CHAPITRE IV
Bu salaire nécessaire de Tindastrie.
Nous avons reconnu que le salaire n'est autre chose que \eprix du traifoiLOr ce prix^ comme tous les autres, peut être considéré de deUx manières,
Liv. III, chap. IV. iiSg
cositme le prixdtf vendeur et comme celui de l'acheteur, comm^scdairenécessaire et comme salairecourànt{tî). Comi](ïençons par l'analyse du salaire nécessaire.
Avant d'entrjeprendre cette tâche, il importe de vous rappeler que le salaire, sôus quelque forme qu'il Sioitireçu ejb payé, ne consisté que dans la nourriture, le vêtement, l'abri, en un mot dans les subsistances qu'obtient le travailleur en échange de son travail. I/'arg&nt n'entre dans ce marché que comme signe : il représente toujours une richesse'circulànteappiiceible ; 4 Ja consommation de l'homme, et c'est cette dernière ^i est le vrai salaire. Le numéraire est coôim^it une. assignation que l'acheteur du travail donne au travailleur sur le boucher, le boulanger, le tailleur.^: pour qu'ils lui fournissent les denrées qui appartenaient déjà en quelque sorte à cet acheteur, puisqu'il >eti possédait le signe : le travailleur p'orte cette assignation àime boutique <^ il rechange contré les choses dont il a besoin pour vivre ( ï ). L'entre-
(a) Voyiez Içs notions sur la valeur, chap. VH, pag. 72. J*aî conservé aux deux espèces de salaires les mêmes termes qui m'ont servi à distinguer les deux espèces de prix; j'en userai de même à l'égard de la rente des capitaux et du profit de l'entrepreneur. Au reste , les terines de salaire nécessaire et de salaire courant ont déjà été employés par Canard, Say-, Sismondt et d'autres bons écrivains. Qand je parle du salaire, sans le désigner plus particnlièrement, j'entends toujours le salaire courant.
(i) Cette fiction me semble inadmissible. Le numéraire n'est point une simple assignation pour recevoir une marchandise qui est encore cBez le marchand ; car là où il y a une assignation, l'assignation et la marchandise à laquelle elle vous
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preneur qui paie à* l'ouvrier son salaire se dispense tout simplement, ea lui donnant de l'argent, du soin de faire lui - même les .provisions de ^ouvrier; mais l'effet est toujours lemâme; c est toiqours Tentrepreneur qui fournit à l'ouvrier sa nourriture et tout ce dont il a besoin, en éch^ge d'un travail que l'autre lui vend. ' •
Le salaire nécessaire n'est pas loimême dans tofc^ les emplois du ti^avail; au contraire, il varia suivant les métierSé PoUr découvrir. la hase ou Xà'toaix nor^
mal du salaire nécessaire dans tous les métietis, il faut chercher quel serait le ^prix nécessaire d\xn travail simple qui ne demanderait que les facultés naturelles les plus ordinaires; d'un travail qui ne coûterait que des efforts médiocres, qui ne serait accompagné d'au* cun désagrément particulier, d'aucun danger palpable pour la 'vie du travailleur; d'un travail enfin qui pourrait se continuer tpus les jours de l'année sans interruption. Tel ^t, par. exemple, le. travail d'un journalier de ferme. Un pareil travail étant le pUts commun et. le moins pénible sous tous les rappoi:ts, il serait aussi le moins coûteux : son salaire néces--
^aire se réduirait à l'entrelîen le plus indispensable.
donne c^^* droits, ne forment qu'une senJe ©t même valeur* Tandis au'®-^® numéraire est lui-même une valeur; et la marchandise qu '^^ ^^ acheter chez le mar^ïhaitd, en est une autre. Ce sont deux marchandises , deux valeurs que ^oik troque l'une contrw*^ ' autre.
Les fictions sont <j;^ieIquefois utiles pour faire entendre an raisonnement, une doV^trine ; mais il faut toujours qu'elle» représentent un cas réel, '• J'-B* S.
Liv. m, CHAP» ïy. ant
Cep^^l^daot, quelque cbétif que nous ^mettions qet entiîeti^B, il faut qu'il suffise pour faire^ subsister les f jravaill^urs. Or, dans ce calcul il ne s'agit pas seuleuient des individus dont le travail est actuellement en demande : il faut que la classe des travailleur^ soit conservée; autrement elle finirait par dé'crpître, et, par une suite immanquable, le.prixçlii travail monterait bien au dqlà du taux normal. Ainsi c^ taux comprend non- seulement ce qui est requis pour la. subsistance du tra^yailleur lui-rpeme, maiâ^ encore la nourriture de ses en fans , jusqu'à ce qu'ils puissent travailler comme, lui.
Sur cette base on suppose que le taux normal doit reporter au travailleur au moins le double de sa 4l^bsistçm:e perspnmlle y em admettant que le travail d^ la fepin^e suffise seulement pour sa propre dépende, ^ c^use des 3oins qu'elle est obligée de donner à son ménage et à ses entan^. A la vérité, la subsistance nécessaire de deux enfans n'augmenterait pa^ 4a dpuble çejle (Je leur père; mais on calcnje qu'une moitié 4es.f3n£^P^ qui naissent meurt avant l'âge virîL Aipsi il faut, à ce compte, que les travailleurs l^cben^ l'un dans l'autre, d'élever au moins quatre enfans, piour que deux aient égalité de chance de parvenir à cet âge. Or on suppose que la subsistance nécessaire de quatre enfans est à peu près égale à celle d'un homme fait.
Cette considération n'est pas la seule qui entre dans l'évaluation du taux normal. Le travailleur qui ne gagne que le strict nécessaire ne peut pas perdre un seul jour de travail sans manquer de subsistance
àQ9. PREMIÈRE PA.RTIE.
pour ce jour-là. Or les maladies , les accidens inévitables, lui enlèvent bien des journées, et celte j>erte doit être compensée par un surplus sur lé salaire qu'il gagné les jours où il peut travailler. D'ailleurs sa consommation n'est point la même dans un jour â'élé que dans un jour d*hiver, cat- il faut au travailleur, pour ce dernier, plus de combustible et plus de vêtemeiis. Ce n'est donc pas sa consommation d'un jour, mais sa consommation d*une année qu'on doit considérer pour établir le taux normaL . Cependant , quelque soin qu'on mette à déterminer rigoureusement ce taux , il est toujours une mesure variable*. Nous avons déjà observé ailleurs combien la nature du pays influe stiri'étenduè des besoins^u travailleur («); ainsi le taux normal varia d'un pays à raùtif'e, et quelquefois même d'un canton à l'autre. Un climat froid fait naître plus de besoins indispensables qu'un climat chaud ^ et celui-ci en occasionne plus qu'un climat tempéré. Chez nous, par exemple, les fourrures , le combustible , l'huile et la chandelle que les longues nuits d'hiver font consommer^ augmentent le taux normal des salaires, comparativement à la France et à l'Italie, où ces besoins ont beau« "coup moins d'étendue. Dans la région chaude du Mexique, un journalier a besoin annuellement, pour subsister avec sa famille, de 72 piastres; cette dépense est moindre de près de 20 piastres dans la ré^ gion tempérée de ce pays(è). Quelquefois l'air vif
[aj Voyez page 235.
(6) Humboldt, Essai polit, sur la nouv. Esp. , vol. I, p. 110.