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CHAPITRE II

Le frai.

La lente déperdition de poids que les pièces de monnaie éprouvent par l’usage se nomme le /rat.

Quelles sont les circonstances qui déterminent le frai ou qui contribuent les unes à l’accélérer, les autres à le restreindre ? Elles sont multiples et diverses. Une pièce épaisse perdra proportionnellement moins qu’une pièce mince ; d'où suit que les pièces les plus importantes, qui en général ont une épaisseur relative assez considérable, résistent mieux que les autres, et que les menues pièces, qui offrent relativement une surface plus grande, perdent beaucoup. Tel alliage accroît la dureté beaucoup plus qu’un autre ; ainsi les pièces d’or qui contiennent un peu d’argent supportent beaucoup mieux la circulation que celles où le métal fin est associé à du cuivre seul. Une forte compression sous le balancier ou la presse

(I) On comptait dans la perle la moitié de la tolérance légale. Nous reviendrons sur ces déperditions an chapitre suivant.

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monétaire durcit le métal. Les aspérités qu’offrirait la surface, par la finesse des détails de la gravure, comme ■c’est le cas dans les pièces tout à fait neuves, s’émoussent vile dans la circulation et augmentent ainsi la déperdition des premiers temps. Les pièces dont le cordon est rayé perdent de ce côté plus que celles dont le cordon est uni, comme celui des pièces françaises. Une plus grande activité de la circulation doit user les pièces dans la proportion même où cette activité s’accroît; de sorte que, si par une cause quelconque, une partie importante du monnayage reste enfermée dans des coffres-forts, le frai diminue d’autant. C’est une raison pour que les menues pièces, comme chez nous celles de î franc et de 50 centimes, s’usent en proportion plus que celles de 5 francs. Le frai ^oil même varier selon la classe parmi laquelle passe la ^monnaie. La main rude du cultivateur, qui a touché la terre et en a encore d’adhérente, enlève à la pièce qu’elle palpe plus de parcelles de métal que celle du monde élégant.

C’est une question de savoir si la monnaie, quand elle a perdu les petites aspérités qu’a dû offrir sa surface alors qu’elle sortait du balancier ou de la presse monétaire, s’use davantage ou moins à mesure que l’empreinte même s’efface. Beaucoup de personnes ont émis l’opinion qu’elle perdait moins parce qu’elle offre de moins en moins des parties saillantes sur lesquelles le frottement s’exerce avec une certaine intensité. On verra qu’il y a lieu de douter sur ce point, parce que les résultats recueillis sont contradictoires au lieu de concorder; si bien que l’opinion opposée compte aussi des partisans autorisés.

Le frai proprement dit, c’est-à-dire la déperdition que la monnaie éprouve par le fait de la circulation, se compli- <|ue plus ou moins, dans la réalité, d’un autre fait tout différent qui consiste dans la soustraction, par des mains

criminelles, d’une portion de la substance des espèces : c’est la rognure. Il est impossible de distinguer, dans la déperdition totale que présente une pièce de monnaie, ce qui provient du frai proprement dit et ce qu’il faudrait imputer à la rognure. Cette circonstance ne laisse pas que de répandre de l’incertitude sur le résultat des expériences qui ont eu et qui auraient encore pour objet de déterminer exactement le frai.

Des expériences fort soignées, faites en 1838, en France, sous la direction de MM. Dumas et de Colmont, sur un très-grand nombre de pièces de 5 francs (400,000 pièces), interprétées ensuite à l’aide des formules du calcul des probabilités, par M. Libri, ont conduit à cette conclusion que n la loi du frai parait être uniforme, ou à fort peu de (I chose près, pendant toute la durée de la circulation « des monnaies, et que l’on peut l’évaluer, pour les (( pièces de 5 francs, à 4 milligrammes par an et par (I pièce (1). » C’est 16 partiessur 100,000 ou 1 sur 6,250. MM. Dumas et de Colmont n’ont pu, malgré leur désir, étendre leurs recherches aux autres pièces d’argent et à la monnaie d’or.

Les expériences anglaises de la lin du dernier siècle feraient ressortir le frai à peu près au même chiffre que celles deM.M. Dumas et de Colmont, pour les couronnes ou pièces de 5 schellings dont les dimensions diffèrent peu de celles de nos pièces de 5 francs ; mais elles en indiquent un beaucoup plus fort pour les moindres pièces. Ainsi, pendant un intervalle de onze ans (de 1787 à 1798), les pièces anglaises d’argent de divers calibres, déjà usées au point de ne plus offrir d’empreinte, circonstance qui est bonne à noter, et que ne présentaient pas les pièces françaises de 5 francs, expérimentées par .MM. Dumas et •

(I) Rapport flnal, page 34.

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