DES MATIÈRES PREMIÈRES
Tout, dans le système que nous examinons en ce moment, est matière à difficulté. On a dit, par exemple, que les droits de douanes ne devaient jamais peser fortement sur les produits qui servaient de matières premières aux manufactures. — Au premier abord cette recommandation paraît excellente, mais il devient fort difficile de s’entendre sur sa signification lorsqu’il s'agit d’y faire droit. — Qu’est-ce , en effet , que des matières premières ; quels produits sont si naturels qu’ils n’aient déjà supporté une main d’œuvre? — Si la houille est de la matière première pour nos usines, c’est un produit fabriqué pour les extracteurs de ce combustible; si la fonte sert de matière première à nos mécaniciens, c’est un produit fabriqué pour nos maîtres de forge; les machines à leur tour, quoique produits achevés, sont des matières premières pour les manufacturiers; le fil est matière première pour les mousseliniers et les tisserands; la toile écrue pour les apprèteurs , les blanchisseurs , les imprimeurs; la toile peinte pour les couturières et les tapissiers; le drap pour les tailleurs, etc.
Quoi qu’on fasse donc, il ne se trouvera jamais un seul objet qui ne soit , malgré les façons qu’il a déjà reçues, une matière première pour certaines industries ; il n’en est donc pas , dès lors , qui puisse supporter sans inconvénients ces droits élevés que quelques personnes regardent comme
utiles lorsqu’ils semblent protéger la main d’œuvre nationale, car il y aura toujours d’autres ouvriers qui seront privés de la matière première nécessaire à leurs travaux (i).