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exportations. C'était, nous l'avons vu, avant la guerre la situation de l'Angleterre et de la France, (jui, avec une ])alance commerciale défavorable, avaient cependant une balance des comptes favorable, et, par contre-coup, un change favorable. La France notannnent avait vu le stock dor qu'elle possédait s'accroître de près de i milliards de francs au cours de la période comprise entre 1892 et 1901}, en même temps que le montant de ses placements à l'étranger s'élevait d'environ 10 milliards de francs. Il était résulte'' de ce dernier fait pour notre pays un accroissement de revenu égal à environ 650 millions de francs, c'est-à-dire sensiblement supérieur à la moyenne du déficit commercial annuel au cours de cette période.

Mais si la balance du commerce n'a pas, au point de vue de la situation relative des divers Etats, l'influence décisive que tendaient à lui reconnaître les mercantilistes, ce serait cependant une erreur, pensent les partisans de la protection, de considérer son action comme négligeable et de n"en pas t^nir un com])te suffisant. La balance du commerce est, en effet, l'un des principaux éléments de la balance des comptes, sinon le principal. La balance des compte»' aura, par suite, dautant plus de chances d'être créditrice que la balance du commerce elle-même aura ^té plus favoi^able. On conçoit donc quun excédent d'importations, bien loin de traduire le bénéfice commercial réalisé par le pays, soit considéré comme un ])hénomène essentiellement fâcheux, puisqu'il peut aAoir pour effet de rendre défavorable la balanc(^ des comi)tes. et de constituer le pays dél)itLnir de l'étranger.

()I7. (lensi(léra(ioii<^ «r(»r<lic |)ra(i(|iic cii laveur (k* la protociÙMi. — Le libre-échange a pour base le principe de la division internationale du travail-; la protection poursuit au contraire l'idéal d'un régime économi(jue com})lexe. La « nation normale », telle que la conçoit List-', n'est pas une nation industriellement spécialisée, exclusivement numufacturière, ou comnun'çante, ou agricole; c'est au contraire une nation qui s'est préoccupée de nu^ttre en valeur toutes les sources de sa production, et qui a su dé'velopper harmoniquenu'nt son agriculture et son industrie. Le

1. \. IjliiiKinl Tln-ry, /..n /i/v/'/r» .v ir'i;M/(/;//;;.v\' (/,- A/ /■'r^inrr. l'.Hls, pp. Mo *!. -iiiv.

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libre-échanae voit dans le commerce international l'origine d'un avantage immédiat, dont la mei^ure dépend des condirions suivant lesquelles se fixent les valeurs internationales. La protection a des vues d'avenir; elle se préoccupe moins du profit immédiat devant résulter des échanges internationanx, que de la nécessité de sauvegarder et de développe r conjointement les diverses branches de la production, source permanente de la richesse nationale. Les tarifs de douane constituent simplement nn moyen de permettre aux industries d'un pays de supporter, sans en être écrasées à bref délai, la^^ucurrence des industries étrangères. La protection poursuit un but d'éducation industrielle. Grâce à elle, la production nationale pourra se dévelopx)er et acquérir une fore? suffisante pour lutter un jour, sans infériorité excessive, contre la concurrence étrangère. Bien loin de condamner la liberté des échanges, la protection douanière ainsi entendue la iu'éj)are.

A l'appui de -cette conception rationnelle, on invocjue un certain nombre d'arguments d'ordre pratique :

1° T"n pays a, dit-on, intérêt à posséder un régime de production complexe et à tirer pkrti des multiples sources de richessesdont il dispose. Il assure ainsi son indépendance économique, et même politique, vis-à-vis des autres Etats. La situation d'un pays protectionniste est, à ce point de vue, sensiblement plus avantageuse que celle d'un pays libre-échangiste. Si ce dernier^ pour développer dans la plus large mesure son industrie manufacturière, a négligé la culture de son sol, non seulement ildevient, de ce fait, tributaire des autres Etats pour des sommesimportantes, mais il s'expose en outre à de très graves embarras au cas oii, par suite de circonstances imprévues, une guerre par exemple ou une mauvaise récolte, les pays qui sont ses fournisseurs habituels de produits alimentaires cesseraient de l'approvisionnei'. 11 court de plus le risque d'être atteint dans les intérêts de son industrie elle-même, si les Etats auxquels il vendait antérieurement ses produits manufacturés se décident un jour à protéger leur propre industrie par des tarifs de douane. Ayant négligé son agriculture ]ioui' concentrer toute son activité sur de» branches de produclion dont les débouchés se trouvent subitement restreints, il subira une crise redoutable. En pareil cas^ un pays protectionnistv:>, qui aurait dévelo])])é parallèlement les branches les plus diverses de sa production industrielle et agricole se trouverait moins atteint. S'il ])crdait en effet (|uel'

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■qiies-uus de ses débouchés extérieurs, il eonserveraif <lu moius la maîtrise de son marelu' intérieur que, par la protection douanii'Te, il se st'rait ])his ou moins complètement réservé.

T^n pays n'a pas moins d'intérêt, d'autre part, à posséder, à côté de son a^îrioulture, une industrie manufacturière florissante. Entre ces diffc'rentes natures de production il existe, en effet, des liens non douteux d'interdépendance. Si l'agriculture fournit à l'industrie manufacturière une g:rande x^artie des matières premières qu'elle transforme, colle-ci, de son côté, assure à la production atiricole des débouchés importants et lui procure, sous forme d'outillage et d'engrais, les moyens les plus efficaces d'augmenter ses rendements. Mieux vaut, semble-t-il, pour un Etat, au lieu d'envoyer à l'étranger les produits alimentaires, textiles, tinctoriaux, oléagineux, de son agriculture, pour les faire manufacturer et les réimporter ensuite, créer lui-même des usines et se réserver ainsi les bénéfices importants qui peuvent résulter de la transformation industrielle. . 2" La protection douanière est plus conforme aux intérêts de la classe ouvrière que le libre-échange. C'est l'argument dit de la. '( protection du travail national ». Dans un pays protectionniste, à régime industriel complexe, les effets des crises aeront généralement de moindre gravité pour les ouvriers, parce (jue ceux d'entre eux qui en seraient \ictimes trouveront à s'occuper dans d'autres branches de production non atteintes. Sous un régime de libre-échange, au contraire, toute crise, à raison de la spécialisation industrielle, atteindrait une grande partie de la po])ulation ou^'rière du pays, et serait une cause de misère profonde et persistante.

La protection a, en outre, pour résultat d'assurer le maintien des salaires payés aux ouvriers, et même quelquefois d'en élever le taux. C'est qu'en effet les entrepreneurs d'industrie, protégés par les droits de douane contre une concurrence étrangère excessive, et assurés ainsi de conserver sur le marché intérieur un taux de i)rofit suffisant, n'auront pas intérêt à spéculer sur la main-d'œuvre ot pourront même, sans grand risque, se montrer plus larges envers die. Le libre-échange, au contraire, ol)lige les ])roducteurs narionaux à chercher les moyens d'abaisser leurs prix de revient, soit en vue de coiujuérir les marchés extérieurs, soit inTMiie sinipUMueut afin de conserver leurs débouchés sur le marciu' intérieur: il peut eu résultei' une tendance à la baisse du taux de salaire, celui-ci constituant un des éléments essentiels du coût de production.

On ajoute, et c'est la réponse à rargument tiré par les libreéchangistes de l'intérêt des consommateurs, que la protection du travail national n'intéresse pas seulement la classe ouvrière. Elle intéresse l'ensemble des producteurs, c'est-à-dire tout le monde. Tout consommateur est en même temps producteur, soit par son travail, soit par son capital, soit, le plus souvent par l'un et l'autre. Les producteurs de services, qui recrutent leur clientèle parmi les producteurs de richesses, les fonctionnaires, les rentiers eux-mêmes, dont le revenu dépend de l'état des finances publiques, ne sont pas moins intéressés à la prospérité générale que les entrepreneurs d'industrie ou les ouvriers ^

3° Il ne faut pas exagérer la portée du principe de division du travail, sur lequel s'appuie la doctrine du libre-échange. Entre nations, la division du travail ne saurait être poussée à l'extrême, car une nation dispose ordinairement de sources très variées de production et se compose d'individus dont les aptitudes sont des plus diverses. Sans doute il existe dans la concurrence internationale des supériorités naturelles. L'Angleterre ne saurait, pour la production du AÙn ou des oranges, prétendre rivaliser avec l'.Vfrique Mineure qui, de son côté, sera naturellement sa tributaire pour les combustibles minéraux. ]\Iais. à côté de ces supériorités qui s'imposent, il en est beaucoup d'autres simplement acquises, et qui peuvent se déplacer. L'Angleterre n'a commencé de pratiquer un régime de liberté commerciale qu'après avoir, pendant plusieurs siècles, déveloi)pé son industrie et sa marine marchande grâce à la protection. Et, de nos jours, elle doit hilter. jxmr le maintien de sasupréinatie sur les marchés extérieurs, avec d'autres puissances qui ont elles-mêmes demandé à la pratique d'un régime très protecteur le moyen de tirer ])arti de leurs nniUiples sonrces de production. Euvisagc-e comme mesui'c d'c'ducaf ion iiidiistiielle. la protection (loiiaiiièi-c n'est ])as en (•(mtradiction a\ec U' ])i'incipe de division du travail. I{('s])ectucuse de ce ])rinci])e, en tant (ju'il sanctionne un<' sui)éi'ioi'ité ])ei'manente e^ naturelle. elle en limite lapplicalion dans la mesui'e oii l'exige l'intéi'êt national, en vue <le permettre à la j)id(lntlion nationale de déplacer à son pi'ot'it, ou tout au moins d'atténuer, les su])ériorités simplement acquises. En égalisant i)oui' l'avenir les conditions de la coneuri'enee in1<'rnational<'. elle i)répare l'avène-

1. \' (laiiwès:. Cours d' EcuiKnnir iit>liliiiiir. 'A'' «il il ion. l. 1 1. ii " T'-lli.

i,i: ccjMMKHcr: intkhnaiional l'Jl

ment de la lih.ertt' dos ochangos. Thiers l'avait ainsi compris : « Employé comme représailles, le système restrictif est funeste; comme encouragement à une industrie exotique, qui n'est pas importable, il est impuissant et inutile. Employé pour protéger un produit qui a chance de réussir, il est bon, mais il est bon temporairement: il doit finir quand l'éducation de l'industrie est finie, quand elle est adulte >'.

4" Peut-on rapprocher enfin la protection douanière du socialisme, comme le font parfois les partisans du libre-échange, et soutenir qu'elle implique une intervention injustifiée de l'Etat dans la répartition des richesses, une atteinte au droit de propriété, un sacrifice imposé à la masse des consommateurs dans l'intérêt exclusif de quelques catégories de producteurs ? Xous avons fait observer déjà qne producteurs et consommateurs ne constituent pas, dans l'unité nationale, deux classes distinctes et indépendantes, dont les intérêts seraient opposés.

11 n'est pas exact, au surplus, que le sacrifice imposé par la protection douanière aux consommateurs, sous la forme d'un renchérissement des i)roduits, soit motivé par l'intérêt exclusif, ni même principal, des producteurs protégés. Tout d'abord, l'Etat tire des droits de douane des ressources fiscales importantes. Au même point de vue, il a intérêt à ce que la richesse du pays ne soit pas compromise, à ce que les soui'ces de sa production ne soient pas taries. En dehors du côté fiscal, l'Etat, lorsqu'il protège les agriculteurs et les industriels contre une concurrence étrangère mieux année, se iiréoccupe beaucoup moins de l'intérêt j)rivé df ces producteurs (|ue de l'intérêt de la production nationale, c'est-à-dire de l'intérêt général. Les droits de douane, dans la mesure oti ils imposent un sacrifice à la masse des consommateurs, se justifient aussi aisément que les subventions ou garanties d'intérêt payées, aux frais des contribu<il)les, à des entreprises privées i)our l'exécution de travaux ou de services d'intérêt général.

<»!{{. l^xanuMi criti<(U(' «les «I«mi\ llièscs (in litiri'-êclianjic et «lo l:i protection. — Nous avons ex|)osé successivenuuit les considérations (|ui sont le j)lus .souvent invoqué(^s. tant au ])oint de vue doctrinal (ju'au point de \'ue de ]"ai)i»lication ])rati(|ue, en faveur du lil)re-é('liange ou de la protection douanière: il nous

J. \ . c.auwi's, t. II, II" 7(iy.

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reste à prendre parti entre ces deux thèses. Aucune d'elles, à notre avis, ne saurait être acceptée sans tempérament: ici encore l'étude réaliste des faits doit conduire à des solutions éclectiques.

Le désaccord entre les deux systèmes apparaît tout d'abord en ce qui concerne la signification des statistiques douanières. Pour les partisans du libre-échange, les produits exportés s'échangeant nécessairement, à valeurs égales, contre les produits importés, un excédent d'importations ne saurait être considéré comme un phénomène défavorable. Il peut s'expliquer par les impei'fections de la statistique donanière. Il est le jîlus ordinairement l'indice de la mesure du bénéfice réalisé par le pays dans la pratique du commerce extérieure Toute autre est l'interprétation protectionniste. L'excédent des imporfcations constituerait un « déficit commercial », par suite un phénomène essentiellement fâcheux. Il indiquerait une sortie d'or, ou tout au moins de capitaux, et pourrait entraîner Tappauvrissement du pays. L'n excédent d'exportations, au contraire, rendant le pays créancier de l'étranger, serait l'indice d'une situation favorable.

La vérité paraît devoir être clierchée entre ces deux conceptions trop absolues^". Un excédent d'importations qui, ])arfois, peut s'élever à plusieurs milliards de francs, ne saurait être attribué sérieusement aux erreurs et aux doubles emplois de la statistique douanière. Il ne traduit pas non plus, nécessairement, le i^rofit commercial du paj'S. Ce profit i>eut, en effet, résulter aussi bien de l'exportation que de l'importation. L'argument tiré, en sens inverse, de la cargaison ((ui périt en cours de routfc ne saurai! évidemment être généralisée. Si les statistiques révèlent aux importations de matières premières une valeur de 50 millions, et qu'après transformation ces matières premières s;)ient réexportées, le taV>leau des exportations, signalant par exemple une valeur de 70 millions aux produits fabriqués, traduira évidemment un l»énéfice <le -0 millions pour le pays. Il parait également imi)ossil)le de soutenir que les indications des statistiques douanières doivent être tenues pour indifférentes, tout excédent soit aux importations, soit aux exportations, constituant un béMiélice commercial puis(iue les maiclniiKliscs ('\])orti'es paient les marchandises importées,

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