‹ Cours d'économie politiqueChapitre 5 sur 18 · SH. DEN · texte numérisé non relu

SH. DEN

Couronne 5

Demi-couronne 2 6

^^*-^Shemng 12

Demi-slielling « 6

Penny ir 1

Cuivre. ^ Demi-penny • V«

( Fartliing • V*

Dans ce système, il y a, comme on voit, et il ne peut y avoir aocane différence entre la valeur du métal servant d'étalon et celle de ce même métal façonné en monnaie, puisque tout le inonde peut porter des lingots à l'hôtel des monnaies et obtenir, en échange de chaque once, 5 souverains 17 shellings et 10 1/2 pence monnayés qui pèseraient précisément une once en admettant que les shellings et les pence fussent en or. La monnaie britannique se trouve ainsi axée .aussi exactement que possible sur Tétalon d*or, et elle ne peut subir d'autres fluctuations de valeur que celles que subit For lui-même. Si l'or avait une valeur invariable, ce système serait parfait. Malheureusement il n'en est pas ainsi. La valeur de l'or est sujette à varier, et, par suite de la gratuité du monnayage, toutes les variations de la valeur du métal doivent se répercuter immédiatement dans la monnaie. S'il y avait, au contraire, des frais de monnayage à payer, les variations partielles de la valeur du métal se feraient moins sentir dans l'instrument monétaire. Ces frais formeraient comme une espèce de bourrelet qui amortirait les "variations soit en hausse, soit en baisse. Quand le métal hausserait, il faudrait que la hausse excédât les frais du monnayage pour qu'on prit le parti de réduire la monnaie à

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l'état de lingot; quand le métal baisserait, il faudrait de même que la baisse atteignit une partie des frais de monnayage pour que l'on trouvât bénéfice à faire frapper un supplémentde monnaie.

Quoi qu'il en soit, dans ce système, la valeur de la monnaie est entièrement gouvernée par celle du métal : la monnaie est comme si elle se trouvait encore sous forme de lingots.

La valeur de Tor monnayé étant ajustée, par ce procédé, sur celle du métal non monnayé qui sert d'étalon, il s'agit d'établir un rapport fixe et permanent entre la monnaie d'or éi les coupures inférieures de l'instrument monétaire en aident ou en cuivre. Autrement dit, il s'agit, après avoir étalonné la monnaie d'or sur le métal, d'étalonner la monnaie d'argent et de cuivre sur la monnaie d'or, de telle façon que l'instrument monétaire soit un dans toutes ses parties. Comment peot-on obtenir ce résultat? Gomment faut-il s'y prendre, par exemple, pour que quatre couronnes d'argent de cinq sbeliings soient toujours l'équivalent d'un souverain d'or? Pour que douze pièces de cuivre d'un penny soient toujours l'équivalent d'un sbelling d'argent?

Supposons que Ton tienne pour vrai ce principe de l'école métallique que la valeur de la monnaie est nécessairement gouvernée par celle du métal dont elle est composée, ce résultat ne pourra être obtenu ; il sera impossible d'obtenir un rapport de valeur invariable entre la monnaie d'or et la monnaied'argent, entre la monnaie d'argent et la monnaie de enivre. Supposons, en effet, qu'à un moment donné, l'or vaille 15 1/S fois l'aident, il faudra pour fabriquer des couronnes, dont quatre soient l'équivalent d'un souverain ou d'une livre sterling, un poids

d'argent de 3 \^ ^!^q\^ X *S 1/2. La couronne fabriquée avec ce poids d'argent, le monnayage étant gratuit, équivaudra exactement à un quart de liv. st. Mais que l'argent vienne à hausser ou à baisser de valeur relativement à l'or, — et Texpérience atteste que la valeur relative de Tor et de l'argent est sujette à d'incessantes variations, quoique ces variations soient ordinairement peu appréciables, — il faudra diminuer ou augmenter chaque fois en proportion de la hausse ou de la baisse le poids des couronnes, si l'on veut que le rapport de valeur entre la monnaie d'argent et la monnaie d'or demeure invariable. Or cette augmentation et cette diminution incessantes du poids des pièces est chose impossible dans la pratique. Ou donc il faut se résigner à laisser varier le rapport de valeur des espèces d*or avec les espèces d'argent et de cuivre, ou il faut fixer ce rapport d'une manière immuable, sans tenir compte du soidisant principe de l'école métallique : « Que la valeur de la monnaie est nécessairement gouvernée par celle du métal dont elle est composée. » C'est, en effet, à ce dernier parti qu'on s'est arrêté en Angleterre pour l'argent et Je cuivre, dans les autres pays pour le cuivre seulement.

Mais avant d'examiner comment se pratique cet étalonnage des monnaies inférieures dites divisionnaires, de billon ou d'appoint, résolvons encore deux questions préalables, savoir : V pourquoi l'instrument monétaire doit être composé de plusieurs métaux, sans parler du papier; 2^ pourquoi l'instrument monétaire, quoique composé de plusieurs métaux doit être un dans toutes ses parties , comme s'il était composé d'un seul métal.

L'instrument monétaire doit être composé de plusieurs métaux, d'abord à cause de la nature des échanges, ensuite à

COOB8 D^ÀCOKOMIK POLiriQOB, T. U. ' 6

cause de la Datare des matières premières monétaires. On échange des valeurs de toutes dimensions, grandes, moyennes et petites; il faut, en conséquence, des pièces de monnaie qui correspondent à ces différentes catégories de valeurs qui se présentent à réchange, c'est à dire des coupures supérieures, moyennes et inférieures. Mais le même métal n'est pas également propre à la fabrication de ces coupures inégales. Supposons, par exemple, qu'on voulût s'en tenir à l'emploi de l'or, on pourrait à la rigueur fabriquer des couronnes, des demicouronnes, ou même de simples shellings avec ce métal, mais ces pièces seraient tellement petites et légères qu'on les trouverait fort incommodes dans l'usage. Quant à fabriquer en or des pièces d'un pénny ou d'un farthing, ce serait matériellement impossible. Supposons qu'on voulût s'en tenir à l'argent, la pièce de 20 shellings d'argent serait trop massive et celle d'un penny trop menue; supposons qu'on voulût s'en tenir au cuivre, il faudrait des pièces énormes pour les échanges moyens et supérieurs. La nature des échanges, d'une part, la nature des matières premières monétaires, de l'autre, exigent, comme on voit, absolument, l'emploi des trois métaux dans la fabrication de la monnaie.

Arrivons maintenant au second point. Pourquoi faat-il que l'instrument monétaire confectionné avec plusieurs métaux soit an comme s'il était fait d'un seul métal? En d'autres termes, pourquoi faut-il que les 20 shellings d'argent valent toujours un souverain d'or et les douze pences de cuivre toujours un shelling d'argent? La réponse à cette question est facile. Faisons une simple hypothèse. Si les rapports de valeur entre les différentes catégories de pièces qui constituent l'instrument monétaire n'étaient point invariables, s'il fallait, par exemple,

taotôt 19 shellings, tantôt 21 pour équivaloir à un souverain, il en résivllerait de graves inconvénients dans la pratique. En premier lieu, chaque fois que Ton emploierait de la monnaie auxiliaire d'argent ou de cuivre, il faudrait l'évaluer, c'est à dire déterminer le rapport de valeur existant, au moment de réchange, entre la monnaie auxiliaire et l'étalon, constater combien il faut de shellings et de pences pour faire une livre, chose embarrassante et compliquée. En second lieu, tous les cootrats, dans lesquels la monnaie auxiliaire entrerait pour une part, contiendraient un élément aléatoire. Ainsi, un bomrae qui aurait contracté une dette de 15 shellings, lorsque 20 shellings valaient une livre , et qui devrait la rembourser lorsque 20 shellings vaudraient plus d'une livre, se trouverait lésé de la différence. Enfin, ces variations de la monnaie auxiliaire deviendraient la source d'embarras inextricables dans la tenue et le règlement des comptes. Car lorsque 19 shellings d'argent vaudraient une livre, ou bien il faudrait établir la division de la livre par dix-neuvièmes, ou bien, si Ton conservait l'ancienne division par moitié, par quarts et par vingtièmes, ces appoints seraient fort difficiles à former à l'aided'une monnaie divisionnaire dont chaque pièce vaudrait 1/19^ de livre, n faudrait recourir pour les ajuster à des appoints en cuivre qui étant eux-mêmes variables rendraient chaque échange plus que laborieux. Il est donc indispensable, — et nous croyons inutile d'iosister davantage sur ce point, — que la proportion entre les différentes catégories de pièces qui composent l'instrument des échanges demeure invariable, que 20 shellings valent toujours i livre, et 12 pences toujours un shelling.

En résumé, il est nécessaire : l"* que l'instrument monétaire soit fabriqué avec plusieurs métaux ; ^ qu'il soit un dans toutes

ses parties, ou, ce qui revient au même, que ses différentes coupures d*or, d'argent ou de cuivre aient entre elles un rapport de valeur invariable.

Comment peut-on obtenir cette invariabilité du rapport de valeur entre des pièces confectionnées avec des métaux dont la valeur relative est sujette à des variations incessantes? Comment Tobtient-on en Angleterre?

On l'obtient en Angleterre à Taide des procédés suivants : l"" en confectionnant les pièces d'argent et de cuivre avec une quantité de métal dont la valeur est inférieure à celle de la pièce fabriquée; S"" en élevant artificiellement la valeur de la pièce fabriquée par la restriction des émissions; en réglant rémission des shellings de telle façon que 20 shellings d'argent valent toujours un souverain d'or, et 12 pences de cuivre toujours un shelling d'argent.

C'est ainsi qu'alors que la valeur de la monnaie d'or est toujours égale a celle du métal dont cette monnaie est faite, la valeur de la monnaie d'argent dépasse de 1/14'' environ et celle de la monnaie de cuivre de plus de moitié, la valeur de l'étoffe métallique qu'elles contiennent. D'où il résulte qu'à moins d'une révolution qui abaisse la valeur de l'or de plus de 1/14"^ relativement à l'argent, et la valeur de l'argent de plus de moitié relativement au cuivre, le shelling ne peut jamais valoir plus de 1/20® de liv. sterl. et le penny plus de 1/12* de shell. ou de 1/240"" de liv. sterK

Ils ne peuvent valoir moins non plus parce que le gouvernement, investi du monopole du monnayage, ne délivre de la monnaie d'argent qu'à ceux qui la lui paient à raison d*un souverain pour 20 shell., et la monnaie de cuivre à raison d'un shell. pour 12 pences. De là l'invariabilité du rapport. Il peut

arriver cependant que la demande de la monnaie divisionnaire diminue et qu'elle ait alors une tendance à baisser, mais, en ce cas aussi , la demande qui en est faite au gouvernement se ralentit, la fabrication et rémission deviennent moindres et la nknr se rétablit. Il peut arriver encore que la demande s'accroisse et que la valeur de la monnaie divisionnaire tende à hausser; mais on en demande alors au gouvernement une quantité supplémentaire^ la fabrication et rémission s'augmentent, et la valeur demeure au niveau du rapport élabli. Seulement, on le conçoit , il ne faut pas que la valeur métallique de la monnaie divisionnaire dépasse jamais le niveau de sa valeur monétaire, sinon elle serait incessamment demandée pour être fondue et les frais de monnayage seraient faits en pure perte.

Tel est rétalonnage du système monétaire anglais. La monnaie d'or est étalonnée sur le métal ; la monnaie divisionnaire d'argent et de cuivre sur la monnaie d'or, et l'instrument monétaire est invariable dans toutes ses parties. Il le serait aussi dans sa base, si la valeur de l'or était immuable. Mais comme il n'en est pas ainsi, le système monétaire anglais subit incessamment, jusque dans ses dernières ramifications, l'influence des fluctuations du métal étalon, si légères qu'elles soient. C'est comme un édifice solidement construit, dont toutes les parties seraient liées par un ciment indestructible, mais dont les fondations seraient assises sur un terrain mouvant.

Que si maintenant nous jetons un regard d'ensemble sur les monnaies des dififérents États ^ nous y remarquerons une extrême diversité, quant à la composition, la façon et l'étaloni^^e. Si les matières premières monétaires sont à peu près les mêmes partout, on s'en sert dans des proportions fort diverses,

et chacun les met en œuvre à sa manière. Sous le rapport de rétalonnage, les États monnayeurs peuvent être partagés en deux grandes catégories : ceux qui ont adopté Tétalon d'or et ceux qui s*en tiennent encore à Tétalon d'argent. Mais dans chaque catégorie, l'étalon diffère de pays à pays, quant à la coopure. En Angleterre, l'étalon est un poids d'or de -^r d'once nommé livre sterling; aux États-Unis, c'est un poids deOiOSSyS"* d'once d'or, poids de troy nommé dollard. En France, l'étalon est un poids d'argent de 5 grammes à 9/10^ de Cn , nommé franc; en Hollande, c'est un poids d'argent de 10 grammes à T^- ^^ ^°' ^^^^^ florin. Les monnaies fixées sur ces étalons sont de même essentiellement diverses dans leurs façons et leurs coupures. Elles ne sont pas non plus étalonnées partout de la même manière, et nous aurons à constater, en France par exemple, combien est imparfait et vicieux le mode d'étalonnage adopté pour la monnaie d'or. Enfin les conditions auxquelles les monnaies sont mises au service du public ne diffèrent pas moins d'époque à époque et de pays à pays. Si partout, — et ce fait ne comporte encore aucune exception, du moins en ce qui concerne la monnaie métallique, — la production de la monnaie est un monopole gouvernemental , la pratique de ce monopole n'a pas été uniforme en tous lieux et en tous temps. Tandis que le prix de façon de la monnaie atteignait parfois un taux exorbitant, — aux époques où le monopole du monnayage constituait une des principales branches du revenu du souverain, — il est actuellement insignifiant pour les monnaies supérieures; dans quelques pays même^ comme en Angleterre, le monnayage est gratuit, et le gouvernement ne bénéficie plus, ep temps ordinaire, que sur les monnaies inférieures. Pour bien nous rendre compte des changements qui se sont

opérés snccessivement dans rexploitation du monopole du monnayage, nous donnerons » dans les leçons suivantes, un aperçu historique du système monétaire de la France. Cet aperçu nous permettra à la fois d'achever d*éclaircir la notion de la monnaie et de mettre en relief ce qu'il y a encore d'imparfait dans les systèmes monétaires actuellement en vigueur. En attendant, il nous reste une dernière question générale h examiner, celle de la quantité de monnaie qui est nécessaire à un pays. Cette quantité est-elle illimitée comme on le croyait jadis, ou, si elle ne lest point, quelles sont ses limites?

La monnaie sert de véhicule intermédiaire dans les échanges : suivant une expression ingénieuse d'Adam Smith, elle sert à voiturer les valeurs. Combien donc faut-il à un pays de ces voitures monétaires pour effectuer le service des échanges? U est évident que ce nombre doit subir l'influence de plusieurs causes. Il doit être subordonné : l"" à la' somme de valeurs qu'il s'agit de voiturer; 2° à la longueur des voyages; 3^ à la rapidité do mouvement imprimé aux voitures; 4® aux procédés et véhicules similaires que l'on peut employer soit pour économiser les transports, soit pour les effectuer sans recourir à la monnaie.

Ce voiturage des valeurs s'opère, comme nous l'avons remarqué, dans l'espace et dans le tefnps. Une partie de la monnaie est employée aux échanges qui s'accomplissent en vue d'une consommation actuelle; une autre partie à ceux qui s'accomplissent eu vue d'une consommation future. Je suis fabricant de drap, par exemple. J'échange mon drap contre de la monnaie. Que fais-je de celte monnaie? J'en emploie immédiatement une partie à acheter des matières premières, k payer mes ouvriers , à me procurer les produits ou services nécessaires à ma consommation

et à celle de ma famille. J'en réserve une autre partie pour un emploi ultérieur, soit qu'il s'agisse de renouveler ou d'augmenter mes éléments de production, soit simplement de la satisfaction de mes besoins futurs. Dans le premier cas, la monnaie circule; dans le second cas, elle s'accumule, ou^ si l'on veut encore, elle circule dans le temps. La quantité requise pour la circulation actuelle dépend de la somme des transactions à effectuer et de la rapidité avec laquelle la même pièce de monnaie peut passer d'un échange à un autre. Dans les pays où la population est faible et disséminée sur de vastes espaces, où les échanges se font entre des populations très éparses, où en même temps le crédit est rare, la quantité de monnaie nécessaire à la circulation est, proportion gardée, considérable. Il en est de même pour l'accumulation ou la circulation dans le temps : dans les pays où l'on est obligé de conserver longtemps , sous forme de monnaie, le capital que l'on a accumulé, faute de pouvoir employer ce capital ou l'échanger contre d'autres valeurs capitalisables, la quantité de monnaie nécessaire aux accumulations est également considérable.

On conçoit donc que la quantité de monnaie nécessaire poar effectuer les échanges varie de pays à pays et d'époque à époque; qu'elle augmente ou diminue, tantôt lentement, tantôt rapide* ment sous l'empire d'une foule de circonstances; qu'elle augmente brusquement, lorsque le crédit qui en tient lieu, en partie, vient à faire défaut, comme dans les moments de crise; qu'elle diminue lorsque les échanges deviennent plus rapides et que le crédit s'étend, etc., etc.; qu'il faille, en conséquence, tantôt accroître l'émission ou Yoffre de la monnaie, et tantôt la restreindre, pour subvenir aux besoins essentiellement mobiles du marché.

Mais, en tous cas, rintérêt de la société exige que Ton fasse, soit dans l'espace , soit dans le temps , la plus grande somme possible d'échanges ou d'accumulations avec la même somme de monnaie, comme il importe que Ton fasse la plus grande quantité possible de transports avec le même matériel de voitures ou de wagons, de manière à ne jamais laisser chômer le capital incorporé en monnaie non plus que celui que Ton emploie sons forme de voitures. En effet, ni l'un ni l'autre ne sont mis gratis au service du public. On loue l'usage du véhicule monétaire, comme on loue l'usage des vragons d'un chemin de fer, et l'intérêt payé pour la monnaie comme le prix de loyer payé pour le wagon, rentrent dans les frais généraux de la production des choses qui ont été échangées par l'une ou transportées par l'autre.

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