‹ Cours d'économie industrielle 183839 par m. Blanqui aĩnéChapitre 5 sur 118 · AO · texte numérisé non relu

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ment de débouchés et d’échanges avec ce pays, d’une valeur de plus de sept millions de francs.

En présence de ces chiffres, on conçoit difficile* ment sur quoi reposentles réclamations desfilateurs de lin à la mécanique qui se. sont établis sans pro.tection spéciale , èJàlle, à Abbeville, à Boulognesur-Mer, à Saint-Denis, à Corbeil , ,et qui y prospèrent depuis plusieurs années; on ne comprend pas, dis-je, comment ils peuvent se plaindre de la concurrence anglaise et demander contre elle les privilèges d’un droit élevé, lorsque déjà ils ont pu lutter avantageusement aussi bien sur le marché national qu’à l'étranger, où, suivant les documents officiels, ils ont expédié une grande.partie de leur fabrication.

Je remarque avec peine que dans maintes circonstances semblables, d’administration recule,

comme daqs cette discussion, qui remonte déjà à deux apnées, devant la nécessité de prendre une décision.

Ce sont, il faut bien le reconnaître, ces perpétuelles hésitations qui ont créé ou tout du moins aggravé les mille embarras dans lesquels nous nous trouvons aujourd’hui. Ce sont elles qui ont empiré la position des colonies, jusqu’à rendre incurable la maladie sous laquelle elles vont succomber. .Elles sont d’autant plus déplorables qu’étant un signe de faiblesse de la part de l’autorité, elles laissent .le champ libre à toutes les entreprises de l’intérêt privé, aux intrigues obscures, .à l’avidité des spéculateurs.

fin veut-on des exemples? Us abondent de toutes parts !

C’est par: hésitation et faiblesse que , n’osant pas se prononcer entre plusieurs compagnies rivales qui proposaient de construire un chemin entre Paris et Versailles, on en a autorisé deux !

Deux chemins , entendez-vous ? entre Paris et ,Versailles ; non pas entre une ville d’industrie et un port de mer, comme Liverpool et Manchester, mais entre une ville de luxe et une ville de curiosité; non pour desgens d’affaires, mais pour des visiteurs oisifs. Vingt-cinq millions au moins dépensés pour procurer à quelques flâneurs parisiens la promenade du parc de Versailles et la vue des galeries historiques. i,ôoo,ooo ffr. d’intérêts , j ,5oo,ooo <fr. d’entretien et .de frais de .traction; ensemble trois millions à percevoir chaque année sur le chapitre des dépenses improductives de la population de>la capitale, qui pour payer cette liste civile des deux compagnies, devra aller tout entière au moins une fois par an, remplir durant quelques heures les rues ordinairement silencieuses et désertes de la ville du grand roi.

C’est encore par hésitation et faiblesse que , lorsqu’il s’agit d’établir un entrepôt réel des douanes à Paris , on ne s’est pas prononcé entre deux compagnies, et que toutes deux obtinrent le privilège qu’elles sollicitaient.

Dans les deux cas qu’est-il résulté d'une si étrange décision? Vous le savez tous, Messieurs : un chemin .et un .entrepôt sont morts ou bien près de leur

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dernière heure; un autre chemin et un autre entrepôt végètent au lieu de prospérer, et ne sortiront de leur malaise que lorsqu’ils seront débarrassés de cette concurrence ruineuse, autorisée dans une industrie qui ne peut pas admettre la concurrence.

N’est-ce pas toujours par hésitation et faiblesse que le gouvernement qui avait eu la bonne et saine pensée de demander aux Chambres que l’exécution des grandes lignes de chemin de fer fussent confiées à l’État , a consenti à l’abandon de ce système qu’une minorité dont je m’honore d’avoir fait partie avait déclaré le meilleur, le seul bon à suivre ; pour livrer ensuite à tous ceux qui ont voulu s’en saisir l’exploitation de ce qui n’est pas seulement une source de fortune, mais aussi un instrument de civilisation.

De tout cela qu’est-il advenu? l’anarchie qui nous environne! Le gouvernement, disait-on, ne devait faire que des fautes, ne terminerait rien, dépenserait trop : nous devions être dans l’âge d’or s’il laissait la liberté aux compagnies : il a suivi ces pernicieux conseils ; les compagnies ont eu toute liberté : qui les a vues à l’œuvre sait ce qu’elles ont fait! Les devis absurdes ne leur ont pas manqué; les crédits supplémentaires non plus. Et à présent on parle de détruire , de s’absorber , et la terreur gagne mal à propos tout le monde; on abandonne les compagnies avec aussi peu de raison qu’on avait mis d’engouement à les provoquer.

Le tort dans tout ceci appartient au public et au gouvernement. Au public qui s’est trouvé saisi d’une fièvre de gain sans travail ; qui a voulu des

chemins de fer non pour les construire, mais pour spéculer dessus, pour agioter sur les titres des compagnies et vivre sur les différences; au gouvernement qui a manqué d’énergie, de volonté, et qui a trop cédé à la clameur des intérêts en litige, qui n’a pas su prendre un parti.

En général on procède beaucoup trop en France suivant l’impulsion du moment; on prononce à la légère ; puis, quand on se ravise , on rencontre des intérêts engagés , des difficultés sérieuses.

Fidèle à son système qui est de n’en avoir pas, l’administration a reculé dans la question de la réduction de la rente , comme dans celle des chemins de fer. Elle a vu le bien et n’a pas su le faire.

La question a été plutôt embrouillée qu’éclaircie par tout ce qui a été dit à son sujet ; j’ai réuni plus de cent brochures y relatives, et l’on ne sait encore quelle solution elle recevra: deux ministères sont morts dans l’impuissance de lui en donner une.

Il y a cependant une vérité à proclamer , un bon parti à prendre ; meilleur mille fois, quels que soient ses inconvénients, que l’incertitude actuelle, qui est la pire des solutions , qui tient tout en suspens , qui réunit à elle seule les inconvénients de toutes les solutions proposées, puisqu’elle menace de toutes; et qui n’a les avantages d’aucune , même de la plus mauvaise.

Dans les positions ordinaires de la vie il ne faut, pour sortir des difficultés qui se présentent, que de la résolution. En économie politique, il faut en outre de l’instruction; or, nous l’avons vu, on a

manqué de résolution; on a manqué aussi d’instruction.

Qu’on ne croie pas, au reste , qu’il suffise que la science habite dans les hautes régions , et que les hommes d’état seuls la possèdent} il faut encore, pour briser à l’avance toute résistance possible , que les principes qui apprennent comment et pourquoi l’on a raison, comment et pourquoi l’otl a tort, soient populaires ? Combien de difficultés ne seraient pas venues entraver notre marche s’il en eût été ainsi ? Combien de blessures faites avec les armes terribles, inconnues à nos pères, de la liberté, de la concurrence et de l’association , eussent été prévenues , si tous ceux qui ont pris part dans ces derniers temps aux luttes de l'industrie, eussent appris d’abord les éléments d’une science si simple, qui apprend à éviter les erreurs et signale tous les écueils.

C’est surtout au spectacle des progrès gigantesques qui s’accomplissent chez nos voisins, que nous devons regretter les fautes, l’ignorance et les hésitations qui nous arrêtent aujourd’hui ; en même temps que les événements nous poussent, et que ceux qui marchaient à côté de nous, il y a un instant, nous dépassent et nous laissent en arrière. Voici, Messieurs, ce qui se fait en Angleterre en question de chemin de fer, dans le temps où nous ignorons encore si nous ferons des chemins de fer.

Il s’est constitué depuis deux ans des compagnies dont le capital dépasse 4 milliards de francs.

Dans la seule session de i836, le parlement a

autorisé des lignes de fer pour près de 4oo millions; et il y en a maintenant en instances pour plus de 5oo millions, rien quen terrassement.

7 5 projets de chemins de fer, comprenant un développement de 4oo lieues de rails , ont été présentés;

48 seulement ont été pris en considération;

Tous sont en voie d’exécution;

Ils nécessiteront la construction de a,8a5 ponts, sans compter les viaducs et les tunnels ;

i93,5oo tonneaux de fer, ou près de 200,000,000 de kilog. , seront employés en rails ;

a, 600, 000 tonneaux de pierre de taille, ou a milliards 600 millions dekil. serviront à la pose des dés;

Il faudra enlever à l’agriculture 1 5, 000 acres de terrain ;

Età toutes les professions 5, 000 hommes et 1 5oo chevaux , pendant trois ans , sans compter les machines.

C’est ainsi , Messieurs , qu’une grande nation marche k la conquête de la civilation la plus parfaite; qu’elle dompte les obstacles delà nature et fait tout servir k sa prospérité. Pour être moins rapide , notre marche dans la même voie est digne cependant d’être remarquée. Il résulte des états de douanes et des documents officiels , que la France à importé en 1 837 potiè 100 millions de francs de plus que les années précédentes , ce qui signifie que ses richesses , que les valeurs qu’elle a pu consacrer à des échanges de commerce avec les autres peuples, s’étaient accrues de cette somme.

Le mouvement général s’est élevé en dix années, de 1 200 à 1 866 millions , soit :

De 36o millions en Europe , ou moitié plus ;

3g — — Asie , ou 7 fois plus ; aa5 — — Amérique, ou a fois plus;

1 8 — — Afrique , ou des deux tiers.

Vous pouvez juger par ces chiffres et par ceux relatifs à l’Angleterre, de l’importance qu’ont acquise de nos jours les questions industrielles. Un fait encore vous la fera mieux apercevoir.

Les bateaux à vapeur , complètement inconnus au commencement de ce siècle, et dont l’adoption ne remonte guère au-delà de ao ans , sont aujourd’hui au nombre de plus de i4oo.

Calculez maintenant ce qu’il y a eu de bras et de capitaux déplacés et employés à la construction d’une aussi formidable escadre. Voyez ensuite les résultats ; appréciez les modifications causées dans les rapports commerciaux par les changements de vitesse , par la réunion de peuples jusque là séparés, par l’abandon de certaines routes; voyez l’Europe entière abandonnant le Cap de Bonne-Espérance et se rouvrant une route vers l’Inde par la Méditerranée et la mer Rouge ; admirez la révolution que va causer en Afrique et en Asie l’importation des produits de nos arts mécaniques les plus avancés. Déjà le progrès se fait sentir , et il y a peu de temps que, traversant la Méditerranée, je me trouvais sur le steamer avec des pèlerins venant de la Mecque et portant du café moka à Marseille.

J’ai été frappé encore dans mes derniers voyages

d’un fait remarquable. C’est que partout, dans les villes de France , d’Italie , d’Angleterre, de Belgique ; au nord comme au sud, les villes prenaient une extension considérable ; mais qu’en France et en Espagne seulement, le progrès n’était pas suivi par les campagnes qui restaient stationnaires dans ces deux États, tandis que dans les autres elles étaient solidaires des améliorations que j’avais constatées dans l’intérieur des cités.

Je n’ai pas besoin de faire ressortir les dommages résultant d’un pareil état de choses , qui vient pour nous de ce que nous ignorons encore, que nous agissons au hasard , et que nous abandonnons un point du territoire, pour porter toute notre activité sur un autre.

Le remède est simple et certain; il consiste dans la vulgarisation des principes de la science que nous étudions ensemble : Science dont les principes sont absolus dans la théorie , mais dont l’application admet des circonstances modifiantes.

Dans la suite de nos cours , je me ferai toujours une loi d’apprécier ces circonstances , et d’entrer par là dans la voie de la pratique.

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