‹ Cours d'économie industrielle, 1836-1838Chapitre 16 sur 105 · HUITIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

HUITIÈME LEÇON

Séance d« 82 décembre l$S7.

PAUPEBISME (Fin). - INÉGALITÉS DBS CONDITIONS.

S0V11.UUS : Revue de la leçon précédente. Erreur à éviter. — Si font la monde a le dirolt de ? ivre, personne ne peut exiger nne aiennce éfnie à celle de son Yoiâio, pas plus qu'il ne peul rouloir être aussi beau, o« aussi intelligent. — Ce que le gouverneinent doit à tous, ce n'est donc pas la richesse, mais les moyens de Pacquérir.

De ViufàT. Péfeme de Pimpét, il sert à exécuter certains trayaax qui profitent à la communauté, et que personne n'eût pu faire seul. — > Les pauvres retirent auhmt que les riches des améliorations obtemies avec l'argent de l'impôt et par les entreprises des riches.

Pes^ichcsses et brs égalités. La richesse ne produit rien quand elle est trop divisée. -^ Llntelligence doit recevoir on salaire supérieur à celui qui est réservé à la seule force physique. — Exemple du capitaine d'un nayire et de son équipage. Comparaissu avec un entrepreneur d'industrie.

OwBH, St.-Simoniens, ForRiER. Essais tentés pour améliorer le sort des classes pauvres.— Causes qui les ont fait échouer. — iV^ic; Lenark, Sero* rnirvtoHy* -^ Mémilmontmnt, — Pkalanffeê fdésiomniea et sérapkiqwêê. Industrie attrayante.

Indication de la route k suivre pour^e nouvelles tentatires de réferme ; il faut reprendre par la base, par l'enfance.

BEPKODUCTIOH de Li PAKABOLB DB St.-SiMON,

Messieurs ,

Nous avons vu , dans les leçons pr-éeédentes , quelles avaient été les causes du paupérisme chez tous les peupks qui ont été affligés de cette plaie

ou qui en souffrent encore. Nous avons vu le pauvre à l'état d'esclave chez les anciens, à celui de serf sous fa féodalité ; à une autre époque , nous l'avons vu mendier à la porte des couvents, et^ un peu plus tard^ il ^lUi( ifrappët àiïîelle des particuliers , pour obtenir doubles larges3cs; car il avait alors pour compagnons de misère les moines qui , jusque-là, avaient soulagé la sienne ; à une époque plus récente encore , nous avons observé comipejut,,)^ machj^jes,. en aggloçaéraut les ouvriers dans certaines localités, en les réunissant par masse dans de vastes ateliers , avaient donné une nauvelle face à la question du paupéridiK]ke# ' Aiplrès avoir ainsi reconnu les sources du mal , nous avons recherché quels remèdes avaient été e$sayés pour le guérir; nous avons vu chaque peuple y chaque auteur de système , convaincu d'avoir trouvé une panacée universelle , les uns, en attaquant le mariage, et d'autres, en lencaurageiant. La harangue de Métellus , Tédit de Louis XIV , formulaient une même pensée en termes différents \ Malthus , Sismondi , ces apôtres de doctrines si opposées^ concluaient ensenvble contre la mariage; X^uiî^ XIV, le roi absolu; 1^ Convention , qui détrui^^ait les monai'chies; Napoléon , qui les relevait : furent tous les adeptes d'un même système , qu'ils appliquèrent de même, et qui , pour tous , donna les mêmes résultats : la multiplication des enfants trouvés, dont ils animaient-voulu ditnfnuer 'le mimbrer.

Décfréti, éditB, syafttoiM, ilôcètin*», tous échou^ rent , parce qu'iU étaient trop absolus pour ètiie

^, 4IS ) api^ieablesçidiM'fnrentabaiMkniiiiës^ parce ^o'ib alkient eantie le t^ i|iie 1 on s'était proposé. . On ne saurait aiér toutefois queU)utesceB ten* tHÎYQs soieBt tréfilées saMS cooséqiieQceB sérieuses ;. qufilf^eft r* uneé arànie ont rendu dee service» : Malthus, par exemple, éveilla les idéeide pré-* voyance qiH d<Mrmaie&t chez beaucoup ck gens , et Godwin fit sortir ks gouvememcnits de leuEÎiidifr» férence, «n .leur rappelant que 1 anaéliora^oo «lii sort dcea masses était une lâche, difficilesans dou^, IQ^s à laquelle e'était pour eux un* de^ir^ de tra«* v^l«^

: Toulies les eâpérienoes sont donc faites au jour^ d'Jbui ^ et L| comparaison du budget du paupérisme aietuel aviec ce quil était autrefob, nous montre d'une manière irréfutable que Taufiotôoe crée le itteadiant, et que k taxe ces pj^uvbis6 a engendré les PAVVRjss , aussi bien en France qu'en Âng^le* terre , en Espagne et partout.

Que les TDuksont multiplié les enfants trouvés* £n réparant Toubli et rinfsoucianoe des pères pour leura enfants , ils; ont autorisé TindifTérence des enfants pour leurs pères ; ies uns avaient abandonné leurs fils à M charité publique , d'autres laissèrent leurs parents manger le pain de Thos-»pice; .;

j^t enfin^ que lesraisoNS oikt augmenté le nombre des PRisoiffrriRRS ; et que les économies sur Tins^ truotion publique le sont tradiiites en milHows ajoutés, aux dépeisses des maisons^ centrales ^ des bagnes, etc.

La soeiété a ainsi payé lee irais de sa négligence ;

elle a porte la responsabilité deges ÊEnites et 4e ses erreurs ; mais ce serait en commettre une bien grande de croire que si elle doit faire en sorte qu'il n'y ait pas de gens absolument sans travail et sans ^ pain 9 elle doive donner à chacun une même m&» sure de bien-être et de richesse.

Tous, nous avons le droit de vivre , sans doute j mais nous ne pouvtms exiger la même aisance ^ parce que nos facultés ^ nos talent^ sont différents. Nous naissons avec de Fintelligence ou nous en sommes dépourvus y comme nous sommes beaux ou laids i noirs ou blonds ; les inégalités sont dans la natin^e , aussi bien pour l'esprit que pour le corps. Deux hommes partent du même point ; Tuti devient un Girodet ou un Géricault , Taulre reste un obscur peintre d'enseignes ; ces hommes ne sont point égaux. Un Ësibricant de mélodrames est-^il l'égal d'un Racine? MnfraterAo^ village doit* il être payé autant qu'un Portai ou un Dupuytren? La société ne doit donc pas aux hommes ta renommée et la fortune , parce qu'elle ne peut leur donner le talent et le génie qui les procurent. Mais si elle ne peut faire disparaître les inégalités naturelles, elle peut et elle doit faire cesser toutes celles qui sontartificielles, c*est^à*-dire qui tiennent aux lois et aux institutions. Il faut donc qu'eu corrigeant les abus et réformaiit l'instruction publique , elle ouvre à tous la carrière que seuls en^ suite ils doivent parcourir, et qu'elle lève tcius les obstacles qui pourraient les arrêter dans leur marche.

Il faut que les hommes soient prévenus qu'ils

( 45T ) d(Niv«Dt s'occuper un peu ëe leur sort et quelaso^ ciété ne leur doit pas la fortune y mais seulement les éléments avec lesquels on peut Tacquéiir ; de boDoes lois qui n'entravent pas le travail , et de rbstructiOQ, qui permettent de tirer parti de toutes les ressources pour arriver au but.

Nous sommes conduits ainsi à déterminer quels sont les devoirs des gouvernements .vîs-à^vis des peuples ; nous voyons , par exemple , pour passer de la théorie à la pratique , que lorsqu'un aliment indispensa^e^ comme la viande ^ vient à manquer ou à augmenter de prix dans une proportion considérable y par suite de l'exagération des droits de douanes ^ qui ne permettent pas de faire entrer les bestiaux étrangers^ il faut, sinon supprimer en* tièrement, du moius réduire ces droits d'une manière notable, afin de donner aux pauvres , et au meilleur marché possible^ leur nourriture la plus essentielle et la plus indispensable.

^Une autre question ^ que je ne veux pas appro-^ fondir aujourd'hui , et sur laquelle je reviendrai , la question de Timpôt^ nous offre l'occasion de tracer les limites des droits respectifs du pouvoir rt des citoyens : ceux-ci votent la quotité de l'impôt , celui-là préside à son emploi.

Il s'est trouvé àe^ personnes qui ont attaqué l'impôt, les unes pour nuire au pouvoir,les autres, parce qu'elles considèrent l'impôt comme mauvais dans tous les cas ; on a demandé pourquoi on payait en France certains impôts qui n'existaient pas en Suisse , par exemple , et sans observer si les conditions des deux pays étaient semblables, on

a ccmelu «[ue l'impôt pou^mit «et <tevait étr« 9iifHfirimé.

: Je ne prétends pas me fe J!*e ici i'avoeat de l'ifrtpôf, mais on m accordera péut-*étpe à moi qm ÏM attaqué jtant de Ms dans ses abus^^le droit dé le de*fendre daîn« cequ'îla de bon; car, quoi qu'on en ait dit, rimpàt rend souvent de très grands services; il «^ le. seul revenu disponible pour faire face aux dé-Jpenses publiques, tous l^autnessontappliqués sans contréies auK dépenses personnelles. S'il n'y «vait pas d'impôts, qui ferait des routes ; qui éclairerait les rues ? qui construirait et entretiendrait de^ c&nauK, nsaintiendrait la sûreté des communications, etc? Personne ^ et cependant tout cela est indispensable , et si le gouvernement ne se chargeait de ce soin et ne pourvoyait à toutes ces dépenses, au moyen de l'impôt , il n'y aurait ni con»flaerce. ni industrie possible ; et les citoyens , réduits à rinaction , pendraient tous leurs revenus, pour n'avoir pas su en sqcrifier une partk.

. JLoio donc que ^l'impôt soit toujours nuisible , ok 4oit peconuaitre, au contraire, qu'il contribue pour une bonne part au développement de la richesse publique, et que lésiner à ce sujet, c'est mal entendre les intérêts généraux. Voyez, d^mis huit ans , quelle énorme masse d'améliorations ont été obtenues, grâce aux ressources^ que l'impôt a fournies ; le système de pavage des rues a ^té changé; des trottoirs, des gouttià^es ont protégé les passants contre l'eau du ciel et la boue de la rue j l'éclairage est mieux entendu; et, d'ici |i 4^ux ans, lorsque le marché passé pour l'iédtei*-

05d) raee à fhuiie sera expiré, toutes oos rues seront illuminées au gaz. Ces améliorations n'ont-eîles pas profité aux pauvres qui vont à pied; autant et même plus qu'aux riches qui vont en voiture? Ces amélîoratîonis ne se sont d'ailleurs pas bornées à Paris ; on en a pratiqué de semblables sur tous les points çle la France; on a creusé des canaux et des bassins , établi des routes et coristruît des ports; on a créé des écoles dans les campagnes et dans les villes , et tout cela avec Timpôt.

La société toute entière a profité de ces amélîo^ rations^ dont les particuliers n'auraient pu se chaîner, et que le gouvernement pouvait seul entreprendre et mener à bonne fin; le commerce, l'industrie recevant de nouvelles facilités daps leurs opérations, en ont exigé de plus grandes encore; les routes, les canaux , lés bâtiments a voile n'ont plus suffi ; il a fallu des cbemins de fer et des bateaux à vapeur. Et, dans ce cas, comme dans celui des trottoirs et de l'éclairage, les pauvres ont gagné autant que les riches ; ils ont profité de leurs créalions ; il y a place pour eux sur les chemins de fer comme dans les bateaux à vapeur , et s'ils ont moins dé confortable, ils vont aussi vite et à bien meilleur marché.

Dans la dernière session , oh a voté pour plus de i 50 millions de travaux publics : dans cëHe-ci , on dÂîidera l'exécution d'entreprises de chîemins dé ffér plus considérables encore ^ les unes abandonnées à rindustrie particulière, les autres réservées au gouvernement , qui les exéciiteïâ s:tté Targcnt de l'irhpôt': dira-t-on, dans ce cd$, que

( i60 ) les charges imposées au pays aient été stériles ? Croit-on que si on eût laissé à chaque citoyen les quelques francs qu'il a dû payer pour couvrir les dépenses de ces immenses travaux, ceux*cî eussent été entrepris et exécutés ? Et alors , combien de milliers d'ouvriers eussent été sans occupation et leurs familles sans revenus , c'est-à-dire sans moyens de satisfaire à leurs besoins.

Je ne donnerai pas plus d'importance à cette discussion contre ceux qui veulent toujours faire la guerre aux impôts , quels qu'ils soient , et je terminerai en disant : qu'en général , l'impôt n'est point trop fort , mais trop mal réparti ; que si quelques-uns paient trop , d'autres ne paient pas assez ; que la part du pauvre est parfois plus forte que celle de certains riches , les rentiers , par exemple, mais que son emploi bien approprié ré-^ pare bien des maux causés par sa mauvaise répartition. J'ajouterai enfin que si les économies mal entendues sont des pertes , les dépenses bien fai-« tes sont des placements.

Toutes ces attaques et celles que l'on dirige contre la richesse , sont d'autant plus déplorables qu'elles nuisent aux masses au nom desquelles on les lance. Ou accuse l'impôt et la richesse de créer le paupérisme ; nous venons de voir combien ce grief était mal fondé par rapport au premier ; il ne me sera pas difficile de justifier la seconde. La richesse , en efiet , est comme un grand foyer de chaleur , qui se répand d'autant plus loin que sa masse est plus considérable. Quand elle est trop divitée, il faut savoir la réunir, la grouper, de

( 461 ) manière à donner plus de force à son action pro ductrice. Je vous ai montré comment tout le monde ne pouvait être également riche , parce qu'il y avait des inégalités dans les (kcuhés intellectuelles comiâe dans les forces matérielles ; je veux vous convaincre de Texactitude de mon argumentation^ et pour cela je vous citerai quelques exemples.

Quand , à bord d'un navire , vous observez , d'une part , le capitaine assis paisiblement à son banc de quart , donner des ordres qu'un peuple de matelots exécute; et, de l'autre , les hommes de l'équipage , le visage et les membres couverts de sueur , s'épuiser à la manœuvre des voiles et des cordages , vous surprenez-vous à comparer l'inégalité du traitement des matelots et du capitaine? Non , parce que vous savez que Tintelligence de celui-ci gouverne tout , et que si la direction du navire venait à être confiée à un homme de l'équipage, au premier grain tout serait perdu, corps et biens. Pourquoi donc alors se récrier contre l'énormité des profits de l'entrepreneur d'industrie , et s^en prendre à lui de l'insuffisance du salaire des ouvriers ? N'est-il pas dans son usine comme le capitaine dans son navire ? N'est-ce pas lui qui , de son cabinet , où il n'a d'autre fatigue que celle de recevoir des lettres et d'y répondre, dirige toutes les affaires , fait arriver d'Amérique des cotons en laine, dont la conversion en filés occupe quelques centaines d'ouvriers? N'esl-ce pas lui ensuite qui en opère la vente et renouvelle, av^c le produit qu'il en retire , ses matières premières , ses machines, et paie ses ouvriers ? Que la mort l'enlève

Blanqui. Il

( 162 ) au milieu de ses opérations commencées , seroat* ce les cardeurs^ les fileurs» les cootre-maîtres même qui feront marcher l'établisseaieiit? Faute d'un ouvrier, de dix ouvriers , la filature n'arrêtait pas ; la mort de son chef immobilise les métiers ^ arrête le piston de la machine. Puisque les résuL* tats sont différents , il y a donc inégalité de capacité entre le chef d'industrie et ses ouvriers ; l'un est donc plus utile que l'autre. Et si cela est, soufiirea donc que, comme le capitaine du navire, son trai-» tement soit plus élevé que celui de tous les autrea«

Il est vrai que parfois l'entr^reneur abuse de sa position , pour élever son traitemo^it aux dé« pens du salaire des travailleurs; mais cet abus n'est pas une cons^uence inévitable de la richesse , mais la faute des hommes , faute qu'il est possible d'éviter. Adam Smith la dit : le salut est dans le travail , chacun est le fils de ses œuvres.

Frappé de cette idée , émise par Godwin , son compatriote , que ^ dans l'organisation actuelle de l'industrie > les chefs se récompensaient trop, Bobert Owen , économiste et philantrope anglais (1), voulut employer au soulagement de la classe ouvrière , dont il était sorti , une fortune considérable qu'il avait acquise par son travail. Il conçut l'idée d'une vaste association industrielle, dans laquelle personne ne serait exploité , et €^ chacun, commandant à son tour , recevrait uni part égale dans les profits du travail cçmmun* Vrodigue , pour faire le bien , d'une fortune kbo-*

(0 Ce fot Ivi qid ioida tof premlèresMUM é^aaMe |^r 1m enfinu.

rieusement acquise^ Owen exécuta le plan qu'il avait imaginé y et fonda à New^Lanark, ea Ecoase, un établissement semblable à une petite ville , et où 5,000 personnes trouvèrent place. Chacun étant convenablement logé, les ateliers des différents cm*ps d'état étant munis des macEines nécessaires, les magasins étant munis des matières premières propres à toutes les industries, qu se mit au tra«> vail , on produisit beaucoup , la vente donna des bénéfices et on arriva au jour de la répartition : c'est là que commencèrent les difficultés. U s'était trouvé, dans la société coopérative de New-Lanark, comme partout^ des ouvriers travailleurs et d'autre paresseux , qui voulurent avoir une part de bén^ces aussi forte que les premiers , qui ne consentirent pas à ce partage soi-disant légal, mais réellement inique; enfin , quoique rien n'eût été négligé pour assurer le succès de l'entreprise, que l'établissement fut muni d'infirmeries pour les malades, d'écoles pour les^enfants, etc., la so*^ ciélé fut dissoute , et son fondateur lui-même fut oUi|^ de l'abandonner* U ne renonça pas pourtant à son système, et.eroyant que sa nonnnéus^ûte était due à certaines circonstances locales, à des halûUides prises et qui n'avaient pu disparaître tout-à-ooup, il se rendit en Amérique , dans un pays neuf^ chez un peuple admirablement dis-* posé pour le travail et l'association , et il fonda une nouvelle société à New-Harmony. £h bien , majoré tous ses ^brts, nialgré les ressources et les appuis de toute nature qu'il trouva daos k na^

( 164 ) ture du sol et dans Fesprit des habitants , son entreprise échoua encore une fois.

Ceci , je me hâte de le dire , n'est que le résultat d'une mauvaise application du principe d'association , que je considère comme la véritable panacée qui peut seule guérir la société et soulager les travailleurs. Il en arriva à Owcn comme aux St-Sîmoniens et à Fourier , dont je vais vous dire quelques mots, parce que, comme eux, il mécon* nut l'influence d'un des éléments de la production :

CAPITAL, TRAVAIL et INTELLIGENCE.

L'égalité de partage avait perdu le système d'Owen ; la négation du capital fut la cause de Tinsuccès des discigAes de St-Simon. Ce célèbre philosophe novateur n'avait qu'une pensée , celle de réhabiliter le travail industriel et de lui rendre dans la société le rang qu'il aurait dû toujours occuper. Vous connaissez sa fameuse parabole , où il étabUt la supériorité des savants , artistes et artisans, sur les propriétaires, les gouvernants, les nobles , les princes et les rois (Voir , à la fin de cette leçon , la reproduction de ce morceau remarquable , devenu fort rare aujourd'hui). Les élèves de St-Simon , presque tous hommes de beaucoup de mérite et de talens , après avoir long-temps prêché au milieu 4e Paris comme dans le déswt , se retirèrent sur la montagne pour y donner l'exemple de l'humilité et opérer la réhabilitation des travaux manuels les plus humbles. On vit alors, spectacle étrange, presque aussi touchant qu'il pouvait paraître ridicule, des ingénieurs se ré«duire aux fonctions de garçons de cuisine , des

( 165 ) BMthématiciens à t^elles de garçons de salle et de portiei^. Et^ en cela ^ ils outrepassaient les doctrines du maître^ qui honorait le travail manuel ^ mais jdaçait au-dessus la coopération de Tintelligence. Qu'arriva-t-il de tous ces essais , qui n'eussent pas été tentés de cette manière si St-Simon eût vécu ? c'est qu'après une retraite de quelques mois à la maison de Ménilmontant, les membres se séparèrent , pour rentrer la plupart dans la vie réelle qu'ils n'auraient pas dû quitter; les uns reprirent la direction des travaux publics , d'autres allèrent étudier les progrès des autres peuples et nous rapportèrent les résultats de leurs observations.

En même temps que les St-Simoniens, etméme avanteux^ M. Fourier est venu, et s'est dit que les choses ne devaient pas rester comme elles étaient ; que les travailleurs nedevaient pas épuiser leurs forces et détruire leur intelligence par un travail de quinze heures par jour ^dont le produit suffisait à peine pour leur fourDii* des aliments nécessaires à leur conservation. Absorbé dans une immense utopie, il cliercha à enlever au travail ce qu'il avait de pénible^en en faisant cesser la continuité et eu le rendant attrayant. Il conçut alors le plan d'une organisation sociale dans laquelle les habitants d'un pays , divisés en phalanges de 300 à 400 familles , dont les logements, groupés autour d'une usine commune, prise pour centre , communiquent tous entr'eux par des gaWies couvertes ; des tuyaux distribuent la chaleur et l'eau chaude dans chaque ménage ; une cuisine commune apprête des mets appropriés

( 466 ) au goAt et à la bourse de chadun et remplace- lé pot-au-feu indÎTÎduel ; la femme et lès enfants sont occupés, suivant leurs forces; aux travaux de Ttisine s'unissent ceux des champs et du jardinage, pour détruire la monotonie des uns et des autres. Dans cette organisation , les travailleurs sont classés en séries passionnées , séraphiques , etc. ; les néologismes les plus bizarres servent à désigner les différentes parties d'un système inapplicable , d'après lequel le travail journalier d'un seul homme ne pourrait être exécuté que par douze hommes. Après avoir consacré une longue carrière à des recherches dont je viens de vous exposer les résultats , Fourier est mort comme il avait vécu, ignoré, et sans que ses doctrines aient été comprises du plus grand nombre.

De l'inutilité des tentatives d'Owen, de St-Simon et de Fourier , il ne faudrait pas conclure qu'il faille abandonner des recherches dans cette voie ; loin de là : au contraire , il faut s'y livrer de nouveau , en ayant soin de respecter les règles de la science et l'organisation sociale, telle qu'elle existe. On n'obtiendra jamais rien tant qu'on méconnaîtra la division du travaif, les capitaux, l'inégalité des intelligences , etc. 11 faut surtout adopter l'avis d Owen , qui conseille de prendre les réformes par la base , c'est-à-dire par l'enfance ; car si la société ne doit à personne les repas somptueux et toutes les jouissances du luxe , elle doit à tous une éducation théorique et pratique suffisante pour trouver partout des moyens d'existence.

Dans une atitre leçon , je me propose de vous

( <6T) d^ontrer combien peu considérables seraient les dépenses & (aire pour apprendre à tous les enfents des ouTriers des ifilles et des campagnes, à lire dans des livres qui leur enseigneraient à devenir de bons travailleurs et à rester honnêtes hommes.

Ad:B(de8V).

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