V. I. I, II
2. V. IJniidrilhirl,. J/isioirr du luxe privé d piihlic. iMSU.
nombreux adversaires, parmi les économistes comme parmi les moralistes. Ces derniers lui reprochent d'encourager la sensualité, réo-oïsme. Les économistes, de leur côté, allèguent que les dépenses de luxe absorbent une part des revenus individuels qui eût été, beaucoup plus avantageusement pour la société, consacrée à l'épargne, car celle-ci eût permis de multiplier les produits de consommation courante, accessibles au plus grand nombre, tandis que le luxe est du superflu, répondant aux besoins de quelques-uns seulement. Mais on peut faire observer que ce superflu est appelé, pourvu que la ^chesse générale augmente, à devenir un jour de l'utile, peut-être même du nécessaire. Qui donc aujourd'hui, parmi les classes les plus pauvres, consentirait à revenir aux conditions de vie, nourriture, éclairage, logement, vêtement, qui étaient celles de la plupart des hommes, il y a quelques siècles ? C'est précisément parce que quelques-uns trouvent dans une partie de leur revenu le moyen de satisfaire des besoins nouveaux, que ces besoins, par l'effet de l'imitation et de l'habitude, tendent à se généraliser; et cette multiplication des besoins doit être considérée comme un bien % non seulement parce qu'elle est pour l'homme im stimulant énergique à la production et au progrès, mais parce que les besoins s'épurent en se multipliant, et que ce sont les plus élevés, les plus nobles, qui généralement apparaissent les derniers. Pour que le goût des satisfactions intellectuelles et artistiques puisse se répandre, il faut que dans l'ensemble de la société les besoins matériels soient déjà largement satisfaits. Jusque là, ces satisfactions restent du luxe, accessible seulement à un petit nombre de privilégiés. Il est bon cependant que ceux-ci puissent les éprouver, ne fût-ce que pour en communiquer le désir à d'autres. Le goût du luxe n'est d'ailleurs nullement inconciliable avec l'épargne, car, à la différence de la prodigahté, le luxe n'est pas une question de proportion dans la dépense, c'est simplement une (luestion de direction.
Quant à l'objection des moralistes, elle n'a véritablement de portée que contre le mauvais luxe, contre celui qu'inspirent l'égoïsme et la vanité; mais il peut y avoir un bon luxe, un luxe licite. Le goût des choses de luxe, pourvu (lu'il soit contenu dans des limites raisonnables, est, semble-t-il, parfaitement compatible avec l'accomplissement du devoir moral. Pas plus
que répargne, — moins peut-être, car s'il peut favoriser la prodigalité, le souci de Tépargne, de son côté, engendrera parfois l'avarice — il nest de nature à détourner Tindividu des sentiments altruistes, de la bienfaisance. Comme l'épargne, il a XJOur effet d'encoiu*ager la production et de fournir par suite des salaires aux travailleurs. Comme l'épargne encore, s'il est réglé par une volonté sage et convenablement orienté, il contribuera non seulement au progrès économique, mais au progrès moral lui-même, car l'humanité n'a rien à gagner, semble-t-il, à être réduite perpétuellement, par une doctrine trop austère, à la seule satisfaction de ses besoins essentiels, qui sont en même temps ses besoins les moins relevés.
88(). L'intervention de l'Etat relativement à la dépense : le luxe publie; les lois somptuaires. — L'Etat, à qui incombe le soin d'assurer, par l'exécution de travaux publics et par l'organisation de services publics, la satisfaction des besoins d'ordre général^, peut se laisser entraîner, comme les particuliers eux-mêmes, à des dépenses de luxe. Il existe un luxe public, susceptible de revêtir des formes très diverses : celle par exemple de fêtes ou réjouissances publiques, celle encore de travaux inspirés i)ar des considérations esthétiques, embellissement des places et des rues dans les villes, création de parcs et jardins publics, construction de monuments sans destination utilitaire, arcs de triomphe, statues, etc. On pouiTait même être tenté de voir une dépense de luxe dans l'organisation de certains services publics facultatif s, le service des beaux-arts par exemple. La variété de ces applications iudi(iue suffisamment l'impossibilité de porter sur le luxe public un jugement trop absolu. Pour l'Etat comme pour les particuliers, il existe un bon et un mauvais luxes. On ne saurait blâmer les dépenses publiques, lors même que les besoins qui les ont suscitées ne sont pas des besoins essentiels, si ces dépenses sont utiles dans leurs résultats, si elles ont un but éducatif par exemple, ou si elles doivent améliorer sensiblement les conditions d'hygiène des populations. Encore faut-il cependant que le luxe public, même lorsqu'il paraît convenablement orienté, ne soit pas hors de proportion avec les dépenses que nécessitent les travaux ou les services ])iil)]ics essentiels et ne dégéiièic pas en i»i(t(lig:ili1(''. Plus encore