V. plus haut, n
3. V. sur ce point Cauwès, Cours d'économir poliliqiic, t. III. ." »16.
richesses qui, tôt ou tard, pourront recevoir un emploi x^roductif . Reste, il est vrai, à savoir s'il n'eût pas été préférable encore, au point de vue de l'intérêt général, que l'avare consaorât au développement de ses facultés et à l'éducation de ses enfants une partie de ses épargnes, car on ne saurait oublier que le facteur essentiel de toute production, c'est l'homme, et que l'accroissement du capital dépend surtout de la productivité du travail, c'est-à-dire de l'intelligence humaine. On peut se demander d'autre part ce que deviendrait une société oh tous les individus, pour pouvoir épargner davantage, auraient décidé de restreindre au strict nécessaire la satisfaction de leurs besoins. Un semblable état social aurait sans doute pour résultat non seulement de réduire au minimum le bien-être de chacun, mais de contenir dans d'étroites limites l'essor de la production et le développement de la richesse. C'est en effet la consomma tion qui commande la production, car on ne produit pas pour produire, mais pour consommer. Il est vrai que les produits se servent réciproquement de débouchés i, mais cela suppose que les marchandises de toutes catégories répondent à des besoins suffisi\mment étendus. Comment serait-il possible de continuer à produire, si le resserrement systématique des besoins de toute nature rendait inutile une partie des produits de toutes sortes ? On allègue encore que l'accumulation du capital résultant d'une épargne ainsi généralisée amènerait l'abaissement des prix, et sans doute, par là même, l'accroissement de la consommation; mais il faudrait pour cela, précisément, que les hommes renoncent à réduire leurs consommations personnelles. Est-il bien certain, d'ailleurs, que l'accroissement des stocks, dû à. une production dépassant les besoins, n'aurait pas pour premier résr.ltat d'amener, avec une crise^ le décour;igement de l'épargne. par suite de la baisse des taux dïntérêt et de x>rofit ? T)e telle sorte que si l'avarice individuelle peut, au point de vue social, ne i>as présenter de graves inconvénients, il en serait tout autrement de l'avarice générale.
881. C'est donc entre ravarice et la prodigalité, — à égale distance de lune et de l'autre, serions-nous tentés d'écrire — qu'il convient de chercher la limite normale de l'épargne et de la dépense. Pour qu'une société développe sa richesse et s'élève en civilisation, il faut que le capital dont elle dispose ne cesse de
s'accroître. Une partie importante des revenus individuels doit donc être nécessairement affectée à répara:ne. Mais il faut d'auire p irt que sur ces revenus soit prélevée la part destinée à assurer aux besoins légitimes une satisfaction suffisante. Et les besoins légitimes ne sont pas seulemsnt les besoins essentiels, les besoins primordiaux, ceux dont la satisfaction s'impose comme une nécessité. Nous savons en effet que le propre de la civilisation est de développer les besoins ^ A mesure que la richesse générale augmente, les besoins matériels tendent à s'affiner, et à côté d'eux apparaissent d'autres besoins, d'ordre pius élevé, besoins intellectuels ou moraux, qui doivent, eux aiissi, recevoir satisfaction. L'homme n'a pas seulement le droit de prélever sur son revenu ce qui est nécessaire à son existence: il peut également demander à ce revenu, lorsqu'il est suffisant, de lui assurer un certain degré de bien-être, et ce désir se concilie parfaitemnt avec le souci de l'épargne.
885. La question du luxe. — Une dépense de luxe, c'est au sens le plus large du mot une dépense qui n'est pas nécessaire, une dépense qui ne répond pas à un besoin essentiel. Le luxe, tel que l'entendent les économistes, ne se confond cependant pas avec le bien-être; il est quelque chose de plus. Le luxe, c'est un degré de bien-être supérieur à celui de la plupart des autres hommes au même moment. En ce sens, laoïotion de luxe est essentiellement relative; elle l'est également aiî x)oint de vue historique. Ainsi qu'on l'a fait observer, en effet, il n'est guère d'objets d'usage courant dont l'emploi n'ait été, lors de leur apparition, considéré comme du luxe, et cela est vrai même d'un grand iioml)re de l)iens que nous regardons aujourd'hui comme taisant essentiellement ])arlie du nécessaire-.
Il paraît évident que le luxe répond à un instinct de l'homme, au besoin naturel d'améliorer ses conditions d'existence, de conquérir plus de bien-être. Il est, par cela même, un des facteurs du progrès industriel et de la civilisation. Avant qu'une consommation nouvelle ait ])u devenir accessible au ])lus grand nombre, avant (lu'elle se soit «lémocratisée, elle a. ]>endant un temps plus ou moins long, conservé le caractère <riiue consommation de luxe. C'est par le luxe (|ue les besoins se nndtii)lient *»t (ine le l)ien-être se généralise. Le luxe ce])endant compte de