‹ Cours d'économie industrielle, 1836-1838Chapitre 2 sur 105 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

SOMM AiEE. Progrés de rEoonomie Politique.— Erreurs des anciens économistes.— Supériorité de Hndustrie sur Pagricultare. — Comparaison ' entre les pays agricoles et ceux qui s^occupent d'industrie et de commerce.

L'économie politique est la science de la médecine sociale ; elle a son diagnostic et ses remèdes. Exemples d'apoplexie et de suicide industriels.-—Serylces rendus par les éconeimistes : ils ont démonétisé la guerre entre les peuples, et démontré que les ouvriers et les industriel» perdaient plus que les propriétaires fonciers aux émeutes et aux troubles.—Une réaction dans le sens industriel s'est opérée dans les esprits ; les' dernières élections en ont été la preuve.— Pour s'occuper de ses intérêts, le pays n'en est pas devenu plus matérialiste.— Accroissement du mouvement industriel de 1824 à 1836 : Route$y brevets dHnvention, sucTê, café, caisses d^épargne, kouille,cotom, soies, mûriers, fers tt fan' $es, indigo, compagnies d^ assurances ^ sociétés anonymes, navigation à la vapeur, chemins de fer.

L'engouement a l^it place h la défiance; agioUge, abns des sociétés en commandite.— Importance des définitions.— Exemples de la division du traTail; nous manquons de spécialités.Rédnctions du droit sur le» houilles.

Depuis que nous nous, sommes séparés, la

science^ objet 4^ nos éiudes^ a fait de notables progrès.

Elle a cessé de dentieurer dànî la classe des utopies, et chaque jour davantage elle est entrée dans la pratique ; eUe a prë^é à toirtes les opëratiQiis qui ôûl été couronnées de succès, et c'est pour avoir méprisé ses conseils que quelques entreprises ont écboué.

Long-temps on a méconnu les principes que la science économique dans son état actuel nous présente comme vrais. Âinsi^ par exemple, la grandeur et la prospérité d'un pays ne s'accroissaient autrefois, suivant certair^s écrivains, que parla guerre et la destruction ; d^un antre côté, la terre seule était regardée comme une source de richesses; tout le reste : commerce, iadustrie, était stérile } les ouvriers des fabriques, les négociants et les marchands des villea, ne créaient aucune valeur^ leurs travaux ne servaient qu'à 'remplacer sans iaucun profit ce qu'ils avaient consommé en salaires, en denrées, eu marchandises, etc.; en Un tool ils n'ajoutaient rien aux pickes«es du pay^ des doctrines étant généralement adoptées, la guerre resta long-temps à l'ordre du jôHr, et il n'y eut qu'une seule classe de personnes riches, celles qui étatent dét^ateurê du sol ; toutes les autres : febricânts, écrivains, marchands et savants, étaient comme des parias^ indignes de rien posséder. L'application complète de ce système vicieux d'économie politique fut du reste funeste à la terre et aux propriétaires fonciers ; car de ce que l'on était persuadé que celle-là était seule;, créatrice de fi-

(3) éitss&fiùa jugeafit ^'elle sente derait supporter tt . diargedesiBipote, et on feu chargea oufre mé»itre< Ce 8f stème aTait em Turgat pewr païf iesun ef pew homme d applioalioii ; H trouva ée nomkreux Goa-' imsaletirs dhins i* Assemblée Cott^tHuawle.

Lee travaux; -d' Adam Smkh «t ée$ économistes feancaie, postérteureà la i^évokitton, ont eu pour résdtat de déiftOBtPer oombiefi . ce^ opînkm était &uâse; flaent fait le œviple des profits que lindai^rîe et le oMMnerce auraient procurés à ^'autres peupieS; et 4e ce que nous a^Fions perdii à ne pas ^iyreia ftièifte vcne. Heureueement ils ont été en tendus et aujourd'hui, ^^re«is le saveï, on ne voit pkséeitavs eètés^'^ntreprises nmiveHes/indnstries OTééee en cpielque sorte. Partout ce sont des aociétës, des aetisnnaires; ici pour des Totftes on ie& camrax ; artieiirs pour "des 'Osifies, là pour des dManabs «defer oh dee èateamc à tapenr^ étmi au^ tie oQÉé encore pour des minée, des hauts fbuï^ BeiQz, etc.

Far«mte de ce changemetrt, ragrîcuHure, autrefiw réputéela première, la seule îwdustrîe productive perd chaque jowr de son importance, malgrf l»8progrès«!ombpetBt qu'elte aussi a faits de son oété, Vofei TAngleterre, l'art de la ailture j est peusBé à une perfection încomiue chez nous, et cepmAant elle est Testée 4rien au-dessous de Hudus- («e, quant à f importance de ses produits et au ironilbre^e bras qu'eBeoccupej cTest que, Messieurs, e«el a^es limites; il tï'iemiilare ceux qtri le ctttfîvent qd^^me partie de Fanwée, t^t ne leur donné qtfHmie^r^e^iilie; tandis queles usines, lesHRstbrfqties,

( 4 ) ■ ne demandent que peu de place pour créer des valeurs considérables. Quand les bâtiments sont insuffisants, on les double en leur donnant quelques étages de plus. Les champs, ai-je dit, ne se moissonnent qu'une fois par année , dans les ateliers au contraire chaque jour de travail est un jour de récolte ; à la lumière que fournit le ciel succède la clarté que nous tirons de Thuile , de la houille, de la résine j la nuit n'existe plus, le repos est inconnu, au moins pour les machines, qui, dans les besoins pressants, voient leurs conducteurs et leurs surveil^ lants se relever les uns les autres, sans qu'elles arrêtent un instant leur marche.

C'est ainsi, Messieurs, que s'explique, dans les temps passés comme de nos jours, la puissance de certains états dont le territoire est ou fut très borné, et qui commandaient à des peuples vingt fois plus nombreux qu'eux. Voyez Venise au milieu des eaux ; les Provinces unies, au sein des marais, la république de Gènes, celle de Florence ; leur industrie, leur commerce, leur avaient donné le sceptre du monde. Voyez de nos jours la Belgique avec ses quelques millions d'habitants; voyez l'Angleterre avec son territoire deux fois moindre que celui de l'Espagne. D'un côté : le ciel brumeux, une température froide, un sol qui se refuse à produire mille denrées ; de l'autre : des récoltes doubles, un climat chaud sans être brûlant, des terres où croissent les grains, l'olivier, la vigne, la canne à sucre, l'oranger, eu un mot les produits des tropiques et ceux du iNord. Four les uns le ciel a tout it ; aux autres il a tout refusé ; et cependant ceux-

(5) ci sont riches, puissants, la paix r^ne parmi eux et leur nom ^t repecté au loin ; tandis que les autres sont pauvres, misérables, la guerre civile ravage leurs campagnes, brûle leurs villes^ dévaste leurs maisoifê et décime indifféremment les dei^ niers comme les premiers d'entr'eux*

A côté de ce tableau des résultats availtageitx que produit le travail industriel, je dois placer, pour être vrai, celui des inconvénients qu il présente. Si en eflet, il mène rapidement à la fortune ceux qui s'y livrent avec zèle et intelligence, il est fréquemment inquiété dans sa marche, et il se passe rarement une longue suite d*années sans qu'une crise vienne bouleverser un grand nombre d'existences. C'est cette fragilité, si je puis dire, des fortunes industrielles, qui fait que beaucoup de personnes hésitent encore à se lancer dans cette honorable carrière ; c'est elle aussi qui maintient la faveur dont jouissent les propriétés foncières, et qui fait que tant de gens préfèrent un revenu médiocre mais assuré en rentes sur l'état, par exemple, à un revenu plus fort en actions indus-*, trielles ou en commandite commerciale.

L'économie industrielle est propre* surtout à empêcher ces crises qui désolent l'industrie, à en atténue? les effets, à guider les manufacturiers ei les négociants dans leurs entreprises; car il en , est pour le corps social comme pour les individus ; il y a une physiologie et une hygiène propret à la société comme à l'homme. Sans doute l'éco- . ru)mie politique, comme la médecine, n'a pas de remède pour tous les maux et ne peut pas répa-

(6) f0^t<HateA|eft«£«NMet^tcnisIeaac€ideii(s; Hiais(id«imi« eWt, ^ef^utle^ prévenir pr^queUrasy etaittion** ^et jee ^w,i9f ri^ra si ït^ méprise m% cotisetlSé

<)i«ttid: tin mëdeei^ dit à on honiim wnH et tëpiet : toyax sebrâ on Tapoplexie ynmt frappe^ ra^ certainement il parle à coop siàr. Eh làen it en tsêde même lorsqu'un éccHiofliiste dit à un fiabri- Cftnt; a^aU: dé prodnife^ connaissez d'abord tw ddoûiicbés^ étudii» la eonscMBunation et appréciezen le doôffre; sans qnoi tos magasins s'encombre-* Font et tous TOUS rainerez ; eest là un cas d'apo*' [desie industrielle^

Qnqnd une baiicfue émet plus de l»ttetsi]u'e}le n'a dé réserre> elle achète des espèces fort cher pcmr rembourier^ et elle perd de ce côté au-delà de œ qu'elle à gagtté sut* les émissions. C'est là Mcore «n cm de suicide économique.

L'^écbnoniîr politique e^l donc la science de la médecine industrielle ; c'est elle qui fournit les moyens de guérir^ ou tout an moins de {H*évenir «8 api^lexies^ ces asphyxies^ ces suicides^ qoiai^ feetent et tuent le corps des manufacturiers et des négociants. Cette vérité commence maintenant à se fairo jonr, et nous assistons à une réaction qui en fournit la preuve.

Les économistes avaient dit autrefois que la guerre la plus heureuse était onéreuse^ même au vainqueur ; on a commencé par se moquer d'eux^ et on a 6ni par leur donner raison. Âujourd- hui^ on ne se bat plus entre peuples , et quelque sujet de mécontentement que les gouvernements puissent

(7) ayoirl^ v&ft contre' )t$ autre» ^ ils ne pi^onent l^pji^les «r«^ poyr m (îr^r satisfaction.

flm f^(f(^ws^H Im éûmç nitttes se sràt ^vés <)^r^ lesgwifr^ Win citoyens , et kmaanl êMl hwmm» poUtMpieiS 1^ smn de les ^fualifer et de les jpix^ SkH «layçn 4alôîs sfiéotAies^ ils eut démontré combien elles étaient ruineuses et comnedles allaieqt dirççteçftçut; çpntre le but de ceux-là j/i^ime qui ep é^^i^ç^ Iç^ ii:\çtîg?iteursu Ih disaient : n Qfi ^ « ci^u lox^-tew|>s çt à tort q^e le^ propriétaires (( fanci^s étaiç^t les p^us. intéres;^és au maii^tien •r de \aL pç^ix et du repos public : ceUe croyance était « i\ne erremr. V'^sin^MStyiçls^ les commerçants, Uê (( ouTpiiçrs^surtout,^9ntbiwpluMorteineotatt^ts ' « par les suites d'm^ç éwputç pi^ d*une réTc^q^ion, i( quelles propriétaires de terre et de maisons j par « là terre p^s plus que les maisons ne sont dé- « truîtps, elles restent toujours là ji onpeut^rdre K une partie du revenu ^^ mais le fonds reste tour « jours; tandis (qu'une insurrection fait subitement « tomber les actions industrielles^ arrête les af^ « faîres, suspend les commandes, ferme les ate* « liers et renvoie les ouvriers sur la pl^ce publique, w sans salaire et sans pçiîn. »

La justesse de ce raisonnement a frappé tout le monde ^ et depuis plusieurs années npu^ ne sommes plus désolés par le spectaple ^ofllpureuiç des scènes qui ont ensanglanté nos rues. On discute au Keti et se battre , ce qui vaut infiniment mieux, et comme 6n ne pend plus les contradicteurs, ceux qui se tipfnpaient ont le temps de reconnaître leur tort et de revenir à la vérité.

(8) ' Le changement qui s'est T)péré dans Uesprit public depuis quelques années est bien remarquable; et les économistes peuvent en r^endîquer une bonne part; car dans cette circonstance ce sont eux qui Font dirigé. Ce changem^ent s'est surtout observé dans une occasion récente , à propos des élections.

Vous avez vu, en effet, presque toutes les interpellations des électeurs aux candidats porter sur des questions d'intérêts généraux , de travaux * publics , de conversion des rentes , de douanes^ d'amortissement, de chemins de fer, etc., et déserter presque complètement les discussions irritantes sur les questions politiques, au sujet desquelles on s*entend toujours mal. '

Quelques personnes ont paru regretter que le pays semblât se lancer entièrement dans cette voie des intérêts positifs; on a crié au matérialisme. C'est là , je ne crains pas de l'affirmer, une crainte non seulement exagérée, mais encore dénuée de fondement; et il est facile de répondre à ceux qui l'ont exprimée que le pays ne s'occupe tant d'intérêts positifs, de richesses enfin , que pour développer ensuite avec plus de sécurité. et de persévérance tout ce qui a rapport à l'intelligence, et qu'il ne court après la fortune que parce qu'elle mène à la liberté.

La réaction industrielle, qui a eu les éco)^omistes de toutes les classes : professeurs, écrivains , journalistes, pour promoteurs, remonte déjà à plusieurs années; mais elle ne s'est fait sentir d'une manière

bien sensible que dans ces derniers temps : quelques cbifFres vous mettront à même d'en juger.

Routes.

En 1 824 il n'y avait en France que 1 5 millions de mètres de route.

En 1 836 il y en a 25 millions.

Or, vous savez combien de richesses enfouies la création d'une route met en valeur ; rappelez-vous seulement le résultat de l'élargissement de quelques quais à Paria et le percement d'une rue dans un quartier populeux. J'ai déjà traité cette ques* tion l'année dernière , je ne puis que vous y renvoyer (1).

Brevets d'invention.

En 1820, il a été accordé 118 Iwrevets d'invention.

En1836, A05.

Bien que ces brevets n'aient pas tous été délivrés pour des inventions bien réelles et bien importantes^ il n'en est pas moins certain qu'il y a eu une plus grande émulation pour bien faire.

Sucre.

-En ^820, on a importé 45 millions de kilogr. de sucre.

En 1836, 80 millions.de kilogr.

{1} Voyex Cours d^économie industrietle de f 856H837» recueilli par Ad. Biaise, (des Vosges), et Joseph Garnier. 4 yol. io-8'>, chez Ange , rue Guénégaad, 49.

lions de kilo^r.

de café. ,

En 1836,22 miUion&de lilogr»

Ce$ chiffres son! concluaBts | car te sucre et le cafô sont des consommations de hixe, et Ténôrae accroissement de leur importanbe indique de notables progrès dans la condition et le bi^n*êti« des habhants : j'en tire encore une «i^re pr^uv* du chiffre suivant.

Caisses d'épargne.

En 1820, les Caisses d'épargne i\p recevaient que quelques centaines de mille (k^anos.

En 1836, les fonds déposés dans leurs Caîates dépassent 100,000,000 fr. C'est là que les économies se groupent et forment des eapi^lua( qui permeUeqt d'acheter des acUona^ des r^Mea, ^i Autrefois on ne songeait qu'à k terre, et oomm^ tout le monde ne pouvait pas en avoir» m ne f^ sait pas d'épargne.

Voioi n^aintenant pour l'industrie :

Houille.

En 1820 , on importait 275 millions de kilogr. de houille^ En 1886 , 992 millions de kilogr.

Et nos mines en fournissent plus du double,

COTOIÏ.

En 1820, on a importé 21 millions de kilogr.

En 1 836 , 59 millions de kilogr.

Soie,

Eh 4820, on a importé 400 ïnille kilogr. de soie.

En 1836 , 2 millions de kilogr.

Sans partor de fangmentation de la production iftd^ène, dont je donnerai une idée en vous citant nn chiffire t

Mûriers.

De 1820 à 1835 on a planté plus de 6 millions de mûriers, et depuis deux ans ce nombre s'est peut-être doublé!

Fers et fomtes.

En 1820, oq a importé 14 millions de kilogr, de fer et fonte ;

En 1 836, 29 millions,

Tandis que la production nationale s'élevait dans une forte proportion*

Page 1