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V. l. I, II

indn.str.ol.s et rtgTiculteurs proté.oc's, c'est l'intérêt de quelquesuns. Le libre-échange est donc conforme à l'intérêt général: la protection sacrifie, au contraire, l'intérêt général aux intérêtsparticuliers.

2° Par cela même qu'elle implique le sacrifice de l'intérêt de tous aux intérêts de quelques-uns, la protection douanière ■présente un caractère injuste. Elle aboutit à prendre d'autorité aux consommateurs le supplément de prix qu'ils devront-' payer, et à l'offrir gratuitement aux diverses catégories de producteurs protégés. L'Etat, en agissant ainsi, intervient dans la répartition de la richesse pour en modifier les conditions naturelles. Il consacre une atteinte au droit de propriété, une sf)oliation dans un intérêt de classe: on peut être tenté de voir là une mesure de socialisme, dont bénéficieraient non les ouvriers, mais les industriels et les agriculteurs. ■^,.

30 La protection condamne le pays à se suffire à lui-même et le prive des avantages qu'il eût retirés de la collaboration économique des autres Etats. Elle restreint le pouvoir d'achat des consommateurs nationaux, en les obligeant à payer jjIus cher tout i^roduit protégé. Méconnaissant les effets de la division du travail, elle devient ainsi, pour le pays lui-même, un régime d'apijauvrissement.

40 La protection douanière, contraire aux intérêts des consommateurs, peut également nuire aux intérêts des producteurs nationaux. Puisque en effet les produits se servent les uns aux autres de débouchés, pour pouvoir exporter, un pays doit importer. Toute mesure qui entrave le développement des im])ortations doit, par contre-coup, porter atteinte aux exportations.

Ainsi, un Etat. qui, pour protéger quelques industries malingres et peu viables, établit des barrières douanières, court le risque de compromettre la prospérité de ses industries d'exportation les plus vigoureuses, en leur enlevant une partie de leurs débouchés. Il est à j)révoir en effet que, si l'étranger ne trouve plus dans ses importations le moyen de payer ses achats, il ira porter ailleurs ses c«)mnian(les. La protection nuit également aux intérêts des industries de transport et en particulier de la marine marchande. Les navires d'un pays protectionniste perdent, à l'imiKU'tation, le fret des marchandises étrangères (jue, sans les droits de douane, ils auraient pu avoir à transporter. Ils risquent de perdre en outre le fret des marchandises nationales dont l'exportation viendrait. ])ar contrc-cou]), à être restreinte»

LK COMMKMCH INTKMN ATIO.NAL 1 Sfl-

Un régiiiu* protecteur n'est pas seulement niiisiljle i-iix industries (rexportation et de transport, il jïoi'te atteinte aux intérêts de toutes les autres branches de la production qui ont quelque rapport avec l'industrie protégée. Le but des droits de douane est, en effet, de relever le prix des produits importés de numière à enlever aux consommateurs tout intérêt à sadresser, pour eux, à la production étrangère. Par suite, toutes les industries qui emploient un i)roduit protégé vont elles-mêmes subir une hausse de leur coût de production, et voir s'aggraver les difficultés de la concurrence étrangère. Elle seront, par cela même, amenées à solliciter à leur tour des mesures protectrices. Ainsi, en voulant favoriser quelques branches de la production nationale, considérées comme particulièrement intéressantes, l'Etat va se trouver amené à protéger toutes les autres et à isoler plus ou moins complètement le pays, au point de vue des relations commerciales. Que si, pour échapper à cette objection, certains proposent de distinguer entre les matières premières et les produits fabriqués, ces derniers seuls devant faire l'objet de mesures protectrices, on peut répondre que rien n'est plus difficile que d'opérer rationnellement une telle distinction', tout produit d'une industrie pouvant être la matière première d'une autre industrie. Si donc un pays ne veut pas se voir ol)ligé de protéger progressivement toutes les branches de sa production, le plus sûr est, semble-t-il, de n'en protéger aucune.

5" La protection douanière nuit encore à la production en' imprimant à celle-ci une direction factice. Alors que, par des tarifs de douane l'Etat cherche à favoriser des industries qui ne trouvent pas dans le milieu naturel des conditions favoraoles L leur essor, celles des branches de la production nationale qui, spontanément, auraient pu acquérir une importance primordiale vont se trouver gênées dans leur développement par les représailles douanières, ou, simplement, par le contre-coup de la protection. Mieux eût valu abandonner à elles-mêmes les industries peu vigoureuses, au risque même de les voir disparaître et laisser l'activité économique nationale, travail et capital, se concentrer sur celles des branches de la production qui ont le plus d'avenir.

<»ir». C.oiisiiiêralions «loclrinales on faveur do la protoclion. Thoorio do la Itahtnco du conimoroo. — Au point de vue doctrinal,

la protection douanière a été pendant fort longtemps fondée sur le principe mercantiliste de la « Ijalance du commerce^ ». Le commerce international nest avantageux pour un pays que lorsqu'il se traduit par une balance favorable, c'est-à-dire lorsque le montant des exportations dépasse celui des importations. Dans ce cas en effet, le pays étant créancier de l'excédent, il €11 résulte une rentrée d'or, richesse durable et supérieure aux autres richesses. vSi, au contraire, il y a déficit commercial, si les importations dépassent en valeur les exportations, le pays devient débiteur de la différence et il y aura sortie de numéraire, situation essentiellement fâcheuse et préjudiciable. Tous les efforts de rhomme dEtat doivent donc tendre à assurer au pays une balance commerciale favorable, en encourageant les exportations et en restreignant les importations. Parmi les moyens qui permettent d'ol^tenir ce résultat, la protection douanière apparaît comme un des plus simples et des plus efficaces.

616. La théorie de la balance du commerce est aujourd'hui bien discréditée. Même en admettant, comme nous l'avons fait-, que la monnaie se distingue à certains points de vues des autres marchandises, nul ne songerait à soutenir aujourd'hui que sa prééminence est telle qu'il faille se préoccuper d'en accroître infiniment le stock, fût-ce au détriment des autres richesses. On s'accorde à reconnaître, d'autre part, que ce n'est pas la balance du commerce, mais la « balance des comptes », qui détermine la situation des divers Ëtats au point de vue de leurs règlements extérieurs. En dehors des importations et des exportations, bien d'autres facteurs interviennent, qui contribuent chacun pour sa part à rendre un pays créancier ou dél)iteur =' : i)lacemcnts de capitaux à l'étranger, envois de fonds par les nationaux émigrés, bénéfices résultant du transport de marchandises étrangères, ou de la vente au dehors de navires construits par les chantiers nationaux, dépenses faites dans le pays par les étrangers au cours de leurs voyages. Toutes ces causes, et bien d'autres, peuvent neutraliser, contrarier même les effets de la balance du commerce et faire qu'un pays soit, en définitive, créancier de l'étranger pour une somme plus ou moins importante, alors cependant que le montant de ses importations dépasse celui de ses

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