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On peut donc estimer que, à la fin du siècle dernier et au commencement du siècle actuel, l’Amérique fournissait 800, 000 kilogrammes d’argent fin, qui feraient 177, 800,000 fr. et 14,100 kilog. d’or qui, au taux delà monnaie française, donneraient 48, 600, 000 fr. C’est un total de 225 ou 227 millions de fr. Ala même époque, l’Europe
(1) La vice-royaulé de Buenos-Ayres comprenait, depuis 1778, les provinces argenUIëres du haut Pérou, actuellement Vippelé Bolivie.
COURS D’ÉCONOMIE POLITIQUE, ne rendait que 53,000 kilog. d’argent et, d’après l’évaluation la plus probable, 1 ,050 kilog. d’or; c’est 1 5 ou 1 6 fois moins d’argent et 1 3 fois moins d’or. Et encore la production de l’Europe, à la fin du dix- huitième siècle, excédaitelle le point où elle était quand le nouveau continent fut découvert.
aiAPITRE IV
Troisième période. De 1810, où éclata la guerre de l’Indépendance, jusqu’à la découverte des mines d'or de la Calirornie.
L’esquisse précédente nous conduit jusqu’au commencement du di.v-neuvième siècle. A quelques années de là, une crise violente, qui ébranla le nouveau continent, exerça sur l’exploitation des mines une influence désastreuse.
La guerre civile qui éclata dans toutes les colonies continentales de l’Espagne en Amérique, peu après l’invasion de la métropole par les armées de l’empereur Napoléon, eut pour effet de paralyser l’industrie des mines. La production rétrograda immédiatement, selon les localités, de moitié, des deux tiers, des trois quarts. Quelques-unes des mines les plus importantes, comme la Valenciana, du district de Guanaxuato, furent complètement noyées. C’est ainsi que le Mexique n’a rendu en moyenne, de 1810 à 1825, que 65 millions environ (dont plus des neuf dixièmes en argent), au lieu de 120 à 130. Ce chiffre est une moyenne; au fort de la guerre ci vile, quand, par e.\emple, la ville de Guanaxuato était occupée par l’armée de Hidalgo et baignée de sang, la production était bien moindre. Lorsque la paix eut été signée en Europe, et que Fer-
LA MONiNAIE. SECTION X, CHAPITRE IV. 399
dinand Vil fut rentré en possession du trône d'Espagne, les troubles de l’Amérique ne furent amortis qu’un instant. Le cri de l’indépendance avait retenti du Rio- Bravo del Norte jusqu’à la Terre-de-Feu ; l’indépendance devait être consommée. La lutte recommença donc bientôt avec un nouvel acharnement jusqu’à ce que le drapeau de l’Espagne eût disparu du continent américain. Alors une espèce d’ordre revint dans les ci-devant colonies transformées en républiques, et l’exploitation des mines fut reprise définitivement. Les capitaux anglais vinrent y chercher de l’emploi sur une grande échelle, mais avec peu de discernement. Cette restauration de l’industrie métallurgique du Nouveau-Monde peut être rapportée à l’année 1825.
Depuis lors, la production de l’Amérique s’est graduellement relevée. En 1848, date à laquelle ont été découvertes les mines d’or de la Californie, elle n’avait pas encore repris son ancien niveau, quant à l’argent, qui, en valeur, a primé de beaucoup l’or, jusqu’à cette époque, dans l’e.xtraclion américaine. On était peu à peu remonté jusqu’à 700,000 kilog. d’argent, ce qui est encore un huitième de moins que l’ancien rendement. Pour l’or, il y aurait plutôt eu de l’augmentation : de 14,100 kilog. on était arrivéà plus de 15,000 (1). En monnaie française, ce serait 1 55,903,000 fr, d'argent, et 52,407,000 fr. d’or, et pour les deux métaux réunis 208 millions (2). Voilà où l’on en était, quand les mines de la Californie se sont annoncées au monde avec tant d’éclat.
Pendant cette période, les arts de l’Europe ont eu plus
(I) Une partie de cette augmentation de l'or doit £tre attribuée aui progrès de raffinage à Mexico et dans les autres ci-devant colonies espagnoles : on y efièctue le départ sur beaucoup de lingots d'argent qui auparavant n’étaient aflinés qu'en Europe.
(ï) Voir le tableau ci-après, dans ce chapitre.
de facilité pour pénétrer dans les contrées métallifères de l’Amérique, car, tant que la domination espagnole y a subsisté, l'accès en était resté rigoureusement interdit aux Européens autres que les sujets de Sa Majesté Catholique. Les capitaux anglais étant venus s’cinployeràrexploitation des mines, il semble que les mécanismes usités dans la Grande-Bretagne, ainsique les méthodes pour la préparation mécanique des minerais, par lesquels l’industrie des mines se recommande sur l’ancien continent, auraient dû les suivre. Mais la force d’inertie des habitants, leurs préjugés, et différentes circonstances propres il l’état social et politique du pays, au climat, au caractère même des mines, ont opposé à l’esprit d’innovation une résistance extrême. Le capital raréfié, dans la plupartde ces jeunes républiques, par la guerre et l’anarchie, et en outre au Mexique par les mesures qu’une jalousie funeste avait dictées au gouvernement indépendant (1), a manqué aux exploitants, malgré le subside que fournirent les capitalistes anglais en 1825. Au Pérou, notamment, les mineurs ne trouvent des capitaux qu’aux conditions les plus onéreuses. Le docteur Tschudi expose que plusieurs des extracteurs de Pasco travaillaient, à l’époque de son voyage (1838), avec des fonds que leur avaient prêtés des habitants de Lima, au taux de 100 à 120 pour cent par an (2).
On n’est pourtant point sans tirer quelque parti, an Mexique, au Chili, dans les lavages d’or de la Nouvelle-Grenade, au Pérou môme, de ce que la science 'moderne a révélé aux Européens, et des applications heureuses qu’ils ont faites de la théorie. Mais il semble que, depuis la reprise des travaux jusqu’à l’an-
(1) Une loi, qui fut mise à exécution avec rigueur, exila du Mexique, peu après la conquête de l'indépendance, tous les natifs d’Espagne. Ils partirent emportant des capitaux considérables. ■
(2) Voyage, au Pérou, cliap. xii.
née 1848, dans la plupart des districts métalliques, les mines d'argent n’aieut pas offert un degré de richesse qui fût égal à celui qu’elles présentaient auparavant. Les mineurs ont eu mauvaise chance, comme dans la première moitié du dix-huitième siècle. De là d’abord pei» d’encouragement pour celui qui aurait voulu innover en grand. De là encore, ce qui importe surtout ici, un obstacle à ce que les frais de production diminuassent, et à ce que la valeur de l’argent pftt baisser sur le marché.
Le détail, par pays, de ce qu’était l’extraction annuelle de l’Amérique, en 1 848, année de la découverte des raines d’or de la Californie, est indiqué dans le tableau suivant.
Production annuelle, par paj/<, des mines d’or et d'argent de l’Amérique, au moment de la découverte des mines de la Californie (I).
PAYS
ARGBNIT.
PROVENANCE
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