DU CREDIT U BELGIQUE. SOCIÉTÉ GÉNÉRALE POUR FAVORISER
l'industrie. — BANQUE DE BELGIQUE.
19, SB et ÎC février 1839.
Ayant profité des quelques jours de vacance qui nous ont séparés pour aller visiter un pays voisin , la Belgique, sur lequel tous les regards sont tournés aujourd’hui, je vous apporte ce soir le résultat de mes observations.
J’ai pensé qu’il était utile pour notre propre instruction d’étudier sur les lieux mêmes l’effet d’institutions tant prônées, et les conséquences quelles ont eues pour la fortune publique et privée; j’ai voulu voir de près, pour vous le redire, ce qu’il en était de cette organisation industrielle si souvent offerte à nos yeux comme un exemple à suivre; j’ai voulu toucher du doigt cette prodigieuse fortune, cette éclatante prospérité, obtenues en moins de temps qu’il n’en faut pour monter un établissement de quelque importance, et lui créer un commencement de relations au dehors. J’ai tout vu, tout exa-
miné aujourd’hui ; j’ai classé les faits et j’en ai déduit quelques conséquences, c’est à vous maintenant, Messieurs, à voir si j’ai utilement employé le temps qui s’est écoulé depuis notre dernière réunion.
L’étude de la question du crédit en Belgique était d’autant plus intéressante à faire en ce moment, que les banques de ce pays ont plus intimement lié leur existence à celle de l’industrie , et qu’elles ont créé par cela même une foule de complications que lapolitiquevientd’ètre miseen demeure de dénouer, soit par la guerre, soit par des traités. Mon opinion, à moi, est que le parti delà paix doit l’emporter, par cette raison que la Belgique compte en ce moment plus de trois cents sociétés commerciales de toutes sortes, qui ne reposent que sur un crédit ébranlé; et qu’accablée sous le poids de tant d’établissements qui croulent, et de tant d’autres qui ont peur de crouler, elle est incapable de se mouvoir.
On dit parfois que les hommes mariés et pères de famille sont moins braves que les célibataires, parce qu’en s’exposant ils ne risquent pas seulement leur vie, mais aussi l’existence de leurs femmes et de leurs enfants. Ce raisonnement s’applique parfaitement à la Belgique, autour de laquelle les exagérations du crédit ont créé une famille nombreuse de sociétés, dont la mort serait la conséquence fatale et immédiate d’une bravade guerroyante. Quand un édifice est lézardé, la prudence conseille de le préserver des secousses violentes. Je laisse aux hommes de raisonnement à décider si la guerre peut soutenir l’édifice lézardé de la Belgique industrielle , et
si l’on peut espérer de remédier aux crises financières par des crises militairès.
Il existe aujourd’hui en Belgique une masse d’entreprises industrielles dont le capital doit s’élever à plusieurs milliards, puisque celui des sociétés par actions, dont les statuts ont trouvé place dans un ouvrage spécial (i), s’élève à plus de 900 millions de francs. Cette création immense et toute récente repose presque entièrement sur des valeurs de crédit dont la circulation est gouvernée par deux banques rivales : la Société générale et la Banque dite de Belgique. Il est nécessaire de caractériser ces deux établissements pour apprécier à sa juste valeur l’influence qu’ils ont exercée sur le développement de l’industrie belge ; influence qui s’étend à la politique même, car la société générale et la Banque de Belgique représentent deux partis politiques : le premier est celui de la maison d’Orange; le second est celui de la révolution de «83o.