‹ Cours d'économie industrielle, 1836-1838Chapitre 20 sur 105 · ONZIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

ONZIÈME LEÇON

d Janvier iiStS.

De la. monnaie (suite.)

SMnrin&B : fabiicatioii dm nieM d^or in lELciQim (saite ). --La dit» eassion repose sur erreur.

RK^Rise tfÉLk QUEsfioW DBS MoifH AIB8. — FtésuDié des leçoDs précédentes. — OpinioD de tir T. Tooke contre le» btD(|Qef.~ Il la fotide tur ee ^«1 est arrivé h la banque dMngleterre. - Historique de la crise de 47{»7^— Sur quoi Ricardo fait reposer «es arguments en frreur des banques. ~ Proposition émise par lui de créer des blHets payables en lingots.— Avantages et inconvénients de cette mesure : elle n^a pas été adoptée.

BtagératiMb de la plupart des économistes qui ont traité la question du crédit; le crédit n^st utile que lorsquHl facilite les échanges; il doit toujours reposer sur des bases réelles ; lorsqu^on le fait servir k des o^érMions Actives il ne double fias les capitaux. Il ne envient pas iioii Iftlas^aux entreprises dont les revenus S9nt incertains ou éloignés, tels que les roules, les canaux, les travaux publics, les constructions, etc.— EHUploi du crédit eÉ Angleterre, aux affaires de eominerce, ex : des warants délivrés par les entrepôts.

X)u PâPiER BioTfNAiB : distinctiou avec la monnaie de papier. — Comment deNe^ci fient dev^urtr celui-lk.-'Hisftdre dn sistèae Oê Law —Des assignats de la révolution fhinçaise. ^ Comment et pourquoi l'Angleterre a évité la banqueroute. ~ Résultats de la suspension et de la repilse des ^dlMÉeiits en eêpètic.

Je V0U9 ai d^ entretenu de l'incident qu^ont soulevé le» que^pes paroles relatives au proj/et d'altération dest monnaies d'or par la Belgique

(212) et qui ont terminé l'une de nos dernières leçons. En attendant la réfutation que M. de Brouckére, intéressé au débat comme directeur de la Monnaie et de la Banque, et comme membre de la commission qui a examiné et approuvé le projet en question , a anponcé Touloir faire de Topinion que j'ai émise, un journal de Bruxelles publie un article auquel je pourrais medispenser de répondre, parce que la forme en est inconvenante, et que le fond repose sur une erreur.

J'avais dit que l'altération qu'on proposait de faire subir aux pièces d'or belges était égale à 13 fr. pour mille, et que, dès-lors, il faudrait ajouter, dans tous les cas de vente faite par un négociant français à un négociant belge, i pour cent, au prix de facture, pour différence dans la valeur réelle des monnaies , en France et en Belgique ; le journal qui rend compte de nos séances, et dont Tarticle a été reproduit et commenté en Belgique , a imprimé, par une faute de typographie dont on ne peut faire porter la responsabilité sur le rédacteur r que cette différence à ajouter au prix de facture, serait de 10 pour cent; Terreur était tellement palpable qu'il était même inutile de la corriger par un errata , le bon sens du lecteur devait suffire pour rétablir le chiffre tel qu'il devait être. Le journal belge n'a pas voulu qu'il en fût ainsi , et , n^ettant sur le compte de mon ignorance l'erreur matérielle commise par l'imprimeur , il a épuisé toutes les formules de raisonnement , et est allé jusqu'à la grossièreté, pour me prouver que 1 3 pour mille n'était pas = à 1 0 pour

( 213 ) centf mais à 4, 3 pour cent. Je laisserai là , pour aiyourd'hui , cette discussion , sur laquelle je me réserve de revenir lorsque M. de Brouckère aura publié la réfutation qu'il a annoncée.

Je rentre dans Tétude de la question des monnaies. Dans ks leçons qui ont précédé celle-ci , je vous ai montré comment deux économistes également distingués 9 MM. Sismondi et Ricardo, avaient émis et soutenu des propositions tout-à-fait con-^ traires sur k monnaie et le papier. D'après ce que je vous ai dit de ces deux systèmes , dont Tunest exclusif pour les métaux précieux et Tautre pour les billets et le crédit , vous avez pu voir, en rapprochant ces doctrines des règles que nous avons déjà pesées , qu'il ne s'agissait pas ici de prendre parti pour l'un des deux champions. Vous devez vous souvenir, en effet, que j'ai dit que la monnaie métallique était la monnaie par excellenee , parce qu'elle était à l'abri des fraudes et que sa quantité ne pouvant jamais être augmentée ou réduite subitement dans de fortes proportions , les variations insensibles auxquelles elle était soumise^ n'étaient pas susceptibles d'apporter des troubles dans les relations commerciales : j'ai ajouté ensuite que l'emploi exclusif des métaux précieux^ comme intermédiaires des échanges, présentait l'inconvénient de limiter les affaires au chiffre du capital en numéraire possédée par chaque nation. Quant aux billets de crédit, j'ai reconnu l'avantage qu'ils offraient de donner du stimulant aux affaires^ de faciliter les rapports commerciaux ; mais j'ai du appeler toute votre

( 8U )^ ftttaqtion iiir ia âicilité avee lâ^uelk on Cuvait, 6B a^usaa^ du droit d'ëmksion y i)Oiile¥erser «t ditraire «a quelques mois le crédît pui)lic et les fortunes privées. a

Ua aultfUff anglais, sir Thomas. Tooke> a ëcFÎt sur cette matière une broehure contenant plus de bûases phoses que bien des gros livres, et ayant pour titre : CmiSiDERATioMs oir thb stàte of nm onaiEiiGY. ÂpiTés y avoir examiné avec soin les flu^uations de prix et les bouleversements de fop« tune survenus en Angleterre sous l'influence des banques ; il déclare que, suivant lui, 1^ avantages n^pn compensent pas les inconvénients. Il s^appuîe WFtout sur ce qui s'est passé à Londres et dans t9ut le Royaume Uni^ par suite de la susfj^ension et de la reprise des paiemafits en espèces par la banque.

Il montre, ainsi que je vous Tai déjà fait voir, ee grand établissement c<>ntraint par le gouverne»* ment, pour lequel il remplit les fonctions de cûW lecteur d'impôts, de lui faire des avances considé^ rabtes sur les revenus publics. Les billets sortis par cette voie des mains de la banque pour passer dans celle de l'administration, servirent à celk^ ci , non pas à entreprendre des travaux publics, mais à solder des employés, des marins, des sul«dats; c est-à-dire des citoyens qui ne gardent pas les billets , mais les obangent de suite pour solder des achats moindres que leur quotité. Le.H billets ne servant plus à Vescompte des vai^^irs^ industrielles el ne eircubnt pas, furent présentés. au repoboursement dans une proportion beaucoup plus fortfi qu'autrefois \ de telle swte qi:^ 1a r^pve

oi^Kimire, e^est-4-dire ilu tiei^^ derinl insufBsibte^ et qn^îl Wlntque la banque, pour fiiire face à toutes les demandes d>spèces qui lui étaient adressées chaque jour , maintint toujours autant d^or dan)» ses cofiBres qu'elle avait de billets en émission. Tant qu'elle resta dans ces limites, elle coutinua de fonctionner , non plus , il est Trai , comme banque de circulation, mais dn moins comme banque de prêta très courte échéance. La position devint plus grave, et la Banque ibt sur le point de suspendre entièrement ses opérations, lorsque les be* soins du gouvernement ayant forcé celui-ci à lui demander de nouvelles anticipations sur les revenus publics» elle ne put les effectuer qu'en billets àe nouvrffe création qui n'étaient représentés par aucune augmentation de son capital en numéraire. De toutes paHs il arrivait des demandes d'espèces auxquelles on ne pouvait satisfaire, et les choses en vinrent à ce point que le samedi 25 février 179T, dernier jour du paiement en espèces, il n*y avait en caisse que l ,272,000 livres, et tout annonçait que des demandes bien plus considérables pieuvraient sur la banque le lundi suivant. Les directeurs étaient aux abois, et le gouvernement (qui avait poussé la banque à cette extrémité) ne savait quel parti prendre. 11 se décicknéanmoins, et dans la journée du 26, il fît i>ublier un ordre du conseil qui défendait aux directeurs de payer leurs billets en numéraire, jusqu*à ce qu'on eût pris lavis du parlement (1). Quand les chambres furent réunies^

(I) Dans une position à peu près semblaMei «ra i7IS, lorsqae rfrm^e

( 216 ) et après qu on eut longuement discuta la menire prise par les ministres (Fitt élait alors présideat du conseil)^ il fut décidé de maintenir cette restriction pendant tout le temps de la guerre, et de ne la lever que six mois après la signature d'un traité de paix définitif.

Les banquiers, négociants et marchands de Londres firent preuve dans cette circonstance d'autant de patriotisme qu'en avaient montré ces mêmes classes 52 ans auparavant. Une décision semblable à celle de 1745 (voir la note page 21 5) fut adoptée et contribua puissamment à calmer les appréhensions qu'avait causées la restriction imposée à la banque (1).

La confiance étant rétablie, le gouvernement et la banque surent la conserver en apportant des limites à la faute qu'ils avaient commise ; s'ils ne remboursèrent pas les billets en circulation , du moins n'en émirent-ils pas de nouveaux, ainsi qu'on l'avait fait faire à Law, comme nous le verrons tout-àrheure ; et le papier se maintint^ sinon tout-à-fait au pair de l'or, du moins fort peu

^a préteii^ui était à Berby, toat le mende conriit à la banque èclia»9fr les billets contre de Por. Les directeurs poar se donner le temps de concerter des mesures pour parer au dangfér qui les menaçait, s^visérent éhin expédient singulier, celui de payer les sommes qu\)n leur demandait en pièce d^ra schilling et d'un demi-schilUng. Mais ce qui contribua plus puissamment au salut de la banque fut d^abord la fuite des rebellea et ensuite la décision adoptée dans une rénnioB des principaux négociants et marchands de la cité, de recevoir les billets de la banque en paiement de toutes les sommes qui leur étaient dues, et de n^employer autant que poasibie, que ces mimes billets pour leurs propres paiements. »

(Dr* DU COMMSaCE ET DBS MÀftCHAllDISES. -- Art : BÀMQUE.)

(I) Extrait de Tarticle baitqub, du DicTiolfNiniE nu commbece et vu

MAECHAVIUSBS de HAC CULLOCl.

( 2" ) au dessous ; il faisait à lui seul presque tout le service de la monnaie , et il continua jusqu'au l*' mai 1821^ époque à laquelle Yact-Peel rendu en 1 81 9 pour la reprise des paiements en espèces, reçut son exécution.

Ricardo s'autorisa de ce fiatit pour soutenir dans ses ouvrages et notamment dans celui qu'il publia sous le titre de : Paoposals foe an bgonomical AND SECURE GURRENCY, que Ic numéraire n'était point indispensable^ puisqu'on avait pu le suppléer sans inconvénients trop graves, justement pendant une époque fort difficife, cdie de la guerre soutenue contre Tennemi commun, la France, et à laquelleon avait pris une double part, tant par un concoursactif que par des subsides accordés aux autres puissances belligérantes. Il partit de là pour proposer de créer des billets jouissant du droit de rembourse* ment, mais qui fussent en réalité à l'abri de Texer^ cice de ce droit. Il avait imaginé pour obtenir ce résultat, de faire rembourser les billets dont il s'agissait, non pas en e^èces monnayées, mais en lingots; de telle sorte que tant qu'ils n'excédaient pas les besoins de la circulation, les porteurs n'a* vaient aucun intérêt à demander le rembourse* ment puisqu'il eût été incommode ; et comme en effet, ils eussent pu ne le faire que dans cette hypothèse, il y avait dans cette organisaticMi une double garantie : celle de la banque conti^ des exigeances sans fondements de la part des porteurs de billets, et celle du public contre les trop fortes émissions; les uns étant punis de leurs caprices, en cas qu'ils en eussent; par un paiement en ma-

û^m d^nn% ^enr réelle mais iâéommodes et ne ^tti^nt. servir <ju'à des opérations 4e banque ; et iaatpe étant mn% cesse menacée ti'un prompt châtimeot, c'est-à-dire d'une forte demande de remboursement, en cas de trop fhrtes émissions. La monnaie métaiiiq^e ae trouTait ainsi complètement banwe des affaires, elle n'existait plus que pourBotder les consommations du jour et seulement entre les mains des particuliers et des marchands de détail.

Ce projet assez bien c<Miçn , ne fut pas adopté et demeura dans le domaine de la théorie. Peut-être fut-on arrêté par une crainte très fondée. On a pu se dire en effet que Yact du Parlement qui ordonnerait le paiement en lingots , pourrait être remplacé dans un moment de crise par un act semblable à celui de 97 (voir plus haut page 21 5), qui suppri«K*rait ce remboursement et convertirait, comme à cette époque désastreuse, la monnaie de papier en papier-monriaie.

Quelques autres parties du projet de Ricardo ' étaient encore susceptibleè d'être critiquées; M, de 8isftiondi Ta fait avec beaucoup de talent. Peutêtre, comme dans tontes les polémiques auxquelles il a pris part, est^il allé un peu trop loin dans celle-ci; quoi qu'il en soit, on doit lui savoir gréde ce qu'il a écrit sur ces questions , car il les a par-» feitement édaircies; et s'il n'en a pas découvert k solution, s'il a commis quelques erreurs', du moins a- t-til préparé lesélémentsd'une meilleure organisatian AU indtqiiaiH leséeueilsdont il feUait se garantir en matière de banque H de billets de circ|ilalion.

Chose remarquable, presque tons tes ëcrivaiM qui ont publié des ouvrages sur le crédit n'ont ptr rester dans le vrai et ont exagéré ^ les uns ses aTtntages, les autres ses inconvénieuls. Je tous ai défi signalé les erreurs de Sismondi et de Rîcardo, je vous parlerai encore d*un économiste italien, M. 3t de Wetz de Milan, auteur du livre curieux ayant pour titre La misia del eaBDiro si^lata (ta mtt^ gie du crédit dévoilée ), dans lequel il cherche I établir que le crédit muhiplie toujours les eapi-r taux. Je crois qu'il y a là une exagération des effets du crédit, qui semble bien en effet produire ttn doublement de valeurs, mais qui en réalité n'a pas ce résultat; car il n'y a que- la valeur empruntée qui soit réelle.

Ainsi un homme prête 20 mille francs à un autre ; il n'y a de positif que les 20,000 francs prêtés, quoique le préteur puisse faire des paiements aveo les billets à ordre de l'emprunteur , par voie de cession avec endos.

Ce billet circule en vingt mains et peut fhire vingt paiements; mais il faut toujours qu'il y air une valeur réelle , un enjeu, d^ns ce mouvement de circulation; soit les marchandises qui ont été vendues à terme contre les billets en question ; soit l'argent qui a pu être avanoé contre ces dits billets. Dans ces deux cas les effets du crédit se compren* nent fort bien et n'ont rien de magique.

Quelques personnes ont proposé de faire servir le crédit à la construction des canaux , des routes, dea ebemins de fer, etc.; je ne crois pas qu'on puisse r^sayer avec succé». \\ suffit pour a'en convaincn»

( 220 ) de se bien pénétrer du caractère essentiel des Ullets; ceux émis par les banques aussi bien que ceux souscrits par les simples particuliers^ doivent toujours être exigibles à un très court délai prés. Quand un établissement public ou un particulier faisant fcmctions de banque avancent de l'argent , la valeur de ceux-ci doit être représentée en caisse par des effets à échéance très rapprochés ; ils ne peuvent donc verser leurs fonds dans une entreprise d où ils ne pourraient le retirer promptement : les travaux publics, les constructions de maisons , ne peuvent ainsi être commandités par eux. Qu'un propriétaire, par exemple, emprunte 400,000 fr, à une banque ou à un capitaliste contre ses billets ; et qu'il les emploie à bâtir une maison , à payer ses ouvriers , ses entrepreneurs; Si, ce qui arrive fréquemment, sa maison n'est pas habitable avant l'échéance des billets , ou que , terminée, elle n^e soit pas encore louée , le propriétaire ne pourra remplir ses engagements; et la banque se trouvera avoir en main des non-valeurs. Elle sera obligée, pour se faire rembourser, de recourir à l'expropriation ; c'est-à-dire de se sou« mettre à toutes les lenteurs et les formalités qu'entraîne notre régime hypothécaire ; et après une attente de 1 5 ou 18 mois elle vendra la maison au desscms de ce qu^elle aura coûté , elle sera en perte sur ses avances et le propriétaire sera ruiné. Le même raisonnement est applicable aux travaux d'usine , aux creusements de canaux , constructions de routes ; Tépoque de leur mise en activité est fol t éloignée, leqrs revenus sont incertains;

( 221 ) ils engagent d'ailleurs des capitaux considérables, et le propre du crédit est, nous l'avons vu, de ne servir que pour les aflaires commerciales, et de ne représenter que les capitaux circulants : il n*a en réalité d'autre service à remplir, que d'escompter les profits des entreprises ; il ne 'peut reposer que sur des effets représentant des opérations profitables.

Les anglais ont parfaitement compris ce caractère du crédit ; et sans essayer de l'appliquer à des entreprises auxquelles il ne convenait pas, ils en on tiré tout le parti possible en le faisant servir aux opérations pour lesquelles il est propre. Le plus curieux exemple que l'on en puisse citer est celui des warrants qui servent à mobiliser les marchandises en entrepôt.

Lorsqu'un navire venant de l'étranger arrive en Angleterre, à Londres , par exemple , il se range dans les docks ou bassins des entrepôts. Sa cargaison est déchargée au moyen de grues et placée, suivant sa nature, dans les différents étages de l'édifice. Toutes ces munipulations ont lieu par les soins de la compagnie concessionnaire du Dock, et sans l'entremise du propriétaire qui se borne à recevoir des mains des entrepositaires un certificat de garantie^ nommé warrant, constatant l'espèce et la quantité des marchandises composant le chargement du vaisseau. Avec celte pièce, il vend ou cède, engage ou emprunte à des tiers ; le tout par simple voie de délégation et d'endos. La marchandise reste en entrepôt, et change souvent plusieurs fois de maîtres avant de sortir pour être

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llvpée à la çansommation ou même réexportée. Le warrant remplit ici les fonctious d'une lettre de chauge payable à vue; comme elle^ il engage Ijrraison à présentation^ sa transmission s'opère de la même manière ; en cas de prêt pu avance non remboursée , il donne au créancier le- droit de vendre à la criée jusqu'à concarrence de la soûime engagée.

Les warrants jouissent sur la place d'une confiance supérieure peut-être aux lettres de change et billets à ordre, parce qu'on est toujours certain qu'ils représentent une valeur réelle; tandis qu'il arrive parfois que des billets, contrairement au principe qui les régit, sont souscrits de complai- ' sance, c*est-â-dire par des hommes qui n'ont rien et ne doivent rien, au profit de créanciers imaginaires qui n'ont rien avancé. Ces valeurs circulent , qiielque temps et servent d'ordinaire à des fripons polir tromper d'honnêtes négociants, qui les reçoivent en paiement de marchandises très-réelles, vendues ensuite à vil prix par les escrocs qui se les sont procurées de cette manière, et qui se gardent bien d^acquitter leurs engagements à l'échéance,

Ciest alors le marchand qui a livré, qui est * encore obligé de rembourser si, comme cela arrive fréquemment, il a passé la fausse valeur à un confrère ou à son banquier. Le crédit le plus solide se trouve ainsi ébranlé^ et par une erreur qu'il faut déplorer, on a vu quelquefois des négociants ainsi compromis par des voleurs, recourir à des moyens 8embla))les pour se tirer d'embarras; tiren sur des

( 22» ) étrang^ers^, »r leurs comims par coiempi»^ 4f* tmtes avec le«%iielleft ih font de Targeiil^ nuM cpt6, ù ka a&ires ne sont pas heureuses, ils M peuvent pas toujours remboursa à Féchéance. Lm premiers oui œoâiencë par être fripons, «tix qu'as oïA trompé finissent quelquefois par le devettir ; les uns et les autr^ ont abusé du crédit, et ttéconm les règles qu'on dok suivre dans soa emploi i.

Quand au Ueu des particuliers, ce sont des gou« verm^mèÈM qui commettent cette &ute, et créent des valeurs fielivee, c'estrà-dire qui ne représenlent pas des objets réels et ne soût pas garantis par eux ; ils vont également à la banqueroute. Seulement avant d^y arriver, ils cherchent à abuser de la force cpit'ils ont entre les mains, pour imposer au public conum boimes le» valeurs qu'ils ont émises^ noa pas tdi^urs sans motifs» mais du moins sans gacanUt : leur monnaie d« papier (tevknt ainsi du^ papàer^numnaie; le pr^œiier était remboursable, le second ne l'est pluâk

L'hîst(H0e financière de la France et de l'Angle* tdde Bouaeffire plusieurs eimmples de drconstan^aa semblables. Vaet-^PiU, en 1797 fit des billets de la banque de Londres du paj^r-monnaie^ ^n pro^ nonçant leur non rembourseBoifôaA ; maia ce pays n'alb. pas jusqu'à la baiS|uei!oute, parce que, ainsi que nous l'avons vu, il n'augmenta pas outre mep»ure ses émismons, et que^ s'il n'avait pas d'argent en caisse» il avait en poetefettilte de» valeur» de^h9a^cQ«ç supërimire» (phi» de 45 milliom si, 375 millions de francs) au total de se» hilait ei^

circulation. DeuiL fois^ en France, le même cas s'est présenté, et comme chaque fois on a manqué de prudence et de réserve, ou a été fatalement conduit à la banqueroute.

La première fois, c'était pendant la minorité de Louis XV et la régence du duc d'Orléans, Les dissipations et les prodigalités d'un long r^ne, dont la fin avait élé si constamment malheureuse, avaient épuisé les coffres de l'épargne, et tari, par les anticipations, les sources des revenus à venir, comme la guerre avait dévoré les soldats et dépeuplé les campagnes. Plus d'argent au trésor pour payer les armées et soutenir le luxe de la cour ; plu? d'ai^ent et plus de bras dans le pays^ pour redonner au commerce et à l'industrie l'activité laborieuse sur laquelle se fonde la prospérité publique, et qui, seule, permet de payer les impôts. Tous les moyens , même les plus rigoureux , avaient été employés pour faire de l'argent ; ils étaient demeu* rés sans r^ultâts, car s'ils avaient diminué les dettes de quelques millions, ils n'avaient pas fait rentrer un sou dans les caisses du trésor; ils avaient même éloigné les capitalistes^ la foi mentie avait détruit la confiance. Ce fut alors qu'un étranger, un Écossais, Jean Lav^r, fils d'un riche orfèvrebanquier d'Edimbourg, qui était allé étudier la banque en qualité de simple commis, chez le résidant anglais à Amsterdam, tenta, un moment avec succès, de réédifier le crédit français ébranlé et détruit, de l'inventer même en quelque sorte, car il le faisait reposer sur des bases inconnues jusqu'à lui.

( !225 ) «Parla comparaison de ce qu'il avait observé dans les différents pays d'Europe (dit M. A. Thiers, dans sa notice sur Law, insérée dans l'Encyclopédie progressive), ses idées s'étaient singulièrement agrandies, et il avait conçu le plus vaste système de crédit qu'on ait jamais imaginé* Il avait vu que les banques existaient dans les capitales de quel^ ques états, comme Londres et Amsterdam, mais que les provinces de ces états ne prenaient aucune part aux avantages du crédit : il pensa donc qu'en établissant une banque générale, qui aurait des bureaux correspondants dans les villes d'une importance secondaire, on pourrait étendre à tout un empire les avantages du papier, el le faire pénétrer même jusque dans les bourgs et les campagnes. Si une banque pouvait dans une ville, avec 100 millions d*espèces, émettre 200 millions de billets, la banque générale qu'il imaginait pouvait, dans un pays qui aurait un milliard de numéraire, émettre deux milliards de billets, et tripler ainsi le moyen des échanges. De cette manière, les billets suffisant à la grande circulation, le numéraire tout entier devenait réserve métallique de la banque, pour le service des moindres échanges.

wLaw voulait qu'une banque aussi vaste fût un établissement public, et que les hôtels des monnaies devinssent ses bureaux correspondants. Cela posé, il en tirait des conséquences immenses. D'abord, tous les états affermaient la perception de leurs revenus à des compagnies de traitants, qui faisaient des profits considérables, et exerçaient d'affreuses vexations sur les contribuables^ On pouvait donner

BUnqui. 15

( 226 ) à la banque générale la perception des revenus, et réserver à Tétat les profits de cette perception. On pouvait aussi donner à cette niême banque le soin de solder les dépenses ; au moyen de la correspondance de ses bureaux; elle obtenait ainsi Vadministration de tous les deniers publics. Ces traitants auxquels on affermait les impôts, faisaient payera l'état un intérêjt énorme, quand il avait bespia d'avances. Elle pouvait escompter l'impôt comme elle escomptait les lettres de chang;ç, et le faire à un taux d'autant plus modique, qu'eu augmentant la masse du numéraire elle aurait fait baisser Vixktérêt. On pouvait encore la charger du soii> des emprunts, et se sauver ainsi des usuriers. Ce n'est pas tout: le système des monopoles étant généralement admis en Europe, et tous les commerces se faisant. par compagnies privilégiées, auxquellçp les gouvernements abandonnaient, moyennant une légère somme, ce droit d'exclusion; la même bajnqùé générale pouvait bien avoir le privilège des différents commerces, et joindre à ses immenses attributions celles du négoce. Réunissant ainsi ï^s profits de l'escompte comme banque , ceux de fiadministration comme fermière des revenus publics, ceux enfin du commerce con?me compagnie jirîvîïégiée, elle pouvait diviser son énorme capital en actions, et leur répartir ses profits. De cette manière, elle aurait offert son papier à ceux qui voul^ieiit une monnaie circulante, et ses actions a ceux qui voulaient un placement.

« Tel est le système conçu par Law ; système qui ramenait à un seul et unique crédit, le crédit privé

et {mblic; <fni chang^it foutes les Irqurcfadons leot^Sy péttîbles et oompliquées, soit des partica-* liers, soit de Tétat, en nne setile ; bquefte devait se faire en monnaie pour les sommes mmimes^ et en papier pour ks sommes fortes ; système enfin qui sembhiil mukiplier les capitau5t en simpKSant senlemenl la circulation, qui devait faire baisser l'intérêt, et joindre à la création d'une monnaie, ceHe de placements sûrs et avantageux. Aujourd'hui e»cor© iwus vte retrancherions de ce système que les fermes, qui ne sont plus admises dans la perception d^ revenus, et les monopoles qui étaient akrs nécessaires, car il faHait de puissantes compagnies pour traverser le monde encore inconnu et peu fréquenté. Ge système, du reste, est réalisé en partie en Angleterre, et il n'a qu'une objjection à craindre^ celle qu'on poarra éternellement adresser à un crédit bien organisé, c*est la faculté d'abuser de la richesse qoTû procure aux gouvernements; à quoi on pourra fiiire une réponse : les fils de familles et l^s état^ dissipateurs qui n'ont pas de crédit, trouveiït des usuriers qui les ruinent ; feulement ils les paient plus cher. Louis XIV sans crédit, airafît pu dépenser autant que TAugleterre et la HoHânde, mais il aVait payé fargent 10, 20, et jusqu'à 50 pour cent . »

Deux fois, en +700 et en 1705, Law présenta son plan au gouvernement de son pays et deux fois il fut repoussé; il éprouva le même échec en France, sous le ministère àe M. Chamillart; à T^n, auprès de* Victor Amédée. Revenu en Fnnce' après la mort de Louis XIV, et témoin des

( 228) embarras caus^fs par l'élat déplorable des finances^ que le miuistre Desmarest, signalait le 20 septembre 1 71 5, et dont voici le résumé :

DÉPENSE : I4B millions.

Recette : Absorbée à 3 millions près* Dette : 71 0 millions d'effets royaux exigibles dans le courant de l'année^ et perdant de 70 à 80 pour cent.

État dd pays : Les campagnes dépeuplées ^ un commerce ruiné, des troupes non soldées et prêtes à se révolter.

Law, témoin de Tinutilité des mesures prises pour améliorer cet état de choses; visa et réduction des dettes, recherche des agioteurs, refonte des monnaies et augmentation nominale de leur valeur, etc. Law, repoussé sous le vieux roi, proposa de nouveau son système au Régent qui, malgré lopposition du parlement et du conseil des finances^ finit par l'adopter, non pas entièrement, mais du moins comme banque privée.

L'autorisation fut accordée le 2 mai 1716; la banque devait avoir un fonds de 6 millions divisés en 1,200 actions de 5,000 livres chacune; elle escomptait les lettres de change, se chargeait des comptes de négociants au moyen des virements de partie j et pouvait émettre des billets payables au porteur Eti écus du poids et du titre du jour.

w Tout à cette époque, dit M. Thiers, rendait en France une banque nécessaire, soit le haut prix de l'escompte, soit l'incertitude des monnaies. Ceux qui étaient porteurs des billets ayant trouvé une {grande facilité à les réaliser à la banque, ucquii^nt

( 229 ) de la confiance et la communiquérenr. On commença à se Ger à ce papier si facilement rëalisable en argent^ et on aima à s'en servir à cause de la promptitude qu'il introduisait dans les paiements. Il avait surtout un avantage extrêmement sentie c'était d'être payable en monnaie fixe, la continuelle variation des monnaies était cause qu'on ne savait jamais d'après quelle valeur on traitait. En stipulant en billets, on savait que c'était en écus du poids et du iitm du 2 mai 1746. Ce fut une raison puissante pour tout le monde de stipuler ainsi, et de venir même à la bancpie déposer de l'argent pour avoir des billets. Les étrangers qui n'osaient plus traiter avec Paris, à cause de cette ineertitude des valeurs, stipulèrent aussi en billets et recommencèrent leurs affaires avec la France. La circulation commença à se rétablir; létaux modéré de l'escompte eut aussi la plus heureuse influence. On vit l'usure diminuer et le crédit se rétablir. Enfin, en moins d'un an, tous les effets prédits par Law furent réalisés.»

Un édit d'avril 4817, étendit les relations de la banque au dehors de Paris, et fit pénétrer les billets dans les provinces, en ordonnant aux fermiers de les recevoir en paiement des impôts, et aux dépositaires de fonds publics de les payer en espèces à présentation. Il devint dés lors inutile de faire voyager les espèces; les remises de Paris sur la province et réciproquement se firent au moyen de billets, et une masse considérable de numéraire vint augtnenter la réserve métallique de la banque.

Le succès de cet établissement fut aussi grand

( *30 ) qvf€t.,lçS(fBer?ice$ qu'il rendait étaient itéi^s ; ffial*- ^bjQuimisement il fut compromis parla uon-réussilLe 4es opérations de la compagnie des Indes^ que L^w ^yait fondée, et qui était le complément de son système : Tun et l'autre périrent dans le mênNe j^auficag^. Pour soutenir les actions de la ccnnfiagpîe, Law accrut successivement ses émissions 4e 50 et 60 miUioaSy ce qui était déjà beaucoup^ au pbiffre énorme de 2^696^400,000 litres auquel on arriva en 4 720.

Pour retarder la crise qui menaçait sônsystème, Law eut Recours à différents moyens ^trémes qui tts lui réussirent pas. Retétu dés fonctions de contrôleur des finances, il s'en servit pour neudre des édits qui donnaient cours forcé à ses biltels> et changeaient le rapport de l'or et de l'argent j le premier étant élevé de 900 à 4800 livkies le marc ^ le second de 60 à 1 20 livres* Tout fut inutile^ la banqueroute était imitainente, elle eut lieu.

Conduite par une nécessité que nous n'avons pas à apprécier ici, la Cionventibn arriva pliis tant au même résultat eh suivant là même voie« L'abolition des charges et le remboursement des finances qui avaient été constituées pour les obtenir, la liquidation des dettes de Tancienne royauté, les besoins journaliers d'ai^mées nomI»neuses manquant de tout , avaient augmenté len France et dans une énorme proportion, l'emplm du numéraire : et, pour faire face à tant de b^oins^ les edfires étaient vides, la guerre tarissait les impôts encore mal établis, le crédit était ébrafilé> déti^uit. (l n'était plus entre les mains du gouvernement

(ju^une seule ressource : les biens nationaux con-^ ji'squés sur les émigrés ou appartenant aux com« munautés et aux couvents ; mais leur vente était difficile, et naturellement fort lente; Tincertitudé des événements arrêtait d'ailleurs leâ acquéreurs; l^eu importe, il fallait de Targent à tout prix et de suite, les besoins étaient pressants ; on se décida à délivrer alors en paiement des dettes ou des four* nitures publiques, des assignats ou assignations sur les produits de la vente des biens confisqué^. Plus les besoins augmentaient et plus on émettait de ces billets, bientôt ils dépassèrent la valeur des biens qu'ils représentaient et qui leur servaient de garantie , la nécessité commandait chaque Jour plus impérieusement, on ne savait ou on ne pouvait lui résister. Les émissions alors ne connurent pliis de bornes, ce qui amena la dépréciation des billets ou assignats, dans une proportion d'autant plus forte qu'on avait fait plus d'efforts pour l'empêcher. Les prix de toutes choses augmenta: des bottes, des chapeaux se vendaient jusqu'à 1 5 et 20,000 francs en papier. Bientôt, malgré laloi qui lui donnait un cours forcé, sous peine de mor/,personne ne voulut plus en recevoir, il ne servait qu'à solder les impôts et les achats de propriétés nationales, qui semblaient se vendre fort cher, quand en réalité, on les obtenait pour rien*Le trésor seul recevait encore des assignais^ quand de|)uis long-temps le public les refusait.

Cçt ét^t de choses dura jusqu'à la reprise des paiements en espèces, sous le consulat.

L'Angleterre n'avait échappé à une ruine semr

( 232 ) blable à celle qui nous avait frappés deux fois, qu'en apportant, ainsi que nous Tavous vu, une sage i*é« serve dans ses émissions. Elle se trouva dans la gêne et fut obligée de suspendre ses paiements en espèces, parce que ses billets au lieu de servir au commerce seulement, passèrent dans les mains des consommateurs par l'intermédiaire du Trésor, ce qui les faisait revenir de saite au remboursement, au lieu de les laisser circuler , et rendait insuffisante la réserve ordinaire du tiers/ Ses billets avaient d'ailleurs deux garanties : celle du gouvernement, auquel la banque avait prêté par anticipation sur le produit des taxes, c'éXait la moins solide, sans pour cela être tout à fait mauvaise; quant à la seconde elle était sûre, elle reposait sur les lettres de change des négociants et des banquiers escomptées par la banque , et qui venaient chaque jour à échéance. C'est là ce qui explique comment les négociants de la cité se décidèrent si facilement à recevoir comme argent , les billets de la banque qui représentaient les leurs propres; et ce qui maintint les premiers à peu prés au pair de la monnaie en numéraire.

Il y eut même là , la source d'un grand bien pour l'Angleterre. Presque tout son commerce intérieur se fit avec du papier, et ses métaux précieux, devenus inutiles dans le pays, lui servirent à trafiquer à l'étranger et principalement dans rinde ; elle doubla ses affaires, en doublant son capital.

Il en arriva seulement que le prix des choses ayant augmenté par suite de cette plus grande

( 233 ) abondance de numéraire, qui ne reposait pa» sur une plus forte production et une augmentation de revenus ; les fermiers contractèrent des baux à des prix plus élevés qu'autrefois, et qu ils purent atteindre tant que le papier demeura la seule monnaie du pays, mais qui furent trop élevés du moment où la banque reprit ses paiements en espèce. Ce fut pour venir à leur secoui^ que le parlement, dont les membres avaient individuellement profité de Taugmentation des baux en leur qualité de propriétaires , rendit les fameux Bills sur les céréales ; qui, en interdisant l'entrée des blés étrangers en Angleterre, élevèrent le prix de cette denrée de première nécessité, au triple de ce qu'il est dans d'autres pays, en France même. Prenant ainsi dans la poche des consommateurs, c'est-à-dire ^u peuple, l'indemnité qu'ils accordaient aux fermiws, et l'augmentation de revenus dont ils gratifiaient les détenteurs du sol.

AJ:B(desV).

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