V. t. I. Il
taxe prélevée sans droit par les propriétaires fonciers*, aux dépens de la masse des consommateurs..
Il convient d'observer d'ailleurs, et Eicardo lui-même insiste sur ce point, que les propriétaires fonciers sont innocents de ce prélèvement injuste, dont ils profitent. Il s'opère en eiïet de lui-même, par la force des choses et sans qu'ils aient à intervenir autrement que pour en recueillir le fruit. Ils ne sont pas davantage responsables du renchérissement des denrées alimentaires. Ce n'est pas parce qu'ils touchent une rente que les prix des produits agricoles s'élèvent; c'est^au contraire, parce que ces prix s'élèvent qu'ils touchent une rente. L'accroissement continu de la rente est non la cause, mais la conséquence de l'élévation continue du coût de production résultant de la mise en valeur, rendue nécessaire, de terres moins fertiles, moins bien situées, ou déjà partiellement épuisées. B'oii résulte qu'il ne servirait de rien, pour amener une baisse des prix des produits alimentaires, que les propriétaires fonciers renoncent à toucher leur rente. Le seul résultat d'une semblable mesure serait, fait observer Ricardo. d'attribuer la rente aux fermiers et de « les mettre dans le cas de vivre en landlords », sans aucun avantage pour la masse des consommateurs.
751. Mais s'il est impossible de supprimer la rente foncière, qui naît spontanément du progrès social, ne serait-il pas, du moins, possible et équitable de la confisquer par mesure législative, en vue de l'attribuer à la communauté, comme compensation du renchérissement des denrées alimentaires, dont elle est la conséquence ? Ainsi l'a pensé Stuart Mill lui-même, quiproposait l'établissement d'un impôt général devant, au moins pour l'avenir, absorber tout accroissement de la rente. Plus radical, Henri George a basé son système de réforme fiscale, sur la confiscation de la rente actuelle, et non plus seulement future, des propriétaires fonciers. L'impôt ainsi établi aurait un rendemciut suffisant i)our permettre de supprimer toutes les autres taxes. Les propriétaires n'auraient pas le droit d(^ se plaindre, puisqu'ils conserveraient la partie de leur revenu correspondant à l'utilité créée par leur travail et leurs capitaux. A notre époque, où l'accroissement considérable des dépenses j)ubliques suscite la recherclic de noincUes sources fiscales, ces idées n'ont pas été sans exercer, dans plusieurs pays, une réelle influence, qui s'est traduite par Timposition, dans cer-
tains cas, des plus-values de la propriété immobilière bâtie ou non bâtie ^.
752. Examen critique de la théorie de Rieardo el de ses •w eonséquenees. — Après avoir lonp^temps joui dun crédit considérable, la théorie de Rieardo paraît aujourdliui très ébranlée. Parmi ses adversaires, certains s'attaquent au fond même de la doctrine et contestent l'existence de la rente, considérée soit' comme revenu spécial, soit simplement comme i)artie intégrante d'un autre revenu. Suivant Bastiat, la plus-value des terres est seulement le fruit du travail des générations successives. Aucune terre ne vaut même actuellement ce qu'elle a coûté pour sa mise en valeur. La ]>rétendue rente foncière est en réalité la rémunération, non des agents naturels, mais des avances en travail et en capital qui ont été consacrées au sol: et si cette rente manifeste une tendance à s'élever, c"est précisément parce que de nouvelles couches de capitaux se superposent sans cesse à celles qui ont été antérieurement absorbées en frais de culture. Il n'y a donc pas lieu de distinguer la rente du fermage, qui seul a une réalité économique.'
Cette réfutation simpliste de la théorie de Eicardo est loin d'être probante. Si, pour les terres de culture, il est, comme nous l'avons vu ', fort difficile la plupart du temps, de séparer la rente du fermage et de déterminer avec précision la part qui, dans ce dernier, correspond aux circonstances extérieures, il est au contraire d'autres cas oîi la rente du sol se manifeste nettement, comme un revenu indépendant de tout travail actuel et passé. Il en est ainsi notamment pour les terrains à bâtir dans les villes. Henri George Va démontré en termes saisissants : « Voici une petite agglomération qui vient de naitre: dans dix ans, ce sera une grande ville, sillonnée de voies ferrées et éclairée à l'électricité. Achetez-y un terrain et contentez-vous d'en prendre possession. Vous pouvez vous y couclu'r au soleil et fumer votre pipe, ou planer en ballon au-dessus, ou y dormir dans un trou et sans rien faire d'autre, sans augmenter d'un iota la richesse générale, dans dix ans, vous serez devenu riche. Dans la cifé nouvelle vous aurez un palais: les pauvres, il est vrai, y auront aussi un bureau dassistance » — ■