‹ Cours d'économie industrielle, 1836-1838Chapitre 73 sur 105 · OE LA STATISTIQUE · texte numérisé non relu

OE LA STATISTIQUE

Sommaj&e: Utilité de la statistique, sertices qu'elle rend à toutes les sciences et particulièrement à ^économie publique. -» Statistique des progrès de Ti^dustrie du fer, — des machiDes , — 4f la |^<|uiile, — dv coton, — des impressioas, — de la laine.

Statistique morale.

^iaiistiques o£Bç|ell#f ; — De la jvitiçr ciimiiB(i>E , — de l*iiTSTiVQTioir

FRIMAIKE , — du COMMERCE EXTÉBIEUR , — de» MIRES , — de la FfiARCE.

Enquêtes sur les houilles , -^ le» vers, — les si^bvES , — les laines lon- &11BS, ^ le Lin. — ËDqtiéies i|ogiai$es sur la navigation a la yapevr,

— les BANQUES, — l'iNDUSIRIE DE LA SOIE. — 1,0 PAUPÉRISME.

De ce qu'un certain nombre de philosophes, dont je vous ai exposé les différents systèmes dans nos précédentes réunions, semblent avoir prononcé contre la société actuelle une condamnation en dernier ressort , il ne faudrait pas , tout en reconnaissant les services qu'ils ont pu rendre, accepter leurs conclusions rigoureuses, et répéter avec eux que tout est à refaire dans notre organisation.

Qu'elle soit susceptible de réforme et d'amélioration f c'est ce que personne ne songç à nier ; mais il y a loin d'un simple perfectionnement , comme celui dont il s'agit^ à une révolution radicale.

D'un autre côté , il ne faudrait pas non plus concevoir contre les auteurs des différents systèmes tjue nous avons étudiés, cette répugnance qu'inspirent les instigateurs de troubles et de renversements. Car dans leurs travaux ils n'ont jamais rien stipulé pour eux: loin de là mème^ ils ont sacrifié à la défense de leurs doctrines , à la réalisation de leurs plans généreux, des fortunes acquises , de hautes positions que leur génie incontestable leur eût permis d'élever et d'agrandir encore.

Au reste', cette impatience, cette fièvre de changement ne doivent pas inquiéter, car elles sont d'heureux symptômes, et c'est toujours avec orgueil qu'on doit les voir se manifester chez un grand peuple ,^ comme Jft France, chez lequel ils sont la preuve d'une marche active vers le progrès. On ne désire jamais si vivement avancer, que lorsque des résultats déjà réalisés vous permettent d'en espérer de nouveaux^ vous donnent la confiance de la réussite et |a prévision d'un nouveau but ; là , au contraire, où tout est immobile, où rien ne se fait, les esprits participent de la stabilité des choses; ils ne voient rien en deçà ni au delà de ce qui est. 11 résulte de cette observation psychologique, que nous avons d'autant plus de vœux à former, de projets à concevoir, que nous avons obtenu davantage jusqu'ici. En d'autres termes , toutes les

( 281 ) améliorations que nous avons conquises nous sont comme autant de nouveaux litres à des améliorations futures plus importantes encore; mais il faut savoir les attendre, car, de même qu'il faut un été pour mûrir un fruit, il faut des années pour mûrir une idée : autrefois il fallait des siècles ! *^

La marche du progrès des nations étant ainsi tracée , que l'avenir n'a pas d'autre gage que le passée on conçoit que l'étude des questions sociales ne soit profitable et sûre qu'autant qu'on aura eu soin de constater et d'apprécier auparavant la masse des faits qui s'y rattachent , et dont la comparaison, à certaines époques données^ fournit de précieuses lumières. Ces faits^ il faut les demander à une science chargée spécialement de les recueillir, à la STATISTIQUE, qui est à l'économie politique ce que l'anatomie est à la physiologie.

L'économie politique énonce les principes, émet les théories , combat les erreurs; elle enseigne, par exemple , que l'établissement d'un droit trop élevé diminue la consommation : la statistique vient à son tour affirmer, par les résultats qu'elle a constatés, la sagesse des prévision^de l'économie politique.

On a reproché à cette science de changer, de manquer de bases. On a dit : quelle créance peuton accorder à de prétendues vérités que chaque jour de nouveaux docteurs, s'appuyant sur de nouveaux faits, viennent contredire ou tout au moins modifier?

Toutes ces accusations sont sans valeur et ne reposent sur aucun fondement solide. Sans doute

la «cîeace du diK^^B^uviéme $îé(de n'est pas abiolttment h méroç que celle des. Grecs et des RomaiiiB; sans doute les livres des  • Smith^ des J . B. Say et de leurs continuateurs, ne sont pas la copie de ce qu'ont laissé sur Tëconomie publique les philosophes et les historien^ de la Grèce, Xénopbon et Platon : mais qu'y a^t^il donc de si étrange dans ces différences? Ce qui le serait bien plus vraiment, ce serait la con* formité de doctrines et de règles^ également applica* blés à des sociétés si différentes. En médecine , la thérapeutique change avec les phases successives de la maladie ; et Ton voudrait qu'en économie politique^ c'est-à-dire en médecine sociale, le traite* Qdent fût toujours le même, que toiyours le même remède fût appliqué pour guérir des maux. dissemblables : encore une fois, c'est là ce qui serait étrange.

Oui, Messieurs, la science économique est soumise comme toutes les autres connaissances de l'homme à la loi du progrès ; oui , Messieurs, elle subit des transformations successives; car étant reconnue comme la loi des sociétés , elle doit tou-* jours se modifier avec elles, afin d'avoir toujours des solutions pour les questions nouvpUes qui surgissent, afin de remédier à toutes les souffrances, de donner satisfaction à tous les besoins.

Or, c'est là justement qu'apparaît dans tout son jour l'utilité des services rendus par la statistique; car c'est d'elle que l'économie politique reçoit les avertissements qui déterminent les modifications dont je viens de parler. C'est la STiiiiSTiQUE, c'està-dire, suivant la définition que nous en avons don-

( 283 ) née y rob$ervatioa intelligente des faits recueillis en grand nombre , qui a démontré Finsuffisance de certaines théories à résoudre des difficultés d'une nature particulière; c'est elle qui a montré l'inefficacité de certaines mesures, bonne>s dans des conditions données » mais impuissantes si ce n'est nuisibles pour toute autre organisation ; c'est la statistique enûn qui a permis de reconnaître les vérités utiles présentées par des systèmes erronés d'ailleurs , ou repoussés en masse par la prévention et l'ignorance , comme ceux de Malthus , de Saint-Simon et de Fourier.

Le premier de ces écrivains réformateurs avait, vous pouvez vous en souvenir, érigé en vertu le célibat des pauvres, et signalé les graves inconvénients de la bienfaisance aveugle. L'austérité presque barbare de ses conseils, la sévérité ^ pour ne pas dire la dureté de la forme qu'il leur donnait , avaient fait, de tout ce qui a de la pitié pour le malheur et la souffrance, autant d'adversairesabsolus de sa doctrine, se refusant à reconnaître Texactitude de ses observations , pour n'avoir pas à admettre ses conclusions, qui péchaient par un autre point qu'on n'avait pas découvert d'abord : c'est la statistique qui a forcé la conviction de tous , comme aussi ^' est elle qui a fourni des armes à Godwin , pour combattre les propositions extrêmes de Malthus. Pour celui-ci , elle avait montré la Grande- Bretagne mettant en pratique cette loi si humaine qui oblige la société à subvenir aux besoins de ceux de ses membres qui n'ont pas les moyens de s'entretenir eux-mêmes, et le nombre des demandeurs.

( 284 ) la lîste civile de» pauvres, s'augmentent avec Fimportance des secours et le nombre des aumônes (i). Ce qu'elle fit pour le second n'est pas moins important; elle lui servit à combattre victorieusement le système admis par Malthus, relativement à l'accroissement prétendu inégal entre la population et les subsistances; ici Malthus fut défait, parce qu'il s'était écarté de la statistique, c'est-à-dire des faits accomplis, pour calculer sur des probabilités {2). La question si vaste des enfants trouvés a également reçu, des documents fournis par la statistique, les bases d'une solution qui, formulée en actes officiels , a déjà produit d'importants résultats. L'économie politique avait annoncé que la facilité des admissions dans les asiles ouverts à deux battants à l'enfance délaissée , devait avoir pour résultat de rendre les abandons plus nombreux; M, de Gouroff a vérifié par des calculs statistiques que non-seulement la quantité d'enfants trouvés s'était accrue par suite de celte facilité, mais encore, ce qui est plus extraordinaire, que

(I) On avait été jasqo^à donner des primes aux fillea-méref, en fixant les secours diaprés le nombre des enfants : la charité était ainsi de?enue immorale, elle encourageait le libertinage des femmes, rimpréToyaoce et la paresse de tous. Ce furent des enquêtes, de la statistique , des chiffres, qui apprirent à l'Angleterre que nul autre pays ne faisait autant de sacrifices qu'elle pour les pauvres, et que nulle part il n'y avait autant de pauvres que chez elle. Des chiffres, ceux du budget du paupérisme qui avait absorbé quatre uilliàros en trente ans, avaient été la cause de «ette enquête, des chiffres en furent le résultat, et des chiflVes encore ont prouvé qu'on avait bien fait de s'arrêter, et de rendre moins facile et moins aveugle la distribution des secours.

(t) Non pa) que le système des probabilités soit mairvais; mais l''appli« cation était vicieuse, en ce sens que Malthus avait omis de teiiir compte de certaines circonstances modiGantes.

( 285 ) les infanticides avaient augmenté au lieu de diminuer. L'économie politique avait également dit, dans la même question y que si la société devait secours et apjmi à de malheureux enfants qui n'avaient pas demandé à naitre> elle avait le droit de mettre des conditions à son appui ; l'administration a goûté ces conseils et pris des mesures qui ^ en quelques mois, ont produit d'heureux résultats. La statistique encore s'est chargée de les recueillir, et l'on peut voir dans le rapport publié récemment par le préfet de police , que durant les mois de novembre et de décembre 1837 (la mesure date des derniers jours d'octobre ) , le nombre des enfants présentés à l'hospice de Paris a été moins fort de quatre cent treize que pour le même espace de temps pris en 1 836, sans que, pour cela, les cas d'infanticides constatés aient été plus fréquents.

C'est là, on doit le reconnaître, un fait précieux non-seulement pour la gloire de la statistique, mais encore pour la science du gouvernement et pour la morale publique. La France doit en profiter la première, car, chez nous comme chez'nos voisins, la charité a été la plus puissante protectrice du libertinage ; elle a éteint le sentiment maternel dans le cœur des mères , aussi bien de celles qui avaient une faute à cacher que de celles qui pouvaient donner à leurs enfants le nom d'un père légitime. Ici la misère , ailleurs la paresse , quelquefois même la perversité, décidaient à des abandons coupables , et envoyaient à la mort d'innocentes victimes. Je dis à la mort, car, vous le savez, malgré les soins dont on entoure les enfants dans

( 286 ) les hospices, ils y meurent cependant dans la proportion de cinquante sur cent; tandis que ceux qui restent chez leurs parents ne périssent que dans la proportion d'un tieri. On a vu même le nombre des décès, dans les maisons d'enfants trouvés, être de quatre-vingt-onze sur cent. Alors ce n'étaient plus des lieux d'asile, mais, comme à Dublin, des charniers !

La statistique qui a provoqué les réformes dont je viens de parler, en indiquant les progrés du mal, donne aussi de curieuses indrcations sur les conséquences de certains faits importants.

Elle a constaté , par exemple , qu'à différentes époques le caractère de la folie se rattachait à de grands événements qui' influaient sur l'organisation des malades.

Tantôt c'est le voyage du pape à travers la France, qui donne à la folie le caractère d'une monomanie religieuse , et porte ceux qui en sont atteints à se revêtir de titres et de dignités ecclésiastiques.

Plus tard, ce sont nos armées promenant leur drapeau victorieux dans toutes les capitales de l'Europe , et donnant au monde le spectacle incroyable de trônes de rois, de princes et de ducs souverains, occupés par d'anciens soldats et sousoflSciers pris dans leurs rangs ; alors les fous sont saisis de la manie des grandeurs, et ne répondent plus qu'aux plus hauts titres militaires et à ceux d'altesse, d'empereurs et de rois.

A une autre époque enfin , c'est la frayeur qui les saisit, et l'on constate , après la révolution de

( 287 ) 1 830 f trois cent cinquante cas de folie se manifestant par une invincible aversion et une crainte continuelle du bruit des armes à feu.

C'est ainsi, Messieurs, que la statistique est utile à toutes les sciences, et principalement à Téconomie politique, cette science des gouvernements, qui l'explique à son tour et lui prépare dans l'avenir de nouveaux triomphes, en lui demandant de nouveaux travaux. Pour le présent, voîci quelquesuns des renseignements et des faits qu'elle nous fournit :

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