‹ Cours d'économie industrielle 183839 par m. Blanqui aĩnéChapitre 94 sur 118 · VINGT-SIXIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

VINGT-SIXIÈME LEÇON

DU CAPITAL

atugut d’aXOUTIMI. — SPCCBBMLU.

1" min 183».

Un fait digne de remarque, c’est que le crédit, tel que nous le comprenons aujourd’hui, doit sa naissance et ses progrès à deux Écossais, tous deux hommes du plus grand mérite, tous deux méconnus, persécutés, tous deux morts dans la misère loin de leur pays natal. On sait l’histoire de Jean Law et de la Banque de circulation qu’il établit en France ; on connaît moins le nom de W. Paterson, fondateur de la Banque d’Angleterre. Je devais en faire mention dans un travail qui a pour objet d’étudier un établissement de crédit dont il eut le premier la pensée et qu’il parvint à créer malgré les obstacles de toute nature qu’il rencontra sur sa route.

W. Paterson, auquel son pays doit le premier établissement colonial qu’il posséda dans l’Amérique centrale (l’isthme de Darien), conçut la Banque d’Angleterre avec toutes ses qualités actuelles et

sans aucun des défauts et des vices que l’on a intro- *

doits depuis dans son organisation. 11 comprit qu’elle devait être une grande maison faisant le commerce des lettres de changé a courtes échéances au moyen de billets remboursables à vue en espèces et dont le paiement à présentation était suffisamment garanti par une réserve en numéraire variant du quart au tiers des billets'lancés dans la circulation.

Le premier capital de la Banque fut fixé par W. Paterson à 1,200,000 fr. L’étonnement de ses contemporains fût grand lorsqu’ils le virent tripler son capital avec ses billets de banque et escompter par leur moyen pour i5 millions de lettres de change à go jours avec ce capital si modique de i,t>oo,bob IVancfe. Lè gouvernement, surtout, comprit tout tie qu'üh établissement semblable pouvait lui offrir dfe ressources dahs les fréquents besoins d'argent qu’il éprouvait, eh lui escomptant des bons dë l’échiquier bh assignations sur les impôts à percevoir. Aussi, profitant de la nécessité où les directeurs qüi avaient succédé à W. Patefson se trouvaient de recourir à lui pour obtehir des privilèges nouveaux et des renouvellements de privilèges anciens, leur fit-il chèrement payer les uhs et les autres éfi les forçant à escompter fotls les bons du trésor qü’il lui plut de créer, et en les obligeant à chaque prorogation à uné augmentation de capital dont il s’étopfirait constamment et dont il s’engageait seulement à payer l’intérêt.

Telle qü’elle existe aujourd’hui, là Banque d’Ànglfeterre 11’est, à vrai dire, qti’un établissement de crédit au seul service de l’Étât; car ses opérations

avec le commerce sont tellement faibles qu’on l’a vite dans ces dernières années d'escompter à celui-ci qtie pour 3o à 4o millions de lettres de change, tandis que chez nous la Banque de France qui, comme oh le sait* ne travaille qu'avec la Ville dè fcaris, à escompté, dans une seule année; poiir plüs dè 800 millions de valeurs.

Il est juste de reconnaître cependant qtiè l’on ne doit pas attribuer uniquement àtix rapports dé l’Angleterre avec le gouvferiiiemënt dë ce pays la faiblesse de ses relations avec le commerce. Elle prdvient aussi de ce que, ainsi que vous pouvez Vous le rappeler, un grand nombre d’opératiohs cOtti^ merciales et des plus ita portantes, se soldent directement soit par l’échange dés warrants dès entrepôts dont je vous ai expliqué le mécanisme, soit àü moyen des virements de partie et dès liquidations de créance que les 60 à 70 banquiers opèrent chàqtié jour pour le compte de leurs commettants à l’hôtél des liquidations [Clearing -House) de Londres.

Si donc, je le répète, la Banque entretient peu de relations avec le commerce, ce n’est pas qu’elle liii refuse son appui, mais parce qu’il h’est pas réclamé; elle en a, du reste, donhé la preuve en intervenant dans les époques de crises si nombreuses eh Angleterre, et dans lesquelles on l’a Vue escompter jusqu’à 5oo taillions de valeurs ihdtistrièlles et commerciales. Seulement elle use de la faculté quelle possède d’élever Ou de dimiriher à son gré le taux de ses escomptes poiir diriger les affaires en arrêtant

par la rigidité de ses conditions toutes les entreprises mauvaises ou hasardées.

Mais à ce rôle de régulateur se borne pour ainsi dire son utilité commerciale : semblable à la vieille garde, elle ne donne que dans les grandes occasions; pour tout le reste du temps elle est presque uniquement la machine financière du gouvernement pour lequel elle remplit les différentes fonctions que je vais énumérer.

Elle fajt pour son compte le recouvrement des taxes dont elle avance le montant au moyen de l’escompte des bons de l’échiquier dont il a déjà été question.

Elle paie pour son compte toutes les dépenses administratives, solde les troupes , la marine , les ouvriers des arsenaux , etc.

Elle fait le service du paiement des intérêts de la dette publique pour les frais duquel elle recevait autrefois une indemnité de 6,785,000 fr. qui a été réduite de 3 millions, lors du dernier renouvellement du privilège. Cette indemnité qui peut encore paraître énorme, s’explique cependant lorsque l’on considère que la Banque est responsable de la régularité des transferts de rente; et qu’à ce titre elle a dû rembourser il y a quelques années et pour une seule opération une somme de douze millions de francs, montant de rentes transférées sans titres valables.

Les autres opérations de la Banque consistent à escompter les valeurs de commerce, à acheter et vendre de l’or et de l’argent, à faire des avances sur

dépôts de marchandises qu’elle fait vendre « la criée , si l’on ne paie pas à l’échéance (i).

Ses bénéfices se composent de l’escompte des bons du Trésor, de l’intérêt des soldes énormes dont elle est dépositaire pour le compte du gouvernement et qui se sont élevés jusqu’à 3ao millions de francs, de l’intérêt des dépôts considérables qui lui sont

(■) Cette dernière opération s’écarte tout à fait des attributions de notre Banque de France, et l’on peut dire que, si dans certains cas elle peut être utile à des commerçants ou industriels momentanément embarrassés , il peut aussi en résulter de graves inconvénients , non seulement pour les banques et les emprunteurs dont il s’agit, mais encore pour tous les industriels et commerçants de la même partie.— Je m’explique. — Qu’à l'approche d’une crise comme celle de 1816, 3a ou 3^, des industriels, ne pouvant trouver à placer leurs produits et ayant des engagements à remplir, consignent une partie de marchandises à la Banque en garantie des avances qu’ils reçoivent d’elle ; l’état des affaires n’ayant fait que s’empirer au lieu de s’améliorer, ils ne pourraient payer les billets qu’ils auront consentis à la Banque. Celle-ci, pour se couvrir de ses avances, fera-t-elle vendre à la criée ? Mais les marchandises qu’elle aura dans scs magasins ne seront pas les seules invendues et lorsqu’elle les mettra à l’enchère , elles auront à soutenir la concurrence des marchandises semblables s’offrant aussi à perte! Ainsi donc, si elle vend, il peut arriver qu’elle ne retire pas, par suite de la dépréciation de son gage, le montant de son découvert, elle ruinera certainement son emprunteur , et elle causera un tort trèsgrave à tous les autres commerçants et industriels également engorgés de produits sans placements, qui pourront bien être ruinés par une concurrence aveugle et qui vend au-dessous du cours.

Mais d’un autre côté aussi, qu’arrivera-t-il si elle ne vend pas? avec quoi remboursera-t-elle les billets qu’elle aura remis comme argent à son consignatrur , et qu’elle doit craindre de voir présenter surtout dans un temps de crise? sera-ce avec ses ballots de marchandises dont personne ne veut ? Impossible

Que faire donc ? faut-il approuver une opération qui n’est après tout qu’un prêt sur gage et qui compromet ainsi, non seulement les deux parties, préteur et emprunteur, mais encore des tiers étrangeis?

( Note du rédacteur. )

confies parlés particuliers, de l’escompte des lettres de change, des profits du trafic des matières d’or et d’argent, des commissions qu’elle perçoit pour ses avances sur marchandises, et de l’intérêt des rentes que lui paie le gouvernement pour la portion de son capital ddnt il s’est ettiparé.

Tous tes profité réunis Sont énormes , ainsi qu’ii résulte du chiffre des dividendes distribués entre les actionnaires depuis l’année 1 790 > dividendes qui ne s’élèvent pas à nioihs de 5i millions de livrés sterling ( plus de i,3oo,ooo,ooo de francs ).

Fondée $ comme je l’ai dit, en 1694 * la Banque fit renouveler huit fois SGti privilège; en 1697, 1708, 1713, 1 74a , 1 764 , 1781, 1 800 et 1 834- En 1 74a , le capital était de 8,900,000 liv. sterl. ; il fut porté à 1 1 ,64a, 000 liv. ster. en 1 78a , et à 1 4, 953, 000 liv. st. en 1816.

Ce grand établissement est administré par un gouverneur, un sous-gouverneur et vingt-quatre directeurs j choisis et élus annuellement par les actionnaires possesseurs d’au moins 5oo livres sterl. ( 1 a, 5oo f; ) d’actions. Depuis i834, la Banque est obligée de tenir quatre assemblées générales par an, d’y exposer sa situation , d’en instruire le chancelier de l’échiquier , et de faire imprimer et publier tout ses comptes dans hh jouènal désigné.

Afin de prévenir le retour de crises semblables à celle qui dura de 1797 a 1821 , et qui vous est trop connue poür qu’il soit nécessaire de vous en faire de nouveau l’histoire, le conseil des directeurs a admis, comme réglé, l’existence en caisse

d’une réserve, en numéraire ou lingots , égale au tiers de ses émissions et de ses dépôts. Cette réserve pourrait n’ëtre pas regardée comme suffisante, si, le capital ayant été , comme on l’a vu en Angleterre, aliéné par le gouvernement, les opérations consistaient seulement en escomptes d’effets de commerce; car , dans le cas de non-valeurs, il ne serait pas possible de rembourser les billets avec le capital de la Banque. Heureusement les opérations de la Banque d’Angleterre ne sont pas de cette nature, elles reposent sur une base plus solide, l’escompte de l’impôt, qui reniré toujours, et ne pourrait manquer que dans des temps* de crises extraordinaires, dont aucune précaution ne saurait garantir.

Les billets de la Banque de Londres, dont le cours est obligatoire par toute l’Angleterre , ne sont tous remboursables en Or qu’à là caisse de cette Banque; chaque succursale n’était tenue à rembourser que les billets émispar elle. Leur circulation, qui était de 1 6 millions sterl.(4oo millions de fr.) en i8o3, s’est élevée à 3o millions sterl. millions de fr. ) à une époque plus récente.

L’ancien privilège de la Banque , qui défendait à toute téuniôn de plus de six personnes de faire la banque, et d’émettre des billets de circulation payables au porteur, a été modifié lors du renouvellement de 1 834 , qui a limité cette restriction à un rayon de vingt-cinq lieues autour de Londres.

Dans le but de faciliter les opérations qu’elle fait pour le compte du gouvernement, et conserver en même temps la haute main sur toutes les grandes

affaires de crédit et les principales industries nationales, la Banque d’Angleterre a installé sur les différents points du territoire, douze succursales, dirigées par des employés nommés par elle et émettant ses propres billets.

Ces succursales sont situées à :

Manchester , centre de la fabrication cotonnière.

Leeds , idem lainière.

Birmingham, idem ferrière.

Liverpool , chef-lieu du commerce maritime.

Newcastle, centre des exploitations de houille.

Hull, centre du commerce avec la Suède et la Russie. ,

Norwich, ville industrielle, qui possède de nombreuses manufactures de coton , de laine et de soie, des mines de houille, etc.

Plymouth, ) grands ports de guerre, arse-

Portsmouth, j naux, etc.

Glocester.

SwANSEA.

Bristol, centre du commerce avec les Indes- Orientales.

Dans une prochaine leçon, nous nous occuperons des banques d’Angleterre et d’Écosse, et des banques privées.

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