CHAPITRE PREMIER
Du titre des monnaies. — De leur poids.
L’or et l'argent, lorsqu’ils ne sont pas alliés à quelque autre métal, sont beaucoup plus sujets à s’user par le frottement. Comme les pièces de -monnaie sont dans un mouvement perpétuel, la perte est sensible sur la masse, et, pour la diminuer, il est indispensable d’associer les métaux précieux à une certaine proportion d’alliage. C’est le seul moyen de conserver pendant un certain laps de temps une monnaie correcte de poids. Avec une monnaie facile à user, non-seulement la perte est plus grande dans le même laps de temps, mais encore elle est inégale, parce que les pièces ne circulent pas autant les unes que les autres et ne sont pas toutes soumises aux mêmes épreuves. Par ces motifs, on s’est de toute part rallié au système qui consiste à allier le métal précieux, or ou argent, avec une certaine proportion, nécessairement faible, d’un autre métal qui lui donne de la dureté. Cette pratique est devenue aisée depuis que les progrès de la métallurgie ont permis de mesurer, avec une exactitude suffisante, la dose d’alliage, et de la rendre sensiblement uniforme pour toutes les pièces (1).
(i) En France, sous l’ancien régime, la tolérance de titre s'appelait le remède (Talloi.
C’est le cuivre qui ordinairement sert à cet usage. Moyennant ce mélange, l’or et l’argent se déforment moins, gardent plus fidèlement l’empreinte dont on les a revêtus et durent beaucoup plus.
Les monnaies de l’antiquité, du moins celles d’or, étaient, autant qu’on le pouvait dans ce temps-Ià, de métal fin. Selon Hérodote, les dariques émises par Darius, fils d’Hyslaspe, étaient remarquables sous ce rapport, et ce prince en tirait vanité, h'aureus de Jules César et le solidus du Bas-Empire étaient également en or fin. De môme le besant ou byzant, qui fut frappé originairement à Constantinople, dans la suite du Bas-,Empire, et que reproduisirent plusieurs souverains de l’Europe. De même le florin, qui fut d’abord une pièce d’or émise dans la ville de Florence, au treizième siècle (1), et qu’on nommait Florence à l’origine. Cette pureté extrême de la monnaie ne répondait à aucun besoin public, car l’important n’est pas de savoir qu’une pièce ne contient point d’alliage, mais combien elle en contient, et d’être assuré qu’elle est toujours semblable à elle-même. On ne serait guère fondé à dire que de l’emploi de l’alliage est venue, à des princes dépensiers et réduits aux expédients, la tentation de faire de la fausse monnaie en forçant la dose. L’idée de fausser la monnaie a dû se présenter tout naturellement en tout temps. Il a dû y avoir et il y a eu de toute éternité des faux-monnayeurs, parce que de tout temps il y a eu de la fraude.
On sait que la proportion de métal fin qui existe dans la monnaie en est ce qu’on nomme le titre. La limite dans laquelle il est permis de s’écarter du titre, qu’il serait difficile d’observer avec une fidélité mathématique dans une grande fabrication, est ce qu'on nomme la tolérance de
(1) A Treatise on the coins, etc., pages 41 et suivantes.
titre. Cette limite doit être impérative au-dessus aussi bien qu au-dessous, car il est nécessaire que les pièces soient autant que possible semblables les unes aux autres. Le métal consacré à fabriquer une certaine quantité de pièces à un titre supérieur au titre légal serait employé en pure perte, et le commerce ferait le triage de ces pièces pour les refondre.
La proportion d'alliage la meilleure est celle qui donne aux métaux précieux la plus grande résistance au frottement. Sur ce sujet, des recherches faites en Angleterre par le célèbre physicien Cavendish, en compagnie d’un chimiste distingué, Hatchett, en 1798, ont établi qu’en prenant pour alliage du cuivre pur, la proportion la plus efficace était celle d’un douzième, qui met la monnaie au titre de 917 millièmes ; qu’à l’égard de l’or, l’argent seul, ou avec partie égale de cuivre, dans la proportion d’un douzième pour l’ensemble, ajoutait le plus à la dureté du métal (1); qu’enfin l’argent, au titre de la monnaie britannique, perdait bien plus quel’or, pour le moins quatre fois. La loi du douzième avait été d’abord adoptée pour les monnaies que l’Espagne faisait fabriquer en si grande quantité dans ses colonies du ISouveau-Monde. En Angleterre elle est en vigueur pour l’or. Quand on réforma les monnaies anglaises, après Henri Vlll, la reine Marie l’avait également ordonnée pour l’argent ; mais sa sœur Élisabeth, qui lui succéda, jugea à propos de retourner, pour ce métal, à un ancien rapport arbitraire, assez peu différent, celui de 925 millièmes de fin, quiaété conservé. En France, par égard pour le système décimal, nos monnaies nouvelles ont été faites au titre de 900 millièmes de fin, tant pour l’or que pour l’argent. La monnaie alors est un peu moins résistante que si elle était au titre des pièces
(i) Ce serait au poinl de réduire de près des trois quarts la pui le causée par UD même rrutterocni.