‹ Cours d'économie politique;Chapitre 89 sur 173 · LIV. III, CHAP. IV · texte numérisé non relu

LIV. III, CHAP. IV

qu'un peuple respire semble aiguiser son appétit, tandis qu'ailleurs une température douce paraît Iç rendre sobre et frugal. Les peuples du nord de l'Europe consomment en proportion plus d'alimens que ,ceux du midi.

Telle est la base qui sert à évaluer le salaire néces-^ saire dans tous les différens métiers. C'est en partant du salaire qui est^ le prix nécessaire du travail le plus commun et le moins pénible, qu'on peut remonter graduellement aux salaires qui sont la récompense des travaux les plus relevés, les plus difficiles qu les plujs désagréables. Comme il n'y a que très - peu de métiers absolument exempts de difficultés et d'inconvéniens, il n'y en a aussi que très -peu dans lesquels le salaire nécessaire est exactement de niveau avec son taux normal : dans la plupart des métiers , les difficultés et les inconvéniens élèvent ce salaire plus ou moins au-dessus du taux normal.

Vous voyez que ce qu'il nous importe dans cette recherche, c'est de découvrir tous les inconvéniens et difficultés qui peuvent accompagner les divei^ métiers. Or il y en a qui procèdent de la nature même des métiers ; il y en a d'autres qui sont causés par la police arbitraire et oppressive de l'Europe. Les uns existent nécessairement, et ils exercent partout à peu près la même influence; les autres sont temporaires et locaux. L'économie politique ne s'occupe que des premiers; c'est à la législation économique à montrer l'effet pernicieux des autres.

Tous les inconvéniens et toutes les difficultés qui

résultent de la nature des métiers , peuvent se rapporter aux cinq chefs suivans ; ^

1® La peine, le désagrémeiit ou la malpropreté qui accompagnent un métier • ou la défaveur que l'opinion y attache ;

2^ Le danger auquel il expose la vie ou îâ santé du travailleur;

3*^ L^nterruption de travail auquel il est sujet ; ^ 4° Les dépenses et les peines qu'il ej^îge pour S*y former;

5® Le risque qu'on Court de ne pas y réussir (a).

i** Le salaire nécessaire est d'autant plus haut que le métier est plus pénible^ plus [désagréable y plus malpropre ou plus açilissanL Un travail fatigant el pénible exige une nourriture plus abondante ou de& âlimens plus nourrissans; un travail malpropre occasionpe plus de dépenses en vêtemenis ; et le travailleur qui exerce un métier avilissant cherche dans un salaire plus fort une compensation du mépris et des dégoûts qu'il essuie. Dans la plupart des endroits, à prendre l'année en somme, un tisserand gagne plus qu'un garçon tailleur: son ouvrage est moins aisé; un forgeron gagne plus qu^un tisserand : l'ouvrage du premier est plus pénible et moins propre. Le métier de boucher a quelque chose de cruel et de repoussant; mais dans la plupart des pays c'est le plus lucratif de tous les métiers ordinaires.

2** Le salaire nécessaire est plus élevé dans les mé-

[a) Smith: JVealth of nations, liv. 1^ chap. lo.

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tiers qui exposent Ut vie et la santé du travailleur. Ce qu'il gagne les jours où il est bien portant doit suffire pour le nourrir les jours où il serait malade ; d'ailleurs il voudra être dédommagé des inquiétudes et des peines de sa 'situation. Les ouvriers qui travaillent dans l'eau ou sous t-etre, les doreurs , les distillateurs d'eau-forte , ne peuvent pas se contenter du même salaire nécessaire qui suffit à d'autres ouvriers dont les travaux ne sont pas malsains. Nous venons de voir que le salaire du forgeron est ordinairement plus fort que celui du tisserand et du tailleur; mais le forgeron gagne rarement autant en douze heures de travail , qu'un charboiïnîer travaillant aux mines gagâe en huit : l'ouvrage de ce dernier est plus malpropre ; il est plus dangereux ; il se fait sous terre et loin de la clarté du jour.

3^ Il y a des métiers qui ne fournissent pas cons* tamment de V occupation à ceux qui les professent : <;ette circonstance en élève toujours le salaire nécessaire, quoiqu'à des degrés dîfférens, selon que la perte qui en résulte pour le travailleur est plus ou moins susceptible d'être réparée par un travail subsidiaire. Si les intervalles de désœuvrement que le principal métier laisse au travailleur sont asse^ longs pour lui permettre de les employer à tin travail subsidiaire, s'il est sûr d'en trouver toujoui's un pareil, et si ce dernier travail lui rapporte le salaire nécessaire , alors celui du principal métier n'en est point augmenté. Cependant ces suppositions se trouvent rarement réunies : or dès que l'une ou l'autre n'existe pas , la perte que cette circonstance occasionne élève

agÔ PREMIÈRE PARTIE.-

naturellement le salaire nécessaire du métier prin<^ cipal.

Les travaux des maçons, des paveurs, des fossoyeurs, dçs gondoliers, ne peuvent pas se continuer pendant toute l'année ; pendant les fortes gelées ou par un très-mauvais temps , tous ces ouvriers sont condamnés au désœuvrement. Dans les climats tempérés, les interruptions de ces travaux arrivent si ir* régulièrement, et sont de si courte durée, que l'ou-* vrier ne peut guère employer à un travail subsidiaire les intervalles de désœuvrement qu'elles lui occasion^ nent; ainsi, dans ces pays, son salaire nécessaire s'élève de toute la perte que font naître ces inter^ valles. Daps nos contrées septentrionales, au contraire , où il n'y a pour ces métiers qu'un seul intervalle, qui se prolonge pendant six mois de l'année, ces travailleurs peuvent chercher d'autres occupations subsidiaires , et ils sont sûrs d'en trouver : ^insi le. salaire nécessaire de leurs principaux métiers n'est point doublé ^ar cette circonstance. Cependant , le désœuvrement momentané auquel ils sont exposés en passant de leur métier au travail subsidiaire fait que le salaire nécessaire est un peu plus élevé dans ces métiers que dans ceux qui donnent une occupation constante pendant toute l'année.

Enfin quand les interruptions que. souffre un travail sont de nature à ne pouvoir être prévues, et qu'il est impossible à l'ouvrier d'employer les intervalles de loisir à quelque autre travail, alors le salaire nécessaire doit couvrir la perte entière qui en résulte pour l'ouvrier. Il faut ranger sous cette catégorie le

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travail de tous les ouvriers qui ^attendent qu'on ait besoin d'eux , par exemple celui des fiacres , des cro*« cheteurs, des simples journaliers, des domestiques^, de louage. Souvent ces gens restent désœuvrés une bonne partie de la journée; mais quel que soit leur travail de la journée , il faut bien qu'un jour dans, l'autre il suffise pour les nourrir.

. Le désœuvrement occasionée par les jours de fête, est encore de nature à 51e pouvoir être employé à ^u-^ cun autre travail : ainsi, plus ces jours sont nombreux^; plus ils élèvent le salaire nécessaire dans tous les métiers à la fois. Il y a des pays oîi lès jours de fête , y compris lés dimanches, font la moitié de l'année :. dans ces pays, le salaire nécessaire est à peu près le double plus cher qu'il ne devrait l'être naturellement. Notez bien qu'avec cela ce renchérissement du travail ne procure pas le moindre avantage au travailleur; car celui-ci ne reçoit que son salaire nécessaire, c'està-dire le salaire le plus indispensable qu'il puisse recevoir.

4^ Le salaire nécessaire est d'autant plus fort qu'un métier exige, plus de dépenses et de peines pour s* y former. Quand l'habileté requise igDur exercer une industrie , soit en chef, soit en sous-ordre , ne peut être que le fruit d'une instruction longue et coûteuse, cette instruction n'a pu avoir lieu qu'autant qu'on y a consacré chaque année quelques avances, et le total de ces avances est un capital accumulé. Alors le salaire nécessaire n'est plus un salaire seulement : c'est un salaire plus l'intérêt des avances que cette instruction a exigées; cet intérêt est même supérieur à l'irL^

^gS PREMIÈRE PARTIE.

térêt ordinaire, puisque le capital dont il est ici quels* ' tion est placé à fotids perdu et ne subsiste pas au delà de la vie de Thomme. C'est un intérêt viager.

Si l'industrie, était en pleine liberté chez nous en Europe, les frais d'instruction, dans la plupart des métiers, se réduiraient à bien peu de chose. Dans l'industrie agricole , par exemple , la seule qui s'exerce encore librement en Europe , l'apprentissage ne coûte rien à l'ouvrier; C'est tout en s'occupant des parties les plus faciles de sa besogne, qu'il se met au fait des moins aisées, et dès le premier jour qu'il commence . à travailler, il subsiste toujours de son travail. Dans la plupart des manufactures, au contraire, les lois et coutumes d'Europe imposent à l'ouvrier la nécessité d'un apprentissage coûteux de plusieurs années; et aVant que l'ouvrier qui sort de l'apprentissage puisse avoir le droit de travailler pouîr son propre compte, ou'de s'établir comme entrepreneur ou comme maître, il faut qu'il travaille encore quelques années comme compagnon ou comme ouvrier de journée.

Tous ces règlemens ne servent qu'à élever le salaire nécessaire de l'industrie , et par conséquent à faii*e renchérir ses produits. Dans la plupart dés métiers, l'apprentissage est absolument inutile, et dans d'autres sa durée peut être limitée à un temps bien court. Il est vrai que la dextérité de la main, même dans les métiers les plus simples, ne peut s'acquérir qu'à l'aide de beaucpup de pratique et d'expérience. Mais un jeune homme pratiquerait avec plus de zèle et d'attention , si dès les commehcëjnerls il travaillait comme ouvrier de journée , en étant payé h propor-

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