinrent de leur injuste prévention, et adoptèrent enfin le métier inventé par leur habile compatriote, auquel ils durent certainement leur supériorité et leur, fortune.
Les avantages de sa machine sur celle jusqu'alors en usage sont incalculables, tant sous le rapport de l'humanité que sous celui de l'économie et de la perfection des produits. Le métier Jacquard sert à faire des broderies admirables au lancé \ les dessins les plus difficiles et les plus compliqués peuvent être exécutés par les ouvriers les plus ordinaires- et les moins expérimentés. Les services que cette machine a rendus peuvent être comparés à ceux de la machine à vapeur et de la Mule-Jenny. Comme celles-ci, elle a opéré une révolution complète dans l'industrie, non seulement dans celle des soies , mais encore dans celle des Uunes brochées, des toiles damassées, des châles, etc. Le métier Jacquard exécute toute la pensée de l'homme de génie, qui est le dessinateur; c'est comme la presse d'imprimerie qui traduit sans y changer un mot les plus belles conceptions du savant et du littérateur*
( 37i ) Jacquard n'est pais le seul qui, en voulant enrichir son pays , a encouru pendant un temps sa malédiction; il eh fut de même des inventeurs du métier à ruban, connu sous le nom de Barr- Loom. Cette machine, d'origine suisse, avait été importée à Saint-Etienne par deux frères, qui furent persécutés par les rubanters de l'ancien régime, et réduits par eux à la plus extrême misère ; il n'y a pas long-temps que le dernier est mort abandonné dans un hôpital , tandis que la machine qu'il avait apportée en France enrichissait ceux qui l'avaient poursuivi et ruiné. Vous savez que le même sort fut le partage de Louis Robert, l'inventeur de la première machine à fabriquer le papier continu, et qui mourut, lui aussi, dans un hôpital, au moment où les fabricants dont il avait fait la fortune songeaient à se réunir pour lui assurer une existence indépendante: justice tardive, qui n'en montre pas moins que les inventeurs, ces hommes si utiles à leur pays, sont presque toujours martyrs de leur dévouement, et qu'ils sacrifient en pure perte pour eux leur santé et leur fortune ; la postérité seule vient, mais trop tard, les récompenser de leurs veilles et de leurs
travaux.
Comme je viens de vous le dire, le métier Jacquard n'a pas servi seulement aux progrès de l'industrie des soies, il en a fait avancer aussi beaucoup d'autres qui, sans lui, seraient restées stationnaires. C'est à la facilité de produire mille étoffes revêtues de dessins différents que nous devons de voir nos produits recherchés sur tous
les marchés. Eu travaillant, le goût de nofro population ouvrière toute entièie s'est formé ; tout le monde est devenu artiste lorsqu'il a suffi de prendre une fleur des champs et de la copier sur le papier pour qu'elle soit reproduite dans le tissu avec la plus scrupuleuse fidélité. C'est Lyon qui est à la tête de cette école de goût qui a enrichi les hommes habiles qui ont suivi ses préceptes. Dans beaucoup de forte* maisons, le premier dessinateur doit à son talent d'avoir été associé aux capitalistes qui l'ont fondée. Voyez notre premier fabricant de châles , M. Deueirouse : c'est un élève de Lyon ; son goût et son talent de dessinateur l'ont fait sortir de la condition de simple ouvrier pour le placer à la tête de cette bplle industrie. Ses plus habiles compétiteurs sont de la même école que lui.
L'industrie des soies est la première en France, parce que les ouvriers qui l'exercent ont reçu une éducation spéciale. Il existe à Lyon plusieurs écoles gratuites pour les enfants d'ouvriers et les ouvriers eux mêmes : écoles de dessin,. écoles de teinture, etc. Il y en a de semblables k Nismes et dans toutes les villes où l'industrie de la soie s'est établie. Cet exemple devrait être suivi partout et dans tous nos centres manufacturiers. C'est par ce moyen que les Anglais se sont élevés au point de perfection qu'ils ont atteint aujourd'hui ; pour lutter avec eux , il faut employer les mêmes armes : leurs ouvriers sont instruits , instruisons les nôtres; ce n'est pas l'intelligence qui leur manque !
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Jusqu'ici je ne vous ai entretenu que de la fabrication des étoffes 4e «oie; permettez-moi de vous dire quelques mots sur la matière première: j'expliquerai en même temps certains termes peu compris des personnes qui ne sont pas de la partie.
Rien n'est plus curieux que l'histoire de I3 soie et des différentes stations qu'elle fit avant d'arriver jusqu'à nous. La connaissance de ses propriétés, qui furent découvertes en Chine 2,700 ans avant notre ère, demeura long- temps dans ce pays sans se répandre au dehors. Depuis long* temps l'usage des étoffes de soie était répandu en Europe avant que l'on y connût les moyens que les Chinois employaient pour obtenir la matière dont elles étaient formées. Le commerce s'en faisait par des caravanes, qui allaient les chercher en Chine, en suivant la voie de terre, ainsi que par les marchands du golfe Arabique qui fournissaient les Romains et les Grecs d'épices et de panfums. La fréquence des hostilités ouvertes entre les Perses et les empereurs de Constantinople apporta souvent des interruptions dans ce commerce : forts de leur position, les Perses parvinrent à s'assurer le monopole des productiqns de l'Inde, et ils firent chèrement sentir leurs avantages à leurs adversaires en élevant le prix de la soie à un taux exorbitant. Toutes les tentatives de Justinieu, empereur d'Orient pour affranchir ses peuples du tribut qu'ils étaient ainsi obligés de payer à leurs ennemis avaient été vaines, lorsque deux moines persans, attachés à la religion
( 374 ) chrétienne, et qui avaient été envoyés en mission
dans différentes parties de l'Inde et de là Chine, où ils avaient étudié tous les procédés observés dans l'éducation des vers-à-soie et la fabrication des étoffes, vinrent lui offrir de l'initier à ce qui était resté jusque-là un mystère. Encouragés par ses promesses, ils partirent de nouveau pour la Chine, où ils remplirent d'œufs de vers-à-soie des cannes creusées en dedans. Les ayant rapportés à Constantiuople, ils les firent éclore dans du fumier , et les nourrirent avec les feuilles d'un mûrier sauvage. Les essais ayant réussi, on éleva bientôt une grande quantité de ces insectes dans la Grèce et surtout dans le Péloponèse. Entre autres bienfaits des croisades, elles dotèrent l'Europe occidentale de l'industrie sétifère. Ce fut en revenant de la Terre-Sainte, que le comte Roger, passant en Grèce comme un torrent, dit un auteur du temps, entraîna les fabriques de soie en Sicile et en Calabre, d'où elles se propagèrent dans le royaume de Naples et dans toute l'Italie. Après la conquête de Naples, les mûriers blancs et les vers-à-soie furent introduits en Dauphiné; le peu de réussite de ces essais allait y faire renoncer, lorsqu'un jardinier de Nismes, nommé Troncat, forma une pépinière de mûriers blancs qui donna de si bons résultats et fournit de si excellents sujets , que leur cultpre s'établit bientôt d'une manière générale dans toutes les provinces du midi de la France.
Je ne vous parlerai pas de tous les systèmes essayés pour garantir les vers des maladies aux-
(37*) quelles ils sont sujets et leur faire produire la plus
grande quantité de soie de première qualité : voici ce qui se pratique aujourd'hui et les résultats qu'on obtient.
Comme tous les insectes de la même famille , le ver à-soie subit quatre métamorphoses: œuf d'abord, la chaleur le fait éclore au bout de 10 à 1 2 jours ; il paraît alors sous la forme d'une chenille qui, en grossissant, change à son tour trois ou quatre fois de peau, suivant l'espèce. La chenille ayant atteint toute sa grosseur au bout de 25 jours, elle cesse de manger et s'occupe à construire le brillant tombeau où elle doit se transformer encore. C'est alors qu'elle rejette autour d'elle, en la filant, la matière contenue dans son corps, et elle en fait une espèce de nid ovale auquel on a donné le nom de cocon. Au bout de i5 à 20 jours, la chenille, passée à l'état de chrysalide, perce avec sa tête Tune des extrémités du cocon, et sort en papillon, muni d'ailes, d'antennes et de pieds. Le mâle et la femelle s'accouplent au sortir du cocon, et meurent bientôt , après que celle-ci a déposé ses œufs sur de petits morceaux de toile préparés pour les recevoir.
La graine, après avoir été lavée pour la débarrasser de la liqueur qui l'enveloppe , est mise dans des cornets ou dans des boites et gardée dans cet état jusqu'à ce que les premières feuilles du mûrier annoncent que la nourriture des chenilles est assurée. On dispose, alors les œufs en paquets plats, d'une once environ, qu'on fait éclore, toit dans le sein des femmes et sous leur oreiller, ainsi
(3t6) que cela se pratique encore dans quelques loca* lités du midi, soit dans une boite ou dans un four que l'on rriaihfient à une température constante de 220 R. ; la chaleur naturelle achève ensuite, et eu 8 ou 10 jours, le travail de l'incubation* Lorsqu'il est tertainé, un place sur les vers une feuille de papier percée de trous d'une ligue de diamètre environ : c'est par cette ouverture que les jeunes vers grimpent pour atteindre les feuilles de mûrier qu'on a placées au-dessus d'eux. Quand celle-ci sont chargées de vers, du les transporte sur un clayon d'osier Couvert de canneVas ou de filet.
L'éducation des vers-à*-$Oie demande des soins éclairés et de chaque instant $ tous les locaux ne sont pas convenables ; ils doivent être préparés pour cette destination. On a reconnu que poui* élever ût onces de graine, la chambre munie de ventilateurs et de calorifères, devait avoir 33 pieds de lafrgeur et 8o pieds de lotiguetii*, stii* la de hauteur. La température moyenne est de 19* à at* centig. t elle ne doit pas varier hors de cette limité; u&courdnt d'ail* doit êtfë 4tabH, tlfiii de faire disparaître toute mauvaise odeur provenant des excréments des chenilles et des feuilles gâtées ; ki lumière, que quelques personnes regardent comme défavorable, est au contraire avantageuse stous plusieurs rapports ; les tablettes et lès claies sur lesquels les Vers Sont posés doivent être esp*H ces de 18 ponces, chaque pîte étant séparée fie sht jHeds. LërsqUe le* vers sôttt jeunes* il faut hacher* les feuilles , qu'on né renouvelle que lorsqu'il M
( 377 ) reste plus que la côte : quant à la litière, on doit
l'enlever fréquemment afin de prévenir la fermentation. À mesure que les vers grossissent, il font augmenter le nombre des claies , pour qu'ils ne soient pas trop serrés. Avant chaque changement de peau ,- 1 appétit du ver augmente , mais pendant ce changement, il le perd complètement et ne le retrouve que lorsque la transformation est complète.
Suivant M. Bonafous, une once de graine de vers* à- soie mange, dans le premier âge, après l'incubation, 7 livres de feuilles , ai livres dans le second, 69 livres 1 0 onces dans le troisième , a 10 livres dans le quatrième, enfin lorsqu'ils ont changé de peau pour la quatrième fois , 1,281 livres.
A chaque période, les vers sont exposés à plu* sieurs maladies : aussi convient-il de renouveler fréquemment l'air des salles au moyen de ventilateurs. Quand ils sont arrivés à leur cinquième état, les vers cessent de manger et se vident; ils diminuent de grosseur et deviennent demi-transparents ; ils abandonnent leurs feuilles, cherchent à grimper sur les montants et se retirent dans les coins. G est alors qu'ils veulent commencer à filer, et qui 1 faut placer auprès d'eux des brins de bruyère, de genêt, de chêne vert, de bouleau, etc. Lors-* qu'ils commencent à construire leurs cocons, ils tendant leurs fils en différents sens, ce qui forme la /Moselle ou bourre de soie; ils tra-^ vaillent ensuite d'une manière plus régulière, et produisent des fils plus fins avec lesquels ils
Blanqui. 4S
( 37* ) forment une enveloppe semblable k un anrf* et ,ae plaçait au milieu.
Liquide dans ie corps du v*r, k matière soyeuse «pli sort par les deux oritiaes de &a bouohe en ^leH* iîls parallèles, se durcit au contact de 1W, et tes den* fils aggiu ridés a en formant plus qu'on. Au bout de 6 à 4 jours, lorsque fe cocon est terminé , on latape sur les branches ceux qu'on veut garder pour avoir de la graine, «t on expo** les autres, soit à la daaleur dbu soleil, *&ft & *n* courant de rapour produite par l'eau limitante. Dette opération a pour objet de tuer le vet qm , tf on le -laissait plus laag-te**ips , 9e ttansfor**erait en papttéon et 'perderaîi 1e oocoii -qui fcereiît alors perdu : on ne laisse arriver à «et état que ceux qu'on a destinés à la production de ta graine qui ne doit éclot*e que l'année suivante.
Yoici mit* cette partfe de f histoire de ta soie quelques d^^eB 4e rendement qui ne aont pas
sans intérêt t
ïo an part. ^feuâHes drrafcHor pM p. de i cocon; rooid. cocon *; " *W. ëoieéiée;
i once de graine proéuît #o liwes de $ocoti ; î livre de cocon id. i onoe de graine.
ÏJa soie d'un cocon pèse 2 grBins i^a , et fetfrait im fH^ifrvariedeS à 6oo mètres *de longueur.
ï>OTir obtenh^ce fll , M ô*t néces&àfae de ieite dissoudre le gluten qui-ewv4eloppe tout te cocon, fet cdîle tous les fils ensemble ; cette opération qui S'appelle le tirage s'e* écutede la manière suivante:
Les îcocens sont placés dans une Caséine en cuivre reràp!îe<d'€Bu qtie l'on écbauffe au moyen
(^79) d'un four et* d'un tuyau à vapeur 9 et battus légèrentent flvec un balai en bouleau pour tirer les fila qui m doublent 3 ou 4 fois et s'enroulent ensuite sur Wu dévidoir.
Il y « doux sortes de soie : l'organsin et la trame, , L'organsin *ft compose de plusieurs brins {optera en t tordus ensemble; ou s'en sert cowma, chaîne; la trame est formée également de phi-, sieurs briris niais moins tordus que la chaîne. On donne le nom de bourre à tout ce qui, ne pouvaot pas se dérider régulièrement * est soumis au cardage.
Le fil le meilleur esta l'extérieur} sorti le premier et lorsque le ver avait encore toute sa force, il s'affiublif k mesure qu'il approche du çenjre, qu'on ne peut jamais déivklçr entièrement $t qui forme la bourre ou fantaisie. La profession de déyideusô est fort difficile; elle demande beaucoup d'intelligence et d'attention; nos ouvrières la remplissent parfaitement : aussi nos soies jouissent-elles pour cçtle raison sur les soies d'Italie 4 une préférence qui se chiffre de i f r. à j fr. 5o par livre* Malheiireusemept les machines que nous employons pour lerooulinagesont fort im* parfaites et inférieures à celles en usage en Angleterre, ce qui nous donne des désavantages sur l'industrie de ce pays.
La soie ^ tant fort hygrométrique et susceptible d'absorber une quantité d'eau très-considérable, il importe dap$ lp commerce de s'assurer de son poids r£el , résultat que i'çsi obtient en exposant îasoiepen^ant a4 heures à une chaleur constante*
( 38o ; A Lyon, cette opération a Heu dans un établissement public nommé la condition : voici quelques détails sur son intérieur et Pépoquedesa création.
En 17791 un sieur Rast, ancien marchand fabricant à Lyon demanda la permission d'établir dans cette, ville une condition publique pour la dessication des soies , semblable à celles qui existaient à Turin et dans plusieurs autres villes d'Italie, Appuyée par ses confrères de Lyon, du Vivarais, du Dauphiné, de la Provence, etc. , sa demande fut combattue par la chambre de commerce de Lyon qui, repoussant le projet en question comme inutile, impraticable et pernicieux , réclamait en faveur du commerce : le secret qui est Tame des affaires , cet argument;" ditR.de la Platière auquel j'emprunte ces détails : « enfant « né de la cupidité et de la fourberie , et que les a voleurs emploient pour tromper les honnêtes « gens. »
Cette opposition subsista plusieurs années. Enfin Y administration, sans prendre de décision et sans accorder l'autorisation légale réclamée par le sieur Hast, lui en donna, en 1782, une tacite dont il sut tirer un habile parti.
Dans un grand appartement voûté, situé place neuve des Carmes , à Lyon , il fit mettre des caisses de 5 pieds de hauteur sur 3 de largeur, ayant chacune 1 1 tiroirs et des armoires de 7 pieds de h. sur 5 de 1. Toutes ces armoires et caisses, fermant à clef et pouvant être cachetées, sont entièrement à jour et grillées de toutes parts. Deux poêles de faïence, placés aux deux extrémités de
(38.) la pièce, donnent uue chaleur constante de 18 à ao°R., qui égale la chaleur moyenne de Tété. Deux ventouses pratiquées à chaque bout de la salle servent à renouveler l'air et à empêcher que l'eau vaporisée ne retombe sur les soies. Au moyen des tiroirs, chaque caisse offre à l'action de l'air échauffé par les pdè'les une surface de j 44 pieds carrés , qui représente ainsi par conséquent une chambre de 1 2 pieds en tous sens»
On a observé que la soie peut retenir jusqu'à 100 p. 0/0 d'eau sans qu'il soit possible d'en faire sortir en la tordant.Ordinai rement la soie passe a4 heures à la condition; mais si, dans cet espace de temps elle a perdu plus de 5 p. 0/0 de son poids constaté à l'entrée, elle subit une seconde condition de ?4 heures, qui suffit pour enlever toute l'eau qu'elle pouvait contenir. À la sortie , le poids est vérifié avec une exactitude scrupuleuse, et chaque ballot est accompagné d'un certificat signé par le directeur, sur lequel figure le poids d'entrée et celui de sortie. Cette pièce fait la règle des parties, acheteurs et vendeurs; elle est transcrite sur un registre officiel, coté et paraphé, et que chacun peut consulter. Au moyen de ce certificat, toute discussion sur le poids de la soie est rendue impossible ; elles étaient très -fréquentes avant l'établissement de la condition, ainsi quii est facile de le concevoir, et comme cela arrive encore en Angleterre où la soie n'est pas soumise à cette épreuve.
■ l. "ct-ii i „r t- ti:
DEC-NEtMÉMË ET VINGTIÈME LEÇON.
Lunes. Histpire de l'industrie lainière.— Bang qu'elle occupe parmi les auitos industries, — Importation des laine* eu frarice* — Classification et Fwenanccs dee laine*.*- Propriétés dei brisa de laine*— Pf|* de quelques laines.— Influence des droits d'entrée sur la consommation des lai-
. nés. — • ÈéTtie des timide fabriçti* t fttauf, SéNtat, Louriers* Abbe»ville, 'Vire, Vienne. Lodète, Castres, Limoux, Chateauroux» — Progrés dé ^industrie drapiere dus a trois découvertes : f° tondeuse méciniqtte; S* 4*1*0*1* volant* /*• apprêt inie^truotiUe*
Considérations sur le droit de 33 p. 100 ; nécessité d'ane nouyelte réduction.
Fabriques d'EaUflie, qualité de laines. — Industrie de Reims : napolitaine, flanelle, circassienne, mérinos; comparaison arec les fabriques dé Saie* ityufflaànet Ûêi taliirei, rohl de.fabcftqtti **» Aftjw, «ai .alipfnes et ses escots. — Bonneterie de Santerre. — Tapis d'Aubusson, Feltciin, Abbeville, etc/ Introduction des peignons anglais. — Filature et lissage de Ttfreoing et de Rtttbaifc. Staffll et tating* 4r Cateav Cambrésia. Conclusion»
Messieurs ,
Les questions qui se rattachent à là production, au triitement et au £ôtnmefce des laines sont de* puis long-temps d'un grand intérêt pour l'agriculture et l'industrie.
La laine est la matière première h plus anciennement et la plus universellement connue. Nous avons revu sur le. dos des Bédouins les même» couvertures mal tissées que portaient les sujets de Mitbridate. Chez les Romains, la laine servait
k te\r# les vètQWmtè d$ tous les citoyens, dep«js \m $ée^t^Mrôjm$qu'ftujt^Glav€s.Lesdiver^$ c[asa^s de la société, les divers pays, les âges e£ même les sexes, ;n'#faieat dM*Rgu& qu# par 1* ççmjeur 44 iiseu efj souvent fnèvnç par une wnplç bordure Cçpeadapt, bierç qu$ tes Boudins aieftt 4çmpé un grapd «pin au commerce et h la production dp la Jaipe, ils ne pous ont laissé aucuji ouvrage capable de p<hjs éclairer swr cette ijwïjtftrie. Cela se conçoit du reste jusqu'à pn4$rtayi po*#t, Presque tp^ç .te* tranapx ?e faisaient dans l'intérieur de cirque wwson, $| ra^rvepk peut-
4tn& ja**ai3, rattç»4»» an 1 sdwoMr^tipp pe se
porta su* ^et objet 4e ço*tfGWB9tion générale. Oe p^e t(Hi*e£ojs, m& WW s'*ppuysr $ur m&&* 1m* i*dr*aipàfc, que ., du ttcops d'A^usJe jUj&qtf^u tJW^Ptt4>0cl?* la production des tissas 4e lame s'iéievaÂt app&eUefnsi# 4 3oo roiUio#$ de *0$ &*&<$$ op «n pendit &>mt i'awée , ajt jwp-
qu'aux tentes mêmes où les soldat? se w^ttaie^t i l'pfrrî, en (étalai; ?ecou-ve/te$. La faççtp de* tissus uWati rita de Jfli^rquable; elle ressemblait iep teut p$ipt.à cell^e de l'étoffe qui $>prte aujour- 4'b*i tje mw 4e çerge. Tellp est du moins la pâture 4e6 écbaitf Uk>ps qtt Qfc a retrouvés à Pojppéi e^à H0rpj4a9iM$. ka censée 4e réunir 4an$ uppausée .spécial le* 4if£érejats rg&tes 4e l'art antique, a été bonne; ,f»ais il nops «w^ble qu'il n'eût pa& été MiAttle 4e faire y dans u# but plus pratique* upe coUeçUo»d'écU*ati lions des ïissus anciens pp«jr les étoffes 4e kipe, dans te g&ure de celle qpi wiste depuis Jppg-teuips à Lyou pouf l^s é*Q.^s
de soie, et dans laquelle on trouve des morceaux de tissus dont l'origine remonte à trois et quatre mille ans.
Une fois l'empire romain tombé au pouvoir des barbares, et pendant tout le temps qu'ils mirent à consolider leur nouvel établissement, nous perdons la trace de la production des laines; et ce n'est* qu'au bout de cinq ou six siècles que nous la retrouvons , avec celle de tous les autres arts.
C'est en Espagne que les historiens signalent les premières grandes éducations; déjà ce pays avait fourni des laines aux Romains; plus tard c'est encore à Lérida et à Barcelonne que lesCroisés,dans le i ie et 1 2e siècles, viennent s'aprovisiofitier de couvertures de laines pour se défendre contre la fraîcheur des nuits dans l'Asie mineure. Sous Charles* Quint ce pays possédait des troupeaux innombrables, parmi lesquels il y en avait un de trente mille têtes, toutes choisies.
De l'Espagne , l'industrie lainière passa à Bruges et dans plusieurs autres villes des Pays-bas d'où les persécutions du duc d'Albe firent émigrer beaucoup d'ouvriers en Angleterre, en Allemagne et surtout en Prusse. Enfin elle arriva en Italie et en France, non pas du tems de Colbert, comme on le croit généralement, mais environ i5o ans avant l'administration de ce ministre. Le draps des Pays-Bas a long-temps eu, et a encore dans quelques localités, une grande réputation; il en est de même de celui de Prusse, surtout d'Aixla-Chapelle. Quant à la fabrication anglaise, elle a
{ 385 ) long-tetnpc été arrêtée parle «ystèmedea corpera- 4n>BS;BUK<lanR c«s dernier* tempe elle aftkdes progrès r««arq|L&bies qui peuvent nous servir de modela. Les fabriques $estamè (lawas longues) y ont acquis une supériorité incontestable. On coiBptefcujouxd'kuiquioM arilie métiers-dc laine longue -produisant environ pour nue vaijeur (le ^5 uîiJliceifi de frises.
ii'ùadietrie des iaiuee occupe dans u*ois ou .qualne pays J«e troisième rang. En Fiance o#i peut la placer au secoud rang, ijnnusdiatflmect après le colon , et à peu près Sur la même ligne que la aok, Toutofoi* U est ii»po*§ibie de ne pas reetttt- «WÎAre que la production des drap* *j des autres tissus en laine ne soit swc^pgiUe d'atteindre .un jow lin ohtfi're biea plus élevé. Il etkt du reste d^fieile d'établir d'wne manière Cfiptw<*e le chiffra .de Ja ponsommattQn intérieur*; jeanae beweMÎs ■M. *oj|&, ijire çu'e* 1*55 U;ej\a é# imptmc ep *'rsp«e ea-vifTCtP I Ô ««MtPOS . de tttogftHMW «-
^ésa'ptwi* wie *etew de 33 .miUtMs .de fraeijs répartis .à peu pré* ctwanïe W»it ;
8,553,ooo fr.
arbaresques
d'Alger
ï^s eacpefftatioo* m dépj»sfteitt j*W une yaMur de aconulk francs.
Blanuiil. M
Les laines sont partagées en deux grandes familles , les laines longues et les laines courtes on feutrables; ces dernier es servent particulièrement à la fabrication des draps, flanelles, casimirs, cas to ri nés , couvertures , etc.
Les laines longues ou de peigne varient de trois à dix pouces; on dispose leurs 61s parallèlement, avec un peigne d'acier , et on ne peut les feutrer après le tissage; Les plus courtes servent à la bonneterie; les autres sont filées tors pour les chaînes, les tapis , les gilets , les étoffes à meubles , les étoffes mélangées. La laine courte proprement dite ou feutrable n'a guère plus de quatre pouces, et lorsqu'elle dépasse cette dimension, on la coupe pour la carder et la filer ensuite.
La qualité des laines est différente suivant qu'elles proviennent d'animaux vivants ou morts. On reconnaît celles-ci à leur faiblesse et à leur sécheresse, ainsi qu'à la difficulté avec laquelle elles prennent la teinture , surtout si l'animal est mort de maladie* La classification exacte de toutes les espèces de laine, et elles sont très considérables, suivant leurs caractères distinctifs , leur emploi , etc., exigerait un travail qui n'a point encore été fait; aussi me bornerai-ie à ajouter une seule observation à celles qui précèdent; elle consiste à partager toutes lès espèces de laines en deux grandes divisions de provenance; d'un côté les laines de France; de l'autre, les laines étrangères qui, les unes et les autres , se subdivisent entre elles, en laines fines, laines intermédiaires et laines communes, soit lavées, soit en suint.
(387') Les laines fines de France se récoltent particulièrement aux environs de Paris dans un rayon de trente lieues. On leur donne souvent le norri de mérinos parce qu'elles proviennent des plus belles races espagnoles, qui se sont conservées pures en France , et qu'on a même améliorées dans certaines exploitations comme Naz et plusieurs autres. Les laines métisses proviennent dit croisement des béliers espagnols avec les brebis indigènes; les laines communes proviennent d'anciennes races de moutons indigènes non métisées ; ellee se récoltent dans toute là France» On distingue surtout les Beauceronnes et les Picardes, les Sologne*, les Méd oc, les Béarnaises et les Bayonnaises. Quant aux laines intermédiaires, elles sont fournies par les provinces de Roussitlon* de Berry , de Poitou et de Provence. Les laines fines ne présentent pas toutes les mêmes caractèrçs; les laines de Brie, par exemple, possèdent au plus haut degré les qualités nécessaires pour faire de belles draperies, tandis que les laines fines du Beny et celles de quelques provinces du midi sont maigres, et se prêtent difficilement aux apprêts. L'emploi général des laines communes est dans la confection des matelats et des lisières, la fabrication des couvertures et des tapis. Les laines de la Bauce et de la Picardie sont en Outre propres à la bonneterie et à la draperie commune ; celles de Sologne aux couvertures teintes, et celles de Medoc aux étoffes à poil. Les agneaux fins s'emploient pour les étoffes égères et les draperies inférieures; les communs
po*fr les tissus grossiers ¥ et spécialement pout la èbapellerie ordinaire. L'agneau blanc est réservi pour k fabrication des châles, des flanelles et autres articles de nouveauté* Il entre aussi danfs U eonfeetiq» des draps et des casirors ; pont quelques étoffes légères, on le mélange avec le totem lifeskines fines et étrangères qui arrivent eh France sont eetles d'Allemagne T d'Espagne et dé Russie. Elles sont toutes employées cone&reœ» ment avec nos mérinos et nos métisses ; «lies sont en générai dolices et soyeuses; quetepïe^unes mêmes soht trop toolléfe. Oh distingue partions liéiemènt celles de Saie , tle Mofavie* de HongHe^ de Siiésie * dé Bohême , de Bavière , de Wiirtem* bçrget de Prusse; Celles déSaxe* dite» électorales* rôtit les plus fines et leâ tfeèiHéuteà j elles pès* eèdènt tdutes les qualités nécessaires à ta fabrteà* tiéft de la plus belle duperie. Leàlainesd'Espàgfcè qtii portent souvent les noms des Léonaises et des Ségoviennes , sottt gêfcéftilérftefrf ibttfefc, her- «VëuSëS, qtittfqhefdis Même trop àut&. Quant àttf iàltttes <dg Ressie, elles sont màighis et tendres, liés kifres comrtitines étrangères èotrijtfëïineut le* laines d'Afrique et des échelles du Levant , qui hotis arrivent pat4 Mdrsèîlle; lés laines Danoises; les laines de Buérios^Àrres ^ dfe Pologne et dé plusieurs localités d'Allemagne.
" Cdintnë on né possède pas ehcdre tontes lés corihaîssànces dési tablée sur l'orgàhisâtioto et la hdtute de ta taiue, je me bôr.hérar seulement à quelques frfeHseignernerits sbrriniàttës. Le britl de la laine, *ii au uiicrbscope, est tirf tube rempli
{ M$ ) de roeieHe M recouvert d'uoe matière h6ifaHis& Cesudeux matières constituent ce qu'on appelle Jt émet el ki *f*7£* Lésai»! ée dissent dâéa l'èau froide | le sturge, seulement dans l'eau ohaude>
Les propriétés qui fi»e»t l'attention des praw ducteurs sont la finesse, la longueur + la souplesse la force et l'élasticité. On juge de la finesse par comparaison , et avec des instruments ; on a reconnu par exemple que la finesse moyenne du brin de la bonne laine de Saxe était d'environ un i4oôe de pouce, et celle d'Espagne de un i5ooe. La longueur est réelle ou apparente suivant que lé bfîti €fst liste, ou frtsé, ou ondulé*
Totites les parties du mouton sont lolh de four* nir là même qualité de laihe; la toison est classée dé la imâffièl'e suitante : la plante qui s'étend dû coti à lé qtiéiiêf fëtirtiit le n° i ou \*ftoreltê) les flancs fôui*hi&ënt le il0 a , te cou et la étoupe lé na 3 , la pdltHne i le cou inférieur et les cuisseâ le iP 4. Ces distinction* sotit faîtes irnmédiatement après la tonte qtii a lieii généralement du 1 5 julrt au i5 juillet. Immédia Wftlénl après cette opéra* tien lés taities Sotit lflvées et dépouillées du suint qui les fefait fertfieriter. Quelquefois même cette opération a îied tivaùt ta tonte. Lés laines sont alors dites lacées à dos et, dans le cris contraire, laines lavées à bas* Quand le lavage se fait âjjrèk on peut l'exécuter avec de l'eau chaude ou avec de l'eau.fitoide , et l'on obtient de la laine qui s'appelle làihe latiéë à éhaud ou laine l&vèe à froid. Ce sont ëh gétiér&l les laines fihéfc qui contiennent le plus de suint; l'opération dli l&Vflgé ftitpeHre
de 35 à 45 pour cent du poids de la toison en suint.
Après être entré dans tous ces détails, il est né* cessaireque nous fixions d'une manière approximative le prix de quelques qualités; je vous citerai les suivants :
Les plus belles laines de Saxe valent to fr.
Les belles laines de Saxe — ; 6
Les belles laines d'Espagne — 4* 5° c.
Les belles laines de France de — 4*6 fr.
Les plus communes — o. 75 c.
On ne comprend pas bien comment il peut se faire qu'une matière première aussi abondante
que la laine, et que l'on peut obtenir partout , manque quelquefois jusqu'à un certain pointa la fabrication , et se trouve encore à un prix si élevé qu'un grand nombre d'individus soient forcés de s'en passer. Eu effet , les hommes à manteaux et à deux redingotes par an sont les aristocrates de la société , et l'immense majorité de la nation manque des vêtements les plus indispensables; des enfants, des vieillards périssent par le froid. Quelque honteux que je sois de me répéter si souvent, je suis pourtant forcé encore, Messieurs, de faire le procès anx tarifs de douanes et de m'en prendre aux droits trop élevés qui sont la cause fatale de cette excessive chèreté. Il y a deux ans à peine, ces droits étaient encore de 33 pour 0/0 ad valorem ; ils ont été réduits depuis cette époque à aa pour cent , mais cette diminution est insuffisante et la nouvelle loi est loin encore de
(3gi) satisfaire tous les intérêts lésés , de répondre à tous les besoins.
C'est surtout pour les laines Je qualité inférieure qui se consomment par si grandes masses» que le tarif est beaucoup trop élevé.
Les tapis, par exemple, ne se font qu'avec des laines secondaires et communes qui valent moins, souvent, que la limite de i franc qu'on a maladroitement posée pour les déclarations de valeur. Les tapis sont cependant des objets nécessaires qui non-seulement embellissent nos demeures mais encore les échauffent et les assainissent; dans Tétai actuel et avec les prix tels que nous les font les droits de douanes, il faut avoir en France douze mille livres de rente ppur pouvoir garnir convenablement un appartement de bons et chauds tapis. Eu Angleterre, en Amérique, au contraire, il est peu de raaisoùs qui n'en soient pourvues depuis la porte de ta rue jusqu'aux combles.
Ce que j'ai dit des tapis, dont à la rigueur on peut se passer, est également vrai des couvertures, qui sont indispensables , et qui coûtent de ao à 80 francs chaque ; ce prix exagéré les met hors de la portée de quelques millions de nos concitoyens, qui sont obligés de s'en passer et de se couvrir avec des peaux brutes recouvertes de leur toison; d'autres ne connaissent jusque leur mort d'autres couvertures que quelques bottes de paille, heureux encore quand ils peuvent s'en procurer. Que d'individus à appeler aux jouissances de la consommation , quels besoins à satis-
(»9*) lait* 1 et combina est ipiséraMe et stérile une ré-
duction de droit qui n'a rien fait pour iU%e partie
st nombreuse 4e la population 4e ttotre pays t On
pe saurait trop se fa&|er do la rendre plps corn*
plète.
Après avoir ainsi envisagé la question des laides dans son ensemble , bous devons l'examiner dans êei détails. Entrons doue dans le qaoetnatee, «t demandons à chacun de nos Industriels, à cba- «une des ville* de fabrique, i*kn portant et l'avenir de leurs travaux ; appliquons tous nos e£forts à faire ressortir de «ette étude des enceu»» ragements pour «eux qui font bien 1 des conseils pour ceux qui ont pu se tromper.
- Njou& avens vu tout-à-'llieurequela fabrication -des 4tpffes , dont 4a laine forme la «matière prqtnière , se divisait en deux grandes classes : eette 4te Vêêtome ou lame longue , et celle de* étoffes -feutrées , cftmme drap , étc< *
Dans l'état actuel de notre industrie, cette derfttiète efa£6eo6t de beaucoup la ^lus Importante ; -non pas que l'autre soit rétrograde ou même stationnait^ : cl}l$ fait , au eontraire , de rapides progrès $ mais elle est loin encore d'avoir atteint le «iig où d'est placée ^industrie drapiére. {fous allons d'abord nous occuper de celle-ci. ' Dans la revue que nous gavons à faire de nos différents centres de production, vous remarquerez doux cilles , dont Kune s'est élevée à un •haut degré de prospérité, tandis que l'autre a considérablement perd» j vous trouverez li, inep- -sieurs, u«e nouvelle pretwe de 4ette grande vé-
rite, dont on ne saurait être trop convaincu : c'est qu'en industrie il n'y a pas de véritable succès, lorsque Ion se borne à travailler pour des classes isolées, et qu'on ne peut l'obtenir qu'en s'adressant anx niasses. - <■
Autrefois Louvîers ^tait en possession de fournir de draps fins toutes les classes riches d'Allemagne, de France, d'Espagne, d'Italie, etc.; maintenant l'Angleterre et la Prusse lui font une concurrence qu'elle ne peut vaincre , ce qui ne IV pas empêché de persister dans sa fabrication de draps de première qualité. Elbeuf, au contraire, ne fait que des draps ordinaires, mais il en fait beaucoup ; et non-seulement il trouve un grand marché pour ses produits dans l'intérieur de la France , mais it vend encore à l'étranger, malgré la concurrence;
Bien que l'on trouve des fabriques de draps dans beaucoup de localités , elles ne se sont cependant pas éparpillées comme certaines autres industries ; elles se sont, au contraire, réunies par groupe. Ainsi, nous trouvons : au Nord , Elbèuf , Sedan, Louviers, Beanvais ; à l'Est, Nancy, Bischwiller ; à l'Ouest, Vire, dans le Calvados ; au Midi, Vienne, Castres , Lodèvé, -Carcassonne , Montauban; au Centre, Chateauroux, Romorantin, etc.,«.
Depuis quelques années lés fabriques du midi ont fait de notables progrès : on produit maintenante Castres , à Lodève, à Mon tauban , certaines espèces de draps , dont les prix et la qualité ne laissent rien à désirer. Le jury de l'Exposition de 1 834, dont j'étais membre, fut même fort embarr-
Blaoqui. . 50
( 394 ) rassé pour décider qui remportait des fabriques
du midi ou de celles du nord. *
La ville (ÏEheot est à la tête dé ^industrie drapière ; elle s'est adonnée principalement à la pt*» duction des draps de bonne qualité contant», dans le prix de tS à 3o francs. Edle fabciqâe annuellement 6o à 76,000 piéfcee de cfrap de ho aunes environ , 5f4 d® large , qui représentent une valeur de 5o millions de francs. Les laines em* ployées par la fabrique d'Elbeuf,tsont, pour là plus grande partie indigènes, de là Picardie , de la Beauceetde la Brie. (Les laines étrangères d*Es* pagne et d'Allemagne n'entrent que pour une faible proportion. ) Eibeuf consommé environ *, 800,000 k. de laine, qui ont une valetnr de do mit lions. Le nombredemacbmes à vapeur , dont les2/3 ont été construites en France, estde^6o, qui erfiploient 180,000 hectolitre* de houille , au prix de 4 £K> ou 720,000 fr, , soit 10 a i<afr. par pièce de drap, ou: 3o centimes par aune. La popaèirtiou ouy rie re d'Elbenf est de i5>à 3orooo pereriones , tant hommes que femmes et en fiants ; lés suaires moyens, sont de a ft\ pour les premiers, 1 fr. ts^c. , , et 7$ c;. pour les antres.
Outre sa fabrique de draps: ordinaires „ Eibeuf iait encore de& dràps.dr billards fort recherchés^ des draps de fantaisie, atnaaonts, des ficelles écossaises pour manteaux de dames, etc; Ce derjtter article est d'une assea haute importance: ou en fait pour 4 millions de francs* :
SicDAn est la plus ancienne ville de fabrique de drapa. Un Français, Nicolas Gadeau^ y «fait éta-
Ut avec siioeèa une fabrique de drap fia, bien avant que Colhert n'*ut &i£ *enir le hollandais Van-Bobais à AbbéviHe» L'article 4c Sédm constate en draps noirs fins, garances, et couleur* riches. Autrefois cette ville ne fusait que des noirs ; l'exemple çt la concurrence de k Belgique font portée à faire des drapa de couleurs. Se* prix ont également subi d'importantes modifie»» lions 1 ainsi Ou a abandonné la fabrication des eatra-âns de 76 et 90 fr* l'aune y pour dès qua~ Htés ptas courantes et d'un placement plus fiteilq du prix de 2% k %5 fr. en moyenne,' qui eomprçnt ne ut des casimirs <fa 7 * ?4> dos draps de 1 7 et 18 jusqu'à 5o fr. l'aune; ces derniers en trè* petite quantité.
La fabrication totale deSédan est de &6 à 3o,ooo pièces de 3a à 34 aunes, pesant aa kiL par pièce , et représentant une valeur de 20 à i\ roiHions dt francs. Elle emploie environ «a motpur* hydrauliques et 14 machines à vapeur, qqf consomment 40,000 kiL de «houille par jour j le combustible entre dans les frais pour 1 ipà 3 *?0; Le nombif des ouvriers dccnpés est de 1 1 p i?,ooo , divisés en trois classe* comme ceux de Louvièra, et **► tevant des salaires semblable? t la journée de travail est , à Sedan , de *£ heures au lieu de i3.
Comme place de commerce, la ville dô Sedan est placée dans dé mauvaises conditions , qui aug* inentent ses frais généraux. Les fabricants de Louviers vendent leurs produits à 90 jours , c'est» àrdire qu'il suffit de 1 a à 1 & millions, de capitaux de roulement pour opérer sur une masse d'affaires
(396) de 5o millions; à Sedan , au contraire , l'usage est tle vendre à ia mois, de sorte qu'il faut ao mitlions de capitaux de roulement pour faire *o mil* Mous d'affaires. Ce mode de traiter est éminemment vicieux , et explique comment la fabrique de cette ville est en souffrance, et ne peut supporter la concurrence . que lui font ses rivaux de France , de Belgique et de Prusse.
Louvibrs. C'est de cette ville dont je voua disais tout-à-1'heure que la décadence était due à sa persistance à suivre, d'anciens et mauvais errements , et à ne travailler que pour les classes riches. Elle a sous ce rapport plusieurs points de contact avec la ville de Sedan » dont je viens de vous parler : comme elle, elle commence à entrer dans la voie des réformes ; mais ce n'est qu'après de dures leçons et grâce à une expérience chère* ment aoquise.
Les fabriques de Louviers produisent chaque année ta à 10,000 pièces de draps de 4o aunes, dans les prix moyen* de 3o à 35 fiv On n'en fait plus que rarement de 35 à 65, et on n'en fait encore que très peu de 18 à ao. La fabrication totale est d'environ 1 5 millions de francs.
Les moteurs employés à Louviers consistent surtout en cours d'eau, qui. ont le grave inconvénient de tarir plusieurs mois de l'année, ce qui arrête les travaux. Une force hydraulique de 6 à 700 chevaux n'est employée que pour 3 ou 4oo, qu'il faut réunir aux 80 chevaux environ que four* lussent ensemble 6 machines à vapeur. Les fabriques occupent 600 ouvriers, dont les salaires sont
( 397 ) les mêmes ; en moyenne , que ceux d'Elbeuf et de
Sedan.
Vhe meilleure application de moteurs naturels v " qu'elle a à sa disposition et une plus large adoption des moteurs à feu , ainsi qu'une fabrication
moins brillante et mieux appropriée aux besoins de la masse des consommateurs, peuvent seuls
relever la ville de Louviers de l'état de dépérissement où l'esprit de routine et l'ignorance l'ont plongée. Elle ne peut à cet égard concevoir que de justes espérances; déjà elle a fait des essais qui lui ont réussi. L'article cuir de laine , à la fabrication duquel elle s'est livrée depuis quelques années, lui a parfaitement réussi : qu'elle continue dans la même voie , c'est la voie du salut.
A AiBBvnxB, là même où Colbert avait voulu naturaliser .à coups de règlements et de primes la fabrication des draps fins , alors que déjà elle prospérait à Sedan, grâce au régime de la liberté, cette industrie est mdrteet a fait place à une autre plus modeste.
H n'y à plus aujourd'hui dans cette ville qu'une seule fabrique de draps; et loin de se livrer à la production des qualités fines et extra-fines , elle ne fait que tfèé rarement des draps de 35 fr. , et en masse ceux de aa à a3 fr. Cette fabrique , qui produit pour i,5oo,ooo fr. par an 9 emploie 65o à 700 ouvriers y dpnt les salaires sont moins élevés que ceux payés dans les autres villes dont nous nous sommes occupés-: ainsi les hommes ne gagnent en moyenne que 3a sous au lieu de 40 , les femmes x fr. au lieu de 1 fr. ?5 c. , et les enfants
Ço, <t$m> au lien 4e i%< 4£u somme, la place 4'Ab-
beville, limitée ainsi, est peu importante ; ttétW" moip? elle $fcj&OHtig$itr wdgré qu$Jqi*es cléçftvjuitag?s de position et Je même viçepju a $fyUn, de vendre à 13 et mêwaà *4 mois 4e terme, au lieu de gojoursycequi exige des capitaux, de roulement beaucoup pl«6 jcottôidérables. ' . Une particularité remarquable dans ; le modo de traiter les affaires de ces dtttf places, c'est qu'en général elle* vendent directement aux mai* chands de draps et aux tailleurs, sans avoir re* coursa l'eut çewise'd es marchands en grosse est à cela que tiennent les termes de pàieipeat si pro*
longea,/ :
Dans Je Calvados , la fabrique de Vule a pris quelques développements, et: a perfectionné ses pii04pits; i| y a quelques innéea eiftore jette tei? gn^iten pièce» aMJou^'luûeUetfânteh Wnfe, ,
Air?M qu* j§ voua, l'ai dit igJya bàttt ^ c?eèfc «*r* tout4an$ Je midi qu^ te* progrès quitté grand* et rapides. Les draps de Vienne, en Dftupfeiuf f qui
étaient *Wr*faty &?mwfô M.mtl dég^wé* t fpnt Jaeaucoqp oiieûx< w^j^d'bwl; j , !ilsy ^»t pris du corps et de la jM>lidU& ,. ,p -.-j; ; ..,;:
Lodève , entrée il y a seutemant 18 *m dans la carrière industrielle,. prend chaque jour uoenou* velle importance, et surpassera bientôt filbauf; car, plus que cette ville encore > elle s'adresse aux masses. Lodève fabrique annuellement 60,000 pièces de draps, et peut en faire 10a, 000 et même plus. Les prix de ces dïaps sont excessivement bas : celui de troupe ne 6e paie 400 % fr. 93 c< le
(399) • mètre; l'autre qualité, pour les habitants des cam-
pagnes^ ne se vend que 3 à 4 fr . l'aune de f 20/100
de large ; on en a même vendu à i f. 90 g* l'aune !
10,000 ouvriers wnt occupés dans les fabrique*
de Lodève , qni sont toutes mues par des roues
hydrauliques. Les salaires sont les mêmes qrtli
Elbeuf : a fr. àa fr. 5o c. , 1 f r à 1 fr. a5 c, 60 à
75 c. , et seulement ft ou 10 heures dé travail par
jour, au lieu de i3 cornue à Elbeuf et Louviers,
et «ftêrae 1 5 heures comme à Sedan,
Castors est l'Eibfenf du midi, non encore peur f importance i mais: pour ks qualités qui sont semblables; seseatr* hune sont surtout fort beaux* On peut en dire de même dos draps et des easto» rines de Liumsx r des draps de billards de Cha* TSAumoux, ainsi que de ses draps verts pour la douane , et de ses draps à là fois fbrtg et fins pour •oftikners de troupe; ' ' * ■ • ;
En idi6 r notre draperie 'était fort arriérée dans tous ses procédés de fabrication ; eHe n*exi*tait même pas dmuHik midi : trois découvertes importantes lui ^at iajt faire les progrès qu'on admire aujourd'hui f et qni permettent de livrer k i& fr. ce qui se vendait alors? 3#fr. ; et ,*4 * *& (• ce quien valait 40. Ces inventions sort t ri* iaiorideme mi aaniqae qui 4 remplacé le vtenx triode de toodage au rasoir et aux cisaillas encore employé dans certaines fabriques d*Écosse ; *• la navette wdahfràe John Ray 9 3* enén» Fapprèt indestructible qni corniste à placer le drôpdant une caisse, aàtt est soifrtii à «ne forte pression sous Faction d'un courant de vapertr #une- température très
élevée. Ces découvertes importées en France y ont été appliquées avec succès, et y ont même été perfectionnées. Les services qu'elles ont rendus sont immenses , et la nombreuse population o»vrière employée dans les fabriqués dont elle fait la fortune , leur doivent leurs salaires de chaque jour.
L'importance totale de l'industrie du drap en France a été évaluée, lors de l'enquête, à a5o millions de francs, dont moitié au moins représente la matière première, et le reste les frais de fabrication. On comprend dès-lors de quel intérêt il s'agit pour cette branche de production , d'une réduction du droit qui frappe lés laines étrangères à leur introduction en France. La M, qui , sur les sollicitations de M. de Polignac et de quelques autres grands propriétaires, est venue élever ccdroit à 33 p. °;0 , a porté un coup funeste à- nos fabriques f sans être utile à l'agriculture : loin de là même, celle-ci a ressenti le contre-coup du mal causé à l'industrie- La consommation a diminué , et avec elle le prix des laines, qui est devenu matière à spéculation et à agiotage ; en outre, tous les pays qui, comme l'Italie, l'Autriche , la Saxe, la Bavière, nous avaient jusqu'alors vendu leurs laines en retour desquelles ils prenaient nos draps fabriqués , ont été réduits , par suite de la perte de leurs débouchés sur le marché français que le droit leur formait , de se faire eux-mêmes fabricants pour employer leur laines , et aujourd'hui non-seulement : ils ne nous achètent plus, mais encore Us nous font concurrence. m , :î
E*> réd^intv prononcée <efc i&54> et<p»i fit* le drain à ma p.*/* a fiât quelque bien , mate neil »pas autant qu'on l'espérait , perce qne cette rédnctktt» n'a pas été suéfisatite , qu'elfe n'a pas égalisé la eanditien «des produfcteuns Française étrangers, et qn'eMe n'a pal eneotie parente <Tétat4*r le& prix delawatièrofwettiièfn dW nmtfète sfe&ta, «fin d^évfcar k* fluctaffttiOtts qui <mt naine «en* àtonr agrtcuitwrs €«:kid***lriefe st*m i^ittpjrè^u^mil dfe 35 p, 7„. tfee nouvelle réduction eM donc indispensable; elle est d'aiBenife antant en faveur de nos«éteve«rsde trotrpeau* que d*s fobmcoirts et des CDBSonfcnateurs , 4ta#t W m tf*£ts dtw***t bien >èire aussi de qnekju© jwWs dans là briantas
Avant 4e &tne , pou* ftadosto-ie ^4afe&fon-* goes ou peignées et 4e teur «wplrii* un traçait semblable à cékà auquel irais ?etiom dp nm& limer ipoor tes farine* courtes ou fcntnées ^ je dois «ou* féiie (quelques mots de ia matière prenrièue quivtMntne ma biaves^ *»t entièrement iMÉérente. '
JLes méritons qiri peodnî&eDt in iàttM 3a*gùe sont d'une «ipèoe i part; lenr <éckr»*km n'est pas la inertie que œJie «des oauratooi» à léine aouftte, et il leur faut arae nmnffitase tente paftiewlàère. Certains patauge* £Angleteràne tet de Belgique convienne** pàr&iteinent pnur oélrvtor cette ^aa* riété de la rare «ovine : on cite sur taut ieà eaaoSés de Lincoln et de Lieicetftor . 1* poids de la taàéoto, dont les brins «ni quelquefois jusqu'à t .pied d* leftgue%a>, «est dfe 6, -8 et même nie ro ^vaeesia falifcue > qui en «résulte ipeur 4'4mo}al «esyt AMrçrftft*
Blanqui. Bi
de ; aussi n'engraisse-t-il pas ; ce qui rend le prix de la laine assez élevé , la toison étant le seul produit que recueillent les éleveurs.
La qualité de la laine longue consiste surtout dans la longueur des brins et leur consistance ; la finesse , tant recherchée pour la fabrication du drap , est de peu d'importance pour, celle des étoffes rases. Ainsi, la laine longue, forte et ferme, quoiqu'un peu grosse, est celle qui convient le mieux pçur la fabrique d'estame, qui exige un fil fin et uni, non sujet à se retirer, à se friser ou à se feutrer lorsqu'on le convertit en tissus. On évite avec soin que le cardage ne croise les fils, que Ton dispose en lignes parallèles , et que l'on redresse encore au moyen d une machine à défeutrer. Pariai les laines longues, celles qui le sont le moins et qui peuvent se filer en fil plus fin , sont réservées pour la bonneterie ; les autres, converties en fil tors, servent pour la fabrication des étoffes à gilet , des tapis , crêpes , popelines , bambazines , etc.
L'Industrie de la filature des laines longues est toute moderne et à peine établie en France. En 1806, les châles mérinos et tous les tissus ras qui furent présentés à l'Exposition étaient formés de fils faits à la main ; en 1807, la société d'En* cou ragera en t proposa un prix de 3, 000 fr. pour une machiné à filer la laine peignée ; le prix ne fut décerné qu'en i8r5 à M. Dobo , de Paris, qui prouva que depuis t8i i, une machine de son invention était en activité dans les ateliers de M. Ternaux , et que ses produits convertis en tis-
sus étaient livrés au commerce sous le nom <te tissus Ternaux.
D'habiles fabricants se sont formés depuis ce temps à cette industrie et l'ont perfectionnée. Dérobant aux Anglais le secret de leurs ateliers que ceux-ci défendaient par tous les moyens, ils sont parvenus à faire mieux que leurs maîtres, surtout dans les nos fins, qu'ils produisent plus beaux et à meilleur marché. Un seul obstacle les empêche aujourd'hui de réduire les prix : c'e^t la disette de matière première qu'ils ne trouvent pas en France , et que le , fisc ne leur permet d'acheter au-dehors qu'en lui payant, un droit de a a p. %, qu'il ne rend pas même tout entier à la sortie.
Nous ne sommes pas moins avancé pour la fabrication des tissus ras que pour la filature de la laine longue dont ils. sont formés ; mais le prix de celle-ci, surélevé d'une manière artificielle par la douane , ne permet pas de les vendre à aussi bon compte qu'il serait possible de le faire , et empêche nos exportations pour l'Allemagne et la Russie, pour l'Angleterre même , de prendre les développements dont elles seraient susceptibles.
On ne peut expliquer par aucune rakon la ri-* gueur du tarif qui frappe si durement cette importante industrie; car il n'en est, pas pour la laine longue comme pour celle de carde : notre agriculture n'est point intéressée à sa prohibition et à son haut prix > puisqu'elle n'en produit pas ; c'est donc un mal gratuit sans compensation fait aux fabricants d'estame et aux ouvriers qu'ils em-
pêche d'étendre leurs relations à ranger* *t d'asstorei* k nofcrt teduatrô. la production; «Tun article potft kquel nows aornuifi* sots de garder to^otirs notre supériorité,, en vertu de ixrtre goût et de iliabiteté 4e nos fabricants à devancer lés caprices de la mode qui adepte toutes leurs inspiration** Espérons que l'administration et les chambres comprendront enfin que c'eat un devoir pour elie de prononcer cette impartante ré* forme dton des articles les plus vicieux de no| détestables lois de douane.
Voyons maintenant le genre de travail et l'kn» por tance dès affaires de nos principaux centres de fabriqué- La ville de Reims est la plus importante de éelles qui se livrent à la fabrication des étoffes dé laine ; cette supériorité est due surtout à l'intelligence àes industriels qu'elle renfermé^ et qui les porte à deviner à l'avance les . besefnâ de la Consômifration , h créer dé nouveaux articles lorsque la faveur publique commence à abandonner les anciens; erifin, et éurtdût, à travailler, polir les masses, en produisant de bonnes étoffes! à bon inàrchéf. Il y a ïS à io ans, tous les métiers de' Hèfhris étaient employés à faire. des ràz castor lisses et croisés, des bùratsrazet voiles à reli* gîeuses, dés turats tloux pour robes de juges et soutanes , des flanelles noires/ grandes largeurs; pour l'Espagne, l'Italie , l'Âmërique. dît sud. Aujourd'hui ces. articles sont morts, et à leur place trois ou quatre nouveaux tissus : les mérinos, na-
{ 4o5 ) politeiftes, flanelles de aanté, circaasiennes, etc. , gcçupentlea métiers et les ouvier* d'autrefois, dont M «ombrf t'es* considérablement accru.
Î*P napolitaine e$jfc un tissu non foulé ; teint en piçqgs, et deptipé à l'habillement des femmes ; il est cM^4, solide, jqli e t à bon marché; créé il y a dix ans è'peing» la «etde ville de Reims en fait aujourd'hui pour ^ 5 à 18 millions de francs. Afin de combattre la concurrence anglaise» les fabricants rémois ont tiuftafbrtné la napolitaine en nne nouvelle étoffe ; de lisse» ils en ont fiait une étoffe imprimée, une aorte de calicot laibe qui lutte avec avantage contre lesstuffs anglais, unis et façon* liés. En 1 833, cette fabrication n'était à la production de Reims que dans la proportion de i/6o; en i834, elle était déjà de 1/20: elle n'a tressé de ^accroître depuis oe jour;
1a flanelle est d'origine anglaise , et il y a quelques années encore on imprégnait' les flanelles lisses dites BoAVmd, faites A Reims, ^nne odearde goudron, afin défaire croiriè aux acheteurs quelles étaient importées cPAngleterre. Il y a deux espèces de flanelles: flaineKes lisses et fla nettes croisées.
Dans lés qualités ordînaires,nous ne pouvons lutter avec TÂtagleterre, ou plutôt H n'y a pas de lutte possible j car îâ laine nous manque, et nous ne fabriquons que de belles qualités dans le prix de Ijfr. 5o c. et au-dessus, qui sontbeaucoup mieux que celles que les fabricants anglais vendent au même prix; mais pour les flanelles communes, à 1'ufcage des classes ouvrières , et dans le prix de i ft\ à air, et 3 fr. 25e.; nous n'en faisons pas;
l'usage n'en est pas répandu ici comme chez nos voisins, et d'ailleurs, je viens de vous le dire, la matière première manque, et la réduction du droit peut seule permettre d'en acheter à l'étranger.
Pendant long-temps nos flanelles présentaient le grave inconvénient de se rétrécir au lavage , tandis que lés flanelles anglaises en étaient exemptes; à force 3e recherches, on est parvenu à faire disparaître complètement cette fâcheuse différence; et maintenant en France comme en Angleterre, les flanelles sont d'abord soumises à l'action de la vapeur qui distend les brins de laine,puis étendues sur un cilindre chaud; des expériences ont démontré que la flanelle préparée ainsi pouvait être lavée et savonnée sans être exposée à aucun rétrécissement,
lia circassienne est un tissu croisé, chaîne coton! trame laine , teinte en laine. Cet article, fort important en 1828, a beaucoup diminué, par l'abandon de la mode , bien qu'il, soit solide et bon teint ; le bon marché des laines peut seul lut faire reprendre faveur. C'est encore l'affaire du tarif.
Reims produisait beaucoup autrefois de draps unis et casimirs, de burats et raz castpr ; aujourd'hui ces articles ne sont plus cités que pour mémoire. Elbeuf et le midi ont tué les draps et casimirs de Reims. On pourrait encore faire des étoffes pour gilets; ruais, pour cela, les filés anglais sont nécessaires, et on sait les dispositions de la douane à leur égard.
Le midi et le droit de 33 p. °/0 ont également ruiné la fabrication des couvertures dans la ville
de Reims; la réduction du droit pourrait redonner à cette fabrication son ancienne importance*
Les mérinos ont fait des progrès surprenants depuis l'époque de leur création, il y a a 5 ans ; ce qui , à cette époque , coûtait 5o fr. ne vaut plus aujourd'hui que 8 fr. Le peignage de la laine, la filature, le lissage , les apprêts , tout s'est perfectionné, et assure à la production française une supériorité marquée sur celle de Saxe , de Belgique et d'Angleterre.
Quelque grands que soient les progrès, il en est cependant encore qu'il importe de ne pas négliger; quelques vices d'organisation industrielle sont à dé* truire'; quant aux autres, ils sont du fait de l'administration et se Rapportent toujours à sa déplorable loi de douanes. Les vices d'organisation consistent dans l'oubli d'une importante Vérité économique ou plutôt dans sa faussé application. Les fabricants rémois ont. confondu l'éparpillement qui angmente les prix de revient avec la division du travail qui les diminue. Quelques mots d'explication, et notre remarque pourra devenir profitable non-seulement pour Reieàs, mais encore pour Lyon et quelques autres villes.
En Saxe, la laine ne passe que dans deux fa-' briques avant d'arriver à la consommation. Le filateur acheta la laide en toisons, la peigne et Ja file ; le fabricant d'étoffe achète les filés, les tisse, les teint, les apprête lui-même, et les expédie sur les marchés. où ils doivent être vendus. En France, au contra re, à Reims par exemple» il y a le marchand de aine, lepeigneur, le filateur, le fabri*
cant de tissus , ie teinturier, l'apprèteOr, l'antrepositaire et le négociant^ qui forment autmt d'intermédiaires séparés qui prélèvent tôt» un profit sur la marchandise à ses divers états, oe qui élève naturellement les prix de revient dans une proportion notable ; le même tice existe a Lyon dans la fabrication de la Soie, et je. vous l'ai signalé. Sans doute il y a des avaqtages aie perfection et d'économie k faire faire te peignagc* la filature, l& tissage, la teinture, l'apprêt, par des ouvriers différents t et qui me font absolument que cela; mais ces ouvriers peuvent et doivent être réunis dans une rbêcne fabrique r afin qu'à feura salaires il ne soit pas ajouté pins d'un, ou au plus deux bénéfices de fabricant ^ et non pas six ou sept.
Le tort qu'un* mauvaise* lai dédouane fait k l'industrie est incalculable y et nous* en trouvons encore ici une preuve affligeante, Quelle que soit br monotonie de mes continuelles rfedstes à cet égard, je ne puis m 'empêcher d'y. revenir encore; petitêtre obtiendrons-nous par lassitude, ce que la rat* son et la logique ntont pu faire*
L'époque de la créatkm des fabriques de mérinos, en Saxe, remonte à *8rg ea 1800 etovinm* Pendant ptasteurstamées elles végétèrent ainsi, mais lorsque vint (a loi qui frappait d'na droit de 33 P- *f« l'introduction des laide* de c&paiy» 00 France , l'impossibilité où forent ftg* faJitettieta d'en acheter suivant leurs besoins, força le* fabricants saxons de les employer, et bientôt 4etiir production prit des âévtAoppetrttni» toflsitféréfotes. Ili étirent en France acheter ûès ihtodhititès aWA~
( 4*9 ) blables aux nôtres, et construites chez dos mécaniciens de Kéthel et de Paris. Us embauchèrent nos ouvriers et nos contre-maîtres pour former chez eux une population ouvrière, et grâce à la ruineuse et absurde obstination qui ne voulut pas permettre la réduction du droit sur les laines, , qui aurait pu arrêter les progrès et rétablir l'ancien ordre de rapports et d'échanges, leurs manufactures grandirent et prospérèrent, et ce sont elles qui nous font aujourd'hui la plus redoutable concurrence sur les marchés étrangers, pour les mérinos de qualités ordinaires au-dessous de 7 f. l'aune, avantagées qu'elles sont par uue différence en moins de 10 p. °/0 sur la main-d'œuvre et la matière première. Quant aux belles qualités, nous avons toujours conservé notre supériorité, et nous n'avons pas de rivaux en Saxe plus qu'en Angleterre, où nous en exportons chaque année pour plusieurs millions, malgré le droit de i5 p. °/0 qui les frappe à l'entrée de ce pays.
Outre ces différents articles qui réunis présentent une masse d'affaires de plus de 5o millions de francs, Reims renferme encore une industrie dont l'importance, qui n'est encore que de 10 mill. j est de nature à s'élever d'une manière qu'il n'est pas possible de déterminer : je veux parler de Pindustrie des laines peignées. Disons aussi, pour expliquer ces prévisions, que Reims est au centre des pays qui produisent les laines les plus convenables pour cette industrie , et au nombre desquels on doit compter surtout la Picardie, la Champagne, la Brie, la Bourgogne et la Normandie.
Blanqui. tti
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Chaque jour te peignage des laines longues prend plus ifttbportance; déjà celle-ci ne serrent pfos seulement au tissage d'étofifcs épaisses et chaudes comme les mérinos, ou eu frit aussi des tissus plus légers , des barèges , des mousse*»*» ; <le ees dernières surtout, dont ftous voyows i'u*sage se répandre partout eft deveirf* général à mesure que les prix en diminuant sont m» à la •portée de tout es les bourses et de tous tes besohw.
Les frais d'établissement de la Fabrique de Reims sont évalués à 3o millions, dont une partie se trouve amortie, et font ressortir «ce Capital en-v gage à 20 millions environ. On estime que les frais de roulement nécessaires pour donner le mouvement et la vie à toutes ces machines , à tous ces ateliers , est de $5 à 5o millions de francs.
i4oo mitle kil. de hine en suint f dépouille de 3,5oo,ooo mourons , sont chaque anfcée (ces chiffres sont de 1 834) convertis en fils et en tissus.
5o mille ouvriers 94&ut i^txiui'mvros^ sont employés aux différents travaux de Ja fabrique ; leurs salaires sopt très modiques &> suffisent à peine 4 leurs besoins. { Déposition de M. ileuriot dans l'enquête.) faOoo seuleipent gagneat de 3 fr. . 5o c à 3 Xr. par jour ; la raasae ne reçoit que do k 4° s^us pour les to aunes, 3o soup environ pour l& adultes, i5 à mo «eus pour les femmes , el 10 à i5 sous pour les enfants de jo aus jusqu'à r$. (*Il est urgent, dit M. Henriot, d<mvcut mainm tenir La tranquillité publique^ de ne pkis dimi* « nuer h prix de la maif^d'œume quiju$tfuici ti
<* varié trop souvent, et rarement #¥ profit de a £ ouvrier )♦ »
La conséquence déplorable de Cette rédaction excessive, et on pourrait dira abusive de$ salaires» a été , comme dans les autres villas qui ont suivi le même exemple, à Louvsers, Elbeuf, Lyon,et&, de pousser les ouvriers au vol : ne pouvant vitre avec ce qu'ils reçoivent de leurs maîtres, ils aiig* mentent leurs journées eu dérobant des matière* qu'ils revendent bien au-dessous de leur valeur* Le vol connu sous le nom de piquage cTonce, dan* la fabrication des soieries , et le vol de laine ♦ sont généralement établis et reconnus dans les villea de fabriqne ; les industriels les font entrer dans l'appréciation de leurs frais généraux ; ils se cbif* frent chaque année par plusieurs millions pour, chacune de ces villes, et ne rendent au* ouvriers qui s'en rendent coupables que quelques centaines de mille francs. .
N'y aurait-il pas un double avantage de moralité et d'argent pour les fabricants aussi bien que pour les ouvriers , à mettre Un terme à un état de choses aussi déplorable ? Les premiers n'au* raient41s pas intérêt à accorder volontairement en augmentation de salaire la moitié de ce qu'on leur vole ; et les seconds à recevoir légalement le double au moins de ce qu'ils n'obtiennent qu'en se plaçant sous le coup de lois pénales juste* ment sévét<es, et en risquant chaque jour d'être envoyés grossir la malheureuse et coupable population dé nos maisons centrale», et de nos ba-
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Si de Reims nous passons à Amiens, nous trouverons dans cette ville et dans ses environs trois branches d'industrie bien distinctes : la filature de la laine et la fabrication des étoffes de laine et de laine et soie , la filature du coton , et les tissus de coton, ainsi que la bonneterie.
Il sort chaque année de la fabrique d'Amiens 180 pièces de tissus de toute espèce, représensentant une valeur de ko millions de francs , et exigeant un capital de roulement de 214 millions de francs. Dans cette ville et les localités qui l'entourent , le travail est divisé et subdivisé plus encore qu'a Reims ; il en résulte naturellement une augmentation des prix de revient et une réduction des profits des fabricants , aussi bien que du salaire des ouvriers qui, pour certains articles, ne gagnent que l\fr. à 4 //*• 5o c. par semaine > soit 70 à 73 centimes par jour l . ,
Il y a 20 ans , l'industrie cotonnière régnait en souveraine à Amiens , et chaque année il sortait des fabriques de cette ville 210,000 pièces de velours de coton ; aujourd'hui on n'en fait pas plus de 70 à 80,000; c'est une différence des a/3. Les anciens métiers à filer le coton se sont depuis lors transformés en métiers à filer la laine, pour la fabrication des alépines et des escots. Ces deux étoffes sont modernes : la première ne date que de 1823, époque à laquelle la filature de la laine, qui jusque-là n'était faite qu'au rouet, put se faire à la mécanique.
6,000 métiers et autant d'ouvriers sont employés ail tissage de Valépine, qui se compose, on
le sait, de laine et de soie. On en fait de deux sortes : des alépines en laine mérinos, et des alépines en laine anglaise. Pour celles-ci! nos voisins nous font une concurrence d'autant plus redoutable, qu'ils ont chez eux à bon compte la matière première qui ne nous parvient que chargée de droits et de frais considérables ; pour les alépines mérinos, au contraire, dont le prix moyen est supérieur à 5 fr. , nous faisons mieux et à meilleur marché qu'eux ; mais ces qualités sont trop belles et , par cela même y d'une consommation restreinte.
L'escot, autre espèce d'étoffe d'un prix plus modéré que i'alépine et d'un excellent usage, n'a été -adopté que depuis quelques années par les consommateurs français. Autrefois nous n'en vendions qu'à l'Espagne et peu ou point chez nous , mais depuis que l'influence de la diplomatie anglaise est parvenue à obtenir, en faveur des industriels de ce pays , un tarif de faveur qui ne grève leurs produits que d'un droit de 20 p. °/°? tandis que les nôtres en paient 40 , nous avons perdu cet important débouché que la consommation nationale est heureusement venu remplacer. Nous faisons l'escot aussi bien et même mieux , surtout plus solidement que les Anglais , mais le prix des laines et le droit sont une cause' d'inégalité que la suppression du droit peut seule faire disparaître, et sans lequel nous ne pourrons pas ouvrir avec avantage de débouchés à l'étranger, ni même accroître les placements sur le marché intérieur.
La fabrication de la bonneterie éê laine dite bonneterie de Santètre , est établie depuis longtemps dans le département de fa Somme, où elle est répandue dans plus de 60 Communes , dans lesquelles elle occupe environ 45,ooo ouvriers, tant hommes que femmes et enfant*.
Cette branche d'Industrie a vu depuis dix ans la quantité de ses produits et le nombre de ses ouvriers augmenter d'un tiers, en même temps* que le prix des marchandises fabriquées diminuait dans la même proportion, c'esuà^lire de 5o p. °/0 De grands progrès peuvent encore être obtenus; le travail automatique n'est pas généralement établi et ï 0,000 femmes filent encore au rouet, au grand préjudice de la perfection des articles et de l'économie.
800,000 kiïog. de laine, peignée, dont les a/3 en lairie d'Angleterre et de Hollande et rfi en laine de France , représentant une valeur de 8 millions, sont convertis chaque année par ces fabriques dont le capital, engagé ; en moteurs, bâtiments , métiers , etc. * est de à 1 millions , au moyen d'un capital de roulement de 8 à 9 millions.
, Les deux tiers au moins de la matière première devant être inévitablement demandés aux producteurs anglais et saxons qui sont, eux aussi, fabricants de bonneterie, nous ne pouvons lutter qu*avec défaveur , puisqu'à l'inégalité naturelle qui résulte des frais de transport, de commission» le fisc en a , de ton fait, ajouté une autre par son droit de 33 p. °/0, réduit insuffisamment à aa , et
qui /devrait être entièrement supprkué , puisque , dsas l'espèce, notre agriculture n'est pas intéressée à son maintien»
Le département de la Somme partage avsp Besançon , Turcoing et AbkeyiUe la kbwaUon des tapis tfaz importée d'Angleterre, il y a ime qntntaaine d années. Depuis lors cette industrie a grandie, mais le haut prix de la matière première, qui est encore de 35 à 36 son &* en feit un oàfet de luxe que même les fortunes moyennes ne peuvent atteindre ; en Angleterre, au oaatnaira, vous te savez, les maisons sont garnies de tapis > depuis les combles jusqu'à b porte d'entrée; c'est que, dans ce pays, les fabricants de tapis utilisent avec avantage les déchets de laine provenant das fabriques de draps, déchets qui ne leur coûtent pas plus de 10 à i5 sons. Vous voyez quelle énorme différence! Il suffirait, pour encourager «cette industrie et répandre la consommation des tapis , que rackmtmtnatioir des douanes permit l'introduction des déchets de laine, connus sons le nom de peignons , qu'il lui serait facile de reconnaître car on ne peut tes confondre avec la lafme neuve. Ces peignons sont, en effet, une sorte d'éto\rpe de faine, 4&»tles brins sont très courte et imprégnés de corps gras ? on ferait ainsi batespr le prix de nos peignons qni se vendent -au-delà éfe lepr valeur, parce qu'on en manque; et élever un peucdtri des peignofisanglaSs , eequi rétablirait la parité entre tes producteurs des deux pays.
Quant aux tapis de kixe qui se fabriquent à Àubusson , & Fefle1Sà, à AbbeviHe, rintrod action
(4x6) des laines longues pour moquettes bouclées et tapis veloutés est indispensable , tant pour augmenter leur consommation en France que la vente à l'étranger, en Angleterre, en Suisse, etç, , où ils rencontrent aujourd'hui une concurrence, que la supériorité de fabrication, la beauté et la richesse des dessins , la vivacité des couleurs , ne suffisent pas pour combattre, en présence-dé l'énorme différence qui existe clans les prix de revient.
11 ne me reste plus à vous parler, pour terminer cette longue revue des principaux centres d'activité de l'industrie lainière, que des travaux de Turcoing, Roubaix et le Cateau-Cambrésis.
En filature de laine, Roubaix produit i ,600,000 fr., et en tissus de laine 8,400,000 fr. , ensemble 10 millions. Cette ville occupe 3o,ooo ouvriers, mate ils ne sont pas constamment occupés au travail de la laine; les métiers ne battent guère que pendant les mois de juin, d'août et de septembre; le reste du temps est consacré à la fabrique du coton.
Le travail se divise à Turcoing comme à Roubaix;
l'importance de la filature y est de 3, 200,000 f. environ , et celle du tissage de 2 millions. Roubaix a sur Turcoing l'avantage d'unmarché, ce qui force la seconde de ces villes à porter ses marchandises dans la première pour y être vendues.
La fabrication des deux villes consiste surtout en s tuf f s et en lastings. La consommation des stuffs angmente tous les ans; c'est ainsi qu'en i833 elle n'occupait que 600 métiers^ Jacquat t ,
( 4^7 ) et qu'en. 1 834 ce nombre s'est élevé; à i ,»oo; mais
un obstacleà son pfaja grand développement, c'est
le prix élevé de» tain es, que nos febeicante sont
qbûgéa de demander en partie à l'Angleterre, et
S4ir lesquelles ils supportent des dfcoite de aêrtîs
et d'entrée dont voua connaisses l'importance.
Le damas de laine pour meuble est eocore mt article de Bombai** qui prendra bta«wwrp dextension, si on obtient 1$ suppression des droits v îoais qui , dans l'état actuel fc *e peut soutenir la concurrence anglaise, dont les prix sont b^avwoup moins élevés; ce qui vaut4fr. 7-5 e» à Routai», se vend 3 fr. ^5 c. à Leeds. Cette différence eut le, métge qpe celle qui existe entre les la^tinge «t lier stuffc français; et ceux de V Angleterre.
La fabrication des hoxnhmimsy qui a beaucoup* d'analogies avec celle des alépines , a lieu en. plusieurs localités, et est établie aur ape aeaezr v4ste échelle ai* Catau-Capibrèsk, ainsi qu'à, Pacte et à Amiens. La confusion qpi exista entre eeadeus produits* sinon entièrement» du moine presque sUnUaire»s nft permet pas de doçper des chiffres exacts sur l'importance de La première : la plu* gp**fct partie de ce«qulest fabriqué étant exporté, le droitsur la laine qui e*t rendra- la sortie affecte peu, ou point cet article qpi ne eraiot aitoiaoer CQppurreuce, et rivalisa sans peùfie avec lea pro» dpits semblables de L'Angleterre» •
Si noqs résumons tout ce qpii précède, noua trouverons, que nos conçu rre^U onti sur noua l'avantage de la matière première à(plua bas prixy d'une meilleure division du travail et de capitaux
Blanqui. 85
plus abondants. De notre côté, nous possédons une fabrication supérieure dans toutes les qualités, et le bon marché dans celles fines et extra* fines; des procédés de teinture plus perfectionnés; une incontestable supériorité pour tout ce qui se rapporte au goût, dessin , couleur , mélanges , étoffes nouvelles , etc.
Nous voyons surtout que notre plus grand ennemi c'est le fisc qui restreint notre production aux articles, beaux il est vrai, mais d'une consommation limitée , et qui nous défend de travailler pour les masses, pour les petites bourses , en prohibant de fait par son maximum de valeur, et l'élévation de ses droits, l'importation de ma* tières dont nos fabricants ont besoin pour produire à bas prix; matières qu'ils ne peuvent trouver en France, puisque notre agriculture n'en produit pas. C'est là le grand vice , celui qui arrête l'essor de notte industrie et entretient le malaise, la misère même, là où on pourrait avoir le bien-être, et l'abondance, en prélevant sur le salaire de l'ouvrier (Voir plus haut, pag. 44 0, 41 1 , 41 2) des primes dont personne ne profite.
Quelques améliorations sont encore possibles dans quelques-unes de nos fabriques; mais le mouvement est donné, et bientôt tout le monde sera sur la même 'ligne. La réforme douanière seule se fait attendre: espérons que l'évidence de son indispensabilité frappera enfin les yeux de ceux qui peuvent l'opérer, et qu'ils l'accorderont à l'industrie qui ne peut vivre sans elle.