DIXIÈME LEÇON
6|«B?ier4858;
Monnaie. — CRémT. — ^Banqjues.
SoMMAiiiE : LeUre de M. Ch. de firquckère dkeeteiir de la OMtinaie en Belgique à M. le professeur Blanqai. .
Système de Slmoaâf sur le monoale oppoaé i eeluf de Ricardo. — Milieu à garder.
La circalation du papier à fait augmenter les salaires et le prix de toutes ehcaes. — Les rentiers et left employés publies sont détenus plus pauvres.-^Facilité apportée dans les transactions eommereiaief.— Cfaorifi^ hou»e à Londres.
Ovfanisatien d'tne bcni^e de circnlaiion. — Proportfon dans laquelle doit se trouver son capital et rémission de ses billetl. -* Banque de France, seryices qu^une banque peut rendre. —Comment la banque de France ne les rend pas. — Incenténlens d^une émission trop ferte ; des petits billets. — Folie des banques américaines. — Kêenmé.
Messieurs y
Avant d'aborder le sujet qui doit nous occuper ce soir, je dirai à la personne qui m'a fait l'honneur de m-écrire depuis la dernière séance j que je ne pourrais vraiment pas la satisfaire sur la demande qu'elle m'a faite, à propos de la pr^ostitiition. C'est
Blanqni. 1S
là une diabolique question;et toutle mal que je pourrais me donnerne suffirait pas pour vous présenter, en termes convenables, des détails graveleux. JD'ailleurs , cette question n'a été agitée par moi qu en passant , et je ferais aiyourd'hui un véritable horsd'oeuvre , si je la traitais devant vous. Elle se représentera cependant ; mais j'avoue humblement que je ne me sens pas le talent de Tapprofondir convenablement en public. x
Nous nous sommes séparéa après avoir parlé de la monnaie ; mais avant de reprendre mon sujet , je dois vous entretenir d'un incident qui s'y rattache. Vous vom rappelez que dans ma dernière leçon^ du 25 décembre dernier , en vous expliquant les bases d'un nouveau système monétaire en Belgique , je vous ai dit que le gouvernement de ce pays , oubliant les principes de la science, se croyait libre d'iUtérer le titre des aakoanaies et de changer la valeur des pièces d'or. Les quelques mots de généralité que j'ai prononcés devant vous ont attiré Faltentien Ai gouvernement belge et de quelques oignes de ropinion. J'ai reçu 4m lettres et 4m articles de journaux , qui m'ont mis au courant de la disiMMaiaa que j'ai «oulevë^ et dont je v#ii»mitretiendrat au moins pour tout ce qui aura rapport à la science. J'ai dit que le gpttvef«e»ent belge voulait altérer le titre des monnaies et profiter de Tagîo qu^îl y a aujourd'hui entre la valeur de l'or et celle de Fargent. Le Commerce helge a signalé celte opinion, qu'il a trouvée dans V Europe indus^ frîelley qui reproduit mon cours avec toute Texactitude désirable; et, sur ce, M. Ch. de Brouckère,
M«6 ) tlifeotieur dfe la btnqud «t 4% U monBaie, éctitk an Commerce belge la lettre que je vafe vows lire, qui afait reproduit tc&tudletiKsnt le pa9$age du JMHtial fnuiçais , el qui, apréi quelques f^hraaes bienveillantes ppur moi , ajoutait qu'il partageait j6«tiéra«iefit mon opinion et oonduait contre le projat de fabrioalâem é^ noifveltog pièees êttiT^ Voici la lettreidk M^de Braueki^, en repense k f aiv ticle du Con%merce b^lgey au 30 décembre 1837.
« V§(re i#unia} di^ âO déœtnbre dornîer i^pporte un fragment de leçon de M. Bianqui aiM, nektifaoL projet de \m présenti aux ebaoïbras par im ministre des Im^noeK» poinr la fabrication de to flio^iitie d'i^r ; ce fragmept ^ tous le fakes pW^ o^der de eoniidératip^s qui ne tendent^ rkin auiin^ qn a împoaer l'optuion dayi pro£sssenr ém €on«er»v^oîre des Arts^et*«Métiers sans exam^a , à hii donner feiiee d'un arrêt soiivenaitn.
Kf Élrangep depuis bng-temps aux dâ)ats dn la presse et de la tnbune^ je ne oaesemia pas ëmiB à îa leetnre dé ^eire article anr la fabrîcaéeii de la Monnaie d or, si je n avais pas éié membre de la «MMÉJ^bn eonsukée par le «inistre^ ou «i M. Wanqiiî n'aurait pas lait parler le direetevr de ia nmmaiei 4e Bruxella^^
« GetAe éoi^k leineemtaace isnpaef^ au profas-* seur^dmt ks paroles ne eortent pas babikieUn- 4MiHt4e rUfîlverstlé de Bi^w^elles^ l'obligation de 4^cJ<irer d'sbord, que le directeur n'a jamais CmC. aucuM r^ésentalÂm au gou^^^aement^ et snéytr^it d'éta^r q«to l'ofénion qu'il a émise à^m k
(196) commissîoa est cooforco^ aux doctriiies de récoao' mie politique, \
c( Veuillez, Monsieur , iosërer ma lettre et la réfutatiou qui la suit dans uo procbam numéro de votre journal.
(c Je vous demande pardon de devoir être long pour réfuter une condamnation si brièvement exprimée, et vous prie de recevoir, etc.
« Gh. de BaouGicèftE. d
Après avoir reproduit cette lettre , le Commerce belge ajoute :
a L'abondance des matières nous met dans la néœssité d'ajourner la publicaticm de la réfutation de M. de Brouckère; nous donnons sa lettre aujourd'hui pour faire prendre date à l'intéressante pc^mique qui ne peut manquer de s'engager entre le professeur d'Économie industrielle de Paris et le professeur d'Économie politique de rUniversité libre de Bruxelles , sur une des questions les plus importantes de la richesse des nations. »
Gomme M. de Brouckère <^t un administrateur haut placé , je répondrai , mais une seule fois ; car je vous déclare que je n'ai pas l'intention d'entamer une discussion à vos d^ens , pour une question incidente , que je considérais comme un simple argument aj<mté à plusieurs autres, pour confirmer les principes que j'avais posés en matière de fabrication de monnaie. Je répondrai lorsque le journal belge aui*a inséré la réfutation de M. de Brouckère. Les renseignements sur lesquels j'ai dû asseoir mon opinion sont authentiques, et j'ai dû croire , comme je crois encore , à leur cxacti-
tude. Toutefois ^ si les arguments présenfëi par un homme aussi honorable et aussi distingué que M. deBrouekêre me paraissent meilleurs que ceux dont je me suis servi pour l'attaquer, j'en conviendrai avec franchise.
Je reviens à mon sujet.
La monnaie est comme toutes lés autres marchandises, avons-nous dit, chère, quand e!le est rare; à bon marché, quand elle est abondante; elle n'en diffère qu'en ce qu'elle ne s'use pas. Quand 20 francs sont dépensés, le dissipateur ne les a plus, il est vrai; mais la pièce n'en existe pas moins ; elle n'a fait que changer de mains : cette pièce n'a point été consommée; comme une poignée de poudre , par exemple , qui s'en va en fumée sans laisser aucune trace. C'est ce caractère singulier qui a frappé les gouvernements et qui les a portés à en prohiber l'exportation par tous les moyens possibles. De là , ces lois prohibitives , ces traites de commerce, dont j'ai souvent déploré avec vous la triste influence. Comme cela arrive presque toujours pour les questions d'une sohition compliquée, des systèmes difl^érents et presque tous absolus ont voulu prouver, lesunst'indispensabilité d'un numéraire abondant , les autres son inutilité complète, et des hommes du plus grand mérite se sont trouvés» aux points extrêmes. Les uns, comme M. de Sismondi , se sont écriés : Hors des métaux précieux point de salut; les autres ont dit, «ivec l'économiste anglais Ricardo : Sans crédit et sans monnaie de papiers, pas de commerce, pas d'industrie, et partant , pas de richesse
et aussi pas de $alut* Ai. de Sismondi a partagé^ autant qu'un hoiy^in^ c^mme lui pouvait le {aire^ les ppinions et le^ erreurs de l'école de Gharle^^ Quint ; il a déclaré une guerre à mort au ci^dît f s'efibrçant à montrer les parMans de «a lyslèmè entraînés sur un plan incliné ^ att bout ddqi^ se trouve uo précipite. sans fond. C'est dasta cetts- 'pa^it (p^'ïi a publié ses deijix dei^niers yoluméft à-é^ tudes. ftioardoi de son côté^ a voulu prouver que la monnaie n'est bonne! rien , et que la 9eulé et vé^ ritable monnaient la monnaie perfectionnée > c etô le papier.
Entre ces deux systèmes si opposés et tous deuji si absolus, il y a sans doute place pour une opinion raisonnable» Des deux cotéa^ il y a beaucoup de vrai f des deux cotés ^ il y a beaucoup de Eaux» Un pays sans crédit^ sans banque , §ati s papier^ c'est l'Espagne^ dont la pauvreté est devenue proverbiale ; un autre pays ^ où le crédit est assis sur les pluft larges bases ^ où les banqueroutes sont en trés-gratid nombre, où lefi plus petits a<jiats se soldent avec de la monnaie de papier^ c'^st l'Ame-* rique du Mord ^ qui s'est trouvée à deux doigts de sa perte; (3âr ses énormes richesses n'ont pU pré* venir la crise , parce qu'elles étalent presque entiè' riment fietives»
Les opinions extrêmes, vous le savez ^ ont leur côté séduisant. Malthus formulait son opinion en une véritable équation algébrique , et ses disciple^ croyaient, en l'imitant , avoir de l'esprit et de la profondeur. Le même attrait a séduit les partisans de Ricardo et de M« de Sismondit Toutefois ^ le
preblàne qu'ils ont toqIs résondre eii grure , et il se préseaie aipjounl'hiii comme une oomplieatioii déplus pour rorgauisatiûu àt notre soeiëtë. Jusifu'i préséûty i'expërieiice a Biontré que la prospë*rité^ pour être moins progressive^ était plus du-^ ralde et plus stable dans les pays où Ton avait adopté deux espèeee de monnatea dans de justes propcMioits^ variables selon les circonstances* C'est ce que nous avons fiiit jusqu'à un certain point en Francf ; aussi, v<ms avez vu que dans la dernière crise, nous avons bien moins souffert que l'Amé-^ rique et l'Angleterre > qui avaient suivi une marche moins prudente que la nôtre. Il n'en eût point été ainsi et nous eussions été éprouvés aussi fortement que ces deux pays , si ^ conformément aux théo« rie$ de Ricârdo^ nous avions jeté par les fenêtres nos métaux précieux / pour les r^nplacer par de la monnaie de papier.
Le numéraire doit à sa qualité de marchandise que nous lui avons reconnue , de se déprécier par l'abondance et de s'élever par la rareté. Aussi, remarque-t-on que dans tous les pays qui ont multiplié leurs capitaux par le crédit et les banques, le prix des choses a haussé, c'est-à-dire qu'il a fallu une plus grande quantité de nuniérairê que par le passé, pour obtenir les mêmes denrées , les mêmes marchandises j il en est résulté que ceux, par exemple , qui étaient à leur aise , il y a trente ans, avec un revenu de 3,000 francs, le sont moins aujourd'hui. Il y aeu haussedans les salaires des domestiques et dans là plupart des services rendus dans les objets de consommation , et plu-*
( 200 ) sieurs classes ont vu leur positûm devenir de pkts en plus moins confortable. Ajoutez que ce qui était jadis regardé comme luxe, est de venu nécessaire, et vous aurez une idée du cbangeçient qui s'est opéré dans la partie matérielle de notre société. Ce changement n'est du qu'à l'augmentation du papier monétaire parle dévelc^pementdu crédit public.En Angleterre y par exemple , il y a en ce SKmieut 1 200 millions en monnaie métaUique et peut-être 5 ou 6 milliards €n papiers de toute espèce, qui font concurrencé à Targent comptant. Parmi les classes qui ont le plus souffert de cette révoluticm, il faut mettre en premier lieu les rentiers et les employés du gouvernement , dont les salaires sont plus souvent diminués qu'augmentés, à moins qu'on ne parle des hauts fonctionnaires , qui ont des moyens de se faire ménager; car depuis quinze ans, la Chcimbre des Députés vise constamment à diminuer le. budget. tJn procureur du roi gagne aujoiird liui de 1 ,500 à 2^400 francs. Il n'y a pas de commis qui n'ait un pareil revenu, et cependant sa position sociale n'exige pas lesmêmçs dépenses. Y a-t-il aussi un poste plus mal rétribué que celui d'officier dans l'armée ? C'est à peine si, avec 1 ,200 fr. il peut se nourrir et s'habiller* Ces professions ne sont plus abordables aujourd'hui. Four ce qui regarde les rentiers, je croîs qu'il y a un bon côté à cette diminution constante de la fortune. Cela les force à exercer une industrie quelconque et à augmenter leur révenu parle travail. Je vous Tai dit souvent; chez nous on se retire avant Tàge fixé par la nature. C'est à 40 ans que l'on entre dans
( 201 ) la vie oUrre et qu'on pente à se sauver du ehanp de balaille avant les derniers coups de fusil. Aussi^ quand la question de la rente se présentera , je compte vous montrer la question dans son jour véritable.
Nous venons de voir quelques-uns des effets de la révolution causée par la multiplication des eapitaux au moyen du crédit , des banques et de la circulation du papiers-monnaie. Voici quelques autres résultats de cette institution , qui , quoique fort ancienifô , n'a été généralement adoptée que depuis le commencement de ce siècle.
Autrefois, les opérations de commerce, c'est-àdire les échanges, ne pouvaient se consommer qu'avec de l'argent ; les fortes maisons seules pouvaient faire usage diï crédit, c'est-à-dire payer avec de& lettres de change; tout le petit commerce et les particuliers traitaient au comptant , et les affaires se Irouvaient ainsi limitées par le capital de chaque individu. Le crédit mieux compris a fait cesser cet état de choses. Aujourd'hui , lorsqu'on achète, on n'a pas besoin d'argent ; on prend livraison et on s'acquitte avec un billet à échéance plus ou moins éloignée ; et avant que celle-ci n'arrivé, le n^ociant a souvent contracté des obligations semblables qui dépassent souvent plusieurs fois son avoir ; mais les ventes s'opérant dans l'intervalle de l'achat à l'échéance , il se trouve en mesure de faire face à ses afi^aireS'
Gomme il arrive souvent que celui qui doit payer a plus de valeurs en portefeuille que d'ai^ent dans sa caisse^ il cherche à négocier ces valeurs. Lors-
( !102 ) qtt'il û'y a pmit banques ^ où qm ies^ coaditioiis de o^les^oi dot>l trop rigouretièes ^ ce sont les banqukrs qui eicom^^ent tes valeurs de porte^ feuille^ tnoyennitnt nn intérât fixe pour le temps à courir , et une commission qui varie d^ 1/3 à 4 ©i 2 p. 0/0) pirr imÂn sttiyam le degré^ée solvabi- K^. Dan^lespaysoù les banques sont multipliées^ e^mtne en Angleterre eten Amërique, ée «ont «llei qui escomptent presque tout ; en France^ au contraire^ où elfes sont (rès^peu n<)mbreuses^ et où elles apportent beaucoup de sévëritéxlans le thoiit de leurs opérations , les l)anquier8 font la plus forte partie du papier et le reportent ensuite à la banque avec la gai^ntiede leur signature*
Au moyen de cette création successireet chaque fois renouvelée des billets de banque et des lettres de change , ceux qui les ont émis sont parvenus à tripler et à quadrupler leurs affaires j et dans quelques localités même , ils lei^ ont décuplées.
En Angleterre, où le numéraire est deux fois moindre qu'en France, ony faitdes affaires deux fois plus considérables, avec le secours des billets particuliers , qui circulent comme monnaie de papier et qui sont escomptés par les banques. A Londres même, on a remplacé presque complètement le numéraire, et, jusqu'à un certain point, k mon^ nate de papier, dont nous allons nous occuper toutà4'henre4 II existe, en effet, dans cette ville une maison qui a reçu le nom de Clearing housCj et dans laquelle les 70 maisons de banque ont un bureau où les commis viennent à une heure oon*venue régler les comptes de leurs patrons par de
( 209) simples échange d% crëanoes» dpot te UAtiiM seule est soldée en bank-notes ou eu espèofs pour les appoints (1), C'est en étudiant le niéca^ nisme de cet établissement , dont , les fonctions sont si simples et si régulières , qiie Ricardo a àbé conduit a son système exclusif- Un e£Ëet de cpmmerce peut bien circuler d'homme à homme^ mais comme on m l'accepte qu'avec confiance, il peut arriver que le der*nier à qui on l'offre ne veuille pas le prendre. Alors on s'adresse à une banque qui Tescompte^ (c'est-à-dire qui donne moyennant une certaine retenue, la somme que cet effet représente) et attend l'échéance pour être remboursée. Avec celte manière d'agir ^ les affaires d'une banque ne seraient jamais fort brillantes. Mais on a été conduit à un moyen^ dont on a plus tard abusé , qui dispense en partie la Banque de donner du numéraire j et c'est là ce qui distingue notre civilisation de toutes celles qui l'ont précédée.
Aujourd'hui une banque avec une très petite quantité de numéraire ^ rei^d les mêmes services que si elle avait beaucoup d argent et c'est ce qu'il me sera facile de vous expliquer. Supposez que nous établissions une banque , la Banque de France par exemple , car elle a plusieurs points de contact avec celle d'Angleterre^ et avec toutes les
(1) ^ébbage esiimb dans sa s&ience économique des manufaciutes que la fiabyeniie dea aoraiBes qui f e liquIdtiH eliaqiie Jour * Clearing ADMt est de 3,500,000 livres sterling^ ou 63,000,000 de francs , qui exigent pour lés balaMes âûO,000 livres ou 5,0^0,000 ed bunk-notes, et 20 llyres ou tSOi$ franfei en eppéeee, . ( Fot» d« 1* )
C 204 ) banques du monde ; supposez que nous sommes 400 actionnaires à 1 million. Celte banque prendra le papier de ceux qui s'adresseront à elle s'il a 3 mois et 3 signatures, et elle leur donnera en échange un billet d'uiie forme particulière et qui sera pour elle un engagement de payer 1000 fr. si vous voulez, au porteur et à vue. Mais me dira-ton, pourquoi donnez-vous un billet en échange d'un effet de commerce que vous avez escompté. Si la personne qui s'est adressée à vous a besoin d'argent, elle viendra se le faire rembourser tout de suite. Pas du tout , Messieurs ; cette personne ne recevra point un billet dans un bureau pour aller en toucher le montant dans le bureau voisin, parce que le billet de 1Ô00 fr. est commode, facile 4 transporter et à cacher , et qu'on est toujours sur de l'échariger pour 1000 fr. à cause de la confiance que tout le monde a dans la solvabilité de la Banque. Aussi ne cherche-t-on à échanger un billet que lorsqu'on a besoin de fractionner la somme pour de petits paiements. Encore dans ce cas la Banque psut-elle donner des coupons de 500 fr. et même de 250 fr. en province ; ce sont ces petits billets qu'on échange dé préférence.
Dans quelle proportion la Banque peut-eïle émettre des billets relativement au numéraire qu'elle possède? En se basant sur des observations de plusieurs années , et en comptant le nom« bre des remboursements qui se sont faits terme moyen dans les tems ordinaires , bien que les dépenses puissent varier d'après une foule de circonstances^ on a vu qu'on pouvait émettre des
( 305 ) billets pour uae sonune quatre fois plus forte <|ue la provisioa eu espèces et qu'une banque au capital de 100 millions pouvait avoir une circulation de 400 millions. Mais dira-t-on^ si un beau jour on venait à demander à cette banque Téobange en arguait de 200 millions ? -^ Il n'y a pas d'exemple d'un événement semblable , je dirai même d'un pareil malheur. J'admets pour un instant que la Banque de France à qui d'ailleurs on ne reproche pas sa hardiesse^ sdt dit en passant^ ait a payer 200 millions^ (et un pareil événement ne pourrait survenir qu'à la suite d'une panique comme celle dont nous avons été témoins pour les disses d'épargne), là Banque, dis-je, aurait toujours dans ses caves sou capital de 1 00 millions, pluS| avec un peu de tems^ le montant des effets à diverses échéances qu'on lui aurait donnés en écbaage de ses 300 millions de billets. Ces effets ne sont qu'à 3 mens,
2 mois, 1 mois et il y en a plus à i mois qu'à 2 , plus à 2 mois qu'à 3. Il faudrait donc, pour que la Banque ne pût pas payer tous ses billets , que les
3 signatures de chaque ^et qu'elle a reçu eu échange fussent insolvables. Or vous savez aunbien la Banque est méticuleuse ; sur 3 ou /|00 millions d'affaires , elle n'a eu, d'après son compte rendu il y a quelques mois, que 200 fî\ en souffrance , et encore avait*elle l'espoir de ne pas les perdre.C'est un fait de cette nature qui faisait dire à M. Say que la Banque de France ressemblait à une coûipagnie d'assurance qui n'assurerait que ce qui ne risque rien.
Les prolUs de la Banque sont bien simples. Si
( 20B «wc 40d laitlioM Mé ë9C6«iple pour 400 «lillimis k 4 pdinr o^l» en doni^ant en é(AAn^ é^ effets qu'elle adm^ à T^iseompte, des chiffons qoi ne l«n eoûlAQt que 4 f<** ^ et qui lui «errent pendant 6 ao» ^ elk bénéficie 4 pour oeni 6ur «on ^pitti Jk iOO miilâ9n« et mir les 300 miUioM fietift, profits <font il faut déduire le ioyer de non bâtel et êf» frais de bureaiix.
Si la Banque se trou\«iit imijours dans le qâs où MM tenons de la lupposery «out le motode conl^ prend qu^elle ferait de grands bénéfices tout en rendant dMmnuenses serriees.
Les avantages de la banque seraient :
i^ Pour le publie , de feciliter iss paiemenfi^ 0$, ISriiant disparaître l'inconvénient du transport des sommes en ospéees ^ lourdes > encombrâmes , ete;
^'^ Pour le ^^ommerce , de multiplier les affaira^, «n ftiisant .sérviir k une opération nouvelte lee fonds engagés dans une opération non encore «onsomm^e ; ~
9^ Pour le pays, en angoientint sa force pm-^ iduétive, par Vaecrobsementde son capital càtev^ iant ;
4^ Pour les actionnaires , en pr^^anldes commiesions sur telles les uég^iations à Tescompte , qui ont été soldées e^ee des billets coûtant 4 (t* 50 de formation , et représentant i ^000 de capital.
Mais la Banque de FVance sWt bien raremenct m^ dans toutes les circonstances oéeessaires pour opérer 4ies résultatSi. Il ya eu dés ëpoqaesoù elle laissait chômer dans ses caves jusqu'à 200 miUîoils* Cdfl liM «et »rfivà quand eikt ji #u f^aur;
(90T) et A fiut qaib <vMis êMhlez qne k BMiqfte a i vent peur, Sn AngtotgfW qimnd il y a eu «im tfnmear paiétgèpe, k Baoqoe de Londm a ehw* ehë à la préTeair et ilaiis ce cas, vous le saTeE^ ta hardieMe «éme a été de la priulence,
GoiDme ^ TOUS le dttais tout à rheure, remit** sioti det billett doit avoir mk certaine limite* Siq>peitt , eoBune cela «tt trrivé quclqueCeit en Angleterre y et eemme cela yis&t d'arriTer en Ame» rique^ qu'urne banque omette avec m capital df 40(1 minions^ pour 4200 tntilioM de lûlklt^ qu'arrîrera-t-il? — U arrivera tmijours et l'expé* rknce «et la pouk> le prouver > qisé les rembeun^ me&tt te pnéietifeMtit en ibiile , et que la banque qui aura aeeordé trep lar^^ementea eonfiance, tt titmmra en défidt aprét airoir ëooaèé tet capitaux ditpoftiblet^ et 8«ra <^igée de sHtpe»dreeet paie* mefttt^ Cest en pareil cae queM. de Sisinondi a ratseti. Mais désormais de pareilles fautes ne peu* veut plut Atreoimmiset, car on peut aiijottrd'hui * prévoir datis ëne circensftliee donnée ee qui ar^ rtrera, tout comme les médeeins peuvent ae ren^ di^ compte d'une maladie «lont ils' cttt bien dëÉov mi#é les symptômes*
On a 'VU «M Amérique^ 4 une époqiie qui nVst point ^mec9« ék%née > éi^ heimiiet entreprendre ée constpnire non pas mwt maiten ^ mais ane ville lonte entière ; ik adietaient ks terrtitts à crédit ^ les bois y les pierree à «^ît , ils payaient ktint euvricMns avec 4u papier ; sac» eiaminer hm cbânoetjde i'entntprke^k faanipie voiatne eavRt«i4io coiMutt jtf idvnâtttttà toiiÉ>.^«i. ftvw du
( 208 ) papier. Quand la ville ëtait conslaHiite^ il eU ar-* rivé souvent que les habitants n'étant pas venus , les mag^iitô sont restés vides , Técole et l'église déserte y le journal sans lecteurs , etc.; parce qu'il n'y avait nulle part une population ^[ii:d}énuite qui voulût émigrer pour peupler la cité nouvelle , il en est arrivé de même pour certains travaux publics tels que routes, chemins de fer, canaux, qui n ont «u ni voyageurs ni marchandises à transporter. Toutes ces foUes opérations (mt écmné lieu à des résultats que nous admirons de loia , mais qui ont été achetés au prix de bien d'existences détruites, de fortunes renversées ; les banques qui avaient tout payé... avec dupapier,je le répète, n'ont pas été remboursées par les entrepreneurs téméraires et imprévoyants , et elles ont été for«« cées de su^ndre elles-^mêmes leur paiements ; de faire banqueroute en un mot. Leurs billets , qu'elles avaient émis par masses énormes , ont dés lors perdu toute leur valeur; et, comme elles les avaient divisés en eoupunes d'une valeur trop minime ( il y en a eu de 50 centimes), celles-ci se trouvèrent dans la poche de tous les ouvriers , de tous les marchands en détail , qui n'achetaient et ne vendaient qu'avec elles , et qui ont ainsi perdu tout leur avoir. Le morceau de pfiin de l'ouvrier, sa nourriture du lendemain, celle de sa famille, se sont évanouies, et il ji'est resté à la place qu'un morceau de papier froissé et sali.
Cet inconvénient de la trop grande division delà monnaie de papier est fort grave ; on commence du reste à s'en apercevoir , ei des actes reçus du
( 209 ) parlemeiit anglais ont défendu l'émission dans le Royanme-Uni de billets au dessous de 5 livres (1 25 francs); une mesure semblable sera prise en Amérique lors de la reconstitution des banques , qui ont été violemment ébranlées par la dernière crise, à laquelle leur imprévoyance a donné naissance. Noos n'avons pas à craindre en France de semblables abusv les billets n'y sont pas trop petits; ils n'y sont pas non plus trop nombreux; peut-être même" avons-nous trop resserré les bases du crédit que les Américains avaient trop élargies ; car on peut dire qu'une banque qui ^ sur une manse d'escomptes de 800 millions de francs , n'a qu'un effet de 200 francs en souffirance , et dont encore le recouvrement n'est pas désespéré , ne prête guère qu'à ceux qui n'ont pas besoin, en un mot, ne remplit pas sa mission , et ne rend pas au commerce , à l'induslrie et à l'agriculture tous les services qu'ils seraient en droit de lui demander. Depuis quelque temps du reste, une concurrence, puissante parce qu'elle joint Tintelligence à la force , et la volonté de faire le bien à la faculté de l'accomplir, a déterminé dans la banque de France quelques réformes qui ne s'arrêteront pas là .
Je bornerai là les considérations sommaires que je voulais vous soumettre sur les effets que le crédit et les banques ont eus sur notre société mo« dénie; elles suffiront pour vous expliquer certains phénomènes dont vous ne vous étiez peut-être pas rendu un compte bien exact. Vous avez vu en effet qu'yen multipliant les capitaux , le crédit avait fait augmenter le prix des choses et diminué les rêve-
Biaiqai. I i
( 240) nus^^nsi que Viotéi^étde Targoot « et voÙ3 ai^w p» QompreodrQ comiftcsit certtiiiieft looetlow «M* trç£bi« recherchées éb^imi deveiuu» nue charge piuLtôt qu'un s^Tantage ^ ce qui avait rejeté un pUi^ grand nombre de bras dAn$ le travaiL C'est eMoce par la niéme cauae qi^ les propsiété^ Mit pftssé 4es. mains des anaie»s,aeigfieiirs ^ qui ue fiûstiettt pki§ rien pour augmenter une fortune patrirnoôiâl^ qua la force des choses diminuait chaque jour , entre celles de marchands et d'industriebenriehU par le travail. Il y a là Teiiplication de tMte uim» rév(^tion sociale accomplie de nos jours , età h^ qutnU&Qn ne peut assigna d'autee cause.