‹ Cours D'economie PolitiqueChapitre 61 sur 132 · III · texte numérisé non relu

III

la franquillité inlérieure, au lieu qu’auparavant elles avaient été désolées par la guerre civile. Les guerres de religion avaient duré, en France, de 1560 à 1628, date de la prise de la Rochelle, et la révolution d’Angleterre, où Charles I" fut décapité, est de 1648. 11 est probable que cette substitution du calme el delà sécurité à la fureur des discordes intestines favorisa les travaux agricoles et l’abondance des récoltes, et contribua ainsi au bon marché des grains (I).

Pour l’Angleterre en particulier, Adam Smith rappelle que, en 1689, on avait institué une prime à l’exportation des grains, qui eut pour effet d’encourager la culture et, selon quelques personnes, de provoquer l’abondance et par suite le bon marché. Mais n’est-il pas plus probable, ainsi qu’il le dit, que celte faveur, en déterminant une forte exportation des grains, empêcha habituellement les cours de tomber aussi bas qu’ils l’eussent fait dans l’état naturel des choses? Ce serait donc plutôt une cause de cherté, sauf les temps de disette où des lois spéciales interdisaient momentanément l’exportation et faisaient profiler le pays de l’extension qu’avait reçue le labourage.

Un autre fait qui est particulier à l’Angleterre, et qui avait dû donner au cours des grains une fausse apparence d’élévation pendant la dernière moitié du dix-septième siècle., est rappelé par Smith. La monnaie en circulation était, usée; le frai, en 1695, se trouva énorme. Lowndes, un des financiers les mieux informés du temps, estimait qu’il allait jusqu’à 25 pour 100. Comme la monnaie ne passe que pour ce qu’elle est, en pareil cas les prix devaient être nominalement surhaussés d’autant. Dans la période qui vient d’être signalée, de 1646 à 1665, une

(1) En Angli‘terre, les années 1648 et 1649 avaient élé marquées par tnu< ç;rnndü cherté des grains ; les saisons pouvaient en être une cause

DiOltiZï . Uy

partie du mal devait être consommée déjà, et les prix avaient dû s’en ressentir, c'est-à-dire être nominalement élevés. Dans la période de 1726 à 1745 la monnaie anglaise, grâce à la refonte faite par Guillaume III, était plus correcte qu’à la fin du dix-septième siècle. Reconnaissons-le cependant, il s’en faut de beaucoup que, de 1646 à 1665, la monnaie anglaise ait offert la détérioration qui l’affecta quarante ans plus tard.

En somme, il faudrait étrangement torturer les faits pour leur faire dire que la valeur vénale du blé, exprimée en argent, n’avait pas diminué, vers le milieu du dixhuitième siècle, en comparaison de ce qu'elle avait été cent ans auparavant, ou, en d’autres termes, que l’argent n’eûtpoint,par rapport au blé, vers 1750, une valeur plus grande que celle qu’il avait eue vers 1650.

En embrassant un très-long intervalle de temps, près d’un siècle et demi, Dupré de Saint-Maur déclare qu’en France les grains n’ont pas tout à fait suivi F augmentation des espèces (l). De son côté Smith, comparant, non plus vingt ans du dix-septième siècle à pareil intervalle dans le dix-huitième, mais le bloc tout entier des soixantequatre premières années du dix-huitième à celui des soixante-quatre dernières du dix-septième, trouve que le blé a été à meilleur marché, dans le second espace, de 21 pour 100.

Il y a plus d’un motif de croire que, pendant la première moitié du dix-huitième siècle, l’argent tendait à enchérir, ou, ce qui revient au même, qu’on le retirait plus difficilement des entrailles de la terre. C’est la pé-

(<) Essai sur les Monnaies, p. t>8.

C’est-à-dire que, à mesure que le souveraiu arait altéré la monnaie en augmentant le nombre de livres qu'on taillait dans le marc, le blé avait paru enchérir, mais non pas en proportion de ravilissenicnt de la livre.

388 rouns n’ËCONOMIE POLITIQUE/ A

riode pendant laquelle l’approvisionnement annuel fourni par l’Amérique à l’Europe a présenté la moindre augmentation proportionnelle. Pendant ce laps de temps, l’expédition annuelle, d’Amérique en Europe, des deux métaux réunis, ne surpasse celle de l’intervalle précédent que de 6 millions et demi de piastres ou de 41 pour 100 (1), malgré l’ardeur que ne cessaient de déployer les colons espagnols à la recherche des métaux précieux, malgré les moyens d’action que leur donnaient les profils antérieurs. Et encore, dans celte production additionnelle de 6 millions et demi de piastres, l’or fait-il la majeure partie j c’est ou effet l’époque où l’exlraclion de l’or se développe au Brésil. •

Un autre incident de l’histoiro des métaux précieux en Amérique est de nature à confirmer celte opinion. Les frais d’extraction, proprement dits, se grossissaient d’un impôt que les cours d’Espagne et de Portugal, suivant en cela la politique du temps, avaient mis sur la production des métaux précieux. Peu après le début du dix-huitième siècle, la cour de Madrid, vivement sollicitée de réduire cet impôt, y consentit. Il est à supposer qu’elle y fut déterminée en partie parce qu’il lui fut démontré que les frais d’exploitation s’étaient aggravés. La plupart des mines alors en activité étant épuisées dans la région la plus voisine de la surface, il fallait y aller cheixher le minerai plus avant dans le sein de la terre, et on l’en relirait d’autant plus chèrement que les procédés mécaniques en usage parmi les mineurs de l’Amérique espagnole étaient plus grossiers ; et puis, pour plusieurs des mines, une môme quantité de minerai contenait, à celte distance de la surface du sol, une moindre proportion de métal, car c'est un caractère à peu près général parmi les filons argentifères

(1) £ssai sur la .Yauuelle-Espagne, t. ill, p. 428, 429 de l’édilion de Paris, 1827.

Di'-^

des Andes, qu’ils offrent des zones d’in^’gale richesse, et que communément ils s’appauvrissent après une certaine profondeur (1).

Cette considération ne fut probablement pas la seule en vertu de laquelle la cour de Madrid se décida à se relâcher d’une partie de ses prérogatives fiscales; elle reconnut peut-être que le droit perçu sur l’argent extrait des mines, par son exagération, encourageait l’exportation clandestine; mais cet argument n’exclut pas l’autre. Le fait êst que le droit éprouva alors une notable réduction. Jusque-là c’était le quint ou le cinquième du produit brut (2); le Trésor prélevait un marc d’argent ou d’or sur chaque poids de cinq marcs obtenu. Il s’y joignait l’?/n et demi pour cent, le droit d’essai, le droit de seigneuriage à la Monnaie. En 1723 au Mexique, en I73Gau Pérou, \e quint fut mis à moitié; l’u/< et demi pour cent fut réduit à I pour 100 pour les Mexicains.

Nous arrivons ainsi au milieu du dix-huitième siècle.

partir de là s’ouvre une phase nouvelle; le blé enchérit, ou plutôt l’argent recommence à baisser. Le mouvement se prononce bientôt avec énergie et il continue jusqu’à l’ouverture du di.\-neuvième siècle. On peut regarder

(1) La loi d’après laquelle la richesse des filons varie selon la profondeur n’a rien d'absolu el n’esl point la même dans les dilTérenles contrées. Mais ce qui est général, c’est que la zone favorable est restreinte. Au Mexique, selon M. Duport, elle est le plus ordinairement comprise entre la profondeur de 100 mètres et celle de 3oO. Au Chili, selon M. Dnmevko, les filons argentifères, coupant successivement plusieurs séries de couches de terrain superposées, s’y présentent très-diversement, riches dans l’une, pauvres dans la suivante. C’était déji un fait généralement constaté pour les mines en filons ; mais au Chili la variation est extrême, de l'abondince à la stérilité, et elle n’empôche pas celle qui est du fait de l’approfondissement même de la mine (Voir le mémoire de M. Domeyko, dans les Annales des Mines, IV* série, I. IX, p. 3^3.

(2) Selon Soloi-zano, jusqu’en 1304, la part que s’était réservée la couronne avait cto la moitié de l’extraction.

comme le prix moyen de l’hectolitre de blé, qualité ordinaire, en 1750, dans la Grande-Bretagne, 13 fr. 43 c., ou 608,43 d’argent fin; en France, 10 fr. 67, ou 48 grammes d’argent fin (1). Quand on a franchi le milieu du dixhuitième siècle, on voit le blé monter par degrés sur la plupart des marchés, et il garde cette allure de toute part, jusqu’àlafin de la période que nous envisageons ici. Si l’on observe le mouvement en France et en Angleterre, on trouve que des deux côtés il a le môme caractère.

Quand Lavoisier compose, vers 1780, sa Richesse Territoriale, dont l’extrait fut imprimé en 1791 par ordre de r.\ssemblée Constituante, il y porte le prix moyeu du blé, toutes qualités confondues, à 15 fr. 20 c. par hectolitre, ou 688^,40 d’argent fin (24 livres le setier). Le prix de 1 1 fr. 41 c. (18 liv. le setier) ou SI*', 34 d’argent fin, lui parait un prix très-bas, résultat d’î«ic suite non interrompue de bonnes récoltes (2). Après 1790, le blé finit par monter, chez nous, jusqu’à ce que le cours moyen soit d’environ 20 francs ou 90 grammes d’argent fin. En Angleterre, les moyennes décennales indiquées par Mac Culloch (3), d’après les livres du collège d’Elon pour le mar-

(1) En moyenne, pendant les- soixante-quatre premières années du dix-huitième siècle, l'hectolitre de blé, de qualité ordinaire, s'était vendu, en Angleterre, sur le pied de 13 francs 43 cent, ou 60 grammes 43 d'argent fin (32 schellings le quarter de huit boisseaux de Winchester, Richesse des Nations, liv. I, chapitre xi); ce serait 34 schellings et demi le quarter actuel, dit impérial. A Paris, le blé, qualité supérieure, valait, selon Dupré deSaint-Maur, 12 francs l’hectolitre (18 livres l2sous 9 deniers, le setier de Paris); en évaluant, comme Adam Smith, le blé ordinaire à un neuvième seulement de moins que le blé de choix, ce serait, pour celte seconde sorte, 10 francs 67 cent., ou 48 grammes d'argentHn. C'est ce qui résulte de la moyenne des dix années de 1732à 1742, telle qu’elle est consignée dans l'Essai sur (es ilfonnaies, p.. 33. Je fais abstraction de la petite différence entre la livre d’alors et le franc.

(2) Lavoisier, Richesse territoriale de la France, chap. iv. Collection Guillaumin, tome spécial, pag. 596.

(3) Addition à la Richesse des Nations, d'Adam Smith.

ché de Windsor, à partir de 1745, ont une marche ascendante dont la régularité est aussi parfaite que le permet lav ariation des saisons dans un cycle qui n’est que de dix années. Rapportées à l’hectolitre, ces moyennes sont :

De)745 àl75S I4',87nu 86 -AV grammes d'argent fin.

1755 1765 17,58 7« jV; -

Pour le dernier de ces intervalles décennaux, il est évident, par le saut brusque qu’il présente, qu’on doit considérer le prix correspondant comme une anomalie. Le blé fut enchéri alors, en Angleterre, d’une manière extraordinaire par la pauvreté inaccoutumée des récoltes, par la guerre qui gênait l’arrivage des grains étrangers; il le fut par l’accroissement de la population, de l’urbaine surtout, par rapport à l’étendue du territoire. De ces causes diverses, les premières sont accidentelles ; la dernière est, pour cette époque-là, spéciale à l’Angleterre. Il convient donc de faire abstraction de ces dix années, en ce qui concerne la Grande-Bretagne; elles donneraient une idée exagérée du phénomène que nous constatons ici.

De l’ensemble des faits qu’offre l’histoire du prix des grains à partir du milieu du dix-huitième siècle, on est autorisé à conclure que, de celte époque au commencement du siècle actuel, la valeur de l’argent, par rapport au blé, a beaucoup baissé. On peut estimer qu’elle s’est réduite de moitié.

(I) Voici ces mêmes prix par quarter impérial de 2 hecl. 91.

De 1745 4 1755 1755 1765 1765 1775 1775 1785 1785 1795 1795 1805

Un changement analogue s’est accompli pour l'or, mais sur des proportions un peu moindres.

L’explication du phénomène réside dans la diminution des frais de production des métaux précieux, et cette diminution môme n’a pu provenir que del’une ou de l’autre , des causes suivantes, ou plutôt de leur action combinée.

On aura mis la main sur des gîtes plus riches et mieux situés que ceux auxquels s’étaient attachés les mineurs, pendant la période antérieure l’art d’exploiter les mines et de traiter les minerais se sera perfectionné; ajoutons que diverses charges fiscales ou mercantiles, qui grevaient l’industrie des mines d’argent ou d’or, auront été réduites.

De 1730 à 1810, au Mexique, le filon de Guanaxuato, qu’on exploitait depuis longtemps déjà, a rendu des trésors plus abondants. D’autres exploitations très-fructueuses ont été ouvertes aussi dans divers gisements mexicains.

A Zacatecas, le filon nommé la Vela-Grande, travaillé alors par le célèbre mineur Laborde, s’est montré l’un des plus productifs du Nouveau-Monde.

Après 1730, ou, plus exactement, après 1770, l’extraction des mines mexicaines s’éleva rapidement du simple au double, ce qui, en pareille matière, est un indice à peu près certain de la richesse supérieure acijuise par les gisements. On le voit par le tableau suivant (1) :

Moyennes décennales officielles de l'or et de Vnryent extraits des mines du Mexique, et monnayés à Mexico de 1690 « 1S09.

De 16!K)à 1699 4,387,134 piastres.

non 1709 5,173,103 —

1740 1749 11,185,504 — 10,812,485 piastres.

(t) Les chifTres de la colonne A ont été obtenus avec le tableau cité dans la Xouvelle-Espagne de M. deHumboldt, t. III, p. 300. Ceux de la colonne B, qui sont un peu dilTércnls, ont été formés avec les résultats consignés dans l’ouvrage de M. Duport.

De <750 nSO 12,574,960 piastres. 1 2, 92 |,9R4 piastres.

1766 1769 11, 262,880 — tO, 711, 506 —

Les mines de Guanaxualo ont contribué plus que les autres à ce progrès rapide.

Dès 1766, elles donnaient plus d’argent que le Potosi, et, en 1803, elles avaient plus que doublé leur produit de 1766. Une circonstance déjà mentionnée, qui, au point de vue industriel, a donné au filon de Guanaxuato un ** grand avantage sur le Potosi, c’est que l’argent qu’on en ■ extrait renferme de l’or en proportion très-appréciable, et à lui seul cet or est déjà un beau bénéfice.

De toutes les mines du district de Guanaxuato, la Valen- ♦ciana est celle. qui a exercé le plus d'influence ; les travaux n’y ont comnaencé qu’en 1760.

C’est un fait acquis à l’iiistoirc que les grands profits des mines mexicaines sont de 1750 à 1810. On en a le témoignage éclatant parles magnifiques constructions qui se sont élevées alors au Mexique ; «e sont plusieurs villes d’une grande beauté, comme Guanaxuato qui parvint rapidement à 80,000 âmes; ce sont des usines monumentales comme celle de Régla ; ce sont les palais et les temples dont s’est embelli Mexico; c’est l’admirable chaussée qui de la Vera-Cruz conduit jusqu’au couronnement du plateau mexicain.

En même temps que la nature favorisait davantage le mineur américain, il s’aidait lui-môme par une application mieux entendue des règles de son art, par quelques perfectionnements du procédé métallurgique, et le gouvernement l'assistait par des réductions de charges. Les extracteurs d’argent opéraient mieux au Mexique qu’au Pérou. La substitution des mulets aux Indiens piétineurs.

CODRS D’ÉCONOMIE POLITIQUE.

pourle foulage des tortassur l’aire dallée du patio, amena, après 1780, une économie dont le Mexique profita plus que le Pérou (1).

La diminution de prix du mercure, que le gouvernement espagnol accorda successivement, et qui fut un peu plus forte pour les Mexicains que pour les Péruviens, exerça aussi quelque influence. La commodité plus grande de s'approvisionner du mercure dont on avait besoin eut plus d’effet encore. La diminution des droits sur les métaux précieux produits, qui avait été consentie en 1723 et en 1736, et qui, dans les premiers temps, n'avait servi qu'à prolonger un peu l’existence d’établissements en décadence, dut aussi agir sur les prix comme une cause d’abaissement.

On a, jusqu’à un certain point, la mesure des facilités nouvelles, en tout genre, qu’offrit l’extraction des métaux précieux dans les mines du Nouveau-Monde à cette époque, et de l’habileté que les mineurs mirent à en profiter, par l’accroissement môme que la production éprouva de 1750 à 1803. Ce qui s’expédiait d’Amérique en Europe, monta à 33,300,000 piastres, au lieu de 22,500,000, chiffre moyen de 1700 à 1750. C’est un surplus de 12,800,000 piastres, ou de 57 p. 100. On se rappelle que la période serai- séculaire de 1700 à 1750 n’avait présenté qu’une augmentation de 6 millions et demi de pias-

(0 Dans l’origine, le foulage était fait par des hommes ; quelques-uns des mineurs péruviens les remplacèrent par des chevaux, et c’est de là que l’emploi des bétes pour le foulage (reposa) passa au Mexique. Celte amélioration ne remonte, pour le Mexique, q\i’à 1783. Don Juan Cornejo en apporta l'idée du Pérou. Le gouvernement lui accorda un privilège dont il ne jouit pas longtemps, et qui ne lui valut qu’une somme médiocre. Les frais d’amalgamation ont sensiblement diminué depuis que l'on n’a plus besoin d’employer ce grand nombre d’ouvriers qui se promenaient pieds nus sur des amas de farines métalliques. Dans plusieurs des mines du Pérou, le foulage par les hommes a persisté. M. Tschudi l’a vu encore en usage à Pasco, dans une partie des établissements.

très, ou de 41 p. 100, sur la période formée du dix-septième siècle tout entier.

Legrand accroissement qu’on remarque pendant l’intervalle de 1750 à 1803, et qui se .soutient jusqu’en 1810, n’est pas du fait de l’argent seulement. L’or y est pour une bonne part. C’est le beau temps du Brésil eu particulier, du Brésil qui a rendu près de la moitié de l’or de toute l’Amérique pendant la période qui nous occupe en ce chapitre. Les mines brésiliennes furent à leur apogée pendîfnt l’intervalle de 1752 à 1773. Ce qui payait les droits alors allait de 6,400 à 8,600 kilogrammes ; à cause de la contrebande, qui était très-grande, on en a conclu que l’extraction réelle devait être d’environ 12,000 kilogrammes (41 millions de francs). Moins considérable, l’extraction de l’or de la Nouvelle-Grenade eut, à la mènie époque, plus d’importance qu’auparavant. Ou peut en dire autant de celle du Chili. Pour le Brésil, et probablement aussi pour le Chili, on doit croire (ju’on rencontra alors des gisements d’or d’une richesse supérieure, car depuis lors, on a, dans l’un ou l’autre pays, délai.ssé les mines d’or, au Brésil pour la culture des denrées tropicales, au Chili pour les mines d’argent et de cuivre.

On peut donc regarder comme démontré: 1® que par rapport à la valeur du blé, estimée elle-même par des moyennes embrassant d’assez longs délais, la valeur de l’argent et celle de l’or, après être demeurées stationnaires depuis 1600 ou 1620, selon les divers pays qu’on envisagera, jusque h la lin du dix-septième siècle, s’étaient sensiblement' relevées, de sorte que la même qualité de blé se donnât pour un moindre poids d’argent, pendant la première moitié du dix-huitième siècle; 2° i|ue, une fols au milieu du siècle, le Ilot a pris la direction opposée; l’argent et l’or se sont mis à baisser de nouveau, par rapport au blé, et c’est ainsique le dix-neuvième siècle

s’est ouvert avec des prix du blé doubles environ de ceux du milieu du dix-huitième siècle, et à peu près sextuples des prix de l’an 1500 à l’an 1550 ou 1570.

Le dernier changement est-il venu des métaux précieux ou du blé ? Est-ce l’or et l’argent qui ont baissé, ou le blé qui a haussé pendant la dernière période? De ces deux thèses, la première me paraît incomparablement la plus juste : on a vu les raisons qui autorisent à croire que les frais de production de l’argent ont diminué de 1750 aux premières années du dix-neuvième siècle. Indiquons les motifs qu’on a de supposer qu’au contraire la valeur du blé a dû rester à peu près la même. Le blé a continué de se produire à peu près dans les mêmes conditions pendant ce demi-siècle, excepté en Angleterre, où, vers la fin de* la période, il y a eu des raisons, autres jùême que l’accident de plusieurs mauvaises récoltes, pour que le prix du blé montât. Et c’est ainsi qu’à l’égard de ^Angleterre en particulier l’enchérissement est bien plus fort : il procède de deux causes au lieu d’une. Sur le pontinent européen, les terres nouvelles qu’on a mises en culture étaient encore de la même qualité que celles où la charrue s’exerçait auparavant ; l’agglomération des populations urbaines était modérée ; l’industrie manufacturière se développait lentement, et autour des rares foyers manufacturiers la culture faisait plus de progrès qu’ailleurs. La viabilité du territoire. Jusque-là fort mauvaise, s’est visiblement améliorée," mais plus particulièrement après 1750 qu’auparavant, en Angleterre, eu France et sur le reste du continent, et c’est une cause qui tend de plus d’une façon à faire baisser la valeur du blé ou à l’empêcher de monter.

Je suis fort éloigné de contester l’influence que des récoltes insuffisantes peuvent e.xercer sur le prix' des blés, '^etla po.ssibililé qu’il v ait, à certaines époques, une'série

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de mauvaises années qui aggrave les moyeuues Urées des mercuriales. L’apologue des vaches maigres qui se suivent, comme au surplus les vaches grasses, est de tous les temps et de tous les pays. Cependant, malgré l’autorité de M. Tooke, il me semble plus que difficile d’admettre que l’inégalité des récoltes donne l’explication d’un fait tel que renchérissement éprouvé par le blé pendant le dernier tiers ou la dernière moitié du siècle dernier, et maintenu jusqu’à nos jours.

Le tableau suivant montre ce qu’était à l’ouverture du dix-neuvième siècle la production totale de l’Amérique, en or, et en argent, et comment elle se sous-divisait entre les différents pays.

Production annuelle des mines d'or et d’argent de l’Amérique à l’ouverture du dix-neuvième siècle. •

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