‹ Cours d'économie politiqueChapitre 125 sur 280 · V. t. I. n« lié · texte numérisé non relu

V. t. I. n« lié

650. Tout ce qui précède concerne la propriété non bâtie. En ce qui touche à la propriété bâtie, sous la forme particulièrement de maisons affectées à l'habitation, sa diffusion paraît également très grande. Une enquête officielle tendant à la revision du revenu net des propriétés bâties a révélé, pour 1909-

1910, l'existence de 9.G1.3.402 bâtiments, comprenant 9.475.780 maisons et 137.676 usines. Si l'on rapproche ces données numériques du chiffre de la population qui, à la même époque, est de 39 millions environ d'habitants, on ne saurait douter, en ce qui concerne les bâtiments affectés à l'habitation, de la prédominance de la petite et de la moyenne propriété. Au 1^' janvier

1911, sur un total de 9.415.968 maisons assujetties à la contril)ution foncière, 5.879.027, soit plus de 60 % se trouvent dans des communes de 2.000 habitants et au-dessous, 1.637. 117, soit 17 %, dans des communes de 2.000 à 5.000 habitants. Or, dans les petites agglomérations urbaines, et surtout dans les milieux ruraux, les habitants sont très fréquemment propriétaires des bâtiments qu'ils occupent.

651. Etat et division do \ï\ propriéto ininiohilière dans quelques pays, autres que la France. — La répartition de la propriété foncière est, en Angleterre, très différente de celle que nous venons de signaler pour la France. Le Royaume-Uni est, par excellence, le pays des très grandes fortunes territoriales. « Sur un territoire de 31,2 millions d'hectares, écrivait M. Cauwès en 1893', moitié environ appartient à 2.250 personnes; moins de 100 personnes (90) possèdent à elles seules 11.760.000 acres, soit 1/7^ du territoire du Royaume-Uni. Vingt-six personnes possèdent un tiers de l'Ecosse. On ne compte qu'un propriétaire sur 26 cliefs de famille en xVngleterre, 1 sur 52 en Irlande, et 1 sur 84 en Ecosse, tandis qu'en France le rapport est de

I propriétaire sur 2 chefs de famille et aux Etats-Unis.de 1 sur 3 !..

II n'y aurait ({ue 200.000 i)ersonnes dans tout le Hoyaume-Uni (jui auraient une propriété foncière appréciable variant entre 1 acre (40 ares) et 40 hectares. La grande propriété est représentée par 37.000 possesseurs de domaines do 40 à 100 hectares; enfin, l'aristocratie foncière compte 5.400 propriétaires de plus de 400 hectares chacun, sur lesquels 2.200 absorbent 16 millions

I. V. r.aiiwès, Cours iV Economie pnliliqnr, 3" édition, l. III, n» IOi')0: \ . cga- Icrm-rit, IJourguiri. Lrs siistèmrs sncialisles, annexe \', 3".

d'hectares, soit plus de la moitié de la superficie totale du Royaiune-Uni. Cinq millions d'hectares, soit environ la sixième partie du Royaume-Uni appartiennent à 90 landlords possédant on moyenne plus de 00.000 hectares. Huit d'entre eux ont chacun plus de 80.000 hectares, soit ensemble près du double des 340.000 hectares que se partagent les 850.000 propriétaires de moins d'une acre ! Le duc de Sutherland en a 488.000; le marquis de Breadalbane peut faire 33 heues en ligne droite sans sortir de ses terres ! ». La répartition de la propriété bâtie n'est pas sensiblement différente. On cite, dans l'aristocratie anglaise, certaines personnalités qui sont, à Londres, propriétaires de quartiers entiers.

Quant aux causes de cette concentration excessive de la propriété anglaise, il faut les chercher, semble-t-il, principalement dans le maintien prolongé du principe féodal qui, favorisant les usurpations des landlords, a peu à peu éhminé la propriété paysanne, et dans le régime successoral établi par la loi anglaise, qui met fréquemment obstacle à la division des grands domaines fonciers ^ Il s'en faut debeaucoup d'ailleurs que les résultats de cette situation soient avantageux. Elle a entraîné la désertion des campagnes et la substitution des landes et des pâturages aux terres de culture. Elle a eu pour conséquence d'orienter l'Angleterre vers un régime très spécialisé de production manufacturière et de créer, dans les villes, un nombreux prolétariat ouvrier. Elle a en outre, dans certaines parties du Royaume-Uni, notamment en Irlande et en Ecosse, gravement compromis la bonne exploitation de la propriété rurale, en favorisant r« absentéisme » des propriétaires qui, cessant de s'occuper de lem\s domaines, en abandonnent la direction à des intermédiaires, à des intendants. Ceux-ci vivent naturellement aux dépens des tenanciers qu'ils contrôlent et dont il touchent les fermages, fixés la plupart du temps à des taux excessifs. Il en est résulté un véritable paupérisme rural et, à certaines époques, des crises sociales qui, en Irlande particulièrement, n'ont pas été sans gravité. Il convient d'observer toutefois que, depuis une trentaine d'années surtout, un très fort mouvement d'opinion s'est manifesté dans les diverses parties du Royaume-Uni en faveur du développement de la petite propriété. Indépendamment des iniatives privées qu'il

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