‹ Cours d'économie industrielle 183839 par m. Blanqui aĩnéChapitre 74 sur 118 · SOCIÉTÉ GÉNÉRALE POUR FAVORISER L’INDUSTRIE NATIONALE · texte numérisé non relu

SOCIÉTÉ GÉNÉRALE POUR FAVORISER L’INDUSTRIE NATIONALE

Elle fut fondée en 1822, sous les auspices du roi Guillaume, et reçut le titre de Société générale des Pays-Bas pour favoriser l’industrie nationale. Son capital de io5 millions de francs fut formé en partie de t\o millions fournis parle prince lui-même,

(1) L’y<cno«naire,pubUeàBrnxelIe«p.irM. Balleroy, nnvem. i838.

au moyen d’assignations de domaines. Le roi accorda en outre sa garantie personnelle aux actionnaires pour les 5 p. o/o d’intérêts annuels promis par les statuts.

Cette société, dans laquelle nos habitudes peuvent nous faire trouver surprenant de voir un roi régnant comme principal actionnaire, doit finir en 1 849. Elle a la faculté d’émettre des billets à vue, au porteur;

De faire des emprunts sur son fonds primitif;

D’administrer à son gré les domaines qui lui appartiennent en vertu de la délégation du roi.

C’est en vertu de cette dernière clause que la magnifique forêt de Soignes, en avant de Bruxelles, a été mise en coupe réglée et s’est bien éclaircie depuis quelques années.

En souscrivant pour une somme de ao millions de florins , l\i millions de francs environ, le roi de Hollande est devenu le premier spéculateur de son royaume ; il a donné à ses sujets l’exemple de l’agiotage (1).

(1) J’avoue que ce jugement me parait, sinon injuste, au moinsd’ane sévérité excessive.

Loin de considérer dans cette circonstance la conduite du roi de Hollande comme le résultat d’une spéculation purement commerciale et d’y voir une leçon d’agiotage pour la nation hollandaise , je crois qu’il serait plus exact de l’attribuer au louable dessein de donner & l’industrie des provinces du Hainaut, du Brabant et des Flandres , un stimulant et des facilités qui, en leur profitant directement, fût en même temps utile aux provinces commerciales , formant aujourd’hui le royaume de Hollande, et dont la mission naturelle était de fournir les manufactures nationales de matières premières et d’exporter leurs produits.

Toutefois, les statuts de la Société générale, sauf la clause qui l’autorisait à prêter sur hypothèques, faculté dangereuse pour une banque, ressemblaient assez exactement à ceux de toutes les grandes banques d’escompte, et plus d’une fois sans doute cette société a dû être embarrassée de l’emploi de son capital.

Ce fut pour obvier à cet inconvénient que, lorsque la fièvre d’industrialisme s’empara de toutes les tètes, en Belgique comme en France et en Angleterre; lorsqu’au lieu de demander une fortune modeste à de longues années de laborieux travaux on voulut l’obtenir en quelques mois de hasardeuses spéculations; lorsque, en un mot, le jeu gagna autant de nouveaux adeptes que la religion du travail perdit de zélateurs; ce fut alors, dis-je, en 1 835, que l’on

La souscription du roi Guillaume n’a donc pas été, suivant moi, une spéculation, dans la mauvaise acception du mot, mais une démarche honorable, faite dans le but de provocjucr la création d’un établissement de crédit dont l’utilité pour le pays est incontestable; établissement qui , sans cette haute initiative, n’eût peut-être pas été fondé, et dont on n’aurait jamais eu qu’à se louer si, dans ces derniers temps, et depuis la séparation des Pays-Bas en deux royaumes , il ne fût pas sorti de* sages limites qui lui avaient été imposées par les statuts de 1822 , approuvés par le prince dont il s'agit.

Peut-être, je le sais, eût-il été plusgénéreux de la part du roi de ne pas stipuler des intérêts de 5 p. o/o pour des propriétés foncières qui ne rapportaient certainement pas une rente aussi forte ; mais l’on peut considérer que dans sa pensée il regardait peut-être ce revenu assuré comme une compensation de la garantie offerte par lui aux actionnaires.

Sous ce rapport donc, la conduite du roi s’explique si elle ne se justifie pas complètement; sous tous les autres je ne la crois susceptible que d’éloges.

{flfotc < lu rédacteur.)

imagina de greffer sur la Société générale une entreprise nouvelle, connue sous le nom de Société nationale, au capital de i5 millions de francs pouvant s’élever à a5, avec faculté de commencer les opérations dès que la moitié des actions seraient réalisées : elles étaient toutes au porteur. La Société nationale eut trois directeurs dont l’un était déjà gouverneur de la Société générale , le second commissaire de la même Société , et le troisième nouveau. Ces trois directeurs ne devaient jouir d’aucun traitement; mais ils s’étaient réservé i5 p. o/o des bénéfices. C’est le cas de rappeler le vieil adage qu’il n’y a pas de fonctions plus coûteuses que les fonctions non rétribuées (i).

Le but de la Société nationale , fille de la Société générale, était:

De contribuer à la formation de toutes les entreprises utiles, en y prenant un intérêt;

D’exporter les produits du sol et de l'industrie nationale;

(t) Cet adage est juste; mais son application est-elle entièrement fondée? 11 semble que ce qui convient le mieux il des actionnaires soit la réduction des frais généraux; or, l’absence de tout traitement d’étatmajor en est une fort importante; et il est juste qu’une fois les intérêts payés, ceux qui par leur intelligente direction ont fait prospérer l’entreprise, aient une largepart aux bénéfices dont ilssont lesanteiirs, La seule crainte que l’on puisse concevoir, c’est que, leur cautionnement étant très faible et leur responsabilité nulle , la société étant anonyme, ils ne lancent celle-ci dans des opérations offrant de grands bénéfices, mais d’une réalisation incertaine? C’est là, je le sais, ce qui est trop souvent arrivé en Belgique , mais le remède est dans une responsabilité réelle et non pas dans la substitution de gros appointements à une part dans les profits, quelque élevée qu’elle soit.

{IV ote du rédacteur.)

— 3ao —

De construire et d’affréter les navires;

D’acheter et de vendre des marchandises, des rentes et autres valeurs.

Cette vaste maison augmenta naturellement la clientelle de la Société générale, sans parler des profits que dut faire cette compagnie sur la négociation des actions de la société qu’elle créait. En réalité , c’était la Société générale qui, ne pouvant sortir de ses statuts (i) pour se livrer à un autre commerce que celui de l’or, de l’argent et des lettres de change, trouvait commode de faire fructifier, au moyen d’un nouveau capital prélevé sur le public, le capital de i o5 millions qu’elle avait dans les mains. Ce fut alors que les petites industries commencèrent à ressentir les rudes effets de la concurrence d’un établissement qui marchait à l’accaparement ou à l’anéantissement de tous les autres. Il n’y eut bientôt plus de salut hors de l’église financière établie, dont les prélats, fidèles aux saintes traditions, s’assuraient chaque jour de nouveaux bénéfices. Si je ne craignais ici de rencontrer des noms propres, il me serait facile de citer à l’appui de ce genre d’abus des chiffres positifs qui sont de véritables énormités.

Nota. Voici, sans nommer personne, le tableau

fi) Elle en était déjà sortie cependant en cre'ant en i8a5 la Société du Luxembourg pour lés recherches et l’exploitation des mines, minières et carrières dans le grand-duché de Luxembourg, etc.; capital, ni millions de francs.

(Note du rédacteur.)

comparatif du partage des bénéfices de la Société, entre ses trois directeurs dont le cautionnement collectif est de 1 5o,ooo francs, et les simples actionnaires.

Le compte rendu de i836, signé par les trois directeurs, présentait une somme de 1,100,000 £r. à la balance du compte de profits et pertes; elle a été distribuée de la manière suivante :

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