SECTION V
Comment il doit être fait deux parts des Profits.
C’est une loi dictée par la sagesse la plus vulgaire que si le Gain est satisfaisant et surtout exceptionnel , il faut faire la part de l’Avenir qui n’est rien moins qu’assuré. Les
Profits sont la principale source de l’Épargne, el cest elle surtout (|ui est chargée de faire face « a l’imprévu. » Qu’un sinistre éclate, qu’il enlève à l’industriel partie de sa fortune ; qu’il survienne des chômages qui affligent plus ou moins longtemps la Fabrique. Comment, si l’on ne possède certaines ressources, distraites avec soin et persistance des Profits antérieurs, comment parer à ces accidents; à quels moyens i-ecourir ?
Examinons :
Prendra-t-on sur le fonds de Roulement , c’est-à-dire sur des ressources strictement mesurées au train des afiaires , l’argent nécessaire pour tenir lieu de ce qui est a tout jamais « sorti?... » Mais c’est ôter de sa puissance al un des rouages essentiels, car c’est le moteur qui cesse de mettre en mouvement ce qu’il doit faire évoluer. — Contracterat-on , d’autre part, quelque emprunt ? c est assez 1 usage. Il n’est pas rare de voir chercher à suppléer ainsi à l’absence d’épargnes , quand le revenu manque et qu’il surgit de graves embarras.
Mais une fois entré dans cette voie , il est difficile de ne pas s’y engager chaque jour davantage. Rien n’est d’ailleurs plus funeste , dans l’industrie aussi bien qu’ailleurs. Ce n’est pas que l’Intérêt ou loyer de l’argent constitue pour « l’industriel » une charge démesurément lourde. Non. Payer 6 0/0, taux ordinaire des avances en cours de commerce , le jouroù l’on emprunte, ou bien ser\ir a des commandiaires ce même intérêt ne présente au fond pas de différence. Comme « l’Entrepreneur » compte sur « des Profits » plus que doubles la plupart du temps , le sacrifice n’a rien ([ue de rationnel. L’argent est ici un Capital , c’est-à-dire « un Instrument » dont les services doivent être payés. Seulement, ce qu’on paye aux autres est autant qu’on perd et qu’on pourrait gagner , se payer à soi-même si l’on disposait de quelque épargne ; mais là
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n’est pas, nous le répétons , le mauvais côté de ces appels instants, et parfois cruels, faits au Crédit, Ce qui mérite de fixer l’attention, le voici :
Tout homme ainsi acculé « à l’expédient » comme on dit dans les affaires perd de sa considération et partant « de sa valeur » aux yeux de ses pareils. Engagés, comme lui dans des opérations pleines de difficultés et partant semées « de risques, » ils ont généralement bien pris leurs mesures pour pouvoir triompher, soit avec leurs propres ressources, soit par un bail de fonds de tout accident. Pour eux, le chapitre « de l’Imprévu » n’existe pas; chacun sut comment y faire face.
Donc tout industriel , tout commerçant qui s’écartant des routes battues de l’Escompte, pour renouveler son Fonds en tout ou en partie , est réduit « à emprunter » et ploie comme on dit sous la charge , perd par cela même de sa valeur dans l’opinion commune.
— « Cet homme travaille mal, » diront à l’unisson des concurrents toujours aux aguets. Car l’intérêt contraire excelle à découvrir le côté faible de la cuirasse chez ceux qu’il a quelque raison de craindre. — Ce langage a de l’écho. Cela arrive et monte jièsqu’aux plus hautes sphères de la Banque, c’est-à-dire là où tout ce qui « trafique » est particulièrement intéressé à maintenir son crédit entier. La vérité est qu’on aura ici péché par quelque coté au moment voulu. On a par exemple épuisé en folles dépenses la marge « des Profits » quand il aurait fallu faire ici deux parts : l’une pour l’Épargne , de façon à pouvoir parer aux circonstances , l’autre pour des Dépenses de famille strictement mesurées à ce qui est nécessaire alors que le Profit était des plus modestes.
L’homme qui pour acquérir de la fortune ou pour ajouter à ce qu’il possède, se place sur le terrain particulièrement branlant et peu sûr de l’Industrie ou du Trafic, doit se
montrer plus réservé, plus sage. Il ne doit pas ajoutera une somme « de risques » plus ou moins menaçants celui de perdre de son crédit et de sa force pour avoir épuisé inconsidérément la marge de son gain.
L’on doit donc toujours faire ici la part « de l’imprévu. » Sans parler de ce qu’a de périlleux l’oubli plus ou moins grand de cette règle , il est manifeste que la disponibilité de quelques épargnes donne à l’esprit une liberté qui double l’élan avec les forces.
Qui ne sait, d’ailleurs , que les années se suivent « et ne se ressemblent pas ?... » II est arrivé plus d’une fois que des filateurs, en temps de crise , furent forcés de travailler « à perte. » Le pire eut été de fermer l’atelier. Comment conserver, si l’on cesse de travailler , un achalandage lentement formé, outre que l’ouvrier déserte et va chercher ailleurs l’ouvrage qui lui manque? Entre-temps, l’outillage se détériore bien plus que si , étant utilisé , son état ne laissait rien à désirer au regard de l’entretien. Ne retrouvàt-on que l’avantage de maintenir entier le Fonds, par cela même que l’action de l’Amortissement n’est pas interrompue , il y aurait intérêt à pouvoir conjurer un trop long chômage.
Or, comment entretenir du nécessaire l’atelier si l’on ne dispose de ressources avec soin ménagées?...
L’Épargne a ici d’ailleurs une double fm. Gomme elle s’accumule avec les bénéfices, il devient facile de mettre l’exploitation sur un plus grand pied. C’est le fonds d’Opération devenu plus lâche qui peut répondre à de plus nombreuses affaires , supposé que le Capital « fixe » n’ait pas besoin de s’élargir par une construction annexe ou par l’emploi d’un plus puissant outillage. .
C’est ainsi que prendra de plus grandes proportions l’affaire dont les débuts furent plus que modestes. Où l’on ^ voyait une simple Boutique , le Magasin spacieux s’étale.
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où il n’y eût dans le principe qu’un Tissage de 50 métiers, moins de dix ans après on en comptera 300. Comment Jean- Baptiste Say, qui avait débuté par être son premier ouvrier avec l’aîné de ses üls pris comme rattacheur, en venait-il au bout de peu de temps à former un atelier de plusieurs centaines de travailleurs ? Gomment avait-il pu « Entreprendre » chaque jour davantage ? Si au fur et à mesure qu’il réalisa de plus gros bénélices, tout avait été fortement dissipé , jamais rien de pareil ne serait arrivé. Mais l’Epargne, en permettant par l’accumulation des Profits d’être toujours en « mesure, » réduisait l’étendue « du Risque, » en même temps qu’on pourra élargir le champ d’une industrie qui prospère.
La part « de l’Avenir » ainsi faite, la famille, on l’a dit, doit pouvoir recueillir, par plus de bien-être , le fruit de constants efforts. Son instruction sera l’objet d’un soin particulier; rien ne saurait être négligé pour que quelqu’un de ses membres puisse continuer l’œuvre fondée par le père, et qui à fructifié entre ses mains. « La Tradition » est, on le sait, une force en même temps que « se perpétue » dans les familles la Considération avec la Fortune.
A l’exemple de ce qui se passe en d’autres pays, qu’il faut citer comme des modèles en fait de trafic, les tils, quittes envers l'École, voyageront. Ils pourront ainsi s’instruire au contact de l’homme de savoir, d’expérience, qu’il est bon de connaître. Ils seront dès lors facilement initiés aux meilleures méthodes.
Voyager, c’est voir ; et voir c’est apprendre. — On sait comment en usait ici Richard Cobden.