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V. t. 1, n"«43el

342 TROISIÈME PARTIE. CHAriTRE II

avec le même chiffre d'avances en travail et en capital une terre de première qualité donne, en blé, 5 hectolitres de plus qu'un autre terrain de même contenance, mais de qualité secondaire, la rente pourra représenter la valeur de ces 5 hectolitres de blé; telle sera, en d'autres termes, la valeur que le propriétaire de la meilleure terre pourra demanderau cultivateur pour consentir à hii louer cette terre et le dispenser ainsi de consacrer ses efforts à un sol moins fertile. Si toutes les terres de qualité secondaire ayant été progressivement occupées, l'accroissement des besoins, sociaux oblige à mettre en valeur des terres de troisième qualité, une rente naitra, suivant les mêmes principes, au profit des terres de qualité secondaire, en même temps que s'élèvera celle, déjà existante, des terres de première qualité. L'apparition d^ la rente foncière et sou développement continu .sont donc les conséquences nécessaires du degré différent de fertilité des terres et de l'ordre historique de leur mise en valeur.

D'autres causes peuvent encore influer sur la rente. Telle est notamment la situation des terres de culture par rapport au marché. Suivant leur proximité ou leur éloignemcnt, le transport de leurs produits se trouvera grevé de frais très inégaux. On comprend par suite qu'à fertilité égale, une terre proche du marché obtienne un taux de fermage plus élevé qu'une terre lointaine. La rente sera naturellement mesurée, dans ce cas, par l'écart dos frais de transport.

La rente foncière peut enfin naître de l'inégalité de rendement que présente la terre eu égard aux capitaux successifs qui lui sont consacrés. C'est l'application de la loi du rendement non proportionnels Ricardo suppose <iuai)rè.- avoir mis en valeur les terres les plus fertik\s, et au lieu de défricher les terrains de second(i, puis de troisième (jualité. on cherche à obtenir des terrains déjà cultivés un pins fort r<Midement, en leur consacrant un chiffre plus important de ca])itaux. Nous savons qu'en pareil cas, et au-dessus d'un certain chilfie de production, l'accroissement du rendement cesse d'être proportionnel à l'augmentation des dépenses (piil entraîne, ou, ce (|ui revient au même, les frais de. production s'accroissent dans une proportion plus loite (pic le rendement. Ce îait \;i elle l'origine dune leutc. pitiir les propiii'taires Inneîers. Si ]);ir exenij)!*' le

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prix de revient du blé qui, originairement, était de 12 francs l'hectolitre se trouve porté à 16 francs, ce sera ce dernier chiffre qui, désormais, réglera le prix de vente du blé sur le marché. Il faut bien en effet que le prix de vente couvre les frais, sans quoi la production s'arrêterait; or, nous avons supposé que les quantités produites répondent en totalité aux besoins. Mais nous savons, d'autre part ^ que sur un marché, au même moment et pour la même nature de produits de même qualité, il ne saurait y avoir deux prix différents, iiinsi, tout le blé ap^)orté sur le marché se vendra au minimum 16 francs, alors même que le prix de revient d'une grande partie de ce blé neût été que de 12 francs. La hausse du prix de vente, conséquence de l'accroissement des capitaux consacrés à la culture sur les terres déjà défrichées, sera donc, pour beaucoup de producteurs, une source de profits importants, et pour les propriétaires euxmêmes, lorsqu'au lieu de faire valoir ils louent leurs terres, Torigine d'une rente.

7.10. Conséquences Io(|iq»es de la théorie de Rieardo : limpôt sur la plus-value imméritée. — Eicardo lui-même a signalé quelques-unes des conséquences de sa théorie, mais la l)lupart ont été dégagées et mises en relief, soit par d'autres économistes de l'école libérale, comme St. Mill et Senior, soit par certains écrivains à tendances socialistes, comme l'américain Henri George. Ces conséquences peuvent, en somme, être ramenées aux deux propositions suivantes : D'une part, tout pro- ' grès social qui exige un accroissement de la production agricole se heurte à des difficultés croissantes et amène un renchérissement des denrées alimentaires. D'autre part, à mesure que le groupement social se développe et que le prix des pi'oduits agricoles s'élève, la rente des propriétaires fonciers s'accroît. De telle sorte que la classe des propriétaires fonciers voit son revenu augmenter sans cesse de lui-même, et en dehors de tout travail, par le seul etïet du développement social, en même temps que les conditions de la vie deviennent plus dilïiciles et plus onéreuses pour toutes les autres classes de la société, notamment pour les salariés. La rente foncière apparaît ainsi comme une plus-value imméritée du revenu foncier, comme une sorte de

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