‹ Cours d'économie industrielle à l'École Turgot [microform]; instructions graduéesChapitre 50 sur 60 · SECTION VI · texte numérisé non relu

SECTION VI

De la part afférente à l'Épargne dans le Salaire.

S’il est vrai, comme l’établit avec une lucidité remarquable Adam Smith, que le Produit « annuel» de laTerre^

et du Travail se distribue dans chaque pays entre trois grandes classes d’intéressés : — les Propriétaires qui touchent « un fermage » ou rente de leurs immeubles , — les Travailleurs proprement dit vivant « de Salaires; » et finalement celui qui retire de son industrie , de ses capitaux un certain « Profit, » il est évident que la rémunération « fixe » du travail couvre simplement pour le plus grand nombre les frais de Production. » Là où tout est stricte-

ment mesuré « aux nécessités » de l’existence, il n’es point « de profits » appréciables, puisque la Recette et la Dépense se font à grand’peine équilibre. D’où celte conséquence , qu’en l’absence de tout « excédant » la part de l’Épargne sera quasi nulle.

On sait que la plupart des Économistes dont ce sujet à fixé les regards, considèrent , de même qu’Adam Smith en son temps, le taux des salaires comme généralement « fort bas. » Jean-Baptiste Say n’hésite pas à déclarer que pour le plus grand nombre de travailleurs , c’est-à-dire pour ceux qui n’ont pas dû passer par un long et difticile apprentissage ou que ne recommande pas une aptitude singulière, le Salaire est mesuré à ce qui est absolument « nécessaire » pour subsister.

« Dans chaque pays, lui arrive-t-il de dire, le Salaire des plus grossiers travaux ne s’élève guère au delà de ce qui est rigoureusement nécessaire pour y vivre, et le nombre des concurrents s’y élève toujours au niveau de la Demande qui en est faite et trop souvent l’excède. »

En d autres termes, selon qu’il a déjà été autre part observé , c’est l’Offre qui déborde généralement sur la Demande. D’où le niveau de la rémunération « fixé, » relative-

ment à tout le reste , si bas , que cela confine trop souvent « au strict nécessaire. » Le Profit est donc ici à peu près nul, ou pour parler comme Jean-Baptiste Say, il y a

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absence . d’excédant de la valeur rentrée sur la valeur

' Là ou l’Épargne a si peu d’occasions de se constituer, puisqu’elle manque de son aliment essentiel . le.Profit, ■

le serait se faire de grandes illusions que de Caisse dite . d’Épargnes • comme remplissant » “^i m des économies que peut faire le Salariat 1 office d un b heureux et important refuge. C’est un vivier ou peuvent bien se rencontrer en grand nombre plusieurs poissons, mais qui est médiocrement empoissonne de cette Lpèce particulière d’ovipare qu’on nomme * ”

du Salarié. Non-seulement « la semence » ^ ® P

rares, mais.elle y atteint difficilement ce degre de fo' ce de croissance qui fait qu’elle peut se reproduire déserte, ou bien il meurt au bout de peu de temPS ea"® laisser rien après lui. C’est ce que prouvent certains

chiffres, en parlant sans figure.

Voici , en effet , ce qu’on remarque.

Dans un temps où l’Épargne générale était des plus riches , les 488 caisses de dépôts établies par toute la France avaient vu monter les sommes successivement versees a 508 millions. C’est le chiffre accusé au début de 1868.

Or, comme les retraits et les versements “P®"

rés chaque année se feront équilibre par “200 ™‘'liu environ ; que d’autre part , le Salariat , - gens ® 1“'*' ou jouissant d’un traitement fixe , - concourait a ce moi vemeiit de va-et-vient pour 58 0(0 , ou voit tout de suite , que ce qui revient , de ce chef, aux économies rea isees

par le Salaire, annuellement, n’excede pas l“-0 C’est là , à tous les points de vue , un mince résultat. Ce chiffre représente, en effet, les économies, •'‘«“eles» d’un million de travailleurs , alors que le nombre total

montait à prcs d.6 9 millions.

Les retraits remplacés par d’autres dépôts montrent au

IV« PARTIE

FIN ET CHARGES DE LA PRODUCTION. -i95

surplus combien ce fonds d’Épargnes est « mobile. » Ce n’est pas là une richesse qui s’accumule ou qui s’immobilise comme « les Profits » de l’Entrepreneur. Non. La Caisse est simplement pour les faibles et rares économies du Salariat « une station. »

« Ces petites épargnes , remarque à ce propos Mac Culloch , seront fidèlement conservées aussi bien que l’intérêt dont elles s’accroissent pour assister le travailleur dans ses besoins à venir. »

Cela retourne ainsi tôt ou tard , et plus tôt que plus tard au Fonds des « consommations » courantes. En d’autres termes , comme le poisson n’a que peu de chance de pouvoir se reproduire» sur 'place; » qu’en réalité, il ne multiplie pas , « le vivier ne saurait s’empoissonner » de ce chef. — Le moindre chômage, en effet, pour maladie ou pour toute autre cause, s’en vient détruire un petit fonds si péniblement formé.

Que le jeune ouvrier qui vécut constamment d’Ordre , d’Économie et qui possède quelques Épargnes , songe à s’établir et qu’il prenne femme; que tel autre, devenu chef d’une jeune famille ne puisse suffire avec sa paye aux soins de l’enfance , laquelle double le poids des charges sans rien produire encore , voilà qu’on devra s’attaquer à ce Fonds d’épargnes dont il ne reste bientôt plus rien. Autant en fait l’ouvrier déjà sur l’âge qui ne reçoit qu’une paye plus que jamais insuffisante. Sans doute, il survient des versements par ailleurs qui remplacent ces retraits forcés. Mais il arrive un moment où la nécessité conduit ces nouvelles recrues de l’Épargne à traiter, à leur tour, la Caisse si bénévolement ouverte , non comme un poste d’observation où l’on attend de pouvoir convertir « en Capital » prolifique ce qui a été soustrait à la Consommation, mais comme une sorte d’hôtellerie où s’abrite, pour (luelques heures, le voyageur avec son bagage.

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La rémunération du Salarié est fort loin , on le voit , vu son exiguïté fatale , de présenter pour la fructification de rÉpargne cette marge qui se rencontre même « aux Profits » minimes. L’Entrepreneur entrevoit de loin le jour où sa fortune sera notablement accrue ; c’est là son espoir, c’est ce qui l’encourage et le soutient dans de constants efforts sur « le terrain » ou il s est place. Mais pour le Salarié, rien de pareil. Par sa rémunération « fixe, » il est comme rivé à une condition qui doit peu ou point changer.

« Les Profits » et , d’autre part , « les Salaires » sont choses, on le voit, dépourvus, d’analogie, au vrai sens du mot et sous quel([ue aspect qu’on les envisage. — Comme mode d’activité, les conditions ne se ressemblent pas et par voie de conséquence « les fins « ne sauraient entrer en parallèle. L’Epargne côtoie de près « le Profit » ; elle vit , si l’on peut ainsi dire , dans sa compagnie , tandis qu’elle est à peine connue de l’homme du salaire ([ui la regardera comme un décevant mirage.

Il n’est à cela , répétons-le, que de fort rares exceptions. — Le Chef d’atélier, le Maître-valet dans une ferme, le Contre-maître et plus loin le Chef d’eiiuipe ; des ouvriers ajusteurs que distinguent un coup d’œil, une habileté rares , un conducteur de rouleaux ou celui qui conduit un métier a broder, dans la broderie mécanique ou dans l’indiennerie; un bon graveur , un bon dessinateur dans cette partie ou dans celle des soieries , toucheront un Salaire relativement supérieur. De là une Recette qui « excède » notablement la Dépense , c’est-à-dire une marge laissée au « Profit. » C’est alors que pourra se former une « épargne )» qui prend avec le temps quelque consistance. Mais ceci est, nous le répétons , le lot du très-petit-nombre. — Tout le reste relevant simplement du besoin « de subsister » et d’y subvenir par son travail , ne sait ce qu’est par cela même le Profit, c’est-à-dire l’Épargne possible.

Voici, du reste, et c’est par là qu’il y a lieu de terminer afin de dissiper l’illusion sur laquelle repose le sentiment contraire,— voici comment on peut montrer par des chiffres à quel point le Salaire garde incessamment une « fixité » relative qui exclut jusqu’à l’idée « d’un Profit » réel :

En 1817, le Bâtiment comprenait, à Paris, 309 Entrepreneurs ou maîtres maçons ; ils employaient 9,000 Ouvriers. — Le Salaire des aides et garçons variera de 2 fr. 50 à 3 fr., tandis que celui des compagnons monte de 4 à 5 fr. dans le

même temps. Plus du 1/3 de ces ouvriers gagnent environ 3 fr . par jour.

Dans la Menuiserie, on compte un millier d’Entrepreneurs ou chefs d’industrie. Ils emploient environ 8,000 Ouvriers de tout rang. Leur Salaire varie de 3 à 5 fr., mais ceux qui reçoivent 5 fr. sont ceux qu’on nommm improprement « marchandeurs « et qui sont à l’état de sous-traitant.

La Charpente emploie de son côté 3,500 Ouvriers, dont 58 à la pièce. — Le Salaire moyen ressort là, à i fr. 80 , le plus

grand nombre gagnant au delà de 2 50, et quelques-uns, en petit nombre, 8 fr.

Les constructeurs Mécaniciens, au nombre de 242, emploient 6,600 ouvriers. — Ils reçoivent de3 à 5 fr. parjour, en général. 644 touchent une paie exceptionnelle qui varie de 5 fi. 50 à 12 fr. Tout ce qui forme cette dernière catégorie

appartient a la classe des chefs d’atelier, modeleurs ou graveurs.

Voici les différences qu’on remarquait moins de quinze ans après, dans ces mêmes régions; c’était en 1860 ;

Maçons. — Nombre d’Entrepreneurs, 641 au lieu des 300 de 1847. Ils emploient 31,000 Ouvriers au lieu de 9,000. — Le Salaire varie de 2 fr. 80 à 5 fr. pour le plus grand nombre. Tout ce qui touche plus de 6 fr. par jour appartient à la classe des Contre-maîtres et Chefs d’atelier qui peuvent recevoir jusqu’à 12 fr. parjour.

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menuisiers. - Il y a environ 1,100 Kntrepreneurs enn

nlnvanl 8 600 Ouvriers. Leur Salaire varie de 4 a i Ir. 60.

C;ue-“ gagnent seulement 3 fr., .tandis pue d’autres reçoivent 10 fr. par jour ; mais tout ce qui dépassé 6 tr. est

Contre-maître, sinon ouvrier de Choix.

Charpentiers. - On emploie 4,971 et non plus 3,5 Ouvriers, ‘comme en 1847. Le plus grand nombre gagne e 4 il 5 fr. par jour. Toute paie supérieure et qui varie de 5 b à 6 fr. ne représente pas au delü de 400 ouvriers^ C e^U que le contre-maître recevra 9 tr. au lieu de 8 comra

'"mécaniciens. - 11 existe non 242, mais 333 Entrepreneurs.

Us occupent 8,417 Ouvriers, et non oT™

vaut. Le Salaire varie de 3 à 5 fr. On compte ams, 7,000 ouvriers sur 8,400. -Les Contre-maîtres, Chefs dateliei, ouvriers d’élite, touchent jusqu’à 20 fr.-par jour au leu

^ P j 9 fl»

Dans ’ l’espace de temps qui sépare 1847 de 1860 les^ Subsistances ont subi, -pain, viande, vin biere, «'■' >

laille porc,-une augmentation quivariedu l/4au l/3sinon

davantage. Eu 1855, par exemple, le t

01 c la livre au lieu de 12 comme en 1849 ; le bccut ü. et

non plus 43 c. ; le mouton 76 et non 54 comme six ans auparavant -, le vin 90 et non plus 60 ; les œufs i6 c la do zaine au lieu de 56 ; les pommes de terre, enfin, 89 c. et 39 c. le décalitre. - La différence est, on le voit, notable.

Or il est facile de se convaincre (lue le Salaire, en général ne s’est nullement accru dans les mêmes proportions.’ L’Ouvrier maçon gagnait 4 à 5 fr. cela n’a pas sensi-

blement changé. On en emploie « laire « individuel » est resté le meme, tant l Offre debo sur la Demande. L’Ouvrier mécanicien touchera de 3 a 5 tr. absolument comme en 1847. Le Contre-maître, l’oii'7'er ^ choix est seul plus favorisé ; mais c’est là, on le sait, 1 excep-

tion.'— Dans la Charpente, on recevait 4 fr. 80 en moyenne? Il s’agira douze ou quinze ans plus tard de4à5fr. Ceux qui touchent par 5 50 à 6 fr. une paie supérieure, forment encore ici « le très-petit nombre. »

Dans la Menuiserie, enfin, on louchait un Salaire variant de 3 à 5 fr. Le niveau semble quelque peu surhaussé puisqu’il oscille entre 4 50 et 5 fr. en 1860. Mais si les uns gagnent plus, d’autres reçoivent moins. Et cependant l’article « Subsistances » haussait notablement de prix dans le même temps.

Ces chiffres font voir que si l’on utilisa plus qu’à pas une époque « les services » de la Main-d’œuvre et si le nombre des ouvriers occupés alla augmentant, le Taux généi’al du salaire s’élève peu ou point dans une période de quelque étendue. Cette époque se fait remarquer par un grand déploiement d’activité. Mais si la Demande augmente, l’Offre de ces mêmes Services, toujours plus considérable, excède notablement l’emploi qui s’en peut faire, et cela suffit pour maintenir la rémunération au niveau ([ue lui marque le prix de la Subsistance.

Le Taux des salaires « varie » donc l’elativement peu

dans un temps donné, et s’ils suivent, de même ({ue celui « des Profits, » une marche ascendante qui se règle sur les nécessités plus larges de l’existence, on peut dire avec Adam Smith, qu’ils montent « insensiblement. » — De là

peu ou point « d’épargne » au sein du Salariat.

Ce qui ressort, enfin, des chiffres qui précèdent, c’est ([ue’ si le prix de la « Subsistance, » — on se sert à dessein de ce mot ([ui répond mieux que tout autre à l’idée générale « du vivre, » — si donc le prix de la Subsistance renchérit nolablenieut avec le temps; si la hausse est même là infiniment plus accentuée que dans le Taux général des salaires, c’est qu’alors qu’il s’emploie le double d’Ouvriers , mieux

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en situation de s’entretenir du Nécessaire qu’auparavant , « le vivre » doit renchérir par cela meme.

Le Taux de la rémunération « individuelle >> ne hausse pas, elle n’est pas sensiblement plus large ; mais comme il y a infiniment plus de gens occupés, utilisés ; que le déploiement de l’Industrie est relativement intense, — Fabrique, Exportation, compagnies de Chemin de fer, Navigation transatlantique, exploitation IMinière, Horticulture, Sucrerie indigène, élève du Bétail, Banque et Trafic en tout genre ; — qu’il y a là un personnel d’ouvriers, de commis, d’employés, de journaliers, de facteurs et de commissionnaires touchant une masse de Salaires infiniment supérieure à ce i[ui existait vingt ou trente ans avant; « ces salaires » achetant par suite beaucoup plus de produits alimentaires et autres « utilités » en tout genre, — à mesure que le nombre des Salariés s’accroît, il arrive que le prix de « la Subsistance » monte. Celui des services ne se modifie pas en proportion ; il doit même garder, à peu de chose près, un niveau relativement « bas « , puisqu’il en existe toujours « plus » qu’on n’en peut uliliser, la Goncur- . ronce en vue «du Vivre » étant là des plus actives; mais cette compétition même fait renchérir le Prix de toutes choses, puisqu’il existe une masse toujours plus grande de « Salaires » , c’est-à-dire de services pouvant « s’échanger » contre d’autres « Utilités et partant les payer.

Voilà comment , (luand tout monte par ailleurs , les salaires seront relativement stationnaires.

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