‹ Cours d'économie politique;Chapitre 8 sur 173 · SUR LE FONDEMENT ET L'UTÏUTÉ · texte numérisé non relu

SUR LE FONDEMENT ET L'UTÏUTÉ

DE L'ÉCONOMIE POLITIQUE (a).

L']ÉGOxroMi£ POLITIQUE e$t la soieiice des lois naturelles qui déterminent la /^roj^^/tVé' des nations, c'est-à-dire leur /TcA^j'j'6 et leut cmlisation.<f Ces laî$ ne sont point l'ouvrage des hômmeà : elles dérivent de la nature des choses; on ne les établit pas : on Ie$ trouve. L'analyse et l'observation les font découvrir (è). » Vous voyez, Messeigneurs, que l'écôriomi^ politique a quelqu'analogie avec la physique, qu'elle est pour la science de l'état ce que celle-ci est pour la science de la nature, le résultat d'un grand nombre Refaits bien observés^ dont on a tiré des conséquences rigoureuses.

Pour bien observer, «il importe de distinguer les faits généraux ou coristans^ Aes faits particuliers ou

variables. Les premiers sont les résultats dé la nature des choses dans tous lés cas semblables; les faits particuliers résultent bien aussi de la nature des choses; mais ils sont le résultat de plusieurs actions .modifiées l'une par l'autre dans un cas particulier. .... En

(a) Geà réflexions sont tirées, pour la plupart , des excel" lentes préfaces de Say et de Sismondi,

{b) Say, Traité ^écon. polit. j !fc« édit., tom* I,p. xxix.

aa INTRODUCTION

physique c'est un fait général que les corps graves tombent vers la terre, cependant nos jets d*eau s'en éloignent. Le fait particulier d'un jet d'eau est un effet où les lois de l'équilibre se combinent avec celles de la pesanteur sans les détruire (âj).j> En économie politique c'est de même un fait général que l'homme, guidé par le désir d'améliorer son sort, est disposé à faire des économies, c'est-à-dire à retrancher sur ses jouissances actuelles pour se ménager d^s jouissances futures. Si l'on voit quelquefois des gei^s agir, en seps contraire, c'est un fait particulier qui ne détruit point le fait général; car dans tous les pjiys le nombre des gens économes et pré voyans l'emporte de beaucoup sur celui des dissipateurs et des prodigues. Vous voyez que les faits particuliers .ne $ont pas moins incontestables que les autres, même lorsqu'ils semblent se contredire; mais il n'y a que les faits généraux qui servent de base aux. lois générales; les t faits particijiliers fournissent les exceptions à ces lois.

Le§ faits dont l'économie politique déduit ses lois appartiennent à l'orçlre moral : ils sont le résultat de < l'action de la nature humaine. I/homme est lui-même l'artisan de sa richesse et de sa civilisation ; c'est lui qui les fait servir à ses besoins et à ses jouissances; ainsi, tous les phénomènes que ces objets nous présentent sont fondés sur la natiu'e humaine , et ne peuvent s'expliquer que par elle. Ceci conduit à une

(a) Say, Traité (Téçon. polit, ^ a® édit., tom. I, p. xvîj.

GÉITÉRALE. !l3

observation importante, et qui affaiblit Tanalogie que nous avions trouvée entre les sciences naturelles et l'économie politique. Les premières étant fondées sur des faits physiques , qui sont susceptibles d'une appréciation ri'goureuse, appartiennent au domaine des sciences exactes ; l'économie politique , au contraire, étant basée sur des faits moraux, c'est-à*dire sur des faits produits par leè facultés, les besoins et la volonté de l'homme, n'est point soumise au calcul, et rentre dans le domaine des sciences morales (i j. Cette observation suffit pour montrer combien il est inutile 4'^ppliquer les formules algébriques aux démonstrations de l'économie politique, comme quelques écrivains ont essayé de le faire; elle nous fournit encore une autre conséquence remarquable, c'est qu'il est bien plus difficile d'observer les faits appartenant à l'économie politique, que d'obserfer ceux qui servent de base aux siciences naturelles. Les phy-

m ■ (i) Les sciences fondées sur les faits physiques ne sont point toutes des sciences exactes'. Il n'y. a dans la physique expérimentale qu'un bien petit nombre de résultats que l'on puisse établir d'ayance par le calcul. Les calculs de la mécanique analytique ne sont jamais confirmés par les résultats de la mécanique expérimentale, parce que l'on n'a jamais pu apprécier rigoureusement les frottemeus, l'élasticité des corps, la résistance de Tair suivant la nature des corps qui le frappent , non plus qu'une multitude d'autres circonstances dont l'influence sur les résultats est fort grande. C'est exactement pour la même raison que l'économie politique n'est point une science exacte , et qne ceux qui ont voulu y appliquer les formules algébriiques n'ont rien produit d'utile et

sîciçns et les chimistes sont, à portée de répéter les &it$ et, de l^s combiner à volonté;- en un* mpt^ ils peuvent Étire des expéirienoes : tandis que le philosophe occupé deis faits de r.économîe politique est réduit à les observer tels qu'ils se présentent Ewore souvent 3^ vie ne suffît-elle pqis pour achever une seule observation ; et lorsqu'elle est terminée , qui sait s*il lui sera permis d'en publier les résultats?

Pour iparvënir à des résultats sûrs , ce n'est pas» assez dd iconnaitre les faits : il faut de plus connaiti^ tous le&. rapports qu'ils peuvent avoir avec d'autres £sdis. <^ Lès faits généraux , ou, si Ton \^ut, les hiSi générales^ se .nomment des^ principes^, du moment qu'il s'agit de leur application, c'est-à-dire du moment qu^on s'en sert pour juger les circonstances qui s'offrent , et. pour servir de règle à ses actions. La connaisspice des principes donne seule cette marche assurée qui se dirige constamment et avec succès vers un bon but {a). » . ,

de vrai. Mais comme science ex^^érimentale elle est éminemment utile , car si elle ne nous enseigne pas jusqu'à quel point exact une cause agit, au moins nous indique-t-elle dans quel sens elle agit, et si cette cause nous éloigne ou nous approche du but désiré : le bonheur de l'espèce. On ne peut pas dire qu'elle n'e^t pas soumise au calcul , car l'appréciation «t le choix des Moyens sont des calculs f mais les bases de ceft calculs, au lieu' d'être des données arbitraires comme dails les mathéiïiatiques , sont des faits réels. On est d'autant plus savant en 'économie politique , que Ton connaît mieux les faits qui dofvent entrer dans le^ 'calculs j et que l'on ât)précîe mieui retendue de leur influence. J.-B. S.'

\aySnji' Traité, etc., a® édît. ; tom. 1, p. xxîx.' ' "

GENERALE. 2l5

<K L'économie politique est établie sur des fbndemens .i^ébranlables, lorsque les. principes qui lui servent de base sont des déductions rigoureuses de faits giénéraux incontestables. Les faits généraux sont, à la vérité, fondés' s^r l'observation des faits particuliers , mais, on a pu choisir les faits particuliers les mieux observés , les mieux constatés; et, lorsque lés résultats en ont été c<»istamment les mêmes, et qu'un raisonnement solide montre pourquoi ils ont été les mêmes ; lorsque les exceptions mêmes sont la con* firmation d'autres principes aussi bien constatés , 0)1 est fondé à donner ces résultats comme des faits généraux positifs, et à les livrer avec confiance au creuset de tous ceux qui, avec des qualités suffisantes, voudront de nouveau les observer et les soumettre à l'analyse. Un nouveau fait particulier, s'il est isolé , si le raisonnement ne démontre pas la liaison qu'il a avec les effets qu'on lui attribue, ne suffît point pour ébranler un fait général : car on ne peut s'assurer qu'une circonstance inconnue n'ait pas produit la différence qu'on remarque entre les résultats de l'un et de l'autre. Je vois une plume légère voltiger dans les airs et s'y jouer quelquefois longtemps avant de retomber à terre: en conclurai -je que la gravitation n'existe pas pour cette plume ? J'aurais tort. En économie politique c'est un fait général que l'intérêt de l'argent se proportionne au risqué que court le prêteur : conclurai -je que le principe est faux pour avoir vu prêter de l'argent à bas'inl|érêt dans des occasions hasardeuses? Le pré-

a6 INTRODUCTION

teur pouvait ignorer son risque , la reconnaissance pouvait lui commander des sacrifices; et la loi générale, troublée en un cas particulier, devait reprendre tout son empire du moment que les causes de perturbation auraient cessé d*agir. Enfin combien peu de faits particuliers sont complètement avérés ! Comi)ien peu sont observés avec toutes leurs circonstances ! Et en les supposant bien avérés , bien observés et bien décrits, combien n'y en a-t-il pas qui ne prouvent rien, ou qui prouvent le contraire de ce qu'on veut établir?

« C'est ainsi qu'il n'y a pas d'opinion extravagante qui n'ait été appuyée sur des faits , et qu'avec des faits on a si souvent égaré l'autorité publique. La connaissance des faits, sans la connaissance des rapports qui les lient, n'est que le savoir non -digéré d'un commis de bureau; et encore le commis de bureau le plus instruit ne connaît guère complètement qu'une série de faits , c# qui ne lui permet d'envisager les questions que d'un seul coté.

(c C'est une opposition bien vaine que celle de la théorie et de la pratique ! Qu'est-ce donc que la théorie , sinon la connaissance des lois qui lient les effets aux causes , c'est-à-dire des faits à des faits ? Qui est-ce qui connaît mieux les faits que le théoricien qui les connaît sous toutes leurs faces, et qui sait les rapports qu'ils ont entre eux? Et qu'est-rce que la pratique sans la théorie, c'est-à-dire l'emploi des moyens sans savoir comment ni pourquoi ils agissent?^ Ce n'est qu'un empirisme dangereux , par lequel on

àlÊNiRALE. \ a7

applique les mêmes méthodes à des bis opposés qu'on croît semblables , et par où Ton parvient où l'on ne voulait pas aller (a). »

'^^ Il faut donc, pour parvenir à la vérité, connaître, non beaucoup de faits, mais les faits essentiels et véritablement influans , les envisager sous toutes leurs faces, et surtout en tirer des conséquences justes, être assuré que l'effet qu'on leur attribue vient réellement d'eux et non d'ailleurs. Toute autre connaissance de faits est un amas d'où il ne résulte rien, une érudition d'almanach. Et remarquez que ceux qui possèdent ce mince avantage , qui ont une mémoire nette et un jugement obscur, qui déclament contre les doctrines les plus solides, qui crient au système chaque fois qu'on sort de leur routine, sont précisément ceux qui ont le plus de systèmes et qui les soutiennent avec l'opiniâtreté de la sottise, c'est-àdire avec la crainte d'être convaincus, plutôt qu'aivec le désir d'arriver au vrai.

<c Ainsi établissez sur l'ensemble des phénomènes de la production et de la circulation des richesses, que les communications libres entre les nations sont mutuellement avantageuses : les gens à vues étroites et à présomption large vous accuseront de système. Questionnez-les sur leurs motifs : ils vous parleront balance de commerce; ils vous diront qu'on se ruine si l'on donne son numéraire contre des marchandises....i, et cela même est un système. D'autres vous

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