‹ Cours d'économie politique;Chapitre 150 sur 173 · JLIV. IV, CHAP. VI · texte numérisé non relu

JLIV. IV, CHAP. VI

très termes, d'augmenter la dépense et de diminuer le revenu national.

Quand le commerce est libre, la lutte des intérêts opposés des producteurs et des consommateurs ra« mène toujours les prix à cet équilibre qui peut seul donner un profit aux premiers sans perte pour les seconds, c'est «à- dire qui peut seul créer un revenu net à la nation.

Le prix nécessaire est donc pour ainsi dire le point central vers lequel gravitent continuellement les prix de toutes les marchandises, du moins quand le corn- Ynerce est libre. Différentes circonstances accidentelles peuvent quelquefois les tenir un certain temps élevés au-dessus, et quelquefois les forcer à descendre un peu au-dessous de ce prix : mais, quels que soient les obstacles qui les empêchent de se fixer dans ce centre de repos, ils n'en tendent pas moins constamment vers lui. L'industrie employée annuellement à faire exister une marchandise et à l'amener au marché, cette industrie, dis-je, se proportionne naturellement à la demande. Elle tend naturellement à porter toujours au marché cette quantité précise qui peut suffire à la demande , et rien de plus. Si cette tendance est quelquefois suspendue, si la quantité de marchandise amenée au marché se trouve être quelquefois audessus de la xlem&mde oU au-dessous, cet effet provient, soit d'une augmentation ou diminution subite dans la demanda, soit de pareilles variations dans Toffre. Quelquefois même une variation dans l'offre se combine avec une variation dans la demande pour faire hausser ou baisser le prix. Une terreur fondée

OU non, la folle espérance de tirer un paiti avantageux d'une certaine denrée , ou la crainte de n'en rien tirer du tout; une vogue extrême, enfant delà mod^, ou un dégoût total provenant du même travers, jettent brusquement en circulation une masse de marchandises disproportionnée aux besoins, ou établis-* sent une demande disproportionnée avec l'offre. Une marchandise baisse encore brusquement, lorsqu'à la suite d'un faux calcul on en a préparé une quantité supérieure à la demande; ou bien lorsque des circonstances fâcheuses forcent des particuliers à revendre une partie de ce qu'ils avaient acheté pour leur usage. Elle hausse brusquement quand l'appât d'un bénéfice extraordinaire offert par un gouvernement obéré ou par des projets gigantesques, engage à retenir les fonds employés à la production. Toutes ces circonstances tendent, bomme vous voyez, à établir une concurrence extraordinaire de vendeurs ou d'acheteurs {a).

Outre ces variations accidentelles dans la demande et dans l'offre, il y en a d'autres qui sont indépendantes de la volonté des hommes ou d^ leurs passions. L'industrie humaine n'est pas toujours la maîtresse de régler le rapport entre la quantité offerte et la ' quantité demandée. Dans certains emplois, la même quantité d'industrie peut toujours produire la même ou presque la même quantité de marchandises; dans d'autres elle ne le peut pas. Par exeipplé, dans une manufacture de toiles ou de draps, ie même nombre

[a) J.-B. Say : Traité^ etc. , i^® édit. , liv. III, ohap-. 6.

d'ouvriers fabriquera çha^neitané^ la mèsi^ quantité^ à fort peu de.chpse près^ de* lùirliesr ou^d6 drapis* Aihsjb la prpduction d^ .c;c genre de* marchandises pouyant se régler sur la demandé, le pnX(>6Qm!ai»t defoesmarchandises ne peut varier. qu^en conséquence des va- * riations accidentelles survenues dons k demande^? tel par exemple qu'un deuil public qui. fera moiiter ;le prix du drap noir. Mais comme en général la demande de la plupart des espèces de drap ou de toile €st 4£^ez uniforme , il en est de même de leur prix. .

Au contraire, quand l'industrie n'est pa^ sûte der produire, avec la même quantité de travail^ toujours: la même quantité de marchandises, le prîx.deceft marchandises varie, non-seulement en conséquence des variations qcii survieânent dans la demande ^ n)^i$. encore en raison de celles qui surviennent dai^s la pi;o^ duction ou dans l'offre. Par exemple, la même quap-r tité d'industrie produira en différentes années, deg^ quantités fort différentes de blé, de vin, de s^cre, etc. En conséquence, le prix de ces marchandises^ varie;, non-seulement d'après les variations dans la demaiide,. mais encore d'après les variations bien plus fréqueqtes. et plus fortes ^de la quantité produite, et il es|: p^r^ conséquenit extrêmement mobile. Ainsi, mên^e. ^p supposant que la demandée de ces denrées continue à rester la même , leur prix courant n'en sera pas moins sujet à de grandes fluctuations : il tomberai quelquefois : fort au - dessous du prix nécessaire^, et quelquefois s'élèvera beaucoup au-dessus.. ; ^ ,, ,

Nous venons de considérer les causes accideqfeUes. et passagères qui produisent des variations, da^s le

45o yKEMrilRK FARTIE.

prit cowmnl de& marcbafyKses : il y e» a d'autres qui agiswnt d'une manière permafient^e; on peut k» campi«i;idre soim un seul nom , les monèopoks.

. Lieft monopoitts 9oal; de trois espèces : i^ eeux qui sont Fefifet 4'un âeoret qui perfectionne l'industrie; %^ ceux qui sont la suite- des- propriëfés particulières du âol; et 3^^ ceux qui résultent des institutions arbitraires àat gouTemement. Comme l'eflfet de tout lAonopoie est d^élever le prix des marchandises au* dessus du prix nécessaire, ces trois espèces de mo« Aopoles produisent également cet effet, maïs d'une Hiaiïièi^e bien différente, soit pour la nature, soit pour ^ la -dttiréDS' de leur influence.

1^ Les monopoles qui sont l'effet des secrets en indmirie ne haussent point, à proprement parler, le prit, courant des marchandises ; ils empêchent seulement que les inventions et les découvertes qui perfectionnent l'industrie ne puissent effectuer sa baisse, comme elles le feraient si f inventeur était hors d'^âaf de s'en réserver le monopole. Un teinturier, par exemple, a trouvé le moyen de colorer les objets avec une matière qui n^ coûte que moitié prhc de céllles qu'on emploie communément. Tant qu'il peut conserver le secret de son procédé, il est à même de vendre sa marchandise beaucoup, au^essus du prix: nécessaire, qu'elle lui revieilt; mais ce monopole ne feit pas renchérir la marchandise : il empéefaeseu*' letnent qu'elle ne devienne aussi bon marché qu'elle pourrait l'être si le procédé était coAhu de tout le monde.

Il en est de mêine^des' secrets -de commerce; Lors-

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^ue des négocians oiit découvert quelque nouveau débouché pour les marchandises sur lesquelles ils trafiquent, ils, ont grand soin de cacher cette décqaverte; car tant qu'ils fournissent seuls ce nouveau marché, ils le tiennent toujours assez dégarni pour que la demande ne soit jamais pleinement satisfaite. Si ce débouché était bien connu, leurs profits extraordinaires leur susciteraient tant de rivaux , qae le prix courant de leurs Marchandises déscendriait bientôt au ïiiveau du prix nécessaire, et peut-être même pour quelque temps au-dessous de ce nivead. Quand le marché est à une grande distance de ceux qui le fournissent, ils peuvent quelquefois réussir à garder leur secret plusieuris. âmiées de suite; cepen-^ dant les exemples en sont bien rares.

Les secrets de fabrique sont dé nature à étire gar^ • dés plus long-temps que les secrets de commerce. Le teintnrier, par. exemple, que nous avons supposa pourrait, avec quelques précautions, jouir du bénéfice de sa découverte ^endsmt toute sa vie , et le laisser même en héritage à ses énfans. — Dans Fhisto'n-e de ragrîcukure, il est rare* de trouver» des exemples d'un profit extraordinaire provenant dVn secret long-temps gardé (ûj)* /.

(à) Garnier en rapporte un qui mérite d'être cUé , â earose de sa ftingttlarité. Un valet de cbanabre de Henri de Valois ayant suivi son Baaitre en Pologne, y transporta âe<!réteiihent des plants d'abricotier, qu'il éleva dans un clos avec le inéme mystère. Il vint à bout d'en recueillir. des fruits sans qu*oii s'en fût aperçu, et il vendit ces fruits excessivement cher aux personnes de la cour^ en leur faisant croire qu'il les avait,

45a PREMIÈRE PARTIE.

2^ Les monopoles qui sont la suite des propriétés particulières du jo/ agissent positivement sur la hausse du prix courant, en l'élevant au-dessus du prix nécessaire réglé sur le taux moyen de ses élémens. II y a des productions naturelles qui exigent une qualité dé sol et une exposition particulières, de sorte que tout le fonds de terre propre à les produire ne suffit pas pour répondre à la demande. Tels sont, par exemple, les bons crus pour les vins. Ainsi toute la q1ian<tité qui en vient au marché sera débitée à ceux qui consentent à en donner plus que le prix nécessaire, en évaluant les -élémens de ce prix d'après le taux moyen. Des* marchandises de ce genre peuvent continuer pendant des siècles entiers à être vendues à ce haut prix; et, dans ce cas, c'est la partie qui se résout en rente foncière qui est en général celle qu'on paie au-dessus du taux moyen. La rente du* sol qui fournit ces productions rares et recherchées, comme la rente de quelques vignobles de France , ne garder aucune proportion réglée avec les rentes des autres terres du voisinage, également fertiles et aussi bien cultivées. Au contraire, les salaires, les rentes de capital. et les profits employés à amener au marché ces sortes de productions, ne sont guère hors de leur proportion naturelle avec ceux des autres emplois dans le voisinage.

tirés de Paris. On assure qu'il ^t dorer cet artifice très-longtemps , et qu'il en retira une fortune considéral^e \ dont jouis- -saient encore à Varsovie, ii y a peu d'année», quelques-uns de ses descendans. TradùctK de Smith par GarfHer^ tome V, page iï6.

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