DU TRAVAIL FORCÉ
Son organisation est absolument différente de l’autre, et les résultats qu’il produit, ainsi que les difficultés qu’il fait naître , sont également dissemblables. Si j’appelle en ce moment votre attention sur lui, ce n’est pas seulement dans un intérêt purement historique, mais bien parce que les événements se sont chargés d’en faire une question d’actualité, que les gouvernements de France, d’Angleterre et de Russie, ont eu ou ont encore à résoudre.
Lorsqu’il est astreint au travail forcé, l’homme ne s’appartient plus ; il est assimilé à la condition de chose, et confondu avec les bestiaux et les bêtes de somme , servant à l’exploitation d’un domaine.
Tout ce que les philosophes et les amis de l’humanité ont pu dire sur ce que le régime de l'esclavage avait d’odieux est non-seulement vrai , mais encore au-dessous de la vérité. Et cependant , malgré toute l’horreur qu’elle inspire , cette institution a survécu jusqu’à nous; et si, aujourd’hui, elle
semble se modifier, si elle disparaît complètement sur un point et s’efface insensiblement sur tous les autres, ce n’est pas à un retour des propriétaires de serfs et d’esclaves vers des sentiments plus humains qu’il faut en attribuer l’honneur, mais uniquement à la science que nous cultivons , à l’arithmétique politique.
C’est par elle que les grands seigneurs russes, qui ont des serfs, ont vu , comme l’avaient fait les Romains dans l’antiquité, et les Anglais dans les temps modernes, que le mode de travail par les esclaves, loin d’être plus avantageux que l’autre, était au contraire plus onéreux et moins productif. Aussi n’est-Ce pas parce qu’il était barbare qu’ils l’ont abandonné, ou tout au moins refondu , modifié ; mais tout simplement parce qu’il était le plus cher : le calcul a tout fait dans cette réforme , pour laquelle la philantropie n’a pas été consultée.
On avait cru, et quoi de plus naturel en apparence? qu’en forçant des hommes à travailler tout le jour sans salaire , en recueillant tous les fruits dont leurs sueurs auraient fécondé la semence, et en ne leur donnant, en échange de la fortune qu’on attendait d’eux, rien autre chose qu’une misérable nourriture, tout juste suffisante pour leur permettre de lever la pioche du travail, mais pas assez pour leur donner la force de briser leurs fers; on avait cru, dis-je, en agissant ainsi, en exploitant l’homme comme on exploite la terre, c’est-à-dire en ne lui donnant que bien rigoureusement la part d’engrais nécessaire pour une nouvelle production,
rendre la part du maître plus forte. — * Cet odieux calcul a été trompé. — Il ne nous sera pas difficile de reconnaître qu’il devait en être ainsi.
Prenons pour exemple un noir aux colonies.
Si, en premier lieu, il travaille sans salaire, il faut pourtant compter pour celui qui l’emploie l’intérêt du capital qu’il a coûté. Or , un bon nègre valide vaut couramment 2,000 fr.; ce qui, à raison de 10 p. o jo, taux le plus modique de l’intérêt aux Antilles ( il est souvent de 18 à a5 p. 0/0), représente une dépense annuelle de 200 fr.
En second lieu, le nègre qui ne produit que pour son maître, qui n’a rien à lui, serait nu etsanspain s’il ne recevait des vêtements et des vivres : on lui donne donc quelques caleçons et quelques chemises , on le fournit d’outils, on le loge , et il a droit, s’il y a des droits pour les nègres, à une certaine ration hebdomadaire de poisson ; on lui laisse en outre un ou deux jours par semaine pour cultiver, sur un carré de terre dont on lui abandonne la jouissance, quelques légumes dont il se nourrit. Toutes ces concessions sont autant de charges pour le maître, et diminuent notablement les profits qu’il a cru se réserver ; mais ce n’est pas là tout encore.
Le nègre qui ne travaille pas pour lui; qui, quoi qu’il fasse, qu’il soit actif ou paresseux, 11e voit jamais s’accroître sa ration de vivres ni diminuer celle des coups , ce qui arrive encore lorsque son maître est brutal ; le nègre qui, par toutes ces raisons, n’a aucun intérêt à ce que son travail soit productif, n’y apporte aucun zèle ; l’état d’abrutis-
sement dans lequel il végète tue d’ailleurs son intelligence, et s’il lui reste encore quelques idées, ces éclairs divins qui distinguent l’homme de la brute, ce n’est que pour penser au pays d’Afrique, et à la liberté dont jouissent les marrons dans les Mornes.
Pour lui sa tâche est faite , et peut-on lui en demander plus? lorsque tout le jour son dos s’est courbé sur la terre, que tout le jour il a présenté la canne aux cylindres du moulin qui la broient , ou porté le sirop aux purgeries , que lui importe ensuite que sa houe ait ou non blessé quelques pieds en Jléchaison, que sa négligence ait compromis une opération? quel intérêt y a-t-il? aucun. Sa misère ne peut s’accroître , et il sait bien que de la fortune de son maître pas une parcelle ne viendra à lui, lors même que par son activité il la centuplerait. Tout donc motive et légitime pour ainsi dire son insouciance; tout aussi rend son concours moins profitable à celui dont il dépend : il a travaillé suivant qu’il a reçu , — le strict nécessaire.
Vous le voyez déjà , le travail forcé a quelques inconvénients qu’on n’aperçoit pas au premier abord, mais qui n’en sont pas moins graves : nous ne les avons pas encore tous énumérés.
Pour n’être pas marié selon les lois , le nègre esclave n’en a pas moins des appétits à satisfaire ; son maître même l’y invite; car il l’exploite comme son cheval , de toutes les manières , pour la reproduction aussi bien que pour porter son palanquin ou cultiver sa terre.
Le nègre a donc une femme , mais comme pour lui il n’y a pas de mariage, pas de famille, il ne s’attache pas; et le rapprochement des sexes, si éminemment moral dans l’état de civilisation et de liberté, n’est, dans l’état d’esclavage, qu’un dégoûtant libertinage, dont le maître encore supporte les conséquences. Et lors même que la maladie ne vient pas décimer l’atelier, il lui faut toujours nourrir, loger et vêtir les négresses en couche, nourrir et loger ses négrillons. Il lui faut aussi soigner les malades, soutenir les vieillards, charge légère, il est vrai, car peu de nègres vieillissent : un travail exténuant, une débauche continuelle , l’ivrognerie, la misère et le chagrin , y mettent bon ordre. Dans tous les cas, cependant, le propriétaire d’une habitation de quatre cents nègres peut toujours dire, en prenant l’homme pour unité : j’ai vingt capitaux blessés, j'en ai dix atteint du plan , j’en ai quatre qui dépérissent et meurent de vieillesse, j’en ai dix en couches, j’en ai vingt qui mangent et ne travaillent pas encore. Total, soixante-cinq capitaux qui chôment et consomment au lien de produire.
Ainsi, vous le voyez, les charges qui incombent au maître dans cet ortlre de travail sont telles, qu’il faudrait, pour les compenser et rétablir l’équilibre, qu’il fut bien plus productif, bien plus avantageux que l’autre; et, nous l’avons vu, loin qu’il en soit ainsi, il lui est de beaucoup inférieur sous tous les rapports. C’est là ce que l’expérience a fini par démontrer d’une manière victorieuse, mais seulement après des siècles de tortures,, d’expériences sur la
matière vivante, qu’on exploitait de toutes les manières pour augmenter son produit; car on ne comprenait pas qu’il fût moins fort pour le propriétaire que celui d’un travailleur libre et salarié pour l’entrepreneur qui le paie.
Forcés, enfin, de se rendre à l’évidence, les Romains, dès leur temps, cherchèrent à augmenter le travail des esclaves en les y intéressant, ils leur accordèrent un pécule et en firent des affranchis.
De nos jours les Anglais ont fait mieux, ils ont progressivement libéré leurs noirs en les faisant passer par le degré intermédiaire de l'apprentissage. La liberté est complète aujourd’hui, et les anciens maîtres, émancipés, eux aussi, parle fait, sont débarrassés du souci de nourrir des paresseux , de soigner des malades , d’entreténir des vieillards et d’élever des enfants. Ils paient le travail qu’ils reçoivent effectivement, et rien de plus. Si, aujourd’hui, les nègres refusent de prendre de l’occupation, la faim les y réduira bientôt; les ouvriers blancs viendront d’ailleurs leur faire concurrence , si le salaire offert est suffisant; s’il ne l’est pas, les planteurs n’ont à s’en prendre qu’à leur avarice si leurs terres demeurent sans bras pour les cultiver, leurs récoltes sans mains pour les cueillir.
Antérieurement au bill d’émancipation que le parlement d’Angleterre a bien plus voté par déférence pour les calculs de Canning que pour les éloquents et philantropiques plaidoyers de Wilberforce; quelques puissances d’Europe, la France d’abord, puis beaucoup d’autres à la suite, avaient émancipé les
esclaves blancs , en détruisant tout ce qui , dans le * régime féodal , attachait encore le vassal à la terre qui l’avait vu naître , au châtelain dont le donjon dominait sa chaumière. Elles l’avaient fait,disons-le, autant par secrète sympathie pour ces malheureux, qui avaient au moins sur leurs frères des colonies le privilège de la peaü , que par raisonnement arithmétique.
Elles avaient remarqué , elles qui avaient un si grand besoin d’hommes pour les faire dévorer dans leurs éternelles guerres, que la population s’accroissait avec beaucoup plus de rapidité dans les provinces que nous appelions en France : à état , qui jouissaient d’une certaine liberté et dans lesquelles le servage n’existait plus , que dans celles où il avait été conservé. Elles avaient vu que , dans tous les domaines du Roi, dont les habitants étaient libres, ceux-ci se reproduisaient plus vite, travaillaient davantage, se conduisaient mieux, étaient plus robustes, et, gagnant davantage, étaient en état de supporter de plus lourds impôts ( i ). Pour elles
( i ) Toutes les statistiques établissent d'une manière irrécusable qua dans l'esclavage on meurt davantage, ou que tout au moins la reproduction est moins active que dans la liberté.
On estime ù a,5oo,ooo le nomhre des nègres des colonies et à 5 p. cent la diminution annuelle; c’est donc i?5,ooo noirs qu'il faut que la contrebande introduise clandestinement chaque année; mais comme il en meurt au moins la moitié par les fatigues et les mauvais traitement? du voyage, c'est a5o,ooo noirs qu’il faut que les infâmes marins qui font cet odieux commerce enlèvent chaque année aux côtes d'Afrique. Delà et des inconvénients de la pendaison que ces industriels encourent, le prix exorbitant des nègres sur les habitations. Le monopole seul peut compenser une aussi grande cherté. Ainsi , de tous
donc, comme plus tard pour les Anglais, la liberté avait été affaire de spéculation et de calcul , et non pas d’humanité.
Si, de nos jours, comme je le disais au commencement, nous voyons les grands seigneurs russes qui peuvent exploiter leurs serfs de trois manières différentes :
Soit directement , sur leurs terres;
Soit indirectement , en les louant à autrui ;
Soit libéralement, en les louant à eux- mêmes moyennant une redevance connue sous le nom de d 'obroc.
Préférer généralement ce dernier mode, suivant l’exemple que leur a donné le Tsar; ce n’est nullement, croyez-le bien , pour faire, dans cette circonstance, acte de courtisanerie , mais tout sim-
côtés, le système colonial ne se maintient que par la force, aussi bien à l’égard des producteurs , les nègres, qu’à celui des consommateurs, les métropolitains; et il est bien certain que, si cette force disparaissait, on Terrait, d’une part, le dernier colon quitter les Antilles avant le dernier soldat, et de l’autre les acheteurs préférer, aussitôt qn’ilV en seraient libres, le sucre de l’inde à 5 sous la livre, à celui de Bourbon ou de la Martinique qui en vaut 10.
Quant au mouvement de la population, compare'e chez les libres et les esclaves, M. Gallatin , ministre des Gnances aux Etats-Unis, a dressé un tableau duquel il ressort que, de à 1800, le nombre des nègres libres s’est accru de 82 p. cent, et celui des nègres esclaves seulement de 28 p. cent.
L’influence de la liberté sur l’accroissement de la population n’est pas moins certaine chez les blancs. En Danemark, dans un domaine du roi, la population se composant de 260 familles, est restée complètement stationnaire pendant toute la dernière période du servage, dont la condition était cependant fort douce; 22 ans après l’émacipation , on comptait sur les mêmes terres 776 familles.
( Extrait des notes manuscrites de M. Blanqui.)
plement parce qu’ils ont reconnu comme tout le monde, la vérité de ce principe que chez eux-mêmes un homme de talent, M. Storch, précepteur des princes impériaux , a eu la hardiesse de proclamer : que le travail est d’autant plus profitable que ceux qui l’exercent sont plus libres et plus indépendants.
l ersonne ne sait aussi bien que les Anglais , ce que l’esclavage a de dégradant pour les malheureux sur lesquels il pèse; personne non plus ne connaît mieux le parti qu’il est possible de tirer du capital homme ; aussi, voyez combien ils sont habiles dans son exploitation, et combien sont puissantes les raisons de haute politique qui le portent à le sacrifier quelquefois.
Dans la métropole, où l’homme est tout, ils n’ont reculé devant aucun sacrifice pour le rendre complètement indépendant des lois; ils ont à la fois émancipé son corps en le remplaçant par des machines, et affranchi son intelligence en lui donnant l’instruction et tous les droits politiques et sociaux. Dans les colonies , où ils n’ont besoin que de ses bras, où ils ne l’emploient encore que comme instrument ; ils n’ont libéré que ses bras, et des anciens esclaves fait seulement îles prolétaires salariés.
Si, contrairement à ces précédents, ils continuent encore dans leurs possessions des Indes , le régime abrutissant qu’ils y ont établi depuis des siècles ; si de simples officiers, je tiens le fait de l’un d’eux, traînent à leur suite une centaine de domestiques, qu’ils ne savent occuper qu’en leur parta-
géant tous les soins du ménage : l’un, cirant une botte du côté droit, un second, du côté gauche ; donnant à l’un le département des cravates, à l’autre celui des gilets , etc. C’est qu'ils craignent en leur assignant un emploi plus utile, en leur demandant des services plus précieux , de leur révéler le secret delà force qu’ils pourraient puiser dans leur nombre pour secouer un joug fatigant : joug qu'ils ont eu soin de faire peser bien plus sur l’esprit que sur le corps, joug qui dégrade et qui avilit plus qu’il ne fait souffrir; et qui, par cela même, n’en est que plus lourd et plus solide, car la douleur, elle aussi, pourrait tracer la route qui conduit à la liberté par la révolte.
C’est ainsi, Messieurs, que le travail forcé est toujours un obstacle aux progrès de la civilisation , quelles que soient les institutions et les sociétés au milieu desquelles il opère , chez les anciens comine chez les envahisseurs du moyen âge, chez les Turcs et les Russes comme aux colonies. Nous allons voir maintenant de combien le travail libre lui est supérieur sous tous les rapports.
Dü TRAVAIL LIBRE.
Le travail libre est beaucoup plus simple que le travail forcé, mais il est des conditions impérieuses auxquelles il doit se conformer, sous peine de ne pas procurer tous les avantages dont il est susceptible.
La première de toutes ces conditions est d’étre
productif, c’est-à-dire de reproduire au moins la valeur de la consommation qu’il a causée ; il doit même produire davantage : d’où, la nécessité de l’épargne, c’est-à-dire de la prévoyance.
Si, par le fait de son asservissement , l’esclave est dispensé du soin de songer au lendemain , il n’en est pas de même parmi nous du travailleur, qui n’est libre qu’à la condition d’être prévoyant, d’être responsable ; qui souffre tout entier lorsque la maladie le frappe, et ne peut demander secours à un maître qui n existe pas ; qui doit à ses enfants, à sa famille un abri, des vêtements, une nourriture, une instruction , que personne que lui ne peut leur donner.
Le travail libre se présente, à celui qui veut l’étudier, sous des aspects divers , dont chacun est en quelque sorte tout un système , ayant ses conséquences heureuses et contraires, ses difficultés et ses problèmes à résoudre. — Le travail des hommes n’est semblable ni à celui des femmes, ni à celui des enfants; — le travail en chambre diffère de celui dans les manufactures; puis tous se compliquent dans leurs rapports avec le travail, on pourrait dire forcé, des prisonniers, des forçats, des militaires, des mendiants.
Tous ces modes de travail sont en outre soumis à des maladies qui leur sont propres , et ne peuvent se traiter de la même manière : ces maladies sont les crises , les encombrements , la concurrence , les chômages volontaires comme ceux du dimanche , les chômages fortes comme ceux des pays où l’Église a multipué les fêtes et les jours de repos. Puis
vient encore à la suite : l’emploi abusif des enfants dans les manufactures, la trop longue durée de travail , le mélange des sexes d’autant plus dangereux qu’il a lieu dans les ateliers qui travaillent de nuit,
comme dans ceux qui ne marchent que de jour.
Tels sont les charges et les inconvénients du travail libre : en voici les avantages.
Le travail libre élève celui qui l’exerce; il brise toutes les barrières qui peuvent gêner sa marche et lui facilite l’accès de toutes les positions. Véritable despote des sociétés modernes , il a d'ailleurs fait servir son pouvoir à entourer ceux qui lui obéissent d’encouragements et d’appuis. Pour les fils de l’artisan, il a ouvert des salles d’asile et des écoles primaires; pour l’ouvrier qui veut s’instruire, il a fondé des cours gratuits , réuni dans de vastes bibliothèques, dans de riches musées, les chefs-d’œuvre de l’art et les conseils de la science ; à celui qui veut épargner, il offre un placement suret toujours disponible; pour l’homme entreprenant dont la vie et le talent est le seul capital , il a des compagnies d’assurances; pour ceux qui ont froid il a des chauffoirs en hiver; pour ceux qui souffrent, des secours à domicile et des hôpitaux ; pour le laborieux invalide , le repos de l’hospice . »
Grâces à tous ces secours et à tous ces appuis , nous travaillons plus et nous gagnons davantage; nous supportons des charges plus lourdes tout en devenant plus riches, nous centuplons nos forces en les appliquant mieux’, et il nous suffit , pour triompher de tous les obstacles et de toutes les dif- 38-3g. 7
ficultés, de les connaître et de les avoir étudiés.
Une fois lancée dans cette voie, notre activité ne connaît plus de limites et se multiplie elle-même; elle crée la richesse, cette source de la force et de la puissance , non-seulement en lui faisant revêtir des formes matérielles palpables, mais encore d’une manière qui, pour être plus abstraite, n’en est pas moins réelle; en services de garantie et de sécurité, de délassement et d’instruction. Aussi peut-on affirmer, malgré ce qu’ont pu dire de contraire quelques économistes, que les médecins, les avocats, les juges et les militaires, qui rendent des services de garantie et de sécurité, et les artistes, les professeurs, les savants, qui rendent des services de délassement et d’instruction , sont, dans la société, des travailleurs aussi utiles que les fabricants de draps , les maçons, les cordonniers, les cultivateurs, etc. Leurs produits sont différents sans doute, mais ils n’en ont pas moins le caractère de richesses , et ils augmentent celles du pays , du moment où ils trouvent à les échanger contre d'autres.
Nous aurons occasion de revenir sur cette thèse , autrefois très-controversée , et que reprennent encore parfois des personnes q^ui n’ont pas l’habitude de ces matières.