‹ Cours d'économie industrielle, 1836-1838Chapitre 7 sur 105 · I -Il · texte numérisé non relu

I -Il

(1) Oui, mais proyisoiremoDl ils mourraieni âe t9hA,[KoteduR.}

( 72 ) cessilé, il lutte contre la fatalité le plus long-temps qu'il peut , de sorte qu'on peut dire que le sort de l'ouvrier est lié à celui de l'entrepreneur. Dans un moment de crise ^ le salaire pourra bien être di-^ minué; mais , en pareil cas, la position de Touvrier qui fait tout par lui-même est encore moins fayorable. Ordinairement il ne travaille point avec une machine ; ses outils lui appartiennent , et il est plus facilement condamné, c'est-à-dîre congédié par celui qui l'occupe. C'est ce qui n'arrive pas dans les industries que j'appellerai savantes ou à grands capitaux, parce qu'on y regarde à deux fois avant de laisser chômer les valeurs imposantes engagées dans des bâtiments considérables et des machines fort chères et fort noml)reuses. *

M. de Sismondi a été frappé de l'extrême misère qui se manifestait à côté de la richesse , et il s'est demandé si cet accroissement des hôpitaux à côté des palais n'était pas le résultat de l'introduction des machines , ou, en d'autres termes , de la division du travail, et si le dernier mot du développement industriel était d'augmenter indéfiniment Ja prospérité de quelques-uns au prix de la détresse de presque tous les autres. Vivement ému d'un pareil état de choses, M^. de Sismondi, dont le caractère mérite d'être vénéré, a jeté un éloquent cri d'alarme et s'est mis à attaquer Smith corps à corps. '

Adam Smith avait dit aux gouvernement^:

Quand vous ne génères^ pas Tindustrie, elle se dirigera toute seule vers les travaux les plus profi-

(.73) tables^ adoptant en cela le langage des économistes^ qui avaient proclamé le laissez-Caire, ïaissez-passer. Ensuite Adam Smith fît aux corporations^ déjà attaquées et ébranlées par Turgot, une guerre dont elles ne se sont pas relevées. S'appuyant sur les principes de ce réformateur, les gouvernements se sont mis à l'oeuvre , les uns avec modération , les autres avec énergie, et en Angleterre , en Belgique et en France , on a traité les corporations comme le voulait Smith.

Mais M. de Sismondi , loin de répudier le vieux système , Ta , pour ainsi dire , montré comme l'ancre de salut, en présence des difficultés que présente inaintenant la liberté industrielle* — Vous avez aboli , a-t-il dit , les jurandes et les maîtrises, et vous voilà dans le désarroi de la concurrence.universelle; vous avez poussé jusqu'à ses dernières limites la division du travail et l'introduction des machines , et maintenant vous avez la richesse accumulée sur un point et la misère sur dix autres. Oui, vous avez augmenté la production , mais vous avez oublié que ce n'est pas assez de produire et qu'il faut encore écouler et consommer , et vous voilà aux prises avec les encombrements et les crises commerciales , qui vous apportent la disette au sein de l'abondance , qui font de l'industrie un champ de bataille et de l'humanité la litière de quelques privilégiés. — Voici, d'ailleurs , comment M. de Sismondi explique les inconvénients de la théorie d'Adam Smith. Selon lui , il faudrait faire deux parts du produit ; une destinée à couvrir les avances faites pour payer le

(T'A) travail et Tachai des matières premières, et Faiiitre, qui est le profit et la seule avec laquelle on puisse accroître les dépenses d'une nouvelle production. — Or, dît M. de Sismondi , Comme là productic^ s^accroit constamment comme quatre, quand la somme du produit n^est que de deux , il doit toujours arriver un moment où Tavilissement des produits occasionne les révolutions périodiques auxquelles noUs assistons. — Pbur lui , là production serait une machine éminemment explosible , à laquelle il faudrait adapter une soupape, et il semble avoir regretté, sans le dire, que les jurandes et les maîtrises aient été abolies , car elles étaient un obstacle à une concurrence sans limites. Vous avez vu tout-à-l'heure M. de Sismondi , qui s'élève contre le laissez-- faire et le laissez^passer des économistes y emprunter leur théorie du produit net pour expliquer les funestes eflFets de la production exagérée , et vous le voyez maintenant . rétrograder vers le passé , pour y reprendre les entraves dont il nous a été si difficile de nous débarrasser.

M. de Sismondi , s'occupant avec une louable anxiété du malaise des travailleurs , a énergiquement attaqué MalQius , qui dit à une partie de l'espèce humaine ; Retirez-vous ; il n'y a pas de couvert pour vous au banq^et de la vie. — Toutefois, en repoussant cette théorie comme un grand anathéme , M. de Sismondi a reconnu qu'il fallait entraver par des lois et la concurrence et le mariage. Mais , encore une fois , que deviennent alors la liberté individuelle et la liberté de fin-

dttètfié^ a hôm Sommée obligés dé refaire ce que Hi rérolùtion dé 8g a défait.

Ici commence ave(i M. de Sismondi^ la lutte qui ^'est eflgàgée entre l^écdle anglaise et une autre école plus craîûlire, si vous voulez, mais bien plus généreuse , issue de la révolutioti , et qu'on appelle maintenant Técole française. L'ëcole anglaise , et Malthtis en tète, s'occupe fort petl des maux \ qu'entraîne avec lui le développement de Titidus- ^ trie ; leè tîctimes lui irtiportent peu , pourvu que le^ manufactures produisent ; car avec elles , le cbar de r industrie pa si vite, quil est impossible de sH)if* ceiut quil écrase dans sa course rapide. L'école française ne fait pas si bon marché de^ hommes , et, poin* elle, l'égalité n'est pas un vaîn teot. Elle veut ce que la révolution a voulu , je ne dirai pas l'égalité des vestes , mais l'égalité des droits de chacun. Telle n'est point l'école anglaise, qui partage l'espèce humaine en deux castes bien distinctes : Tune qu'elle met à la tête de la société, et l'autre dont elle fait ta queue. Quant à nous , Messieurs , nous toulons les réunir. C'est à M. de Sismondi que doit être rapporté l'honneur d'avoir provoqué la formation de cette nouvelle école , qui veut réititégrer dans le sein de la société , cette classe si nombreuse , dont Malthus voulait ôter le couvert. Et déjà cette nouvelle tendance de l'économie politique a porté quelques fruits; Malthus m'a dit un jour : Franchement, j'ai peut-être trop tendu l'arc , et je ne me refuse pas à passer condamnation sur quelques parties de ma doctrine. «** Et, en effet, je ctois tous avoir appris

(76) que f dans les dernières éditions , il a effacé ,quel-> ques phrases trop dures ^ et qu'il s'est ainsi incliné devant l'école française.

M. de Sismondi s'est donc indigné fort justement contre l'école anglaise; mais tout en reconnaissant qu'il a montré dans la lutte une force et une vigueur rejnarquables, il faut aussi avouer qu'il est sorti lui-même des limites du vrai. Car si le développement de l'industrie a occasionné quelques maux , que de biens n'en est-il pas résulté? Sans les machines 9 sans la division du travail , les ouvriers d'aujourd'hui auraient-ils le linge que n^avaient pas nos pères! Il y a cent ans sur deux mille personnes , il n'y en avait pas deux qui eussent des bas. Combien d'autres progrès dont nous sommes loin de nous douter ; car l'histoire du peuple n'a pas été faite. Nous possédons vingt histoires également mensongères des princes et des rois , et personne ne nous a dit comment vivaient et comment étaient vêtus ou logés nos ancêtres (1). Mais à défaut d'un Cuvier qui pût nous faire avec des débris l'histoire qui nous manque^ nous sommes obligés de juger d'après ce que nous avons vu nous-mêmes ou d'après ce que nous ont dit nos vieux parents. Je possède^ pour mon compte particulier, un de ces vestiges qui serviront un jour à constituer l'histoire de nos aïeux , je veux parler de Vhabit que mon père a porté comme représeu-

N^ f (l}M. MoDteilapublié plusieurs yolumes d*une histoire des Français

^^ de diTers états; il est TiTemeut à regretter que ce sayaut n^ait pas pu

1 continuer un ouvrage sous plusieurs rapports si ren)arquable.(i^0^Mte H,)

tant du peuple à la Convention nationale. £h bien! Messieurs^ il n'y a pas un ouvrier aujourd'hui dont la veste ne soit d^un drap plus beau que celui de rhabit dont je vous parle. Tout le monde sait d'aillei^rs qu'il n'y a pas bien long^temps le petit-fils avait encore le jour de ses noces, Thabît qu'on avait fait à son grand-pére pour une pareille cérémonie.

Ainsi, Messieurs, si l'ouvrier souffre comme producteur, il est dédoinmagé comme consomma teur. Les petites filles portent déjà des tabliers de soie, elles auront bientôt, je Tespéie^ des robes semblables ; et vous voyez bien que si le mouve« ment industriel qui nous emporte à quelques inconvéniens, il a aussi ses avantages.

Le perfectionnement des voies de communication n'est qu'une conséquence de la division du travail qu'il doit y avoir entre les nations. Or que de changements heureux n'amèneront pas les nouvelles voies que l'on projette. Si l'on fait le chemin de fer de Paris à Marseille , nous verrons arriver les légumes , le lait , les fruits du midi ; et producteurs et consommateurs s'en trouveront bien. Les résultats sont incalculables. Le chemin de Paris à St. Germain aura eu à la fin de l'année 4 0 à 1 5 mille voyageurs pour une route parr courue avant par quelques centaines de personnes* Que d'ouvriers employés pour ïa construction et l'entretien, de ce chemin! C'est que lorsque quel^ que chose de grand est créé tout Iq monde en profite et la production amène la con^mmation.

M. de Sismondiàeu tort^ je croisade s'appuyer

le \

( 78 ) ^ur \e pro4uit net pour ses cjémpnptration^ ; Çjay ^i y u ouvrier fait un habit ^ il faut tepir compta 4ia profit de tous ceux qui y ont pris part : du bergçr, an tondeur , du laveur , du peigneur , du teintJir rier , du tisseur , du producteur des matières colorantes , des producteurs des machines , du fabricant des boutons, du fabricant de la doublure etc^^ etc. ; j'en oublie plus de la moitié. Ainsi la production de l'habit dont nous parlons, avant de passer du dos du mouton sur le dos du copsoipmateur , a occupé 70 ou 1 00 personi^es , que saiaje ; et toutes ces personnes ont eu leur profit ; cay l'on conçoit bien qu'il doit y avoir profit toutes Iç? fois qu'il y a produit ^ et dans l'exemple que j^ vous cite, les différents producteurs n'ont sans doute pas attendu pour faire leurs affaires, le profit du tailleur. C'est à quoi M. de Sismondi n'jL pas pensé.

Avant de terminer cette leçon je vous demande la permission de revenir sur quelques points que j'ai abordés en commeaçant.

On a parlé d'abrutissement ; mais pénétrez daus quelques ateliers , ceux de tréfilerie par exemplç où av^nt Tapplication des mécaniques^, les ouvrîerp faisaient eu;2L-mémes fonction de machines , voxfp les verrez , le joiirnal à la main , assister en syjpveillants au travail qui se fait sous leurs yçii?: et leur direction , et qui n'exige d eux que quelque^ coups de maiu de temps en temps. Et pour 1^ résultats hygiéniques^ la scîeuce ne falt-eile p^i^s tou6 les jours dès prqgrès satisfaisants? Jadi^ l'^jrt du doreur ^tait très mals^ain à p^$.e 4^9 ^^^^'

(79) dons mercurîelles auxauelles Touvrier était exposé ; mais aujourd'hui on âtaUit des foumeau)^ dappel et de3 vitrages séparant dé Touvrier les pièces chargées d'or et de mercure qu'il expose au feu j qui le garantissentnle tout danger.

D'un autre côté Ton est en droit de dire que les ouTriers les plus intelligents sont ceux qui sont le plus en contact avec les maduoes , a moins qu'ils ne soient trop encombrés et mélangés ^ c'est-à-dire de sexes différents, et à moins qu'ils ne soient trop jeunes ; car les ouvriers saisissent ce qu'il y a de plus ingénieux dans les machines. Je n'en citerai pour preuve que les ouvriers de Paris exerçant 40 à 50 industries différentes et produisant pour 500 à 600 millions tle produits avec des machines simples. Cette briHante industrie parisienne est le résultat de la division du travail ; et pourtant elle n'a pas d'égale ^en Europe. Teu< le monde fait ses commandes à Parts, parce qu'il y a ici une atmosphère d'intelligence , d'en^ousiasme et d'émulation que ks ouvriers n^OQt point ailleurs et qui abandonnerait les ^risiens s'ils voulai^it travatller Isolés ou s'^s s'en allaient à ta campagne.

Mais, il faut le reconnaître / la di«rision 4ti travail la^est point f Ro^re aussi bkn organisée en France, dans lesçranë^s mdnstrieB, comme eci Angietenre et flftéo^ oomitve «n HoUande et «n Belgique , <m l'on pava iroSr les maniaMvrms indus* trielles s'exécuter dans un ordre tout*4*feiit niilitaose, oomine «da ^ pai^ tsor tin ' Hiairire. Personne 3ie |aé0d ^ob temps p«r <ks ohangeittents 4^ pi^ee^ ÏOMtifst ipëglé} fit tdutes le& «ttriiKUfens

(80) ^ se correspondant si bien; que l'on dirait que toule l'usine n'obéit qu'à un seul homme et à un seul mouvement. Vous jugerez de cette bonne organisation et de cette division bien entendue par l'état suivant des fonctionnaires d'une mine que j'ai visitée en Angleterre.

1^ Le DIRECTEUR-ADMINISTRATEUR-GÉNÉRAL , pOUF

les connaissances générales et spéciales , et présidant à toutes les parties de l'entreprise;

2o Le DCRECTEUR DES TRAVAUX INTÉRIEURS , qui

dirige les opérations de la mine et commande aux ouvriers mineurs ;

30 Le cAissma teneur de livres ^ chargé de tous les détails de la comptabilité;

40 L'ingénieur-mécanicien, chargé de toutes les fonctions des machines ;

5® Le PRÉPOSÉ aux pujts , qui diri^ le scjrvioç des pompes et d^ appareils de sondage;

60 Le PREPOSE A LA SURFACE , qui iuspectB Ics miserais et veille aux: préparations qu'ils doivent subir avant d'être livrés au comm^iH^e;

70 Lje MAITRE charpentier ; chargé de toutes constructions; 3

80 L^ MAITRE FORCBEON, diorgé de 1a çoûstmp-' tion et de l'entretî^ des outils en fer; .

9o Le CHEF ooK MAGASIN^ chargé de l'achat et de la distributicm de tous les articles nécessaires à Texploitation;

1 0^ Enfin le maihœ cordibr, chargé de la fabrication et de l'entreûen de tous les ccatlages;

M. de Sîsmondi a &it un autre reproche qite je veux encore aborder ce soh*; il a dit que la plu-

part des chefs de fabrique, sans s'inquiéter de la nature de leurs débouchés , se mettent à fabriquer à tout hasard ^ sacrifiant ainsi à un dieu inconnu , comme ferait Lyon , s'il produisait sans s'inquiéter de ce qui se passe aux États-Unis. Cet argument le reporte tout naturellemeRt à réclamer ces mêmes lois qui, en mettant des bornes à la division du travail et au développement de l'industrie ^ prohibaient l'intelligence et forçaient un pauvre diable à faire un apprentissage indéfini, pour arriver à l'état de maître à Tâge de 35 ans. Le remède n'est pas là, à mon avis; la liberté d'industrie a étéproclamée , mais on a maintenu les douanes ; c'està-dire qu'on nous a donné la faculté de produire sans nous donner celle d'écouler nos produits, et c'est ainsi que l'on nous a forcé à sacrifier à un dieu inconnu, La liberté du commerce est une conséquence corrélative de la liberté industrielle; et la suppression des douanes en esl la déduction mathématique et naturelle. Telle est la solution de la question des encornhrements et des crises périodiques. La difficulté ne commence que lorsqu'il s'agit des produits appartenant à tous les pays. Ce sera le sujet d'une autre séance.

Jpu G.

BUnqui.

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