BANQUE DE BELGIQUE
J’ai dit, tout à l’heure, comment le crédit public, en Belgique, était tombé dans la dépendance de deux grandes compagnies particulières : la Société générale, fondée sous les auspices du roi Guillaume, au capital de io5 millions, et la Banque de BeU gtqufi, établie en rivalité de la première, au capital t}e qo millions. Chacun sait maintenant comment la Société générale a cherché à envahir toute l’inT dystrie belge , sous le nom de diverses entreprises qu’ejle a successivement créées en se faisant la part du lion dans la distribution de leurs profits. L’exagération même de cette part démontre que toutes ces entreprises n’étaient que des succursales, sans existences propre, et complètement subordonnées aux intérêts de la société fondatrice. Aussi, l’on ne tgrda pas à s’apercevoir que le roi Guillaume était encore le m^Ure en Belgique, par sa seule qualité de plus fort actionnaire de la Société générale, et la Banque de Belgique fut établie pour rivaliser avec elle.
Il y avait Heu de penser que , en raison même du but de son institution, la nouvelle Banque s’écarcarterait quelque peu des errements de l’ancienne. Ses statuts du moins semblaient l’annoncer (Ils sont reproduits à la fin de la leçon, avec ceux de la Société générale), et la confiance alla si loin, qu’elle fut autorisée à recevoir, en qualité de caisse d’é-
pargne , le dépôt des économies du pauvre et de l’artisan. Elle devait opérer à la fois comme banque de dépôt, de circulation, d’escompte et de prévoyance. Le traitement du directeur était modéré; il ne recevait en sus que i p. o/o sur les bénéfices. Un dixième du produit de ces mêmes bénéfices devait être mis en réserve , pour garantir le paiement des intérêts à 5 p. o/o. Tous les ans, an 3i décembre, la société serait tenue de clore ses comptes et de dresser son bilan. Enfin, par une disposition spéciale, Je gouvernement se réservait le droit d’empêcher ou de suspendre toutes les opérations qui lui sembleraient contraires aux intérêts de la Bel-* gique. Que fallait-il de plus pour assurer aux actionnaires une sécurité complète ?
Cependant, les hommes instruits des saines théories du crédit purent remarquer avec quelque inquiétude la faculté concédée à la Banque de Belque d’émettre des billets au porteur, de ioo francs , et même de 5o francs. Il était évident que cette faculté , contenue dans de sages limites , aurait pour résultat d’accoutumer les classes inférieures à l’usage du papier de crédit; mais la conséquence naturelle était (Je faire affluer à la Banque, au moindre indice de trouble, tous les petits billets en circulation, et d’ocçasionner une demande d’argent qui pouvait être fort dangereuse dans un moment donné. L’événement n’a que trop justifié depuis ces appréhensions, et l’on a vu accourir les premiers, tout effarés , précisément les porteurs de ces petits billets
sur lesquels on avait fondé tant d’espérances (i).
Un autre inconvénient non moins grave ne tarda pas à se manifester; ce fut celui d’avoir confié à la Banque le dépôt des épargnes , sans prendre avec elles, pour ce dépôt sacré, des sûretés spéciales. Il est résulté de cet excès de confiance que les fonds de l’épargne ont été compromis avec le capital des actionnaires dans les spéculations hasardeuses de la Banque , et que si le gouvernement ne fût pas venu au secours de cet établissement, à l’époque de la suspension des paiements, les malheureux déposants eussent couru toutes les chances des actionnaires.
Ce sont là des imprudences graves dont le gouvernement eût pu devenir responsable. Maintenant, si on se demande de quelle nature étaient les opérations qui ont amené la catastrophe de la Banque, l’étonnement redouble en lisant les statuts de cet établissement. Comment une banque de dépôt peutelle se ruiner, à moins de jouer sur les dépôts qu’on lui confie? Comment peut-elle se compromettre par des escomptes, lorsqu’on trouve dans sa charte constitutive un article tel que celui-ci, article méticuleux à force de prudence : « La Banque peut émettre <r des billets au porteur pour une somme qui ne dé- « passera pas le capital social , et sera toujours re-
(i) Le contrecoup se fit sentir à la société generale qui eut à rembourser en quelques jours 3, 200,000 fr. de billets et 16 millions «l'épargnes. Les deux etablissements furent obliges de faire acheter à Paris et à Londres des quantités considérables d’or et d’argent qui gagnèrent beaucoup dans le voyage.
« présenté dans ses caisses par'des valeurs réelles. » On ne saurait comprendre une catastrophe dans la limite de ces prescriptions ; et, en effet , c’est pour les avoir foulées aux pieds que la Banque de Belgique a éprouvé un échec. On reproche à ses fondateurs d’avoir inséré, avec une arrière-pensée d’agiotage, malheureusement trop réalisée, l’article 8 des statuts, en vertu duquel la société pourra, est-il dit, étendre par la suite le cercle de ses opérations à d autres branches de commerce , sur la proposition de l’administration, approuvée par l’assemblée générale, et sanctionnée par le roi.
Ici commencent les abus ; car la Banque sortait de ses attributions naturelles en faisant autre chose que de prêter sur dépôt de titres, rentes et autres valeurs régulières et facilement réalisables ; elle s’affaiblissait en s’étendant, et elle risquait de se ruiner en s’affaiblissant dans un moment où les plus hautes questions politiques étaient indécises. Aucune excuse, si ce n’est l’amour du gain, ne saurait être invoquée par elle en faveur de la hardiesse qu’elle a eu de se jeter dans les spéculations de fonds publics, en vertu de ce fatal article 8 . Je ne sais jusqu’à quel point sont fondés les bruits qui ont couru en Belgique , et qui exagèrent sans doute les torts de l’administration de la Banque quand ils l’accusent d’avoir éprouvé en un seul jour une différence en perte de ia millions sur les fonds anglais (i); mais il est
(i)On voit dans le premier compte-rendu , publie' par la Banque de Belgique, les profits bruts s’élevant à j,5t)S,a34 t. a4 c- sc diviser
certain que le plus grand de ses torts a été d’abuser, dans des circonstances évidemment inopportunes, de la lettre d’itn des articles de sa charte. Bientôt elle imita les procédés envahisseurs de la Société générale, en s’immisçant dans tine foule d’entreprises industrielles aveuglément encouragées, et en essayant de constituer à son profit des monopoles
en deux catégories distinctes ; Tune comprenant les bénéfices licites , la si ronde ccut qui pfennént leur source dâtls l’dgiotageet les jeux de bourse.
TRIMÈRE CATÉGORIE.
Intérêts et commissions de banque 44,°8i fr. 11 e.
Solde du compte des effets escomptas 182,102 a 83 «
Intérêts et commissions pouf prêts sur fohds
public* 21,865 « 26 k
Intérêts et commissions des comptes-courants. . . 4 {0,190 « 5q «
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