RÉSUMÉ
Je sais combien de réclamations s’élèvent lorsqu’on parle de diminuer des droits protecteurs, de toucher aux droits acquis. Cent fois j’ai entendu des industriels, encore fort bien portants et fort riches, annoncer leur mort et leur ruine si Ton touchait à l’arche sainte des tarifs , à l’ombre de laquelle ils avaient vécu ; plus d'une main téméraire a ébranlé celle-ci sans que, fort heureusement, mais ainsi que nous l’avions prévu , aucune de ces sinistres prédictions se soit jamais accomplie. Que de menaces cependant! que de plaintes et de récriminations amères ! que de ridicules accusations lancéps contre les réformateurs! 11 semblait, à entendre Messieurs de la prohibition et des droits élevés, qu’on nepût avoir d’autre avis que le leur, sans être vendu à l’étranger; pour mon compte, j’ai été vingt fois signalé comme un agent de l’Angleterre.
Ce pays , au reste , est demeuré longtemps , lui aussi, dans les mêmes erreurs qui nous font conserver encore aujourd’hui ce détestable régime des protections et des douanes ; et il n’a pas fallu moins que toute la courageuse énergie du célèbre Huskisson pour lutter contre les attaques dont ses réformes ont été l’objet, pour braver ces processions de quelques cent mille hommes , ces émeutes dans lesquelles il était brûlé en effigie. Certes , ces obstacles
étaient puissants et redoutables ; il les a vaincus cependant , puisant la force qui lui était nécessaire, dans cette conviction profonde que le système des prohibitions et des droits élevés coûtait à l’Angleterre plus de 35o millions par année , somme qui lui paraissait pouvoir être employée plus fructueusement qu’à payer des primes à des industriels indolents, et des appointements à des employés inutiles, sinon nuisibles. Chez nous , la tâche est moins difficile; espérons qu’il se trouvera bientôt un Huskisson pour la mener à bonne fin.