CHAPITRE IV
Les mines d'or de rAasUralie.
L’Australie renfermait des gisements aurifères qui, pendant assez longtemps, ne frappèrent pas les regards de ses rares habilauts, parmi lesquels les hommes de science n'affluaient guère. A diverses reprises, quelques pépites d’or y avaient été trouvées, et on peut lire dans les impressions de voyage d’un des nombreux écrivains anglais qui, depuis 185!, se sont occupés delà contrée, que, dès 1823, un des condamnés de la pire espèce de ceux que la mère patrie déportait dans l’Australie, avait subi la peine du fouet, parce qu’on lui avait trouvé entre les mains un petit bloc du précieux métal, que le gardien avait sommairement supposé provenir de boîtes de montres et de bijoux volés par le convict : c’était pourtant bien une pépite.
Depuis cette époque, le hasard en avait fait ramasser un petit nombre qui s’étaient vendues à Sidney ou dans quelque autre ville du littoral. Mais ces trouvailles u’avaient pas attiré l’attention publique, tout absorbée par la production de la laine qui enrichissait la colonie. Cependant, dès 1841, un ministre protestant, versé dans la géologie, M. Clarke, découvrit l’or en place dans les montagnes qui bordent le bassin de la rivière Macquarie : il le reconnut ensuite, à l’état de grains et de paillettes, dans les alluvionsà, travers lesquelles coule un ruisseau nommé le Winburdale liiviilei. Il en constata la présence sur divers autres points et annonça à ses amis d’Angleterre que l’Australie était un pays de raines d’or. D’autres personnes dévouées à la science firent ensuite des recherches
qui conduisirent à des résultats semblables. Il fut ainsi constant quel’ore.\istaiten Australie, dans les Montagnes- Bleues, au nord de Sidney, à Bathurst, à Adélaïde. En 1844, sir Boderick Murchison, qui avait visité les montagnes de l’Oural et en avait fait la description géologique, publia, dans \q Journal de la Société de Géographie d’Angleterre (1), un travail où il montrait la ressemblance entre la chaîne de l’Oural et la Cordillère orientale de l’Australie nouvellement décrite par le comte Strzlecki. Poursuivant la même idée, ce savant illustre recommandait, en 1846, aux mineurs du comté de Cornouailles qui manquaient de travail, d’émigrer dans la Nouvelle- Galles du Sud et d’y chercher l’or dans les bancs d’alluvion. Son opinion fut livj*ée à la publicité dans les journaux de Penzance et dans les Transactions de la Société géologique de Cornouailles. En 1848, sur des échantillons d’or qu’il venait de recevoir de l’Australie, il écrivait au ministre des colonies, pour appeler instamment son attention sur les ressources en or que lui paraissaient recéler les montagnes de cette contrée; il ajoutait qued’iraportants résultats pourraient être obtenus en modifiant la législation anglaise sur les mines, afin de l’adapter à une société telle que celle de l’Australie. Mais sa persévérance fut sans effet. Ses avis ne furent pas écoutés. Enfin, en 1851, un habitant de l’Australie, qui, comme tant d’autres personnes, avait été attiré en Californie par les merveilleux récits des richesses trouvées dans les vallées du Sacramento et du San Joaquin, M. Hargreaves revint, après deux ans de séjour parmi les mineurs californiens, et, remarquant la similitude de constitution géologique entre l’Australie et les régions qu’il venait de visiter, il en conclut qu’il était allé chercher bien loin
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ce qu’il avait chez lui. S’élant livré à une exploration intelligente, il ne tarda pas à rencontrer des alluvions riches en or. Dès ce moment, l’exploitation du précieux métal commença en Australie avec la même énergie qu’en Californie. C’est dans le district de Wellington que M. Hargreaves fit ses découvertes, et ce fut là que s’établirent les premières bandes de laveurs d’or. Les bords de la rivière Turon et lamontagne d’Ophir eurent aussitôt une grande célébrité.
Le mouvement une fois donné, on mit la main sur de nouvelles mines en grand nombre. Aujourd’hui la province de Victoria, l’une des colonies distinctes entre lesquelles s’est divisée l’Australie, est parsemée d’exploitations pour la plupart prospères ; elles sont réparties en majorité dans six districts, à la* tête desquels il faut citer surtout celui de Ballaarat ; les autres sont ceux de Ararat, Beechworlh, Casllemaine, Maryborough, Sandhurst.Tout nouvellement, un grand territoire contigu à ceux-ci, et désigné sous le nom de Gipp’s Land, a été le théâtre de découvertes remarquables et est devenu le siège d’exploitations qui semblent avoir un bel avenir. La province de la Nouvelle-Galles du Sud, sans égaler celle de Victoria, ne laisse pas que d’être productive en or. Une autre colonie anglaise, formée par une île séparée, la Nouvelle- Zélande, malgré quelques difficultés qui sont propres à son climat ou aux sites dans lesquels les mines ont été reconnues, rend de l’or avec une certaine abondance parce qu’elle en renferme des quantités considérables. Il en existe aussi dans la Tasmanie ou terre de Van Diémen; mais jusqu’à ce jour la population s’y est médiocrement occupée de la recherche du précieux métal.
En Australie comme en Californie et dans d’autres contrées, Torse rencontre assez souvent eu place, c’est-àdire, là où la nature l’avait primitivement fait apparaître.
dans des filons de quarfz, où il est disséminé en grains plus ou moins fins; mais on le trouve aussi, et sur de vastes surfaces, au milieu des grandes alluvions qui remontent à l’époque diluvienne et dans des alluvions phis récentes. Ces bancs de sable et de gravier, qui ont pour origine le broiement des filons de quartz ou peut-être d’autres déjections pareillement sorties du sein de la planète, ont été, à l’origine, en Australie comme ailleurs, les seuls gîtesexploités,etcesonteux qui, aujourd’hui encore, fournissent la majeure partie du métal. Ils sont de diverses natures et dans diverses situations : les uns, disposés en couches ou en lentilles, sont épars près de la superficie du sol ; les autres, offrant la même disposition, sont recouverts de couches épaisses formant une masse de 20 , 40 , 50 mètres et plus encore. D’autres remplissent des poches creusées çà et là'par les eaux déchaînées à la surface des roches, particulièrement dans les schistes de l’époque silurienne. Les éruptions de basalte dont, d’après M. Laur, nous avons signalé l’influence sur la formation des alluvions aurifères en Californie, paraissent avoir pareillement joué un rôle dans la création des alluvions aurifères de l’Australie, ou du moins avoir été de même un phénomène concomitant.
C’est par le lavage qu’on extrait l’or de ces alluvions. Au point de vue de la facilité de cette opération , l’Australie paraît présenter des avantages moindres que la Californie. Les cours d’eau y sont plus rares et moins régulièrement pourvus, les eaux pluviales moins abondantes. Dans un mémoire, fort intéressant par les détails dont il est rempli, de M. de Castelnau, consul général de France à Melbourne, mémoire tout récent, dont je dois la communication à l’obligeance de M. Drouyn de Lhuys, ministre des affaires étrangères, je lis que le gouvernement de la province de Victoria a voté des sommes im-
portantes pour l’établissement de réservoirs destinés à emmagasiner l’eau pendant la saison des pluies, afin de la distribuer ensuite aux mineurs.
Les mines d’or de l’Australie se sont fait remarquer par le nombre et la grosseur des pépites qui, à l’origine, furent trouvées dans les alluvions superficielles et qui se sont présentées aussi dans les profondeurs. Le mémoire précité de M. de Castelnau en offre un dénombrement curieux. Beaucoup de ces pépites pèsent au delà de 500 onces, soit i 5 kilogrammes et demi ; un certain nombre dépassent le double, soit 31 kilogrammes, et on en a cité quelques-unes d’au delà de 2,000 onces, soit 61 kilogrammes. Deux que nous, avons signalées plus haut (I) ont approché de 3,000 onces.
De même que les circonstances du gisement, les méthodes d’exploitation ont été assez conformes à ce qui se voit en Californie. On a d’abord eu pour instrument la bottée et le berceau, puis le sluice ou écluse. On traite avec avantage par ce dernier procédé des alluvions trèspauvres dont la faible teneur en or est compensée par leur abondance et leur peu de cohésion. Mais dans ce que j’ai lu sur l’Australie je n’ai aperçu nulle part l’indication qu’on y ait mis en pratique le procédé consistant à précipiter un jet d’eau, sous une forte pression, sur la masse même de couches épaisses de sables et de graviers, de manière à désagréger l’alluvionpar la puissance du choc, et à l’entraîner tout entière, par l’abondance de l’eau, dans des conduits où l'or se rassemble à part ; soit que les données topographiques et hydrographiques du pays ne l’aient pas permis, soitqu’on n’ait pas rencontréen Australie des couches aussi épaisses, aussi étendues et aussi faciles à délayer que celles sur lesquelles on agit par cette raé-
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thode dans certains districts aurifères de la Californie.
Un des caractères propres à un certain nombre des alluvions aurifères de l’Australie consiste dans le mélange fort intime d’une argile assez tenace. En pareil cas, on a recours à un appareil nommé machine à puddler, qui agite fortement l'alluvion dans l’eau et par le moyen de laquelle la matière est désagrégée, et l’argile entraînée. M. de Castelnau a constaté l’existence de 3,256 machines de ce genre. On conçoit que le procédé du jet d’eau violent, en usage dans la Californie, ne s’applique pas à des alluvions de celte nature.
L’exploitation des filons de quartz aurifère a été pratiquée en Californie sur une grande échelle, avec l’assistance des moyens mécaniques, pour lesquels la race anglosaxonne montre, à son grand avantage, un penchant prononcé et une aptitude spéciale.
Plusieurs'cenlaines de machines à vapeur, sans parler des chutes d’eau employées à mouvoir des roues, sont en activité sur les mines d’or de l’Australie, et particulièrement sur les exploitations de quartz aurifère, où elles servent tant à épuiser les eaux souterraines qu’à mouvoir les bocards sous lesquels le quartz est pulvérisé. Un relevé statistique présenté par M. de Castelnau, d’après les documents officiels, porte le nombre des machines à vapeur situées sur les exploitations de quartz aurifère de la seule province de Victoria, en 1864, à 465, d’une force totale de 7,365 chevaux; sur les alluvions, dans la môme province, on comptait', à la même époque, 31 1 machines à vapeur faisant ensemble 4,398 chevaux.
La situation des exploitations de quartz aurifère est représentée par M. de Castelnau comme très-prospère en Australie. Suivant lui, elles ne rendentpas moins du quart de la production totale du précieux métal. Le nombre des mineurs, qui, sur les mines d’alluvion, est de plus de
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91,000, savoir 67,348 de race europi'-enneet 24,539 Chinois, serait sur les liions de quartz aurifère de 18,271 Européens, avec le faible appoint de 68 Chinois. Le capital employé, en puits et galeries do service et en mécanismes et instruments, sur les liions de quartz, serait de 31 raillions de francs. Suivant le conseil de sir Roderick Murchison, une législation spéciale a été introduite en Australie pour l’iippropriation des mines. Une première combinaison, conforme à l’esprit démocratique du pays, a consisté à laisser l’appropriation libre à quiconque paierait une patente annuelle {miner s right). Le montant de celle-ci, fixé d’abord à 5 livres sterling (125 francs), a été réduit, en 1858, à une livre (25 francs). Les mineurs,, ainsi autorisés, se placent sur les alluvions et y exploitent une superficie très-restreinte, de quelques mètres carrés. Plus tard, quand il a fallu aller chercher l’or dans la profondeur et que l’exploitation des filons de quartz s’est organisée, on a fait marcher de pair avec l’arrangement précédent la location de surfaces assez considérables à des capitalistes s’engageant à faire une dépense déterminée. Mais on limite la concession a un petit nombre d’années. Selon M. de Castelnau, la durée la plus habituelle serait de dix années, ce qui semble beaucoup "trop court, eu égard ii la lenteur avec laquelle marchent les travaux dans une roche aussi dure que le quartz.
• Quoiqu’elle ne date que de 1851, la production de l’or dans les mines australiennes forme déjà un bloc considérable. Dès 1852, elle atteignit dans la colonie de Victoria, la seule où alors on travaillât les mines, 276 millions ou 80,000 kilog. En 1853, ce fut, toujours pour laraême colonie, au delà de 300 millions ou 87,000 kilog. ; le maximum se présenta en 1 856, où l’on franchit le chiffre de 335 millions ou 97,150 kilog. Ensuite a eu lieu une certaine décroissance et 1862 ne rendit que 186 millions
OU 54,000 kilog. Il y a, ce semble, une reprise du mouvement ascendant.
Pour cette seule colonie de Victoria, l’estimation de M. de Castelnau, relative à la période close au 30 juin 1864, c’est-à-dire de treize années, est de 139 millions sterling # ou de 3 milliards 500 millions de francs, ou, en poids, de 1,015,000 kilog. (1).
Mais la production 'des autres colonies du continent australien et de ses dépendances augmenterait ce total dans une proportion sensible. C’est ainsi que, selon les documents officiels, la Nouvelle-Galles du Sud a exporté en 1863, en poudre d’or, lingots et pièces monnayées,