C0RC1T0YEN8 SONT DANS LE PREMIER CAS, DIX MIL
LIONS DANS ht SECOND !
Pourquoi donc nos propriétaires fonciers se sont-iis décidés pour les baux à courte échéance , pourquoi 'oïit-ils craint de n'être pas payé, et ontils espéré loyer plus cher au bout de quelques années qu'au moment du contrat? Ils se plaignent que leurs terres ne rapportent pas assez , mais ils sont eux-itiémes ta cause de la diminution de leur revenu : c'est parce qu'il n*ont pas laissé à leurs fermiers le temp^ nécessaire pour i-écoUer tout ce qu'ils auraient pu semer , que ceux-ci n'ont pu leur payer des loyers aussi chers que si les récoltes eussent été complètes; c'est parce qu'ils ontspéculé sur ce que les améliorations introduites par un fermier dans Fexptoitation de leurs terres pouvait donner à celles-ci de valeur , afin d'élever leurs baux ou d'exiger de forts pots-^de-ifin pour • les renouvellements , que les fermiers n'ont point amélioré et se sont bornés à faire ce qui était strie* tement nécessaire ; n'ont essayé aucune méthode nouvelle » n'ont pas renouvelé le fonds de la terre par des engrais.
S'il est arrivé fréquemment que le propriétaire a eu des non-valeurs y c'est que ^ ainsi que je
( i91 0 ▼oQi) lèi^Ksais fâtati^ jour, il a ebarchë Bne angmeâiitioii de reyenas par la diviskm de ses terres entre un plus grand nombre de cultiTateurs in^lement solvables^ et qui ont épuisé la terre ^ faute de moyens de la féconder.
Les choses en sont venus à un tel point aujour* d'hui , que dans beaucoup de localités^ fermiers et cultivateurs , sont également misérables; et dans plus d'un endroit , les baux sont tellement courts , qu'un marchand ne voudrait pas ouvrir une boutique pour si peu de temps. Et cependant il peut se transporter ainsi que sa marchandise beaucoup plus fecilement que le cultivateur qui , lui 9 est attaché aii sol; et qui est^ en quelque sorte, obligé de foire un nouvel apprentissage chaque fois qu'il change de canton.
On s'est adressé à des moyens palliatifs pour corriger les résultats de ces vices de constitution ; on a imaginé , par exemple , des droits protecteurs peu nombreux heureusement, mais quiontsufti pour démontrer que ce n'était pas par eux que Ton parviendrait à redonner de la vie aux travaux agricoles , et à les rendre plus profitables que par le passé.
Voyons en effet quels ont été les droits en question , et ce qu'ils ont produit.
On a mis d'abord un droit de 33 pour 0/0 sur les laines : qu'en est-il arrivé? Ce droit n'a pu proléger ( si toutefois il y a eu protection , ce que je ne crois pas ) , que les laines françaises similaires de celles produites à l'étranger , et qui ne forment qu'une partie de la production totale ; et
d'un ti^8, le ^H àtshinm l(mg^^^p^^(»i^.if^^vQ* duîsons pas, ou seulama^t m ^mtà^ iBsiiffo^nift,
Le droit a eu encore nm 9Utre QW^uefM^ non moins déplorable , il a perHJ tftHft le^ éte¥^^ii à ne produire que des laîoaa êgn^» et ik eioiM P^If gé les lames eommune»; de teU$ «i^pte que ,9qii# payons aujourd'hui fort cher ou di| mpûlP plus eher que nous ne devrions le f^m, non s^eai^mmt lés draps, les mérinos, les stuff3, U^ flannelle^ ete^» mais eneore, les matelas, les couvertures, les ta;* pis et les étoffes mi^lang^es de s^e et d^ lain^ ; l'ar-r tiele Lyon, Saintf Étîenn^ , Jiheiips, Aipiçn^ etc^, P'uu autre coté le droit ns^ pas profit^, même pour les qualités moyennes et fines, fujof. ligriqulteur^ français ; la hausse et l| l^is^ opc^^ioçnées ^u moyen de Tintroduction des laines (stjrangères par les spéculateurs , a presque toujours déjoué Leurs i^lculs et leurs espérances (yoir I0 cours de i 836- 37 page 400;. Ce droit a été enfin réduit il y a trois ans à 23 poui* 0/0 , m^is même à ce tauii; il est encore trop élevé , il faudra le réduire de nouveau^
Outre le droit sur h^ laines, on ^n a mis un autre , toujours dans le but d'encourager l'afifrir culture, sur l^ hgeufs étrangf:i19 introduits en France : ce droit a été de 50 francs -^ qn'en est-îl résulté ? Les 4êparj;ements frontières qui eussent acheté les hç^uk de la Prusje rhénane 9 du p^yp de Bade , de la Suissç^ n'ont pu l^ faire eX se sont passés de viande , ou n'en ont consommé qu'nnp plus faible quantité -, et nou^ n'i^vons p^s yendu |l fes pays les piroduit; de notre indu^jif! fftanW'f
fMturûlret qiiHii enisciit aohelés «i éehmgadti hagaf% qu'ik nous arnnkiit amenés?
Voilà pour ce <pM mm^ avont perdu par soitf àa droit sur les boeufs , maintenant qa'j ft^on^^ioiit gagné?
liei lumrrisêeurs de l'Àngoumoie , du Pèitoo , du Linipusiii , de la Bretagne , qui n'eussent pas ▼endtt leurs bestiaux aux Alsaekns , aux Flamands, ftttxGomtois^ n'ontcertainement rien gagné à eeque ceux-ci se privassent de viande ; quelques grands hei4)ag^[^ de la vallée d'Auge , de lisieux ^t de Caen , y ont peut-être trouvé Toccasion de vendre leurs boeufs 1 0 ou 20 francs plus cber ; mais là s'est borné leur avantage , si toutefois il y a eu avantage pour eux , ( ce que les termes d'une pétition adressée aux Chambres par les propriétairea de 24 départements nourrisseurs , permettent de mettre en doute); et la masse des cultivateurs , des petits fermiers, des paysans , y a bien plut perdu comme consommateur , que les 50 ou 60 herbagers normands n'ont pu y gagner comme producteurs.
Parlcraî-je du droit sur les chevaux? eux aussi ont été protégés par un droit de 50 francs : mais qui est-ce qui a profité du droit ? personne. Qui Ta payé ? tout le monde.
Je dis qu'il n'a profité à personne , car en effet le fisc lui-même ne Ta pas reçu; la contrebande s'est chargée, cette fois comme tant d'autres, d'éluder la loi ; seulement ici la marchandise a porté le contrebandier, tandis qu'ordinairement c'est le <^ntrebandier qui porte la marchandise. Je die
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à Texception de eenx qui ODt viole la loi » tMS ceux qui l'ont respectée ont acheté fort cher de mauTÛs chevaux^ qui n'ont pas fait ou mal fait le service. Car c'est une vérité malheu** reusement incontestable , que de tous les pays qui élevait des chevaux , la France est à peu prés celui qui a les plus mauvais ; à ce point même que 1^ reaionées de l'armée se font en partie à l'ébranr ger. L'intérêtd'amour-propre des éleveurs français a dû^étre nécessairement dans ce cas sacrifié à la sûreté de Tarmée^ qu'ounepouvaitexposerun jour de bataille à monter des chevaux incapables de la porter.
Ni le fisc , ni les particuliers, n'ont; je le répète, profité des droits sur les laines, les bestiaux et les chevaux ; ils n'ont servi qu'à faire payer unepripoie aux contrebandiers dont on est cc^iduit à voir d'un œil favorable l'illégale industrie , qui est, te châtiment inexorable de toutes les mauvaises lois de douanes , et qui encourage réellement plus l'industrie que toutes les prohibitions du monde.
C'est elle , vous le savez, qui a fait marcher l'industçie des châles à laquelle elle a fourni les modèles de rinde , si supérieurement imités par les Deneirouse et autres habiles fabricans ; c'est elle encore qui a stimulé l'horlogerie française, par la concurrence active de la fabrique de Genève, dont elle a répandu les produits dans les poches de tous nos ouvriers , de nos soldats et de nos maçons ; elle s'exerce encore aujourd'hui parce que le droit, même réduit à 5 francs, esit encore trop élevé; et
(3M ) cependant grâce à etle^ nous Êibriquons mainte^ nant des mouvements de montres à 1 5 francs la cbuzaine : 25 sons la pièce !
Ah ! si nos bœufs pouvaient galoper un instant comme les chevaux^ si le fer pouvait s'introduire comme des châles^ les draps comme des montres; nous verrions bientôt nos prairies engraisser plus de bestiaux, pu nos fermiers s'en rapportant à l'étranger du soin de nous fournir une partie de notre consommation de viande, se livrer à dés cnl<* tures plus en rapport avec la nature de leurs terres; nos maîtres de forge écouteraient moins nos propriétaires de bois et adopteraient plus promptement les méthodes perfectionnées de PAngleterre ; nos fabricants de Louviers , de Sedan , d'Elbœuf vendraient leurs draps aux mêmes prix que ceux de Verviers et d'Aix-la-Chapelle; et chacun de nous, consommateurs et producteurs y gagnerions mille fois plus qu'avec la protection des tarifs actuels, qui arrête nos progrès et nous feit payer cher sans profit pour personne.
C'est à ces trois articles de notre tarif des douanes que se bornent les encouragements officiels qu'a reçus l'agriculture, je passe à dessein sur les lois des céréales, si incomplètes, et qui devront disparaître lorsque les projets de lois sur les rouleset les chemins auront reçu leur exécution , et rendu toutes les parties de notre sol viables.
Calculez maintenant ce qu'ont pu produire tous les droits sur les laines, les bestiaux et les chevaux, et voyez si ce qui en est rentré dans la bourse des agricuheuts, dôiHles produits bruts s'élèvent an^
( 30a) nueUcmenta pltiMeùrs mîlUards^ n'eltpaftcMune une goutte d'eàu dans la meVé Quand je les Yois tendre ainsi les bras vers le ministère du commeroe, il mê semble Toir une armée demandant un pain de 4 livres pour sa ration d'un jour; et je aie seaa . pris de l'envie de crier à cette classe si nombreuse de mes compatriotes : AinB^TOi^ l& gibl t'AXDBiuk !
Pour protéger l'agriculture ^ on a imaginé en-» core de lui accorder des dégrèvements d'impôts et des secours, en cas d'orage et de maladie sur les bestiaux ; à ceilx qui ont p^u une vacher un cheval > on a remis 6 francs , quelquefois moins , ra^ nement plus* De pareils secours sont ridicules^ inutiles et onéreux : ridicules par leur modické, inutiles par leur insuffisance > et onéreux pour le trésor par leur multiplicitéé Pas plus que les pro*-' tections de tarifs , ils ne servent l'agriculture , qui ne d(Mt recevoir d'encouragements que d'elle-même et à laquelle le gouvernement ne doit que quatre choses : un code rural , difficile mais non impos* sible à rédiger , la révision de la législation hy|K>thécaire ^ des routes et de l'instruction.
Depuis plusieurs années on travaille au premier, ou du moins une commission a été nommée dans ce but ; depuis long-temps on parie de la seconde^ dont chacun reconnaît et proclame la nécessité , sans que, toutefois, il ait été rien £iit encore pour l'opérer ; on a rendu des Uns que j'ai d^à examinées l'année dernière , ( voir le cours de 1 836-37, leçons 5 et 6 } , pour doter le pays des troisièmes; une loi a été Clément rendue ( voir le cours de 1936^7, kçon 8), pour répandre la quatrième
( 803 ) dans les campagùes, qui manquent plus encore de capital moral que de capitaux circulants. Mais cette loi est incomplète , elle ne s'occupe que des éléments d'une instruction purement littéraire et nullement technique ^ bien que ceux qui doivent la recevoir , soient destinés à exercer un état spécial qui demande des connaissances particulières , dont quelques-unes , telles que l'analyse des terres et des engrais ^ la construction et la réparation des instruments réglées par les lois de la mécanique, Texploitation des ressources hydrauliques , etc. , soient fort relevées. Des routes et de l'instruction , voilà ce qu*il faut à l'agriculture t par les premiè* res nos cultivateurs ne craindront plus l'abondance à l'égal de la disette , parce qu'ils pourront transporter partout les produits de leurs récoltes ; par là seconde ils sauront tirer de la terre tout ce que son inépuisable fécondité refusé quelquefois à l'ignorance, mais accorde toujours à l'intelligence ; témoins nos départements du Uord.
Tout ne sera pas encore fait pour la prospérité de l'agriculture, lorsqu'elle aura des routes et des écoles sur le plan de celles des comtés agricoles de l'Angleterre et de rAmérique , et des campagnes Allemandes , Belges, et Lombardes; la tâche du gouvernement sera accomplie , mais tous ces éléments de richesses demeureront stériles si nous ne savons remplir la nôtre. Savoir en quoi elle consiste , comprendre son importance , c'est déjà la remplir à moitié; hàtons*nous donc de la décrire, et de montrer comment et en quoi nous l'avcHis négligée jusqu'ici.
Semblables aux nobles Patriciens des derniers temps de la république et de Tempire , nous avons abandonné les travaux de Tagriculture , que nous honorons encore dans les livres, mais auxquels nous dédaignions de prendre part. Nous aussi nous avons des intendants , ou tout au moins des fermiei's; nous nous sommes retirés^ méprisant le titre honorable de cultivateur, nous avons pris la qualité de propriétaire, de bourgeois, ce qui signifie : homme inoccupé, 0isif ; nous avons pris des habitudes et des idées étroites ; nous sommes devenus gros de corps et épais d'esprit , corps et esprit sesontengourdis dans le repos, dans l'inaction.
Qu'est-il arrivé de là, c'est que les chevaliers d'industrie qui font de magnifiques prospectus, promettant des dividendes de 20 pour cent et plus, que les journaux de toutes les couleurs portent ensuite dans tous les coins de la France; soutirent aux capitalistes des provinces , des sommes consi« dérables , que ceux-ci trouvent honteux ou niais de placer à 3 pour cent, sur des achats de terre ou en améliorations de celles qu'ils possèdent. Et , chose remarquable, ces hommes qui sont des lions avec le sous-préfet de leur arrondissement, le maire ou le garde champêtre de leur commune, sont doux comme des agneaux avec les gérans des entreprises trop souvent mal conçues dans lesquelles ils ont engagé leurs capitaux.
J'appelle toute votre attention sur cette espèce de maladie qui affecte, maintenant surtout» la plupart de nos propriétaires des départemens, et qui fait encore chaque jour de nouveaux progrès.
Heareûsetnentla vërttë sort toujours vtctôrietise de sa lutte avec Terreur, lutte qui, pour Tagricul^ ture, se renourette presque përtbdiquement et dont l'issue est toujours pour elle de voir se rattacher à sa cause d'èabiies et puissans dëFenseursl Bien des fois dëjà Tagriculture s*est vue négligée comme aujourd'hui, mais chaque fois aussi elle a tu revenir à elle ceux qui l'avaient abandonnée un instant
, La position dans laquelle elle se trouve aujourd'hui est, sous beaucoup de rapports, semblable à celle où eBe se vit en 1720, à lepoque de Tengouement pour le système.
A cette époque, presque tous les détenteurs du sol avaient quitté leurs terres pour se jeter , eux et leurs fortunes, dans le gouffre de la spéculation ; heaueoup perdirent, et leurs domainespassérent en se divisant entre les mains des joueurs enrichis.
^aujourd'hui cmnme en 1720, nos propriétaires quittent leur résidentîe pour venir se mêler au mouvement extraordinaire qui s'est manifesté dans les alBaiires industrielles, et ][n*incipalement dans le développement donné aux sociétés en commandite. Aujourd'hui comme en 1720 il n'est question dans tous les lieux publics que de sociétés nouvelles; ok ne s'enquiert plus du cours des huiles ou du coton, mais de la prime qu'offrent les actions de telle ou telle entreprise souvent encore en projet, et qui avant decommencer ses opérations a déjà payé deux ou trois semestres d'intérêts et même de dividendies pris sur le capital.
A . voir Taveuglement avec lequel on se précipite dans ces sortes d'affaires il semWe que
DIanqui. 30
( 306 ) Texpérience 4u passé ne 4oiye jamais seryir de I^çûÔei pow U présent] espérons tontefpts que nos conseils et cenx de toute la presse arrétô«« ront ces hardis et téméraires spéculateurs sur le hi>rd di| précipice^ «t qu'ils ne tomberont pas tout «ntiers con^SMi kurs.prédécesseurs, dans le çtmfifre ])éant de la banqueroute^ Dams tous les cas noua pouvons dès aiyourd'hui prédire oe qui arrivera^
JLorsqu^ quelques ruiner éclatantes auront en- ^n parlé plus haut que nos avertis£(emens^ Tardeur fiévreuse qui anime aujourd'hui tant de capît»^ listes^ grands et petits^ fera place à un engouement non moins violent pour l'agriculture* Alors ocHume autrefois on se prendra peut-être à ne plus ycmloîr i^econnaitre qu'en elle ta source de la richesse^ et comme dans tes années qui suivirent la chute du système, nous verrons pleuvoir des livres^ des mé« moires, des notes, des projets, ayant pour ot\^tde ficmder une économie politique nouvelle, dont le pivot et la base unique seront l'agricnltureu
Il en est arrivé déjà plusieurs fois ainsi : sou». Louis XV et depuis notre révolution ; Queenay, iU«* cardo et Sismondi ont à ces différentes époques pré* sente des systèmes qui, s'ils ne sont pas à l'abri de la critique^ ont du moins rendu d'immenses services en mettant au jour de grandes et fécondes véritéa^. Avant d'examiner les systèmes modernea de Ri-* cardo et de Sismondi , nous étudierons ociui de Quesnay ou des économistes ; et comme je ne veux point abuser de vos moments, je vous lii^ai le chapitre dans lequel j'ai résuméce systëoie, etqui ftût partiedu second voidumedl^ m<m wsTOiRft n« i^'nooNOSuv
POLITÎQirE DfiPmS LES ANCIENS Jl/SQU A NOS JOURS {!).
« Le triste dénouement du système de Law hissait la France entière plongée dan^ une rentable stu-' peur. On ne savait plus désormais à quels principes^ se fier , après avoir vu rapidement naitre et mourir tant de fortunes. Les uns déploraient la ruine des^ manufactures si laborieusement fondées par Col* bert ; les autres se reportaient à cent ans en arrière et rappelaient les maximes patriarcales de Sully : labourage et pâturage sont les mamelles de F État; et il faut avouer que les circonstances étaient devenues bien favorables au retour de ces idées. De toutes les valeurs industrielles écloses sous l'atmosphère embrasée du système ^'û ne restait plus rien que la ruine , la désolation et la banqueroute. La propriété foncière seule n'avait pas péri dans cette tourmente. Elle s'était même améliorée en changeant de mains , et en se subdivisant sur une vaste échelle, pour la première fois, peut-être, depuis la féodalité.
« L'importance qu'elle acquérait ainsi tout-à-coup augmenta considérablement sa valeur, et bientôt Tactivîté des esprits désillusionnés de spéculations se porta vers la culture du sol , pour lui demander réparation des malheurs du système; On eût dît que chaque homme avait besoin -de se reposer à l'ombre de sa vigne et de son figuier des secousses et des agitations de la bourse.
« Jamais transition ne fut plus brusque. On y pro-
CO C^t fUYcai^, eql p«)>li^ f ^r l9 libraire G^illauiuiiii ^» jeateriç â0 U . Bourse. , ' '
(308) cédait toutefois, au travers d'un monceau de livres. Il pleuvait des écrits sur la circulation , sur le crédit , sur Tinduslrie , sur la population , sur le luxe; chacun voulait expliquer la crise dont on sortait , et croyait avoir trouvé , pour sa consolation , le mot de cette énigme. On avait pensé pendant quelque temps «que l'argent était la richesse par excellence et qu'en multipliant , le papier , qui la représentait, multipliait la richesse ellemême. Mais le renchérissement de toutes choses et, la chute du papier avaient dessillé les yeux des plus aveugles y et comme c'est l'usage dans les circons^ tances semblables, on avait passé de l'engouement à l'aversion, du fanatisme à l'incrédulité. Il n'y avait plus désormais de richesse véritable que la terre, et de revenus assurés que ceux qui émanaient de son sein. C'est de cette réaction qu'est sorti le système agricole , plus connu sous le nom des Economistes ou de. Quesnay qui en fut le prin- * cipal fondateur. C'est aussi le premier système qui ait fait école et qui se soit formulé avec une précision dogmatique assez rare dans les annales de la science. Nous le résumerons avec simplicité, dans les personnes et dans les choses. S'il n'eiU^té qu'un exposé de doctrines purement économiques, peut-être il'soirait-il pas obtenu à un si haut degré l'attention des hommes d'État ; mais il se présenta tout d'abord comme l'instrument d'une réforme politique, qui devait faciliter la perception des impots et réparer les maux dont la France était accablée. Il venait après les désastres de Law et les essais un peu rudes de l'abbé Terray
( 309 ) en matière àe finances (1) : on raccuaflit avec faveur comme une nouveauté, en attendant qu'il s'établit par droit de conquête.
H Et vraiment, ses pt*emiers manifestes apparurent comme une révélation. Chaque peuple, à son« tour, avait préconisé la puissance de l'industrie et la liberté du commerce; nul ne semblait avoir Mngé à Tagriculture , si ce n'est sous le point de vue exclusivement pastoral. Personne n'avait en l'idée que le gouvernement dût s'occuper de la culture des champs, et prendre quelques mesures d'administration relatives à ses travaux» Tout ce qu'on avait ftiit jusqu'alors en ce genre consistait en de mauvais règlements contre l'exportation des grains^ ou pour en empêcher l'importation, comme les lois céréales qui r^nent en Angleterre. Et cependant l'agriculture était toujours considérée, par une ^pèce de tradition poétique , comme la mère nourricière des peuples. Vers l'année 1750, deux hommes d'une hauteportée d'esprit, MM. de Goumay et Quesnay , essayèrent d'entreprendre l'analyse de cette puissance féconde; au lieu de la chanter, ils Texpliquèrent. Us ravirent à la terre ses procédés mystérieux, et s'ils n'en donnèrent pas la meilleure théorie , ils en préparèrent du moins les éléments pour la postérité.
«Leurpointde départ était admirablementchoisi.
(O L*«bbe Terray a'éUit paf aufsi absurde et aussi impitoyable que U plopart de tes eoBtemporains l'oot prétendo. «Il lépondit un jour à quel-* (pMi ehaaleors de l'Opéra qai réclamaient leur arriéré : « 11 eit jette de payer ceux qui pleoteot ataot cenx qui cbsnteot.*
(310) U$ vofptorimt 4'ajbord établir le$ vms priaéip^à^ la £>r0)ati,aii da$ riches^e^et da leur dtôtribulioii naturelle entre les différentiçs classes de la aociétéi. U leur sen]J:>la que ces riche$ses provenaient toutes d'une source unique qui était la terre, puisque c'était elle qui fournissait aux travailleurs kor subsistance et les matières premières de toutes leurs industries. Le travail appliqué à la cultnn de la terre produisait non seulement de tfuoi s'alimenter lui-même, pendant toute la durée de rou*' vrage, mais encore un excédant de valeur qui pouvait s'ajouter à la masse de richesses déjà existantes : ils appelèrent cet excédant le produU n^ Ce produit net devait néqessairement appartenir au propriétaire de la terre et constituait entre ses mains un revenu pleinement disponible. Quel était donc le produit net des autres industries ?
a Ici commencent les erreurs de ces hommes ingé* nieux, car à leurs yeux les autres industries étaient improductives et ne pouvaient rien ajouter, selon ^ux, ni à la masse des choses sur lesquelles elles s'exerçaient^ ni au revenu général de la société. Manufacturiers,commercants,ouvriers, tous étaient les commis, les salariés de l'agriculture, ^uveraine créatrice et dispensatrice de tous les biens. Les produits du travail de ceux-là ne représentaient , dans le système des Économistes^ que l'équivalent de leurs consommations pendant l'ouvrage, en sorte qu'après le travail achevé,la somme totale des richesses se trouvait absolument la même qu'auparavant, à moins que les ouvriers ou les maîtres n'eussent mis en réserve i c'est-à-dire épargné, ce qu'ils
( W4 ) amient le àtq^ à» coosonuoer» AUni dboc^ le travail appliqué à la terre était le aeol productif de la richesse^ et celui de» autre» ioduatrîet élaîl copsidéré comme stérile^ parce <|u'il n'en résultait aucune augmentation du c^^ital général.
«En vertu de w systèfie» les Économistes àâm^ rent comme une nécessité tout à la fois sociale el naturelle la prééminence des propriétaires foncierf aur toutes les autres classes de citoyens. Us devaient recueillir la totalité des riches produiti dont ils distribuaient leur part^ sous le nom de sa* laire, aux non-propriétaires ; et la circulation des i^ichesses n'avait lieu, dans la société^ que par Téchange continuel du travail et des services des uns contre la portion disponible du revenu des autres* Que devenait^ dans cette hypothèse^ car ce n'est plus qu'une hypothèse aujourd'hui, la base dt l'impôt? U était évident qu'on ne pouvait pas étai> blir de taxes sur des gens réduits au salaire, à moins d attaquer leur existence dans sa source e ausai les Economistes déclarèrent^ils que l'impôt devait être raclusivement supporté par les proprié»' taires de terres^ et prélevé sur leur produit neêé L'intérêt général de toutes les classes était donc de multiplier les produits agricoles, parce qw les propriétaires y trouvaient un revenu plus considëtrtbîe à distribuer à toutes les professions salariées» La population était encouragée et accrue par l'a^ bondance drs subsistances ; et ainsi se vérifiait la maxio^ empruntée par la nouvelle école aux livres maints : Qui opercUur terram ^uam, sotiabii^r(\)*
(4) ProT. G. XII, Terf . 9.
et Nt>iis n'avoDS pas besoin ât dire en qnéi les Êcànamîsies^ trompaient. Lwir principale erreur venait de ce qu'ils attribuaient à ragncnlture seule la focuité de créer des produits susceptibles d'ac* cumulation. Les belles analyses d'Adam Smiib ont cMdplëté^ depuis, le cafalc^ue des sources de la ricbesse , en démontrant que la valeur sociale réelle , c'était la valeur échangeable , et qu'il y avait profit pour la société toutes les fois que par le travail on augmentait cette valeur. Le blé serait d'une bien faible utilité si l'on n'en faisait du pain^ ^ le bois n'aurait pas une grande valeur si le me-* nuisier et l'ébéniste ne le transformait pas en meubles. L'expérience a prouvé, même, que l'industrie et le commerce étaient bien plus favorables que l'agriculture à l'accroissement de la valeur échangeable, soit par la division du travail qui s'y •adapte mieux , soit par le perfectionnement des machines. Gomment les villes seraient-elles devenues le foyer de la richesse et de la civilisation ^ si l'agriculture seule avait le don de créer des valeurs^ et comment expliquerait-on la fortune de Venise et de Gênes, qui n'avaient point de territoire? N'estMîe pas plutôt qu'au moyen du commerce et des manufactures, un pays peutimporler annuellement chez lui une quantité de subsistances beaur coup plus grande que ses propres terres ne pourraient lui en fournir ? La théorie des débouchés^ si bien développée depuis les ÉcoFwmistes, par J. B. Say, a mis cette vérité dans tout son jour et di*gnement achevé ce qu'Adam Smith, notre maître à tous , avait si bien commencé. Mais quelle lu-
( 313 ) mi^rfroiit 9enée eut eette gftfe qMiâ(m kt ky* potbàses hardies de l'école éoonomistel QueUet immenses conséquences bous avons tirées de cette proposition si simple, que la richesse des nations ne consiste pas dans les richesses non consommablea téUes que l'or et l'argent, mais .dans les biens ccHiaommables reproduits par le travail incessant de la société !
«Pour comble de bonheur, les Êconomisies préoccupés de l'état de subordination et d'infériorité des classes non pr<^iétaires, telles qu'elles leur ap«paraissaient dans leur système, ne trouvèrent rien de plus juste et de plus indispensable que de réclamer pour elles la liberté absolue de l'industrie et du commerce. Le bon marché des vivres et l'abondance des produits bruts ne pouvaient leur- être assurés que par la concurrence illimitée des vendeurs. Cette concurrence était le seul moyen de stimuler les industries et favoriser la culture de la terre par la levée de toutes les entraves; doctrine que ta nouvelle école résumait dans ces paroles mémorables, si mal interprétées depuis : Laissez faire ^laissez passer. C'est à partir de ce moment que sont tombées la plupart des barrières qui arrêtaient le développement de l'agriculture et que la guerre générale a commencé contre les corporations et les douanes, ces deux forteresses du privilège, qui les recèlent tous dans leurs flancs ! L'école éco^ nomiste^ rendu encore beaucoup d'autres services aussi importanft, en analysant les principaux phénofmènes de la distribution des richessei. C'est principalement à cette ocoision que le docteur
(314) <^Mft7^ méiicm de Loms XV, éc chef de écù\é^ pnUm son femMx Tableau iamûmiquB^ ^ loordmiMtcottioiefitédftDS VAmdêsHùmnmsésL marquis de Mirabeau et reproduit dans la Phgtsk^ ûn^ de Dupont de Nemours.
«r Ce tqbleau écùTwmique y dont les premièim épreuves fbrent imprimées à Versailles, de ia mun même du roi, avec cette épigraphe : Ptzwres pay^ sans^ pm$pre royaume ; pamfre royaume ^ pimi/vre fui, prédente une série de formules hérissées et cbiffres, dans lesquels Tauteur indiquait b distii*- Imtion du revenu territmîal telle qu'elle lui semblait résulter de l'opinion qu'il s'était feite des \cÂt générales de la production. C'est, de tout le système, la partie qui a fait le plus de bruit, et qui est au-^^ jourd'hui la plus oubliée, parce qu'elle repose sur des bases reconnues erronées. Rien ne saurait pem^ dre l'enthousiasme que sa publication excita parmi les adeptes dé la secte* Dupont de Nemours l'appe* lait « cette formule étcoinante qui peint la nais*sanee, la distribution et la reproduction des riches^ ses, et qui sert à calculer avec tant de sûreté, de promptitude et de précision , l'effist de toutes les <^rations relatives aux t^fehesses* » Mirabenu ajoutait : /c II y a trois inventions merveilleu^s dans le monde, Y écriture^ la mommie et le tableau éco^ nomique. » Ce tableau était commaité, amplifié, et développé par tous les adeptes , avec la onème assurance que les théorèmes de la géométrie dans lèfi( collèges. On l'apprenait par cœur coimme une espèce de catéchisme, où chaque classe deoitoyens devait étudier les devoirs qu'elle Hmit à
(M6) ff^^plir 4>iii»k.hi<Michie Mokikt. Mêêê, à ] 4|me nous n'admettons pins oesprofeimoRS stériles dont parlait Tauteur , leur classification plus ou moins ingénieuse n'ofi&e plus aucun intérêt pour la science.
« La pensée dominante de l'école éetaiomiêtêm révèle davantage dans lopusonle de Quesnay^ r^ produit sous le titre de Maximes générales dugoch vernement économique dun royaume agricole. On y découvre plus nettement les vues politiques de cette école , qu'on a accusée avec quelque raison d'une tendance systématique pour le gQuvernemeot absolu. Nous citerons quelquesHines de ces maxî- -mes, isolées^ comme elles le sont dans l'ouvrage original^ sous forme d*aphorisme$ :
Que l'autorité souveraine soit unique, et supérieure à tous les individus de la société et à toutes les entreprises injustes des intérêts particuliers^ car l'objet de la domination et de l'obéissance est la sûreté de tous et l'intérêt licite de tous. Le système àes contreforcesdans un gpuvernement est une opinion funeste, qui ne laisse apercevoir que la discorde entre les grands et l'accablement des petits.
Que le souverain et la Nation ne perdent jamais de vue que la terre est l'unique source des richesses, et que c'est Tagriculture qui les multiplie. Car l'augmentation des richesses assure celle île la population ; les hommes et les richesses font prospérer l'agriculture, étendent le commerce, animent l'industrie, accroissent et perpétuent les richesses.
Que rimî"ôt*ne soit pas destructif» ou disproportionné à la masse du revenu de la Nation, que son augmentation suive l'augmentation du revenu, qu'il soit établi immédiatement sur le produit net des biens-fonds et non sur le salaire des
(345) i,m itir les «knniet, ou il ittttlfipliarttit Ws hmh âe perceplicHiy préjodiiciarftît tu cooimerce, 6t détruirait anmieUement uœ partie des richesses de la Nati<M[i. Qu'il Ae se prenne pas non plus sur les richesses des fermiers des biens-fonds, car les avances de Tagriculture d*un royaume doivent être envisagées comme un iilimeuble qu'il faut conlerver précieusement pour la production de Fimp^t, du reremiet de la snbaiatance d<s toutes les classes de citoyens: autrement Tinipôt dégénère en spoliation, et cause un dépérissement qui ruine promptement un État.
Que les terres employées à la culture des grains soient réunies, autant qu'il est possible, en grandes fermes exploi* tées par de ridies laboureurs ; car il y a moins de dépense pour l'entretien et la^ réparation des bâtiments, et à proportion beaucoup moins de frab et beaucoup plus de pro-> duitnet dans les grandes entreprises d'agriculture, que dans les petites. La multiplicité des petits fermiers estpréjudicia* ble à la population. La population la plus assurée, la plus disponible pour les différens travaux qui partagent les hommes en difiérentes classes, est celle qui est entretenue par le pix>duit net. Toute épargne faite à son profit dans les travaux qui peuvent s'exécuter par le moyen des animaux, des tnachines, des rivières, etc., revient à l'avantage de la population et de l'Etat, parce que plus de produit net procure plus de gain aux hommes pour d'autres services ou d'autres travaux.
Que l'on facilite les débouchés et les transports des productions et des marchandises de main-d'œuvre, par la réparation des chemins, et par (a navigation des canaux, des rivières et de la mer ; car plus on épargne sur les frais du commerce, plus on accroît le revenu du territoire.
Qu'on ne diminue pas l'aisance des dernières classes de citoyens^ car elles ne pourrirent pas assez contribuer à la consommation des denrées qui ne peuvent êtte consonunées
que dans le pays, ce qui leimit dimûmer la nfinàmtàomti le revenu de la Nation.
Que les propriétaires et cens qui exercent des profession» lucratives, ne se livrent pas à an épargnes stériles, qui re« trancheraient de la ôrculaiion et de la distribution vmt poruon de leurs revenus ou de leurs gains.
Qu'on ne sent pas trompé par un avantage apparent du commerce réciproque avec l'étranger, en jugeant sim|demefit par la balance des sommes en argent, sans examiner le plus ou le moins de profit qui résulte des marchandises mêmes que Von a vendues, et de celles que Ton a achetées. Car souvent la perte est pour la Nation qui reçoit un surplus en argent, et cette perte se trouve au préjudice de la distribution et de la reprodu<;tion des revenus.
Qu'on maintienne rentière liberté du commerce, car la police 4u commerce intérieur et extérieur la plus sure, la plus exacte, la plus profitable à la Nation et à l'État, consiste dans la pleine liberté de la concurrence.
Que le gouvernement soit moins occupé du soin d'épargner, que des opérations nécessaires pour. la fMrospàrité du royaume, car de très grandes dépenses peuvent cesser d'être excessives par l'augmentation des richesses. Mais il ne faut pas confondre les abus avec les simples dépense», car les abus pourraient engloutir toutes les richesses de la nation et du souverain.
Qu'on n'espère de ressources pour les besoins extraordinaires d'un Etat, que de la prospérité ùe la Nation, et non du crédit des financiers^ car les fortunes pe'cuniaires sont des richesses clandestines qui ne connaissent ni roi ni patrie.
Que l'État évite àtfi emprunts qui fonpont d^ rf n(ef .fi-
casionnenl un commerce du trafic de âfianees, par l'entre* mise des papiers commerçables, où l'escompte augmente de phti en plus les fortane» pécaniaîres stériles. Ges fortunes aépamit la finance de Fagricol^ire, et pritent les cti»* pagnes dcsndktBsei âéeessaives pcmr laniëlHnraâiMi des ' biens-fonds et powr Teiploitattiondela odtnvelei^terMi^
« Lee «laxÎQiM qu'on TienI de lireappartienntot surtout, comme on a pu le voif, à Tordre politique. L'auteur n'y semble préoccupé que du paiement des. impôts, de la populàtion,t des emprunts, . des. dépenses publiques. C'^t qu'en effet Les J^co- * ^ nûmisies envisa^aient la sdeDoe d'un autre oeil que nous-mêmes^ etpresquc exclmrrementdans se» rapports avec l'administration et le gouvernement. Leur but était de fonder la théorie sociale et d'assujettir toutes les intelligences aq joug d'une autorité tutélaire, assçz voisine du despotisme. Ils voulaient d'abord asseoir sur des bases immuables la propriété fcmeiéi^ qui leur semblait b premiéi^ de toutes ; mais ils ne respectaient pas moins la pro^ priété personnelle y et ils n'admettaient pas de devoirs sans droits, ni de services sans compensation. L'intérêt du sauverain. était natureUecoant, sdoin eux^ le même que celui du peuple; un roi n'était qu'un père de famille. Ils se plaisaient à peindre Lous XV animant Tagricnhure de sa présence et répandant sur son passage l'abondance et la paix. Mercier de la Rivière se hasardait jusqu'à écrire ; « Il est physiquement impossible qu'il puisse sxùy sister un autre gouvernement que celui d'un seul. Qui «l-ce €j^ ae vcât|M«, qui est-ce qui ne aent
(M9) pas cpir rhottm est formé pour être gnavemépat une «Honlé <fe$poUqiie?««^Fftr oeb swl qM llutemo e^ destiné à wvrn mi société ^ il est de»^ tiné à irivre aras le despotisme* -^Cetie forme de gou^anement est la ^eule qui puisse procurer à la Sodkété éon meilleiir état possible (1)û s
<<L'aU>éBaudeaii^ruiides interpràteslespluslia« biles de la mnivdle éeole^ partagpeait les opiMons d^ Merdier de La Rivière. Il avait pensé, comme lui, qu'il était plua aisé de persuader un prince qu'une naticA et que le triomphe ^^ ^^rais prmtipeê serait plutôt assuré par la puissance souveraine d un seuji bommcy que par la conviction^ difficile à obtenir, de tout un peuple» Le hasard voulut qu'ils rencon* irasSeiU pâo'mi léura contemporains plus d'un de ces prmc^ rélormateura : Timpératriee Catherine, eu Russie,, l'empereur Joseph II, en Autriche, le graad-^Qc de Toscane, le.grand^ciuc de Bade.
^ U se formait ii^sensiUeoienien France, une pé^ ptiQ^iâFe d'hommes d'état imbus de leurs maximes, M. de GcMirnay , M* de Trudaioe , M. de Malea* herbes , M. d' Argenson , et Tillustre Turgot qui résumait leurs vertus et 1mu*« talents. Tous ces hommes de hiest la^'ado^^taient pas sans réserte ks doctrines patriarcales de Mercier de La Rivière ; mais ils faisaient pénétrer peu à peu dans le gourver^ nement les maximes de tolérance de l'école écono' mis4e , et ils préludaient par de brillants essais dan;& quelq^iies provinces , soil; comn^ iateiadaiits,. sçâtcomme ministrest, aux: r^oroMi exécutée^ par-
CD ordre naturel et esee»ti$l^ etf «, tomiD I, pii^M %Wp SM^ t%i>
( 320 ) b rëyolution francise. Les abus des Gorporatîons , des dcmanes , des conrées , des mesures fiscales étaient signalés par euK avec une (lersérérance inEsitigable ; et dans leur ardeur de conque* tes scientifiques^ ils soulevaient en passant les plus hautes questions sociales. Leurs erreurs mêmes ^ient utiles ^ et leuf*s pressentiments les plus vagues semblent t^Mjjours avoir quelque chose de prophétique é «Modérez votre enthousiasme, s'écriait Al^cier de La Rivière , aveugles admirateurs des faux produits de l'industrie ! avant de crier miracle^ ouvrez les yeux et voyez combien sont pauvres ; du moins malaisés ^ ces mêmes ouvriers qui ont Tart de changer vingt sous en une valeur de mille écus : au profit de qui passe donc cette multiplication énorme de valeurs? Quoi! ceux par les mains desquels elle s^opère , neconnaissent pas l aisance ! ah ! défiez^çous de ce contraste! (1) » Mercier n'attribuait sans doute les misères de l'industrie qu'à la détresse de Tagriculture et à l'insuffisance du produit net j mais quoiqu'il se trompât sur les causes/ il signalait très bien les effets ; et le constraste dont il recommandait de se défier , renfermait le problème que l'époque actuelle n'est pas encore' parvenue à ré-r soudre.
« Adam Smith n'a rien écrit de plus net et de plus vigoureux que les belles démonstrations des Économistes en faveur de la liberté du commerce. Cm idées de fraternité générale parmi les nations^
(I) Oréfê nmiwtêl et e$B$ntitt, l^nit If, ptfe 107.
( »24 ) si populaires de nos jours, étaient développées par Mercier de La Rivière, avec une verve entraînante et une force de raison à laquelle on ne saurait désormais rien ajouter. Il y a même lieu de penser que cet écrivain remarquable aurait puissamment aidé les gouvernements à trouver la meilleure base d'assiette des impôts, s'il n'avait élé dominé par la doctrine du produit net et des classes réputées stériles. L'impôt, disait-il, est une portion du revenu net de la nation, appliqué aux besoins de son gouvernement. Or, ce qui n'est qu'une portion <Iu produit net, ne peut être pris que sur le produit net; on ne peut donc demander l'impôt qu'à ceux qui se trouvent possesseurs de la totalité' des produits nets dont l'impôt fait partie. En conséquence, les économistes considéraient comme arbitraire et injuste tout impôt personnel, et ils enveloppaient dans une réprobation commune toutes les taxes indirectes. Qu'auraient-ils dit s'ils avaient vu, de nos jours , ces taxes produire en Angleterre près d'un milliard et en France plus de cinq cents millions?
« Cette erreur fondamentale qui devint plus tard la base des doctrines financières de l'Assemblée constituante, malgré les efforts de Rœderer et de quelques-unsde ses collègues, était le résultatd'une fausse appréciation des principes de la richesse. La théorie de la valeur créée, depuis^ par Adam Smith, aurait appris aux économistes que le travail est aussi bien que la terre une source de richesses, et qu'ils avaient eu tort de ne pas assimiler la multiplication matérielle résultant d'un grain de blé
Blaoqvi. 91
( 382) confié 4 la tanre^ à k muldpUcati^ai 4e8 valeai^ produites {>ar le8|>F0céd^ 4e riadostrie H 4^ com^ mevce^ Cette malheureuse xloetriae du |>Foduit net ferma les yew: des économistes sur «iBe i^Soôté de vérités qu'ils auraieat déduites de l'observa^ iion desâffits^ s'ilsavaûeut suivi la métitiodesë^i^àrédes ëcrivMns qui leur ont saccédë. Mai^ daus leir fausse «route^ ils a'en £reut j)as lamus des 4éeoiivertes admirables, comme ces aldâraistes fui ont trouvé taœit de ^ubstajaces utiles eu cherchant la iPÎpn^ philoscgirbale. Nous leur devons même les 4ravavK des hommes ^qui les ont sui|)assés, «t|>ei^ sonne ^^ doute aujourd'hui qu'iÀd^ Smith luixnême^ qui -résida quelque temps «n France et qm vécut dans Tintimité des économistes^ ne leur ait emprunté ses premières connaissances. Il ne parle d'eux qu'avec respect dans ses écrits, et il se.pro* jx)sait de dédier son grand ouvrage sur ia Richesse des Nations à Quesnay, si cet économiste eût vécu au moment où il en fit la publication*
(c On a souvent accusé les ^<Tom>i9uV/^:d'ime tendance révolutionnaire en voyant l'intimité qui ré» fgnait entre ces savans et les phiiosojdies anqyclo- «pédistes. U ne &ut pas oublier i^ cçpeudant^ que Yditaire svai(;arudlementraiUé leurs dectriues^air l'impôt, dans son homme aux quarunieécus^elsSf^ Montesquieu avak i^pondu à leurs manifesta «en faveur de la liberté du commerce par un <^i^itre intitulé:: à quelles nations ileU^saçantageux de fuimdexammerGe. Ce qui est oertaiui, c'.est que Tëcole éciwiomiste^i'aj^as juoins centgjbué quel'é^ wtdfe g>hilotQphH|ue Ada oBéEMWiBtdbB JPxwfae^sflMil
( 323) européen. Tandis que les philosophes attaquaient avec vivacité les abus de tout genre, sans regarder au chcHX des armes, les économistes se contentaient d^en £ûre ressortir avec un calme tout-à-fait magi^ tcal, les uconvéniens essentiels. Us gardaient uim réserve (^nCtCt austère au milieu du feu roulant des ^igrammes ou des pbilippiques dontl' encydcf^édie pcmrsuivait le passé, et ils vivaient tout à la fois /m bonne harmonie avec la cour sans être comrtîsans, et avec les philosoplies sans être fron* d€iirs^ lieur gravité impartiale les faisait respectei; de tous les partis, et Louis XV lui-même appelait Quesnaf son pensmir {\ ). Il demeurait à Versailles dans le palais du roi, qui était dev^i^u le ren- 4€^vausde$ réformateurs les plus hardis. « Tajudis ^1^ les orages se formaient et se disputaient au dessiiis de l'entresol de Quesnay, dit Màrmontel dans sesméiiïoires, il griffonnait ses axiômeset ses calculs d'^onomie rustique, aussi tranquille, aussi indifférent à ces mouvemens de la cour, que s'il en eût été à ceat Ueues de distance. » Une se mêla jamais à aucune intrigue, et il mourut à Vâge de 80 ans laissaxiitun nom vénéré dans toute TEurope, qui necom^ {H^enait pas la portée de ses doctrines. Quesnay écrivait peu et d'une manière presque toujours sententicHse et obscure. Il jetait ses idées à ses sectateurs en manière d'oracle, sans paraitre^y attacher d'importance et comme pour leur donner à penser .Mais ses foiuaciules étai^t avidement recueiÛies et dSve-^
(1) U lai avait donné pour armes, trois fleuris de pensée, ayec cette de-
( 324 ) loppées par la nombreuse pléiade attachée à ses pas. C'est de leur sein qu'est parti le signal de toutes les réformes sociales exécutées ou tentées en Europe depuis quatre-vingts ans, et Ton pourrait dire qu'à quelques maximes prés, la révolution française n'a été que leur théorie en action.
« Ils se présentent, en effet/ avec les avantages d'une phalange compacte et serrée sous les mêmes drapeaux. Ils ont un cri de ralliement commun, une doctrine commune, et ce langage dogmatique qui exerce toujours sur le vulgaire son influence accoutumée. Leurs principes sont partont proclamés dans les mêmes termes, avec la même précision mathématique, etQuesuaynedédaignepasde recourir à des combinaisons spécieuses de chiffres, pour justifier ses aphorismes. Trois pages suffisent pour résumer la science nouvelle comme ils l'appellent, et cependant Mirabeau le père la délaye en deux énormes volumes in-quarto. L'essentiel est qu'elle pénètre partout. Elle est, selon eux, aussi indispensable au roi qu'au plus modeste citoyen. On la répand sous forme de tableaux, d'instructions, de dialogues, de traités, de lettres, d'articles de journaux. LesÉphémérides dacitoyen^ le Journal d'a^ gricullure, le Journal économique la propagent sans crainte de la censure, tantles économistes sont connus pour amis de l'ordre, au point de lui sacrifier la liberté. La condition du paysan, jusque-là si modeste et si injustement humiliée^ s^élève au premier fiing des professions les plus honorables. On réclame de toutes parts des communications, et dés lors commence cette fièvre de routes et de canaux
(325 ) qui se rallume si heureusement de nos jours. Les grands chemins se multiplient comme par enchantement. Sur plusieurs points la corvée est abolie ; la vaine pâture est repoussée ; la liberté du commerce des graius est réclamée. Les campagnes ont enfin <rf>tenu un regard de leurs villes» et Tagriculture sort de l'état affreux où die languissait depuis plusieurs siècles.
« Lies économistes n'étaient, néanmoins, pas tous parfaitement d'accord sur le système de Quesnay. Us s'entendaient sur les doctrines; ils diffiéraient d'avis quant aux applications. M. de Goumay, fils de négociant et négociant lui-même, fut le véritable auteur du fameux adage : Laissez faire et laissez passer; c'est lui qui commença la guerre contre les monopoles et qui démontra avant tout la nécessité d'abolir les droits sur les matières premières. Quesnay^ fils de cultivateur, avait tourné plus particulièrement ses regards du côté de l'agriculture, et c'est ainsi qu'il fut conduit à ses hypothèses ingénieuses sur Tinflueuce de la production agricole, avec tout leur cortège de déductions, soit en ce qui touche Timpôt, soit par rapport au travail. M. de Malesherbes, Tabbé Morellet, Trudaine, le docteur Price, M. Josiah Tucker appartenaient à la nuance de Gournay ; Le Trosne, Saînt*Peravy^ Mirabeau le père, Dupont de Nemours suivaient de préférence les idées absolues de Quesnay. Mercier de la Rivière et labbé Bandeau, plus politiques et moins abstraits, penchaient vers la domination du pouvoir et voulaient l'investir presque exclusivement de la direction du mouvement social. Turgot
( 33» ) ^ ifiârefattit à part> imn d'eux ton» et desâné k rëah ))9er letird idées fiàr des àpplicatione promptei^ et décisives. Il était écledtique et pratique, comme tHi philosophe et un homme d'état. Mais ce qui distinguait par dessus tout cette généreuse famille d'amis du genre humain, c'était la probité admirable de chacun de ses membres et leur désintéressement sincère en toute chose. Ils ne recherchaient point l'éclat et le bruit. Ils n'attaquaient aucun des pouvoirs établis et ils n'aspiraient point à derenir po^ pulaires, quoiqu'ils fussent animés d'une profonde sympathie pour le peuple (1). C'étaient de véritaibles philantropes, dans la plus noble acception de ce mot. Leurs livres sont oubliés ; mais leurs doctrines ont germé comme une semence féconde, et les préceptes qu'ils enseignaient ont fait le tour du monde, affranchi l'industrie, restauré Tagriculture et préparé la liberté du commerce. Après Quesnay yîtit Tuirgot j après Turgot, Adam Smith : la science désormais marche à pas de géant. »
Dans notre première leçon nous étudierons le système de Ricardo et celui de Sismondi.
Ad:B. (desV.)
(fl) Us ont Biérité qu'on lear appliquftt ees trofi yers : Secta fuit servare modum, finemque tueri Naturamquê sequi, vitamque impenâete veto. Née tihi sed toto genitos se erederâ munie.