‹ Cours d'économie politique;Chapitre 7 sur 173 · DISCOURS PRELIMINAIRE · texte numérisé non relu

DISCOURS PRELIMINAIRE

Aperçu général des difTérentes doctrines qui composent la

Science de l'État.

Lorsqu'on entreprend d'étudiet une scicince, il importe de se faire d'avance une idée juste de son objet, du champ que ses recherches eipbrassent, et de la liaison qui subsiste entre elle et les aujtres sciences du même ordre. En commençant inotre Cours d'économie politique, Messeigneurs , nous suivrons cette méthode. La doctrine dont vous allez vous occuper appartient à la grande famille de celles qui ont l'état pour objet, et qu'on peut comprendre, pour cette raison, sous le nom général de Science de

VÉtaU II vous serait difficile de concevoir nettement

l'objet et les bornes de l'économie politique, si vous n'aviez pas au moins une idée «générale de l'ensemble des doctrines qui forment ce faisceau imposant de « connaissances humaines. Mais comment pourrais-je vous parler de la Science de l'État, sans avoir éclairci d'avance les notions mêmes d'état et de gouvernement, sans avoir fixé vos idées sur le but de l'un et sur l'objet et les fonctions de l'autre ? Voilà donc par où nous devons commencer. Je tâcherai d'être aussi court que possible.

Qu'est-ce que Vétat ? Chacun voit que c'est une association d'hommes réunis sous la même autorité I. I

suprême. Sous le rapport de cette réunion^ tous les men^res sont appelés citoyens; sous celui de leur soumission à l'autorité suprême, on les appelle sujets. L'individu, ou la corporation qui exerce l'autorité suprême, est désigné par le nom de sniwerain.

Mais quel est \^'but de cette association? L'état existe-t-il pour l'utilité ' du souverain ou pour celle des sujets? C'est ce qu'il importe d'examiner.

Ce serait une absurdité d*admettre que des milliers ou des millions d'hommes se fussent volontairement réunis pour servir d'instrumens aux vues oii aux passions d'-un seul ou de quelques*uns parmi eux; et dans- le cas où la violence lés aurait rassemblés, ils iormeraieni un troupeau d^esclaves au lieu d'un état. B^ grande souverains ont eux-mêmes proclamé cet âfxiome politique, que le chef de l'état en est le preuiieb JTéfrYiteur ; que c'fe^t pour l'utilité de ses sujets qu'il' .gouverne, et qye ceux-ci ne lui obéissent que {>otir leur propre intérêt (âi). Cet aveu, loin d'être nuisible à l'autorité suprême, ne fiait que l'affermir on la rendant légitime; car une puissance qui n'est utile qu^à celui.qui ï'exërée, est toujours injtiste et

■ p ■ »<ii*— ^r^-^— ^ I " I ■■^-■^— I ■ ■ ■ I ■ ; I II III. ■ I I I

• i • . ^ ';■'!' ' ' . • '• ' (a) Marc-Aurèle, Frédéric 11^ Joseph II, Catherine II.

La «levisièré s'explique ainsi dans son Instruction pour la commission chargée de dresser' ée projeta un noupeau codé de l9i^> %\^^o ; <^ XoQt e^QÎ né sbuirait pktixe aux iâattciiurs , qui «répéta* qbaque JQWir aîçix:..ak0^uV4^ri^ii^^ qjEie let^> piçwpïe^ « n'ont été créés que pour eux. Quant 4,^,9U$9 n<^M^.|>^^<>^ « et nous faisons gloire de le. dire , que nous n'existons, que <c pour rios peuples y et par cette raison nous nous croyons « obligés de dire les choses comme elles doivent être. » .

PRÉI^IMINArRE. à

précaire. « Le plus fort, dît J. J. Rousseau, ii'e$t jà« mais assez fort pour être toujours \e maître, kHI^i^ transforme ^ force en droit, et ^obéissance en devoif*. »

Ainsi', c^uelte que soit Torigifie d'un état, <^u'il se sôit formé par une réunion vqlontaire, ou que la fqi:<cé en ait rassemblé les membres, il importe égâlemem^i aux gouîFernatlsi Comiiie aux gouvernés de lui ' reconnaître un^wî? qui j^ui'sÀé cimchter Kunion ;et lu rendre indissoluble. Or il n'y a qu'un intérêt permaf nent, morat et commun à tous les citoyens qu'i soit capable de produire un pareil eflfbt; encore faut-il que cet intérêt soit de nature à ne pouvoir être atteint que par l'éfat. . ? : . •

J'ai dit que cet intérêt AiSit être permartênû, TJit intérêt passager rie lie les hommes que pofur uii certain temps; mais l'éfat doit subsister toujours t du moins faut-il Passeoir sur une base qui lui prohtette la plus longtie durée possible. - r r <

Il faut que ce soit un. intérêt moraL Un principe immoral porte en soi le germe de' destructtoh pour ceux qui te suivent. D'ailleurs, il fe'^it ici^ d'tfi¥ principe universel, s^pplicablè à 'tous les étatà; bi lijt principe innfhôral, s'il pouvait jamais convenir à 'un peuplé, serait nécessairement funestîe à tous les autres:

H faut encore que le but' de l'état présente? ^é^ avantages communs à tous lès citoyens ; car, dans la supposition contraire, l'état' serait inutile à une partie d'entre eux, qui par-là n'auraient plus de motif Raisonnable^ nî par conséquent d^obligation morale de le maintenir. Cette condition ne suppose point le consentement exprès et unanime des citoyens : ilsuf-

fît que la raison et la nature morale de l'homme s'accordent sur le but de l'état et sur les moyens de le réaliseï*^ pour les rendre obligatoires pour tous.

Enfin il faut que le but de l'état soit de nature à ne pouvoir être réalisé que par l'état, c'est-à^^dire par la réunion de tous les citoyens sous l'autorité suprême. Si lés efforts individuels des citoyens, pu ceux de quelque association particulière parmi eux, suffisaient pour atteindre ce but, l'état serait inutile.

D^ toutes les fins que les hommes peuvent concevoir et atteindre, il n'y en a qu'une seule qui réunisse, ces quatre caractères : c'est la sûreié. Elle consiste dans l'éloignement de tout ce qui peut troubjier ou gêner le libre emploi, soit des facultés personnelles du citoyen, soit des choses qui sont devenues sa propriété; en d'autres termes, c'est la garantie de ses droits naturels et acquis. Comme ces droits sont communs à tous lés citoyens, ceux de chacun en particulier se trouvent limités par les .droits de tous les autres; de sorte que chacun a le droit de disposer librem^ent de sa personne et de sa propriété, pourvu qu'il n'empêche pas les autres d'en agir de méme^

G;arantir ces droits, voilà le but de l'état. La sûreté est un intérêt permanent ; c'est l'intérêt de tous les citoyens ; c'est un intérêt moral ; enfin cet intérêjt ne peut être satisfait que par l'état, Pour assurer à chaque citoyen la jouissance de ses droits, il faut une puissance capable de résister à tous ses ennemis , tant au dedans qu'au dehors , qui tenteraient de violer ces droits : or une pareille puissance ne peut être que celle de tous lea citoyens réunis; et comme il

faat que cette puissance sôit dirigée, c'est une nécessité d'en investir le souverain. *

Vous voyez, Messeignéurs, que plus là puissance publique est grande, plus il est facile à l'état d'atteindre son but. Or la puissance d'un état se mesure toujours sur lai prospérité nationale, c'est-à-dire sur la civilisation et la richesse de ses citoyens. Plus une nation est éclairée et riche, plus elle a de. moyens pour se défendre contre ses ennemis domestiquas ou étrangers ; et plus la morale a fait de progrès parmi ses membres, moins elle a d'ennemis dans son sein. Il s'ensuit que, si le but de l'état consiste à obtenir la sûreté, c'est encore sa tâche de favoriser la pros-< périté nationale , puisque l'une ne peut subsister qu'autant que l'autre lui en fournit les moyens.

Cependant ce but secondaire n'a pas la même exteU'i sion que le but primitif de l'état. La sûreté ne peut être obtenue que par l'état, tandis que la civilisatiou et la richesse nationale s'obtiennent par les efifort& des individus. La coopération de l'état pour l'ayancement de ces deux objets serait même absolument inun tile, s'ils ne supposaient pas certains établissemens que les simples citoyens ne sont jamais portés à ériger parla seule impulsion da l'intérêt privé. Aipsi ce n'est que pour suppléer aux efforts des individus que l'état est en droit d'employer la puissan,ce nationale à son propve avancement ; encore les mesures qu'il adopte dans cette vue ne doivent-elles jamais contrarier le but suprême. Favoriser les progrès de la civilisation . et de la richesse nationale aux dépens de la liberté f t de la propriété des citoyens, c'est détruire ce qu'on

. vent édifier ; cal* de toules les conditions que suppose ravancement de la prcâpcriténatiKAi^le, la pinemière^ et la plus indispensable, c'est la^ sûreté*

Vous eomiaissez le biA de l'état , Messeîgneuns ; it est la source de toute autorité légitime et d,urable ( i ). La force et l'oppression ont souvent fondé les. états; mails ils ne se maintiennent que par l'application dci ce principe , et ils ne fleurissent .qu'en le perfection- Mnt^ C'est dans les pays seulement où le but de l'état est reconnu, qu'il y a un souverain et des sujets; aîUeurs il n'existe qu'im despote et des esclaves^

Comme le but de l'état est la source de Fautorité ^

c'est encore de lui qu^émanent tous les devoirs du

souverain, Celui-ei n'en a pas d'autres que de main-»

tenir la sûreté , et de seconder Tavancement de la

, /?ATt)jjK?m/a nationale.

Qeâ devoirs itnpdrtans, le souverain ne peut lés remplir en personne dans toute leur étendue; il est

~ (i) Lé cétèbre Jérémie Beniham a fondé la légitimité dds lois civiles ^tcnjoiineiles i siirleur utilité; c'est-à«-çlire sur c^ qui multiplie les satisfactions ou diminue les douleurs de la majorité des êtres humains. La doctrine dé ce grand homme finira par régner seule , parce qu'elle est fondée sur la natiiré des choses qui ne pérît point, ^ sur Hntérât de l'humanité q'ae'ron entendra mieux chaqiie jour* M. Storch, ^n fondant la légitimité du pouvoir politique sur le même principe de Vudli^iéy a fait une chose grande et neuve. Il a donné pour base au droit, non des théories vagues et contestées, comme le droit divin, mab un principe fécond, avoué par le bon sens , et fondé sur des faits susceptibles de preuves ; seule ui arche qui convienne an grand siècle dans lequel nous vivons. "J.-B, S-

PRiLIMIIfAtBE. ^

donc obligé d'en confier le détail à des délégités , t^tri exercent en son nom une partie die l'autorité sia()rêine , et qui lui sont -responsables de l'usage Qu'ils en font. Tous ceux qui de cette manièi^ pâk'tagent tes devoir^ et les fonctions du souverain , ^ont appelésj/^vze^^imnoires publics ; et ils forméht iine gradation de {louvoil^ qu'on désigne par le ném de gomememénî.

Ëssayc»ts maintenant d'analyser et de elà^er les dise^:%%s/bnctions du gouverr^ment qui déiivenit du but de l'état.

La garantie des droits sup^K)se d!'abdrd que ces droits sont déterminés ^ et ensuite qu'ils sôfit ibaiàtenus. Le premier objet est eeliii de là législation^ le . second celui de Vadmimsircuwn.

Ainsi la législation s'occupe à régler les drmts et les devoirs des citoyens; car celui qui acquieirt dès droits, s'impose -aussi des devoirs. Le mode qui détermine ces droits et ces devoirs^ s'appelle la im. Yotis comprenez bien qu'il doit y avoir des lois-, taiit pour régler les droits et les devoirs réciproque^ du souverain et des sujets, que pour régler ceux des sujets entre eux : les premières forment ce qu'on appelle la constitution de rétat; les autres sont comprises sous le npm de UgtskUion proprement dite. Plus k société fait de progrès, plus les rapports des citoycns.se multiplient, et plus leurs droits et leurs devoirs de*viennent compliqués ; mais ces progrès mêmes fournissent aussi les moyens de perfectionner la constitution et la législatiqn. Chez les peuples où les droits sont le mieux garantis, tes deux objets ne sont pas l'affaire du gouvernement seul : les différentes classes des su-

jets^y participent par des représentons tirës de leur sein. Cet ordre de choses est sans doute le plus dést rable; mais il faut une combinaison de circonstances heureuses pour l'établir, et une sagesse peu commune pour le conserver.

JJ admùiistration de l'état a pour objet de maintenir la constitution et 1^ législation , et de les faire agir. Elles peuvent être renversées et leur action peut être troublée de deux manières : ou par des , guerres étrangères et des révoltes intérieures qui menacent la sûreté de l'état ; ou par des violations de droits individuels qui compromettent la sûreté des simples citoyensr

Pour repousser les ennemis, soumettre les séditieux, se saisir des coupables, et faire respecter les décisions du gouvernement sur toutes les contestations privées, il faut xxnejhrce armée ^ toujours prête à être employée là où la nécessité l'exige. Cette force, quand elle agit sur terre, s'appelle armée ; eljlotte^ quand elle est employée sur mer.

Quelquefois, quand la sûreté extérieure de l'état est menacée, elle peut être maintenue sans ritUervention de la force armée. Des négociations sur les points litigieux, des alliances habilement ménagées, peuvent écarter la guerre; des renseignemens reçus à temps sur les intentions hostiles de l'ennemi peuvent servir à les faire échouer ou à les prévenir ; enfin , lors même que la guerre a lieu, et qu'il s'agit de la terminer, il faut encore négocier pour obtenir une paix solide ; il faut en consigner les stipulations et dresser 4es. pièces authentiques ou des traités, qui puissent

PRiLIMIJf AIR£. ' 9

servir de documens aux deux parties contractantes. Toutcfs ces fonctions nécessitent l'existence d'un corps de fonctionnaires uniquement occupés des relations extérieures de letat : on Tappelle le corps tU'' plomaJUque ( i ).

La sûreté individuelle du citoyen repose sur les lois ; mais ces lois peuvent être enfreiiites. Connaître des infractions, juger les différens des particuliers entre eux, punir les coupables, est la fonction des cuitorités judiciaires ; prévenir les délits, ainsi que les calamités qui proviennent de causes naturelles, en adoucir les suites et maintenir l'ordre, est l'affaire de la police. Cette dernière n'a guère d'autre objet que la sûreté, mais ses moyens sont bien plus variés

(i) C'est une question de sayoîr si la diplomatie n'occasionne pas plus de guerres qu'elle n'en prévient. La paix est l'intérêt constant de toutes les nations, parce t}ue c'est dans la paix que s'entretiennent ces communications si utiles au commerce , aux sciences et aux arts. Elle n'est pas tout-à-fait 'aussi fayorable aux ministres et aux négociateurs dont la politique est de se rendre nécessaires. La diplomatie complique les intérêts des peuples , qui sont fort simples , avec les intérêts des princes et des ministres. On sait que la funeste alliance de la France avec l'Autriche en 1756, et les désastres de Rosbachy eurent pour première cause un yers du* roi de Prusse contre le cardinal de Bernis, alors ministre :

« Évitez de Bernis la stérile abondance. »

]lie vrai moyen de conserrer la paix est d'être juste envers les étrangers; de ne point prétendre à leur imposer sa politique et ses vues y et d'être prêt à se soulever en masse contre toute espèce d'invasion. Il n^ a pas besoin d'ambassadeurs pour cela. J.-B. S.

iO DISt2O0RS

que ceux de la fuçtke; elle ^n est l'initiative et le complément; elle supplée à son activité.

Telles sont les fonctions du gouvernement qui découlent du btil suprême de l'^aC. Celles qui dérivérit de son but secondaire se rapportent à la prospérité n&tionaie. Bien que laridiesse et la civili^tibn soient l'affaire de tous lés citoyens , le gouvernement peut i^epèndant contribuer à leuf avancement de deux icAnières^ Ravoir: indirectement^ «in protégeant les efforts Spontanés de l'intérêt privé, qui déjà par luiméilne tend sans cesse à augmenter !k prospérité in^dividuelle ; ètdire^témait, en établissant dès moyens dé civilisation et d'industrie que l'intétet privé ne conseille point d'établir, et qui par conséquent n'exis^ teraient jamais sans l'intervention du gouvernement.

Enfin l'entretien du gouvernement occasionne des dépenses qui doivent être supportées par la totalité deb citoyens. ]> perception des contributions publia ques, l'administration du trésor de l'état et la fixation de ses dépenses sont encore une branche importante des fonctions du gouvernement, comprise sous le nom àejinance.

Maintenant, Messeigneurs, que vous avez une idée générale de ce qui constitue le but de l'état ainsi que les fonctions du gouvernement, il vous sera facile de saisir l'objet des différentes doctrines qui composent la science de l'état. L'art de gouverner a ses principes comme tous les autres ; mais pour les trouver, il faut remonter à des notions d'un ordre

PRÉIiIWIKAIRE. II

pl^& releva : il faut cdftinaltre les loiç que la nature des choses prescrit au déyeloppement de l'homme, et cjeUes que la raison établît pour régler ses droits et ses devoirs. Ainsir la science de Tétait se ditise na^ turellement en deux branches, dont chacune se sufa* divise en plusieurs raineaux : l'une a pour objet la théorie, l'autre la pratique; la preduère peut être appelée la scibucce fiOGié.LB; la ^conde £brme la science du gouvernement ou la pouxiqub ( i ). I. La sciEircE sociale a deux objets distincts^ i^ Elle tâche de découvrir les lois naturelles qui président au développement de l'espèce humaine et qui en règlent la marche; elle montre comment

(i) Celte distioctioD de la théorie et de hi pratique ne me semble pas fondée sur la nature des choses. Toute science véritable est la connaissance de ce qui est, La science sociale, que Tauteur appelle science de Pétat , est la connaissance de la nature des choses sociales, d'où résulte là connaissance des rapports, que ces choses ont entre eHes , de la manière dont les unes agiss^t sur les autres^ dont les unes entraînent les autres : ce qui enseigne Tenchainement des causes et des effets. Ce n'est pas là une simple théorie, puisque tout est fondé sur Texpérience. Ce n'est pas non plus une pratique , puisqu'il n'y a encore aucune action exécutée en vertu de cette expérience. C'est une connaissance des phénomènes sociaux, comme la chimie est la connaissance des phénomènes chimiques. On peut ensuite faire usage de cette connaissance dans l'art qu'on exerce: dans le commerce, l'agriculture, radministratiou ; mais ce n^est pas alors la pratique de la science sociale : c'est la pratique dû commerce, de l'administration , etc. , où l'on se sert des connaissances qu'on a acqmses sur la nature àe l'homme et dès chosess. l.-B. S.

la BISGOUÉS

l'homme social parvient à satisfaire à tous ses besoins^ tant physiques que moraux, tant naturels que factices; comment les richesses, les arts, les lumières, les vertus sociales naissent, s'augmentent et se répandent : en un mot, cette science nous dévoile le mécanisme naturel qui produit la prospérité des nations. Lorsqu'elle a cet objet, elle s'appelle Xécono^ mie politique y science qui se divise en deux doctrines : celle de la richesse nationale^ et celle de la c^V^ lisation.

a® La science sociale s'occupe encore à déterminer par les efforts de la raison ce qui est juste dans les rapports sociaux des hommes : alors elle prend le nom de droit universel. C'est le droit de nature qui lui fournit les notions du juste et de l'injuste ; mais en les puisant dans la philosophie proprement dite, le droit universel les applique à l'état, et c'est pourquoi il fait lui-même partie de la science de l'état. L'application de la loi naturelle aux rapports sociaux, doit se faire sous deux points de vue : en considérant la société en elle-même , et relativement à d'autres sociétés. Dans le premier cas, le droit universel montre ce qui est juste .dans les rapports du souverain à ses sujets, et dans ceux des sujets entre eux ; dans le second, il fait voir ce qui est juste dans le rapport de peuple à peuple. Ces trois doctrines du droit universel portent les noms de droit public ^ de droit privée et de droit des gens ( droit des nations ),

XI. La POLITIQUE est proprement la science du gouverneraent : elle epseigne la pratique ; elle ne se borne pas à prescrire ce qui est juste, elle indique encore

PRÉLIMINAIRE. l3

et qui est utile et convenable dans les différentes situations où les peuples peuvent se trouver, et c'est là son caractère distinctif. Elle a trois grands objets, qui la divisent en autant de branches principales : la constitution de l'état, sa sûreté extérieure^ enfin sa sûreté intérieure et %ai prospérité.

i^ La constitution de l'état est l'objet de cette branche de la politique qu'on peutappeler lapoliligue constitutive^ ou la science de la législation orgaiûque de l'état. Elle examine les différentes formes de gouvernement qui existent o\\ qui peuvent exister ; elle apprécie leurs avantages et leurs inconvéniens ; elle .pose les principes qui doivent leur servir de base à chacune pour être aussi bien constituées que leur nature le permet; enfin elle prend pour guide invariable dans ses recherches le droit public universel , dont aucune constitution ne peut s'écarter sans blesser la justice, et par conséquent sans devenir illégitime.

a® La sûreté extérieure est l'objet de \di politique extérieure. Cette branche enseigne les principes qui doivent guider le gouvernement dans s^s rapports avec d'autres gouvememens pour maintenir i'iiidé^ .pendance de l'état : elle prend pour base le droit des gens universel, dçnt elle ne peut s'écarter sans devenir injuste { mais elle montre en même temps comment la jiiltice s'accorde avec la prudence.

3*^ La sûreté intérieure et la prospérité forment ensemble l'objet de \di politique intérieure ; en conséquence cette branche de la science du gouvernement se subdivise en deux doctrines.

l4 BISGOURS

La première fournit les principes généraux du droit privé : elle montre comment les rapports des citoyens doivent être déterminés d'après le droit privé uhivetsei; mais elle indique aussi les modifications qtie doivent apporter à la législation positive lè& cir-» constances particulières dans lesc[ueUe& les pèiipks peuvent se trouver. C'est la science de la législation civ^ et pénale:

Jjai 3econ>de ihcmtre comment un gouvernement peut favoriser Ta vancement de là richesse nationale et!de la civilisation , et que^ sont les écu^ilis qu'il doit éviter, afin de ne pas nuire à cet objet désii*é en faisant des efforts pour l'atteindre : c'esi U science dehu législation économique etfinanéière* Cette* doe-^ trine ntest autre phose que l'application des principes de l'économie pqlitique, avec lesquels l'administration doit être d'accord, sous peine de rendre ses mesures ou inutiles ou nuisibles.

La politique ne peut marcher d'un pas sûr qu'à la main dé l*e:spérience : ainsi, quel que soit son ^ €ifa}et, elle, cçnsùlte toujours la législation de^ difie-» rens< peuples; elle s'éclâi^e des succès et des fatites de leur adniîiiistratiof^. L^hûmme d'état ou cekii qui se prépare à le devenir , ne se contentera pas des données et des comparaisons que hii fournissent teë ouvrages politiques : s'il veut acquérir de véritaMés lumières sur le grand art de gouverner, il reibôiis* tera ' aux Sûiurqes, il s'instruira par l'expérience de tous les siècles, il fera lui-même des comparaisons,* il en tirera lui-même des résultats. Les constitutions politiques des différens états anciens et modernes ,

PRÉLIÏIffllirAltlE. i5

leurs systèmes de droit privé, les mesures des gouvememens les plus éclairés par rapport à Tadministration intérieure , le soin qu'Us ont donné à la prospérité nationale, leurs systèmes financiers, le droit des gens usité en Europe ; enfin l'histoire ejt la statistique, qui embrassent toutes les mesures positives des gouvememetis , et qui montrent en mètne lemps leurs effets : voLlà les- sQurees auxquelles il faut puiser, pour rendre l'étude de la politique vraiment} instructive. S'il s'agit de mettra en pratique les principes de la théorie,.ceux qui se chargent de ce travail ont besoin d'une connaissance plus approfondie encore du pays auq4el ils veulent appltiquer ces principes.

Vous voyez , Messeigneurs, que le domaine de la science de l'état est d^une grande étendue, et qu'il embrasse une foule.de sciences particulières, également importantes pour l'homme d'état. L'économie' politique , à laquelle nous bornons pour ki moment^ nos études, n'en i^it qu'une partie', très >-> petite ehcomparaison du rest^ (i); ^t cepéndlatit, cèmbien elle paraît içimen^e à- celui qui s'apfpUque à l'approfondir î « Les sciences hùmàiiles, dit un observateur

M ,f^'\ > * • ■ '•■ y, — f. ■ >; n-M ■■■r;' fv,

(i)Ie ne conçois, pas. comment. M. Storch a pu dire que réconomîe politique n'est qu'une très -petite partie de la science de l'état. L'économie politique, qu'on aurait peut-être mieux fait de nommer Véconomie sociàle\ est la connaissance des organes et des alîraens du corps social; elle enseigne par quel mécanisme il subsiste; elle est à la société ce que la physiologie est au corps humain. La politique n'en est que

l6 ' DISCOURS

philosophe de nos jours (d)^ sont comme des secteurs de cercles concentriques dont le nombre est infini ; rhomme est placé à leur centre, il Voit entre chaque rayon une science , il découvre ainsi l'enchaînement et les rapports des unes avec les autres; mais plus la science s'éloigne de sa vue et de sa portée, plus elle s'élargit, plus e]le s'étend : il a beau la diviser et la subdiviser , chacune de ses portions est illimitée et fait partie de l'infini. »

Cette considération, j'espère, ne vous rebutera pas. D'abord , en étudiant l'économie politique , votre intention n'est pas, d'approfondir cette science au point de pouvoir travailler un jour à son perfectionnement: cette tâche est réservée aux sa vans de profession. Pour l'usage que vous devez en faire , il suffira de vous exposer avec netteté ses principes les plus incontestables et les plus utiles dans l'application ; de vous les montrer dans cette liaison intime qui les enchaîne les uns aux autres et les ramène tous à un seul principe constitutif; enfin de vous en faire sentir et l'évidence et l'utilité par des développemens instructifs. Présentée de cette manière, l'économie politique, loin d'être sèche et rebutante, a mille attraits et captive l'intérêt de tous ceux qui en approchent ; la preuve en est dans le grand nombre de disciples qu'elle

rhygîène. Sa perfection est d'être simple, de marcher avec des rouages peu compliqués. Le meilleur gouyernement est celui que Ton voit et que l'on sent le moins.

J. 'B. S* {à) M. Sismonde de Sismondi,

PRELIMINAIRE. l^

compte aujourd'hui dans tous les pays 'de l'Europe. : Or, si Tétude de réconomie politique procure des jouissances à. tant de personnes qui s'y vouent par lè simple motif de s'instruire, quel attrait ne doit-ellç pas avoir pour vous, Messeigneurs , qui êtes appelés par votre naissance à pratfquer un jour les résultats de ses principes ? Quelque rôle, que le Ciel vous des^ tine,*il sera toujours important, et votre .patrie se ressentira toujours de l'influence des lumières et des vertus que vous y apporterez. Ce motif auguste et puissant ne suffit -il pas pour vous inspirer la plus grande ardeur pour cette e(ude, qui est tout particulièrement celle des princes , et qu'ils ne peuvent plus négliger aujourd'hui sans compromettre leur propre intérêt et le Bonlieur de leurs peuples? Oui, Mesiseigneurs , votre cœur m'en est gararit , vous égalerez l'attente de vos compatriotes^ ou voû^ la sur«^ passerez!

Ml

S il

iTji

*S g. Il ■Sx, .« - 3

il i |i

Il 1 11

as a 3

•ta

Ij

si -5 -^

td O

Page 1