‹ Cours D'economie PolitiqueChapitre 12 sur 132 · CHAPITRE H · texte numérisé non relu

CHAPITRE H

Ce n’eit pas à dire qu’il soit mal d'avoir des signes, parallèlement à la monnaie. Bien au contraire.'

Que la doctrine qui représente la monnaie comme un signe soit fausse et dangereuse, ce n’est pas cependant une raison pour repousser systématiquement toute conception qui tendrait à remplacer, dans une certaine mesure, la monnaie, c’est-à-dire les métaux précieux, par des signes bien reconnus pour tels. On comprend sans peine, et c’est un sujet qui sera développé dans le cours même de ce volume, que, les métaux précieux étant des substances chères, il est avantageux d’organiser le mécanisme des échanges de façon qu’il fonctionne bien sans en absorber une trop grande quantité. Si l’on se refusait à admettre toute représentation de la monnaie dans les transactions, toutes les opérations de commerce, grandes et petites, ne se feraient plus qu’argent ou or comptant. L’activité humaine en serait limitée extrêmement dans tout ce qui tient à la production de la richesse. Le souci de se procurer des métaux précieux, non point nominalement, mais en nature, deviendrait poignant et de chaque jour pour l’homme industrieux. Ce serait, pour le genre humain, une dure servitude sous bien des rapports. L’esprit d’invention des hommes s’est donc porté vers la reclierche de combinaisons à l’aide desquelles la société pût subvenir au service des échanges avec une quantité relativemeut modique d’or ou d’argent monnayés, et ces eflTorts ont été couronnés de succès. Ainsi qu’on le verra, c’est par le moyen du crédit qu’on a résolu

le problème. Ce sont des titres ou des instruments decrédit qui ont pris, et dans de vastes proportions, la place de l’or et de l’argent. Mais tous ces titres et instruments représentent des métaux précieux. Ce sont des engagements diversement formulés, par lesquels on s’oblige à délivrer des quantités parfaitement déterminées d’or ou d’argent, à un moment convenu. Voilà ce qu’oO peut, à bon droit, appeler des signes. Je n’exposerai pas, quant à présent, partpiels expédients les règlements de compte s’effectuent, sans qu’il y ait, au moment lixé, l’apport de rien de plus ([u’une fraction, souvent extrêmement petite, de la quantité totale d’or ou d’argent qui aété stipulée par l’ensemble des parties contractantes; c’est encore une question qui nous occupera plus loin. 11 suffit de dire ici que ces signes ne sont acceptables et acceptés, à moins de circonstances exceptionnelles et essentiellement passagères, que parce qu’on est certain qu’il y a, par derrière, des réserves d’or ou d’argent qui servent à solder la balance des comptes, toute compensation faite, et où chacun a la faculté de puiser, si tel est son désir, jusques à concurrence des signes qu’il a entre les mains. Supprimez la monnaie, c’est-à-dire l’or et l’argent, aussitôt les signes sont illusoires, tout au moins incertains, et le système devient ce que deviennent un navire sans lest, un édifice sans de bonnes fondations.

En un mot, il peut y avoir des signes qui prennent, jusques à un certain point, ou, pour mieux parler, pendant un certain temps, la place de cette matière utile, comme parle Aristote, à la fois mesure et équivalent, comme a dit Cb. Harris, et comme vHigt ou cent autres auteurs l’ont répété, qui est la monnaie, qui seule l’est. Non-seulement c’est permis, mais c’est fort désirable. 11 n’en reste pas moins vrai que la matière utile, l’objet mesure et équivalent est indispensable à côté des signes, afin que la représentation soit bien réelle et puisse être sans cesse contrôlée.

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