SUR LA MONNAIE
COMMENT, PAR QUELLE VOIE, LA MONNAIE S’INTRODUISAIT UN JOUR DANS LES AFFAIRES. — CARACTÈRES DISTINCTIFS ET ESSENTIELS DE TOUTE BONNE MONNAIE.
La Monnaie , si divisée dans les affaires , semble inutile quand on réfléchit au mécanisme des Échanges. L’on voit que Pierre a acheté un mouton à Paul qui en a reçu 50 francs; qu’avec ces 50 francs, Paul a acheté un habit. On se dit alors, il eût été beaucoup plus simple que Paul échangeât son mouton « directement » contre un habit. La Monnaie paraît un intermédiaire inutile.
« Cette idée ne résiste pas cependant à l’examen. Quand on réfléchit à ce qu’étaient les échanges alors que la Monnaie n’existait pas on voit quelles étaient les difficultés et l’on retrouve aisément la voie par laquelle le numéraire s’est introduit dans les affaires.
« Les Trocs étaient fort difficiles par suite de l’absence de Monnaie et cela pour plus d’une raison. Tantôt les personnes qui voulaient échanger ne trouvaient pas de produit qui leur convint; d’autres fois, une personne qui voulait céder un objet ne trouvait personne qui le voulut prendre ; ou bien,
apphndice.
les deux objets à échanger n’avaient pas la meme\aleur et on ne savait comment faire pour combler la différence,
« Toutes ces causes apportaient mille et mille obstacles aux échanges. On sentait le besoin d’un objet qui fut desire de tous, qui convint à tous, put être conservé, emmagasine. Cet objet eût satisfuit tous les besoins des échangés. Celui qui veut obtenir du drap en retour de vin et ne trouve pas de drap qu’on veuille ainsi troquer pourra recevoir de la Monnaie, donner son vin et plus tard céder son argent contre du drap quand il en trouvera. Tel autre, qui a cédé un bœuf et reçu un cheval et à qui le vendeur du cheval réclame quelque chose pour compenser la düférence de valeur existant entre les deux animaux, pourra donner de la Monnaie. . , , ,
« Satisfaisant à tous les besoins, la Monnaie, dont les hommes comprirent bientôt rutililè, s’introduisit dans le Commerce. Au fond, la Monnaie peut être considérée comme un billet ou reçu, « une reconnaissance. » Prenons un exemple
pour le faire bien voir : , , ^ ^
« Paul vend à Pierre dix mesures de blé. Pierre donne a Paul 100 francs et ces 100 francs sont une espèce de billet affirmant que Paul a cédé dix mesures de blé à Pierre.
« Si Paul, à son tour, achète à Pierre une pièce de vm, il donne 100 francs qui sont alors comme une preuve que Paul a cédé antérieurement une valeur de lOO francs.
« Un ouvrier reçoit un salaire de 3 francs. S’il achète 3 francs de viande, il donne son argent et se trouve affirmer ainsi qu’il
a travaillé pour 3 francs (i). , . .
« De cette première question il ressort comme solution ceci : La Monnaie s’est introduite dans les affaires pour parer aux inconvénients, triompher des obstacles qu’opposait le Troc « direct » des Produits et des Services. »
« L’idée de Monnaie acceptée, restait à savoir quelle forme on donnerait à cet intermédiaire des échanges. 11 y eut alors des errements qui subsistent encore dans certaines contrées sauvages. C’est ainsi qu’on se sert de Sel, de cacao, de coquillages et autres objets divers. Mais aucun ne réppndra totalement aux besoins des affaires, et l’on reconnaît bientôt qu’une ^Monnaie, pour être parfaite, (loit avoir les qualités suivantes : « Être 'immuable, toujours égale, de qualité « unique. » — Le Sel ne répondait pas à celte condition. Il existe des sels de plusieurs qualités : Le sel gemme et le sel marin ne se ressemblent pas entièrement. Le Sel chanjie de qualité avec le temps. Les échangistes étaient aussi obligés de faire l’essm de. leurs sels, chose difficile dans l’état où était la science de
(1) Inutile, ce semble, de faire observer que celte façon de raisonner, qui rappelle les plus hautes théories de Law, est le fait de l'élève et lui appartient en propre. — Voilà la génération qu’on lient éloignée de cet enseignement. — P. C.
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fort ffiffîcfles^^^^^ corps. Les Échanges étaient, par suite,
« La Monnaie doit aussi être à l’abri delà destruction, être en quelque sorte impérissable, circonstance qui découle de ce qui précédé. En efïet, l’un de ses attributs étant de devoir eire «gardee, » elle doit pouvoir être conservée, et cela indéfini-
<< Elle doit avoir «une A’aleur. » En effet , considérons la Monnaie comme un reçu, une reconnaissance de dettes et prenons
I exemple cite plus haut. L’ouvrier qui a reçu 3 fr. et qui va acheter 3 fr. de viande, si la Monnaie n’a'pas de valeur, le boucher lui répondra : que me f lit votre monnaie ; vous avez travaillé pour un autre, mais je n’en ai pas profité, moi; je
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« Si ces 3 fr. ont , au contraire, une Valeur par eux-mêmes , le boucher ne fera aucune difficulté de les récevoir, car quand
II les aura, il pourra toujours les recéder puisqu’ils ont de la \ aleur. Il faut donc (jue la Monnaie ait une valeur. Or pour avoir « de la Valeur, » un objet doit réunir trois conditions : etre « rare, >> avoir nécessité une certaine somme « de travail » etre << desire. »
'< Êtie rare. >> Car s il ne l’est pas. chacun peut en avoir de grandes quantités et sa Valeur s’avilit.
« Avoir nécessité du iravail. » — Car c’est le Travail ciiii donne principalement la valeur aux objets. ^
t. désiré. » — Car j’.ti beau travailler un objet, s’il ne satisfait ni un Besoin, ni le Coût d’autrui, je ne pourrai en letiier rien du tout. J aurai par exemple passé ma vie à obtenir la tulipe bleue, je n’en profiterai pas. J’aurai, au contraire, obtenu la rose bleue que les jardiniers croient être possible et cherchent, je pourrai la vendre fort cher.
« De la condition de Valeur, on lire celle de beaucoup de valeur sous «un petit volume. » Sans cela, la Monnaie,
Q0vi0nt cncoiiibraiite. Ainsi le Sel est uno nicUivaise monnaie parce qui! en hmi un tas énorme pour « Valoir » peu de chose.
« La Monnaie de fer de Sparte était encore une mauvaise monnaie, car il en fallait un kilogramme pour faire 40 ou
50 centimes de notre monnaie. Qu’on songe à la difficulté des échangés avec de tels poids de fera Iransporter de place en pla.ee. La Monnaie de 1er lut cependant utile, car elle conduisit a la Monnaie d’or, la plus parfaite des monnaies,
51 employée de nos jours et qui remplit si bien les conditions que nous avons énoncées : Difficile à extraire, rare elle exige beaucoup de travail et a ainsi une grande « valeur »
sous un petit volume. De plus, elle est inaltérable et de qualité «< unique. »
« Une Monnaie doit encore être « divisible » presqu’à finfini car les corps ont des valeurs si diverses qu’il faut des monnaies fort petites pour compléter les valeurs formées avec les grandes monnaies. De même il faudra de petils grains de marbre pour remplir les vides que laissent entre elles les grosses pièces d’une mosaïque. »
Ce qui est surtout digne d'être remarqué dans l’analyse ici reproduite, c’est que si l’élève s’est approprié, non sans quelque avantage les pensées qui forment le fonds de ces Instructions, les rapprochements et les comparaisons dont il se sert n
lui appartiennent en propre. Rien ne fait mieux voir combien l’esprit arrive à s’assimiler une Science que cette extrême facilité à en manier les éléments.