CHAPÎTRE VIII
Comment le progrès^ de la richesse nationale înflae sur le pnx des produits agricoles , et conséqwemment sur fa rente foncière.
Denrées iwisrrissùntes ; Mes.
Vous avez déjà reconnu, Messeigneurs, que de tous les produits de la terre, ceux qui fournissent à l'homme sa nourriture sont les premiers à recevoir une valeur constante et régulière {a). Les hommes , comme toutes les autres espèces animales, se muitipliant naturellement en proportion des moyens de leur subsistance, il y aura toujours plus 6u moins de
(o) Voyez page 365.
473 PREMIÈRE PÂRTiE.
demande de nourriture, et par conséquent celle-ci aura toujours de la valeur; elle pourra toujours acheter autant de travail qu'elle peut en faire subsister. Or la terre, dans presque toutes les situations possibles, produit plus de nourriture que ce qu'il faut pour faire subsister le travail qui concourt à produire cette nourriture et à la mettre au marché. Le surplus est aussi toujours plus que suffisant pour remplacer avec profit lé capital qui fait mouvoir ce travail. Ainsi il reste toujours quelque chose pour donner une rente au propriétaire (i).
C'est donc avec raison que nous commençons l'analyse du prix comparatif des produits agricoles, par celui des denrées nourrissantes i
La nourriture de l'homme, en tant que le travail concourt à la produire, est le résultat, soit de l'industrie qui se borne à recueUUr les produits spontanés de la nature^ soit de celle qui détermine à son gré la production de la nature. Cette division, que je vous ai fait connaître dans le commencement de ce Cours (a), peut nous être utile dans ce moment : elle nous servira à distinguer deux espèces de denrées nourrissantes, savoir celles que la nature ne fournit jamais spontanément en assez grande quantité pour satisfaire la demande , même de la plus chétive po-
(i) Voilà exactement la thèse que MaJthus , appuyé sur Smith y soutient dans ses ouvrages polémiques contre David Ricardo et d'autres économistes. Yo jez ci-dessus la note d« la page 876. J.-B. S.
(a) Page i5i. '
LIVi IV, CHAP. VIII. , 473
pulatîon; et celles qu'elle fournit avec profusion dans les pays incultes. La première espèce se compose surtout de productions végétales; la seconde de productions animales.
Première espèce : nourriture végétale de Phomme.'^
Vous sentez bien que Tarticle le plus important de cette division, ce sont les plantes céréales ou les blés. Jamais, dans aucun climat, la nature n'en produit assez pour la subsistance des hommes : partout et dans toutes les périodes de la société , le seigle , le froment , le riz , le mais , n'ont été que des plantes sauvages qui croissaient isolées parmi une foule d'autres hjerbes, la plupart inutiles à l'homme. C'est son industrie qui a reconnu la faculté nutritive de leurs grains, qui les a rassemblés, améliorés, multipliés au point où nous les voyons aujourd'hui. Il s'ensuit que leur prix, dès le commencement de l'agritulture, a dû payer le travail qu'ils coûtaient à prodiÂre ; et comme ce travail est à peu près le même chez les nations industrieuses et opulentes qu'il est chez les peuples barbares et pauvres, il en résulte encore que dans^ le même pays et pour les blés de la même espèce, le prix ne peut guère varier beaucoup avec les progrès de l'industrie et de la richesse nationale, quoiqu'il soit exposé à varier considérablement d'une année à l'autre, suivant l'abondance ou la disette des récoltes. Comme ces conséquences sont très-importantes pour la suite de nos recherches, il est nécessaire de les développer.
474 PREMIÈBE PARTIE,
Dans le même pays, le prix nécessaire des blés ne peut p^ beaucoup varier, parce que les frais de production en sont à peu près toujours le& mêmes. Quels que soient les perfeotionnemens introduits ^daiis Tagriculture, il faudra toujours à peu près des quantités de travail égales , ou ce qui revient au même, le prix de quantités de travail égales, pour faire croître des quantités égales de seigle, de froment, de riz ou de maïs dans le même sol, l'augmentation qui a lieu dans les facultés, productives du travail, à mesure que la eulture se perfectionne , étant plus ou moins contre^balaiircé^ par la hausse de latente foncière et du prix dsea bestiaux, qui sont les principaux i&strumens de l'agriculture. D'ailleurs la principale source du perfectionnement de l'industrie, la division du travail, est très^litmtée dans ses progrès par la nature des travaux agricoles , et nous avons déjà reconnu qu^e c'est une des causes pourquq^ les pays pauvres, malgré l'infériorité de leur cutture , peuvent rivaliser avec les pays riches pour la bonté et le bon marché du blé (a). Les procédés des anciens dans L'agricultuire valaient les nôtres à beaucoup d'égards , et peut-être les surpassaient en quelques pokits. Dans le moyen âge , où tous les arts, ont tant dégénéré , l'agricuiture s'est soutenue à un point de perfecticoi) qui n'est pas très^inférieur à celui où nous la voyotos actuellement (è).
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(a) Page 174 et suiv.
(6) J.-B. Say : Traité ^ etc. , x'^ édit , tom. Il, p. 1^4.