TROISIÈME LEÇON
Nécessité de décomposer Técliange en deux parties, la vente et Tachât. — Avantages de cette déoomposftion économique de Téchange. — De Tinstrument nécessaire pour l'opérer. — Ce que doit être cet instrument intermédiaire des échanges. — Qualités qu'il doit réunir. — ; Des matières premières dont on se sert pour le fabriquer. — Pourquoi l'or, l'argent et le cuivre ont été affectés de préférence à cet usage. — De la hçon qui: doit leur être donnée pour en faire un bon instrument des échanges. — De l'étalonnage des monnaies. — Des lois qui gouvernent la valeur de la monnaie. — Que ces lois sont les mêmes pour la monnaie que pour les autres marchandises. •— Comment elles agissent. — Du monopole du monnayage et de l'influence de ce régime sur les lois qui gouvernent la valeur des monnaies. — De l'étalonnage de la monnaie en Angleterre. — De la quantité de monnaie nécessaire pour effectuer les échanges d'un pays.
La nécessité de mesurer les valeurs se présente chaque fois que l'on a besoin de se rendre exactement compte de la valeur d*une ou de plusieurs choses. Ce cas se présente dans un inventaire, dans un partage, dans un prêt, dans un échange, etc.
S'il s'agit, par exemple, d'un héritage, comme le pamge devra s'effectuer en raison de la valeur des choses à partager, il faudra bien les évaluer, c'est à dire déterminer la quantité précise de valeur qu'elles contiennent. Pour faire cette opération, il faut, ainsi que nous l'avons vu, choisir comme étalon une valeur bien connue des parties, et comparer à cette valeur celle 'de chacune des choses qu'il s'agit d'évaluer. Cette valeur-étalon sera chez un peuple pasteur, celle d'un bœuf ou d'un mouton ; chez un peuple chasseur , celle d'une peau de béte; chez un peuple agriculteur, d'une quantité usuelle de blé. Ce sera enfin, dans un état de société plus avancé» la valeur d'un certain * poids d'or ou d'argent. L'évaluation faite, on exprimera la valeur de chaque chose, au moyen de l'étalon, de ses fractions ou de ses multiples , comme on exprime la grandeur de ces mêmes choses, au moyen du mètre, du centimètre, -du kilomètre, ou toute autre mesure appropriée à leur nature.
Cependant, s'il suffit de posséder une mesure commune de la valeur pour opérer un partage ou un troc, un autre agent devient bientôt nécessaire pour faciliter les échanges dans l'espace et dans le temps. Dès que les occupations commencent à se spécialiser et les échanges à se multiplier, on éprouve le besoin de décomposer l'échange en deux parties, la venu et y achats et cette décomposition ne peut s'opérer qu'au moyen d\ine valeur intermédiaire servant d^équivalent universel.
Qu'il soit nécessaire de décomposer l'échange en deux opérations, pour le faciliter, cela n'a pas besoin d'une longue démonstration.
L'échange simple ou le troc direct de produit contre prodait peut suffire à des peuplades barbares , au sein desquelles
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diaqae famille produit elle-même toutes les choses qu^elle consomme, à Texception de deux ou trois articles qu'elle retire du dehors, et contre lesquels elle fournit, à son tour, un ou deux articles qu'elle produit en vue de les échanger. Telle est encore, de nos jours, la situation de la plupart des peuplades de rintérieur de l'Afrique. Mais dès que la production a réalisé quelques pr(^rès, dès que les produits à échanger se multiplient et se diversifient, le troc simple cesse de suflSre; peu à peu même il cesse d'être possible.
Dans notre société, par exemple, il est devenu complètement impossible de troquer, c'est à dire d'échanger directement les choses que Ton produit contre toutes celles dont on a besoin. Prenons un exemple. Je suis tailleur, je produis des habits. J'ai besoin de souliers , je vais offrir un habit à un cordonnier. Mais le cordonnier n'a pas besoin de cet habit, et quant même il en aurait besoin , comme la valeur du vêtement que je lui offre dépasse celle de la paire de souliers que je lui demande, réchange ne pourrait s'ajuster. Il est, en conséquence, nécessaire de le décomposer, de manière à me permettre de fournir des habits à qui en a besoin , et de me procurer avec la marchandise qui me sera donnée en échange, des souliers ou tout autre objet dont j'ai besoin à mon tour.
Cette marchandise intermédiaire servant û'équioalent untwrsd et permanent dans les échanges a pris le nom de monnaie.
Cet équivalent trouvé , comment les choses se passent-elles?
Tous ceux qui possèdent des produits échangeables, en d'auti^ termes, des marchandises dont ils veulent se défaire, offrent ces marchandises en demandant de la monnaie en échange. Ceux qui en ont besoin les demandent, en offrant, en échange, de la monnaie.
Si les deux parties s'accordent sur le prix, c'est à dire sur la quantité de marchandise, d'une part, sur la quantité de monnaie, de l'autre, dont les valeurs doivent se mettre en équilibre pour que l'échange ait lieu, le marché se conclut, et l'on dit du détenteur de la marchandise qu'il Ta vendue , du détenteur de la monnaie, qu'il a acheté la marchandise. Pour celui-là, c'est une vente, pour celui-ci un achat.
Poursuivons l'examen de l'opération. L'homme qui a échangé contre de la monnaie ses produiU ou ses services, n'a fait, en réalité, qu'une demi-opération. Que veut-il, en effet? Il veut obtenir, en échange de ses produits ou de ses services, d'autres produits ou d'autres services propres à la satisfaction présente ou future de ses besoins. Or, la monnaie ne peut ipso facto satisfiiire aucun besoin matériel ou immatériel , elle ne le peut qu'en s'échangeant contre des choses qui ont cette propriété. On ne vend donc que pour acheter. On n'édiange ses marchandises contre de la monnaie qu'en vue d'échanger, tôt ou tard, daus tel lieu ou dans tel autre, sa monnaie contre des marchandises. Lorsque cette éventualité se réalise , on fait un achat et l'échange est alors comjdet. On n'a plus sa marchandise, on n'a plus sa monnaie, mais on a la marchandise dont on avaU besoin et en vue de laquelle on avait produit la sienne.
Quand donc on envisage séparément chaque partie contractante, on s'aperçoit qu'elle fait un échange incomplet, un demiéchange. Le vendeur en fait la première moitié » l'acheteur la seconde. La monnaie facilite l'échange en permettant d'en combiner indéfiniment les deux facteurs, tandis que le troc n'admet qu'une combinaison simple. En d'autres termes encore, la mon* naie permet de disjoindre la vente de la marchandise que l'on produit de l'achat de la marchandise dont on a besoin , tandis
6S COURS d'économie POLITIQUE.
que ces deux opérations se trouvent connexes dans le troc ou réchange simple.
Essayons de formuler d'une manière plus précise encore les avantages résultant de cette décomposition des échanges , au moyen de Tinstrument monétaire.
Soit :
A, la marchandise produite en vue de l'échange.
B, la monnaie.
C, D, E, F, G, H, etc., les marchandises dont a besoin le détenteur de A.
Que B fasse défaut, et l'échange devient aussitôt extrêmement difficile sinon impossible à opérer. A demande C par exemple, mais il se peut que C n'ait pas besoin de A, qu*il ait besoin de D. Si A veut se procurer C, il devra donc s'échanger préalablement contre D. Mais D à son tour demande E et non pas ^. En conséquence A devra demander E, et si E n'a pas besoin de A, il sera obligé de poursuivre ce circuit en F, G, H, etc. Supposons toutefois qu'£ ait besoin de A^ l'échange pourra avoir lieu , à la condition cependant que la valeur de A et la valeur de E puissent s'équilibrer; mais A sera obligé ensuite d'échanger E contre D, et D contre C, pour se procurer la marchandise dont il a besoin. C'est un circuit qu'il est obligé de faire et qui rend l'échange impraticable souvent , laborieux et coûteux toujours.
Mais B intervient, 0, c'est à dire la monnaie. A commence par s'échanger contre B, et avec0, il peut se procurer à volonté C, D, E, F, G, H, car s'il échange B contre C avec B, C peut se procurer D, et ainsi de suite*
D'oti il résulte que :
Lintervention de la monnaie épargne aux échangistes tout le
montant des frais et des difficultés de la série des échanges qu'ils devraient effectuer jusqu'à ce qtCils fussent parvenus à se procurer à Xaide de la marchandise qu'ils produisent, celle dont ils ont besoin.
Ces frais et ces difficultés seraient tels dans la plupart des cas qa^ils dépasseraient beaucoup Téconomie résultant de la division du travail, qu'ils opposeraient en conséquence un obstacle ÎDSormontable à tout progrès en empêchant les industries de se spécialiser.
11 y a toutefois, sous ce rapport, une distinction à établir entre les échanges. Les échanges qui s'effectuent dans le même lieu et dans le même moment demeureraient, à la rigueur, possibles sans l'intermédiaire de la monnaie, tandis que ceux qui s'effectuent à distance et à un intervalle de temps considérable deviendraient impossibles. Pour les premiers , le crédit pourrait en effet suppléer à la monnaie. Je suppose qu'un tailleur ail besoin d'une paire de souliers. Il l'achète, mais l'équivalent qu'il peut offrir, en l'absence de monnaie, ne convenant pas au cordonnier, celui-ci lui fait crédit pour le montant de la paire de souliers, sauf à demander crédit au tailleur pour les habits dont il aura besoin, en mesurant ces deui crédits de telle façon qu'ils finissent par se balancer. Mais pour que le crédit supplée ainsi à la monnaie, il faut que les contractants se connaissent bien, qn*ils aient confiance l'un dans l'autre , et cette condition ne pourra, sauf de rares exceptions, être remplie lorsqu'il s'agira d'échanges à distance. Les échanges à temps seraient plus difficiles encore à effectuer sans l'intermédiaire de la monnaie. Je fabrique des souliers, et je les échange contre toutes les choses dont j'ai besoin. Maisi, parmi ces choses, il en est qui sont destinées à ma consommation immédiate, d'autres qui sont desti-
nées à ma coûsommation future ou même à celle de mes enfants. Il est possible que rechange direct ou le troc avec ou sans l'auxiliaire du crédit suffise pour me procurer les premières. Mais il n'en sera pas de même pour les dernières. Si je veux me procurer, à l'aide de la vente de mes souliers, les denrées nécessaires pour me nourrir aujourd'hui, demain, pendant une semaine, l'échange direct de mes souliers contre du pain, de la viande, etc. , suffira pour y pourvoir. Hais il en sera autrement si, en vendant mes souliers, je veux me procurer les aliments qui me seront nécessaires dans vingt ou trente ans. Si je veux éloigner ainsi les deux termes de la vente et de l'achat , il me faudra recourir de toute nécessité à un intermédiaire. II me faudra, à l'aide de mes souliers, me procurer un produit dont je puisse toujours et en tous temps me défaire sans perte pour obtenir, en échange, toutes les choses nécessaires à ma consommation future en quelque lieu que je la fasse, c'est à dire une chose qui ait le caractère d'un équivalent universel et permanent. Dira-t-on que je puis retarder l'échange de mes produits, et par conséquent les accumuler jusqu'à ce que le moment de ma consommation ftature soit venu? Mais, s'il s'agit de souliers, puis-je les accumuler indéfiniment sans m'exposer à des pertes de toutes sortes? Il faut évidemment que je les échange contre une marchandise plus propre à être conservée , accumulée et échangée dafii le temps. Cette nécessité sera plus sensible encore si je produis des choses qui ne soient point susceptibles de conservation et d'accumulation; si je suis boulanger, boucher ou bien encore musicien, professeur, etc.
On doit maintenant se rendre compte suffisamment de la nécessité d'un instrument intermédiaire, d'un fMdiuni circulans, qui, en séparant les échanges en deux parties» indépendantes
Pane de rautre, leur permette de se multiplier à travers Tespace et le temps; c'est à dire un instrument qui remplisse autant que possible les fonctions d'un équivakrU universel et permanent.
Cela posé, il s'agit de savoir quel ensemble de qualités doit posséder un bon intermédiaire des échanges. Il doit d*abord réunir, au moins à un certain degré, Tuniformité et la stabilité de la valeur. Si j*écbange mes produits ou mes services contre ao médium circulans que je me propose d'échanger, k son tour, dans l'espace et dans le temps, contre d'autres produits ou d^autres services, je serai intéressé, avant tout, à ce que cet instrument demeure intact aussi longtemps qu'il sera entre mes mains, qu'il ne subisse aucune diminution de valeur, soit par le fait d'une détérioration physique ou autrement. Qu'il possède ane valeur aussi uniforme et aussi stable que possible, que je paisse l'échanger sans perte, dans quelque lieu que j'aille ou à quelque époque que je juge à propos de m'en défaire, voilà mon principal desidercaum. Est-ce tout? Non! il faudra encore que l'instrument des échanges soit facile à manier et à transporter, an besoin même à cacher; qu'il se compose de parties aussi appropriées que possible à la dimension des échanges qu'il s'agit d'accomplir, que les unes soient grandes, les autres moyennes, les autres encore petites; que la valeur de chaque pièce soit mesurée sur L'étalon et ne varie qu'avec l'étalon luimême, afin d'épargner aux échangistes la difficulté ou l'embarras d'une double évaluation : celle de la marchandise et celle de la monnaie; et non seulement il faudra que chaque pièce constitue une valeur étalonnée » mais encore que cette valeur soit reconoaissable à la première vue, qu'elle soit en conséquence exprimée sur la pièce ; il faudra enfin que la valeur de chaque pièce s'exprime autant que possible par un chiffre rond formant avec
les autres pièces un rapport régulier facile à reconnaître et à ' calculer. Telles seront les principales qualités que devra réunir une bonne monnaie.
Ces qualités, toutes les monnaies sont loin de les posséder à un degré égal, aucune même ne les réunit d'une manière complète ; le progrès consiste à en approcher le plus possible.
Comme tous les instruments, celui-ci a commencé par être grossier et imparfait; on a tâtonné longtemps avant de trouver les matières premières les plus propres à sa confection, et, après les avoir trouvées, on les a rarement mises en œuvre d^une manière pleinement satisfaisante. Si nous considérons l'état actuel de l'ensemble des branches de l'industrie humaine, nous trouverons que celle qui concerne la production de l'instrument des échanges est Tune des plus arriérées; ce qui tient certainement à ce qu'elle est demeurée jusqu'à présent un monopole gouvernemental au lieu d'être une industrie libre.
Quoi qu'il en soit , après avoir reconnu à quel besoin pourvoit le véhicule intermédiaire des échanges, après nous être rendu compte d'une manière sommaire et générale de ce qu'il doit être et des qualités essentielles quil doit réunir pour remplir son oflice, analysons - le ; examinons d'abord de quels matériaux il est composé et quelle façon est donnée à ces matériaux.
Dans la plupart des pays civilisés, l'instrument monétaire est composé : l"" de trois métaux, or, argent, cuivre ou bien encore bronze ou nickel ; 2^ de papier.
Laissant de côté pour le moment la monnaie de papier, îk laquelle nous consacrerons un chapitre à part, nous avons donc à constater ce fait important : qu'ayant à choisir entre une multitude de substances pour servir de matières premières à la
monnaie, on a fini par adopter généralement trois métaux, VoTy l'argent et le cuii^re. Pourquoi? Évidemment parce que Texpérience a démontré qu'ils réunissent à un plus haut degré que les autres matériaux les qualités requises pour la confection de l'instrument monétaire; parce qu'ils sont essentiellement propres à constituer Tétoffe de la monnaie» comme Tacier est essentiellement propre à constituer Tétoffe des couteaux , des socs de charrue, etc.
Ces qualités qui ont valu, surtout à Tor et à Targent, la préférence comme étoffes monétaires, sont la trapsportabilité, la darabilité, l'uniformité de la qualité et la divisibilité. L'or et Taisent peuvent se transporter à peu de frais, car ils renferment une grande valeur sous un petit volume; ils se manient avec facilité; ils peuvent se conserver indéfiniment; ils peuvent encore , qualité .essentielle pour un équivalent , se diviser en fractions très petites sans rien perdre de leur valeur.
Telles sont les qualités principales qui rendent l'or et l'argent et, à un moindre degré, le cuivre, plus propres qu'aucun autre produit à servir d'étoffes monétaires.
Mais ces étoffes doivent être fabriquées; elles doivent recevoir une certaine façon appropriée à leur destination. A l'état de lingots, les métaux monétaires ne constitueraient qu'une monnaie fort imparfaite. Supposons, par exemple, que nous soyons obligés, chaque fois que nous faisons un échange, de détacher un morceau d'or, d'ai^ent ou de cuivre d'un lingot, de le peser, d'en constater le degré de pureté , d'en mesurer la valeur , ne sera-t-il pas à peu près aussi difficile d'opérer des échanges au moyen de cette matière première non façonnée que de labourer la terre avec une barre d'acier ou de naviguer sur un tronc d'arbre? Il faut donc donner aux métaux monétaires une
certaine façon spéciale pour les rendre propres à servir d'instruments des échanges comme il faut donner au fer une façon spéciale pour le transformer en un instrument de labour , au bois une autre façon spéciale pour en iaire un véhicule de transport maritime.
Quelle façon donne-t-on aux matières premières monétaires pour les transformer en monnaie? En quoi consiste, en d^autres termes, le monnayage?
Le monnayage implique deux sortes d'opérations : celles qui concernent la fabrication proprement dite, c*est à dire le degré de pureté, le poids, la forme et la marque des effigies des pièces ; celles qui concernent la fixation de la valeur de ces mêmes pièces.
Les premières sont du domaine de la technologie monétaire, et nous ne nous y arrêterons point. Les matières premières monétaires sont d'abord affinées, c'est à dire amenées à un degré (le pureté uniforme, et Ton y ajoute une certaine proportion d'alliage. afin d'augmenter la solidité du produit; elles soDt ensuite coupées ou taillées en diflërentes pièces, dont chaque catégorie est également d'un poids nniforme, sauf une certaine tolérance de fabrication ; on donne à ces pièces la forme que lexpérience a démontrée être la plus résistante et la plus commode; on les frappe à Feffigie de l'entrepreneur du monnayage ( savoir du souverain investi du monopole de cette fabrication), avec l'indication de l'année de la fabrication, et, ordinairement aussi, de la valeur de la pièce» mesurée sur l'étalon en usagç.
Les opérations qui concernent la fixation de la valeur des ^ pièces ou l'étalonnage ont, au contraire, un caractère purement économique.
Si Ton veut s'en rendre exactement compte, il faut d'abord savoir quelles lois gouvernent la valeur de la monnaie.
Ces lois sont les mêmes que celles qui gouvernent la valeur de tous les autres produits ou services. Ce sont : la loi de Toffre et de la demande et celle des frais de production.
La valeur de la monnaie, comme celle de toute autre marchandise, est déterminée immédiatement par la loi de l'offre et de la demande.
Comme celle de toute autre marchandise encore > la valeur de la monnaie tend incessamment à s'établir au niveau de ses frais de production.
De quoi se composent les frais de production d'une monnaie? D'abord, et pour la plus forte part, de la somme nécessaire pour se procurer la matière première dont elle se compose, autrement dit de la valeur de la matière première; ensuite, des frais de iabrication, en y comprenant le bénéfice nécessaire pour rémunérer l'entreprise du monnayage.
De cette double loi il résulte que la valeur de la monnaie est déterminée immédiatement, d'un côté, par son émission, c'est à dire par la quantité qui en est offerte ou mise au marché; d'un autre côté, par la quantité qui en est demandée.
Lorsqu'une monnaie est émise en quantité croissante, la valeur de cette monnaie doit baisser, et de plus, cette baisse doit s'opérer en progression géométrique, — à moins, toutefois^ que la demande ne croisse dans la même proportion.
Lorsqu'une monnaie, au contraire, est émise en quantité décroissante, elle doit hausser, — et la hausse doit s'opérer de même en progression géométrique, — à moins que la quantité demandée ne décroisse dans la même proportion. ^
Tels sont les effets immédiats de la loi de l'offire et de la
COOKS O'ftCONOMIB POLITIQUK, T. U. 5
demande sur la monnaie comme sur toute autre marchandise.
Voyons maintenant comment agit la loi des frais de production sur cette espèce particulière de marchandise.
Lorsqu*une monnaie est émise en quantité croissante, le moment arrive promptement où sa valeur ne couvre plus les firais de sa fabrication qui sont peu considérables ; et où elle tend à descendre au dessous même de la valeur de la matière première. Â ce moment , on trouve avantage soit à la fondre, soit à la retirer de la circulation, à mesure qu'elle est produite, Yoffre diminue et la baisse s'arrête.
La valeur de l'étoffe métallique dont elle est faite apparaît ainsi comme le point au dessous duquel la valeur de la monnaie ne peut descendre, au moins d'une manière régulière et permanente.
Lorsque la monnaie est émise en quantité décroissante, la demande demeurant la même, sa valeur hausse de manière à dépasser bientôt le montant de ses frais de production. Alors, en supposant qu'aucun obstacle, aucune prohibition, par exemple, ne s'y oppose, on trouve avantage à en faire frapper un supplément, dont la mise au marché arrête la hausse, en ramenant toujours, comme à un niveau supérieur, la valeur de la monnaie à la limite de ses frais de production.
Telles sont les lois qui gouvernent la valeur de la monnaie, en admettant qu'elle soit soumise à un régime de pleine concurrence. Mais elle n'est point soumise à ce régime et ne parait l'avoir été en aucun temps. Tandis que la production et la vente des objets en or, en argent ou en cuivre sont libres, la fabrica- ^tion et l'émission de l'outil monétaire font l'objet d'un monopole gouvernemental. Le gouvernement fabrique ou fait fabri-
LA MONiNAlE. 71
quer seul la monnaie, et il peut empêcher toute autre monnaie que la sienne de circuler dans les pays soumis à sa domination. Qa'en résulte-t-il ? C'est que le gouvernement investi de ce monopole devient le maître de Tun des deux éléments constitutifs de la valeur de la monnaie, savoir de Voffrcy et que l'influence régulatrice de la loi des frais de production se trouve par là même paralysée.
Ce n'est pas à dire, toutefois, que le monopole ait le pouvoir de modifier ou d'altérer, d'une façon quelconque, les lois qui régissent la valeur des choses. Non ! Sous un régime de monopole comme sous un régime de concurrence, la valeur des choses ne cesse point d'être déterminée immédiatement par les quantités offertes, d'une part, demandées, d'une autre. Mais quand on est le maître de l'un de ces deux éléments de la valeur, quand on peut augmenter à sa guise la quantité offerte, il est évident que le prix de la chose monopolisée n'a plus d'autre régulateur que la volonté arbitraire du monopoleur, ou, ce qui revient au même, son intérêt bien ou mal entendu. Tandis que sous un régime de libre concurrence, ce régulateur se trouve dans la somme des frais de production ou dans le prix naturel autour duquel gravite le prix courant, sous un régime de monopole ce régulateur disparaît. Le prix peut s'élever comme il peut descendre d'une manière indéGnie. Il peut descendre jusqu'à la gratuité complète, au moins en apparence, si le monopoleur est un gouvernement et s'il lui plaît de faire supporter par les contribuables, les frais de production d'un article dont il monopolise la fabricatioaet te débit. Le prix peut s'élever de même d'une manière indéfinie jusqu'à ce qu'il ait atteint un niveau tel, qu'aucun consommateur n'y puisse plus arriver. Qu'un gouvernement monopolise la production et la vente des subsis-
T2 COURS d'économie POLITIQUE.
fanées, par exemple, il pourra éTidemment fixer à i ,000 francs ou 10,000 francs le prix d'un pain ; mais les monopoleurs usent rarement de tout leur pouvoir à cet égard. Guidés par leur intérêt, ils s'attachent à fixer le prix de la chose monopolisée au taux qui leur procure la plus grande somme posnble de bénéfices. Ce taux n'est pas le même pour toutes les marchandises. Il peut être, proportion gardée, plus élevé pour les articles de première nécessité, tels que les grains, le sel, la sécurité, etc., que pour ceux dont on peut se passer à la rigueur. Supposons, en effet, que le prix de ces derniers fût surélevé d'une manière excessive, comme la chose arriva pour les épices à l'époque où les Hollandais en avaient monopolisé la vente, la demande diminuerait dans une proportion telle, que l'exhaussement artificiel du prix réduirait les bénéfices du monopole ait lieu de les accroître. La production de la monnaie à donc été de tous temps un monopole, mais ce monopole a subi, surtout depuis un siècle, de profondes modifications. Tandis qu'il était jadis organisé de manière à former une branche importante du revenu des souverains, il a perdu aujourd'hui presque toute importance au point de vue fiscal. Pour le dire en passant, on peut trouver dans ce changement l'explication de la divergence d'opinions qui existe entre les anciens écrivains qui se sont occupés de la monnaie et les nouveaux. Les uns a£Brment que le souverain est le maitre de fixer à sa guise la valeur de la monnaie, et leur affirmation s'accorde assez bien avec les faits dont ils étaient témoins. Les autres, au contraire, prétendent que la valeur de la monnaie est réglée par celle de la matière dont les espèces sont fabriquées, et leur affirmation est de même assez conforme, — quoiqu'elle ne le soit point entièrement , — aux faits qu'ils ont sous les yeux.
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Ces obsenrations préliminaires faites, Toyons de quelle façon s'opère aujourd'hui Tétalonnage de la monnaie.
Le problème à résoudre consiste à fixer aussi complètement que possible la valeur de la monnaie sur celle de l'étalon . I>e telle sorte que les pièces de monnaie étalonnées possèdent toujours exactement la même valeur que l'étalon, ou, si l'étalon est trop fort ou trop faible pour servir de monnaie , la même valeur qu'une de ses fractions ou l'un de ses multiples. En supposant que l'étalon soit invariable, une monnaie bien étalonnée aura donc une valeur invariable; en supposant, au contraire, que l'étalon soit variable, la monnaie subira exactement les mêmes variations que l'étalon sur lequel elle se trouve fixée.
La nécessité de fixer la monnaie sur l'étalon est facile à comprendre. Qu'est-ce que l'étalon? C'est la chose la plus propre à servir de mesure , c'est à dire la chose dont la valeur est reconnue la plus stable. Supposons que la monnaie ne fût pas dans toutes ses parties la reproduction exacte de l'étalon, qu'arriverait-il? C'est qu'à chaque échange, il faudrait se livrer à une double évaluation : il faudrait d'abord évaluer la monnaie, en rapportant la valeur de chaque pièce à celle de l'étalon ; il Êiudrait ensuite évaluer la marchandise. Lorsque la monnaie est étalonnée, c'est à dire exactement fixée dans toutes ses parties, pièces d'or, d argent, de cuivre ou morceaux de papier, sur l'étalon quel qu'il soit, bétail, grain, métal précieux » on économise la première de ces deux opérations, souvent la plus difficile, et l'on simplifie ainsi considérablement l'échange.
Supposons que Tétalon de la valeur consiste dans une tête de bétail ou dans uue mesure de blé, et tel était le cas dans les temps primitifs, comment pourra s'opérer l'étalonnage de la monnaie? Et d'abord que sera la monnaie lorsque le bétail ou le
blé, c'est à dire un produit impropre à servir de monnaie, sera l'étalon de la valeur? La monnaie devra se composer de parties ayant chacune une valeur exactement égale à une tête de bétail ou à une mesure de blé, à ses fractions ou à ses multiples. Comment cette équivalence pourra-t-elle être obtenue? Rappelons-nous qu'il n'existe pas au monde une seule chose ayant une valeur absolument stable; rappelons- nous aussi que la valeur de chaque chose a ses variations propres. Cela étant, on ne pourra établir une monnaie qui soit toujours équivalente à l'étalon, à ses fractions ou à ses multiples, que moyennant l'une de ces deux conditions : 1^ que la monnaie soit composée de la même substance que l'étalon ; qu'elle soit l'étalon même façonné en monnaie; 2^ si, par sa nature, l'étalon est impropre à servir de monnaie, qu'elle soit composée de choses toujours échangeables contre lui. Ainsi, une tête de bétail sert d'étalon de la valeur. En quoi peut consister la monnaie? En têtes de bétail semblables à celle-là, ou en choses qui s'échangent toujours contre une tête de bétail, ni plus ni moins. Mais peut-on trouver de ces choses? Existe-t-il des choses qui soient toujours exactement de la même valeur qu'une tête de bétail? Non, il n'en existe point. Prenons pour exemple une certaine quantité d'or ou d'argent. Aujourd'hui, la valeur de cette quantité répond exactement à celle d'une tête de bétail; demain, elle sera plus grande ou plus petite : la valeur du bétail ou celle de l'or ou de l'argent, toutes deux peut-être, auront changé.
Cependant, s'il n'existe point d'équivalents naturels dé l'étalon, on peut en créer d'artificiels. On peut faire en sorte qu'une pièce d'or ou d'argent ou même un simple morceau de papier ait toujours la même valeur qu'une tête de bétail ou une mesure de blé. Il suffit pour cela de se souvenir que la valeur des
choses est déterminée par la loi de l'offre et de la demande, et de régler To/fre de ces pièces d'or ou d'argent ou de ces morceaux de papier» de telle sorte qu'ils s'échangent toujours contre une tête de bétail, ni plus ni moins. Le moyen le plus assuré d'ob* tenir cette équivalence, c'est d'échanger toujours soi-même, sur demande, chaque pièce d'or, d'argent ou de papier contre une tête de bétail. L'expérience démontre toutefois que cela n'est point indispensable. Il suffit, dès que la monnaie d'or, d'argent ou de papier émise pour la valeur d'une tête de bétail commence à dépasser cette valeur, d'en émettre, autrement dit, d'en offrir un supplément jusqu'à ce que lequivalence soit rétablie; et, dans le cas contraire, d'en retirer de la circulation ou d'en diminuer Yoffre jusqu'à ce que l'équivalence soit de nouveau obtenue.
Telles sont les conditions auxquelles l'équivalence peut s'établir et se maintenir entre la monnaie et l'étalon, lorsque celle-là est autre que celui-ci. Ajoutons que ces conditions, tirées des lois constitutives de la valeur, sont toujours rigoureuses, absolues comme ces lois mêmes. Supposons, par exemple, qu'après avoir émis le nombre de pièces d'or, d'argent ou . de papier nécessaire pour que ces pièces soient l'équivalent d'une tête de bétail, vous en émettiez davantage, leur valeur tombera au dessous de celle de la tête de bétail, et cette chute de valeur ou cette dépréciation sera d'autant plus forte que la surémission aura été plus considérable. Si vous persistez néanmoins à affirmer que votre monnaie continue à valoir une tête de bétail, ni plus ni moins, et si vous possédez le pouvoir nécessaire pour autoriser les débiteurs à acquitter sur ce pied les dettes qu'ils ont contractées en têtes de bétail, qu'en résulteral-il? C'est que l'étalon de la valeur sera changé; c'est qu'il ne
consistera plus en têtes de bétail ridles, mais en pièces de monnaie qui ne posséderont plus qu'une partie de la valeur de la tête de bétail; c*est que Tétalon ne sera plus qu'une valeur arbitraire, sans base fixe, dépendant de la quantité des émissions monétaires qu'il vous conviendra de faire, si vous pouvez régler à votre guise l'offre de la monnaie.
Il y a apparence que les choses se sont passées ainsi à l'origine. Les peuples pasteurs avaient pour étalon de la valeur le bétail. Mais le bétail ne possédait qu'imparfaitement les qualités requises pour servir de monnaie (1). Lorsque les métaux qui possédaient ces qualités vinrent à être découverts, que fit-on? On fabriqua des pièces ayant la valeur d'une tète de bétail et portant même cette effigie, d'où le nom de pecunia donné à ia
(I) Il parait néanmoins que le bétail a rempli quelquefois l'office de monnaie.
• Les historiens de l'époque saxonne en Angleterre, dit M. Blanqui, parlent souvent d'une monnaie vivante (living money) qui était autorisée par la loi et qui consistait à payer en enclaves et en bétail (CatU) toute espèce de marchandises, mises en circulation. Plus tard, à mesure que la monnaie reparut on n'admit plus la monnaie vivante que pour solder les appoints ; et dans ce cas les chevaux, les bœufs, les vaches, les moutons et les esclaves ne pouvaient être donnés en paiement que d*après une estimation convenue. Les amendes imposées par l'État ou par l'Église furent seules exceptées et payables à volonté, soit en écus soit en êtres vivante, U faut rendre néanmoins cette justice à l'Église, que pour décourager le commerce des esclaves, elle finit par refuser d'en accepter aucun en paiement. Le docteur Henry nous a laissé une histoire d'Angleterre dans laquelle se trouvent plusieurs évaluations curieuses du prix correspondant de la monnaie vivante à la monnaie de nos jours. D'après ses calculs, le prix du tarif pour un esclave était, en 997, d'environ 70 fr. ; d'un cheval 45 fr. ; d'une vache 8 fr. ; d'un mouton 1 fr 50. (Blanqtji, Histoire de f Économie politique, T. I«', p. 400.)
monnaie. Comme il n'était pas nécessaire que ces pièces continssent en métal une valeur égale à celle du bétaiU tant que leur émission demeurait limitée, la fabrication de la monnaie dut rapporter de gros bénéfices. Mais les émissions venant à s'accroître en raison même des bénéfices qu'elles procuraient, la valeur de la monnaie ne pouvait manquer de tomber au dessous de colle de Tétalon. Autrement dit, les têtes de bétail monnayées devinrent plus petites que les têtes de bétail réelles, el comme on s'était accoutumé à évaluer toutes choses en tètes de bétail monnayées, l'étalon primitif se trouva perdu, et la mesure de la valeur devint purement arbitraire.
Mais l'incertitude de l'étalon de la valeur engendre, comme nous Tavons vu, des perturbations telles, qu'aucune société ne pourrait les supporter longtemps. On dut donc chercher un remède au mal dont on souffrait, soit en rétablissant l'ancien étalon, soit en en adoptant un nouveau. Or, dans l'intervalle, le monde avait marché, le travail s'était divisé, les industries s^étaient multipliées et perfectionnées : dans ce nouvel état de la société, la tête de bétail avait cessé d'être à la fois la valeur la plus généralement connue et la plus stable. Les métaux précieux qui, à l'origine, ne possédaient ni l'une ni l'autre de ces qualités, les avaient peu à peu acquises. A mesure, par exemple, que le stock provenant de la production des années antérieures 8*accumttla et se grossit, les fluctuations résultant de la découverte des nouvelles mines, etc., devinrent moins sensibles. On fut amené, en conséquence, à choisir pour étalon la imleur d'un certain poids d'or, d'ai^ent ou de cuivre, soit la valeur d'un talent, d'un sicle ou d'une livre pesant de l'un ou de l'autre de ces métaux. L'adoption de ce nouvel étalon n'empêcha point toutefois le retour des perturbations occasionnées
7a COURS d'économie politique.
par les surémissions, et la livre monétaire comme là tête de bétail monnayée devint de plus en plus petite, au point de ne plus équivaloir va la longue qu'à une fraction très faible de la livre mét»K
Nous examinerons dans les leçons suivantes comment ces perturbations et cette dégradation de l'étalon se sont accomplies. Nous devons nous borner pour le moment à rechercher quels procédés on a employés pour en empêcher le retour. D'une part, on en est revenu partout aux étalons métalliques^ soit que l'on ait adopté pour étalon un certain poids d'or ou un certain poids d'argent fin. D'un autre part, on s'est appliqué à faire de la monnaie, dans toutes ses parties, or, argent, cuivre ou papier, « un étalon circulant, » en ajustant exactement sa valeur sur celle du métal choisi pour étalon. C'est en Angleterre que ce résultat a été atteint de la manière la plus complète. Voyons donc comment on s'y est pris pour l'atteindre; comment s'opère actuellement en Angleterre l'étalonnage de la monnaie.
C'est l'or qui sert aujourd'hui en Angleterre d'étalon ou de mesure commune des valeurs. Toutes choses, y compris la monnaie elle-même, ont pour mesure commune la valeur d'une certaine quantité d'or exprimée par la livre sterling. Cette quantité qui était autrefois une livre pesant d'argent, n'est aujourd'hui qu'un peu plus du quart d'une once d'or. Car avec une once d'or on fabrique 5 ]iv« 17 shill. 10 1/2 d., ce qui donne pour la valeur de la livre sterling : 3 ^^i^L \o[/i ^^ les ^^n: d'une once d'or. Comment la livre sterling est descendue de la valeur d'une livre pesant d'argent à celle d'un peu plus d'un quart d'once d'or^ c'est ce que l'exemple analogue de la dépréciation de la livre française nous servira à expliquer
plus loin (1). Contentons-nous de constater, en attendant, de qnelle manière on la maintient à ce dernier niveau depuis qu'elle y est descendue, comment on empêche qu'elle ne descende plus bas on qu'elle ne remonte plus haut. Le gouvernement est tenu de fournir toujours, sur demande, à qui lui apporte de l'or en lingot, poids pour poids d'or monnayé, sans rien garder pour ses frais de monnayage. D'où il résulte qu'il ne peut exister aucune différence sensible entre la valeur de l'or en lingot et
(1) La livre sterling est cependant de tous les étalons monétaires celui qui s*est le moins déprécié.
« Les monnaies anglaises^ dit M. Michel Chevalier, n'ont éprouvé d'altération forte que pendant un espace de trois siècles, surtout dans l'intervalle occupé par le règne de Henri YIII, prince dissipateur et sans frein, et la première partie de celui de son fils Edouard lY .
• La monnaie anglaise resta pendant près de deux siècles et demi, telle qne l'avait instituée Guillaume le Conquérant : la livre pesant d'argent à un titre assez élevé était l'unité monétaire. L'an 1300, le roi Edouard l'^l'afilûblit légèrement. Edouard III, de 1344 à 1363, lui fit subir trois diminutions saccessives qui cependant lui laissèrent encore plus des quatre cinquièmes de sa teneur première. Henri lY, en 1412, et Edouard lY, en 1464, lui portèrent de nouvelles atteintes, et à l'avènement d'Henri YIU, qui eut lieu au commencement du seizième siècle, elle avait perdu près de ]a moitié de son poids de fin. Ce prince, qui était violent et sans scrupules, faussa quatre fois la monnaie dans un intervalle de dix- neuf ans, de 1527 à 1546. La livre sterling, telle qu'il l'avait trouvée ferait une livre et onze shellings en monnaie actuelle ou plutôt en monnaie de 1816. En 1546^ elle se trouva réduite par ce prince à 9 shell. environ. Son fils Edouard YI l'abaissa encore de moitié, la troisième année de son règne. Mais deux ans après il la releva; sa sœur Marie, qui lui succéda, persévéra dans les mêmes errements, et Elisabeth, par une proclamation solenneUe, qui date de la deuxième année de son règne (1560) , qualifia l'habitude de la fausse monnaie comme un monstre dévorant
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celle de l'or monnayé. Supposons, en effet» qu^une telle différence vint à se produire, qu'une once d'or monnayé vint à valoir plus d'une once d'or en lingot, on s'empresserait d'apporter un supplément de lingots à la monnaie; supposons qu'elle valût moins, on s'empresserait ou de fondre une partie de la monnaie ou de la réserver pour l'usage auquel sont affectés les lingots jusqu'à ce que l'équivalence fût rétablie (1).
qu*elle mettait son honneur à vaincre, oe qui ue l'empêcha pas cependant, quarante et un ans plus tard, de diminuer la livre quelque peu» d'un trente et unième. A partir de ce moment, la monnaie anglaise n'a ploa sabi d'altération. Elle a été ainsi diminuée de près des deux tiers. Quelque grand que soit l'abaissement en termes absolus, il est très feûble en comparaison de tout ce qui a été fait ailleurs. A côté de l'Angleterre, TÉcosse, de 1296 à 1601, a réduit la livre d'argent au trente sixième de son poids.
C'est pour cette cause que la livre anglaise, primitivement fixée par Ghiillaume le Conquérant à nne livre pesant d'argent, de même que Charlemagne l'avait fait en France, a conservé une valeur bien supérieure à la line des autres contrées.
... C'est en 1816 qne se fit la substitution de l'or à l'argent comme étalon reconnu par la loi. (Michel Chsvaubs. De la baiue probable de for, p. 136.)
(1) Nous citerons comme témoignage à l'appui» non seulement de cette vérité particulière mais de la théorie générale que nous exposona, Tautorité de Aicardo.
• Tant que le gouvernement fait frapper des monnaies sans retenir les îrm de monnayage, les pièces de monnaie ont une valeur égale à celle de tout autre morceau du même métal d'un poids et d'une finesse pareils. ICais si le gouvernement retient un droit de monnayage ou de seigneuriage, la pièce de métal frappée excédera en général la valeur de la pièce non frappée de tout le montant de ce droit.
• Quand l'État seul bat monnaie, il ne peut pas y avoir de limites à œ
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Ponr rendre cette équivalence plas sensible encore, on a monnayé, dans son tout comme dans ses divisions et ses subdivisions, la valeur servant d'étalon. Cette valeur qui est celle
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d'un poids d'or de =^: d'once est divisée en 12 shellings et
chaque shelling en 12 deniers. On a donc fabriqué des souverains d'or, ayant exactement le poids de la livre sterling, des shellings d'argent et des pence de cuivre, étalonnés sur les divisions de la livre sterling.
droit de monnajage ; car» en xestragnant la quantité du nnmétaixe, on peut en ékrer la Takor indéfiniment.
« C'est en yerta de ce principe que drcnle le p^ier-monnaie. Tonte sa Talear peat être regardée comme représentant nn seignenriage. Qaoiqne ce papier n'ait pdnt de yalenr intrinsèque, cependant si l'on en borne la quantité, sa Talear échangeable peut égaler la yaleuc d'une monnaie métallique de la même dénomination on de lingots estimés en espèces. C'est encore par le néme principe, c'est à dire en bornant la quantité de la monnaie que des pièces d'un bas titre penvent circuler pour la Talenr qu'elles auraient eue si kor pcids et leur titre étaient ceux fixés par la loi et non pour la valeur intrinsèque du métal pur qu'elles contiennent. Voilà pourquoi « dans lliîstoîze des monnaies anglaises » noua trouvons que notre numéraire n'a jiBuda été déprécié aussi fortement qu'il a été altéré. La raison en est qa'il n'a jamais été multiplié en proportion de sa déprédation^ (Eigabdo. Prineipeê de PÉeommiê pdUiqug, chap. XXVII. Dâ la moMuaie $t des
Il existe toutefois en Angleterre une 1^^ différence entre la Talear du métal monnayé et celle du métal en lingots. Stordi, l'un des écrivains qui ont le mieux entendu les questions monétaires, explique fort bien la cause de œttediffgrenoe.
• Quand, dit-il, le gouvernement se charge des frais de fabrication de la monnaie» il est dair qu'il empéclie que la valeur du métal-monnaie ne ^aeerdsse de la valeur de sa fiiçon... Ainsi, dans les pays où tout le monde
Le système monétaire de FAngleterre se présente ainsi de la manière suivante :
iËTALON. La livre sterl. divisée en 20 shellings et 240 deniers, ayant
««« „«i».,« A^ ™°® ûnc« d'or 1000 ,, ,,
une valeur de : 3 ^.-^^ ^^~ ^^ ^^ ^- ou -3^ d une once d'or.
Monnaie. „ ,„
( Souverain pesant -.^r- d'once et valant 1 liv. ou . 20 Or. { , ****
Demi-souverain ». 10
peut échanger de l'or ou de l'argent, poids pour poids, contre de la monnaie, a façon de la monnaie n'a point de valeur, et le métal monnayé ne vaut pas plus que le métal en lingots.
« Si quelquefois le contraire parait arriver, c'est toujours l'effet d'une circonstance accessoire. En Angleterre, par exemple, l'or monnayé se paie environ 2/5 p. c. plus cher que l'or en lingot ; mais pour changer son lingot en gainées à l'hôtel des Monnaies de Londres, le seul qu'il y ait en Angleterre, il faut attendre son tour : ainsi c'est une perte de temps que vous érite celui qui vous paie comptant, et cette légère prime de 2/5 p. c. est une sorte d'escompte qu'il retient pour l'avance qu'il a faite... Les frais de fabrication de la monnaie d'or reviennent à 7/10 p. c. Ainsi cette prime de 2/5 fait un peu plus de la moitié des frais. Si l'on pouvait se procurer plus facilement cette monnaie , la prime ne serait plus que d'un tiers ou d'un i\}xiKtt des frais de fieibrication.
La loi qui rendit la fabrication des monnaies gratuite fut d'abord portée sous le règne de Charles II, pour un temps limité ; ensuite, par différentes prorogations, elle fut continuée jusqu'en 1769, époque à laquelle elle fut rendue perpétuelle. (H. Siobch. Cours d^ économie politique^ t. VI, liv. V, ch.IX.)
Cette méthode (la gratuité du monnayage) a encore été adoptée deux fois en Prance mais sans s'y maintenir longtemps. La fabrication des monnaies y a été gratuite, d'abord sous le ministère de Colbert, pendant dix ans (de 1679 à 1689) , et ensuite pendant la Révolution depuis le 9 frimaire jusqu'au 26 germinal an iv. (J.-B. Say. Traité ^économie politique, t. 1", p. 442.)