RESTAURATION
Protection accordée à certaines classes de la société.
Au nom de la patrie en danger, la République avait commandé aux savants de découvrir et aux industriels de fabriquer, de multiplier leurs produits et de les perfectionner ; comme Louis XIV, Napoléon offrit des millions aux inventeurs, il anoblit les manufacturiers, leur donna des titres, des dotations, des pensions, soutint leurs établissements de sa cas-
(:) M. Blanqui ayant examine? la législation des douanes de Colbert , de la Constituante , de la Convention et de l'Empire dans son Histoire de C Economie politique, j'ai reproduit, dans ce qui précède, plusieurs fragments des xxvi® et xxxvn* chapitres de cet important ouxrage. [JVott du Rédacteur.)
sette, visita leurs ateliers ; la restauration choisit une autre route pour encourager l’industrie et honorer les travailleurs. Effrayée peut-être , et non sans raison, du malencontreux essai de liberté commerciale tenté en i8u'| en faveur des Anglais, et dont, nous l’avons vu, la ruine de nos principaux filateurs de coton, M. Lenoir à la tète, avait été la conséquence, elle se jeta en i8i5 dans un système complètement opposé;
Le blocus continental avait été une fausse étiquette, couvrant une véritable liberté du commerce pour toutes les puissances d’Europe (l’Angleterre et les mers exceptées), sous des apparences de prohibition ; la restauration ferma tout cet immense marché par sa loi du a8 avril 1816 , qui priva subitement nos producteurs des placements qu’ils avaient jusqu’alors considérés comme assurés.
Pour la première fois alors, on vit dans les tarifs, des droits s’élevant à aoo et a5o p. 0/0 de la valeur de la matière brute imposée : ils devaient être temporaires, durer dix ans au plus, et ils existent encore! Les prohibitions et les rigueurs des lois de brumaire an v et 1810 furent maintenues et aggravées ; on inventa la surtaxe suivant les lieux de provenance , de chargement et de relâche, suivant le pavillon ; beaucoup de droits furent établis ad valorem ils donnèrent lieu à une foule d’abus et de vexations dont j'ai déjà parlé dans la leçon précédente au paragraphe des préemptions (V.p. 160.), et favorisèrent l’importation de mauvaises marchandises qu’on présentait ensuite comme
de première qualité, lorsqu’elles étaient favorisées d’une prime ou d’un drawback à la sortie.
Cette législation présente, lorsqu’on la compare à celles qui l’avaient précédée, et que l’on tientcompte de la différence des temps et des circonstances, un si étrange contraste, qu’on desire tout d’abord en connaître la cause.
Il ne faut plus chercher ici , comme aux époques antérieures, la pensée dirigeante dans quelque noble sentiment. Il ne s’agit plus d’ajouter à la gloire et à la splendeur du maître par la richesse des sujets ; le pays devenu calme au-dedans comme au-dehors, ne commande plus au génie industriel de le secourir; comme sous l’empire, le trésor particulier du chef de l’État n’invite plus le travail producteur à réparer les échecs portés à la fortune publique par le gérrie destructeur de la guerre. L’époque des grands hommes et des grandes choses est passée, le pays et sa gloire s’effacent devant les ambitions mercenaires des individus; ce ne sont plus des conquêtes scientifiques dont on se préoccupe, mais de compensations à donner à d'aristocratiques misères, mais de privilèges anciens à relever et de privilèges nouveaux à créer. Peu importent des-lors les masses de travailleurs composées de millions d’hommes , pourvu que les quelques milliers de chefs soient satisfaits; pourvu que la majorité soit acquise à l’administration réactionnaire, aussi bien dans la chambre que dans les collèges électoraux. Voyez aussi comment, pour atteindre ce but, elle fait bon marché des intérêts généraux du pays, aux quel-
ques intérêts individuels qu’il s’agit pour elle de s’attacher; voyez comme elle dédaigne ces ménagements que la Convention et l’Empire gardaient encore, malgré leur haine pour l’étranger, en faveur des matières premières venues du dehors, mais nécessaires à notre industrie : sa seule pensée, son but unique, est de conquérir les sympathies de la grande propriété foncière , restituée aux anciens nobles ou conservée par les spéculateurs enrichis de nos troubles révolutionnaires, et celles de cette aristocratie nouvelle, qui commence à se fonder, et dont les principaux membres sont les grands manufacturiers, ies (dateurs et tisseurs de coton et de laine, les maîtres de forges , les concessionnaires de mines, etc. Pour arriver à son but , voici comme elle procède.