‹ Cours D'economie PolitiqueChapitre 78 sur 132 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

Dm miaes d'or de la Rasaie.

■ Le vieil Hérodote avait assuré que le nord de notre continent recélait des mines d’or d’une abondance extraordinaire. 11 avait raconté comment ce métal était succèssivement transmis aux Grecs par les Arimaspes, qui les • premiers s’en emparaient et le passaient aux Issédons.et ^ aux Massagètes ; mais cette assertion du père de l’histoire "était depuis longtemps reléguée au nombre des fables, probablement parce qu’il y avait mêlé des griffons qu’il supposait commis à k garde du métal, et auxquels il le faisait enlever par les Arimaspes. •

Il n’y a guère qu’un siècle et demi ^ue la Sibérie proprement dite se remit à donner des métaux précieux : c’était de l’argent qu’elle fournissait d’abord, et,, des lingots une fois obtenus, on retirait par la coupellation une modique quantité d’or. Vers la même époque, sous la puissante main de Pierre le Grand, le travail métallurgique recommençait dans la chaîne des .monts Durais, qui appartient pareillement au nord de l'empire, et qui sépare la Russie d’Europe de la Sibérie ; c’étaien! des métaux communs qu’on ÿ produisait. En 1745, on y découvrit l’or, sur les bords de la rivière Pischma ; le métal s’y présentait, non dans des alluvions, mais dans des filons ou des veines de quartz, où il était disséminé en petite quantité. De là, dans l’Oural, de nombreuses explorations qui firent trouver d’autres gisements d’or; mais nulle part ils ne valurent l’exploitation, excepté sur la Pischma et la Bérézofska, et, sauf en ces deux localités, les mines d’or furent

peu à peu abandonnées. Si l’industrie minérale se développait dans cette chaîne, par l’intelligente activité des DeinidofF, c'était en s’appliquant au fer et au cuivre.

Eu 1774 cependant, uuegalerie d’écoulement, creusée après qu’un incendie eut détruit une machine d’épuisement, cl la mine d’or de Klutchefsk, dépendant de la direction de Bérézofsk, fit reconnaître un gîte d'alluvion aurifère, dont ou soumit une partie au lavage l’année suivante. On en resta là jusqu’en 1804, quoique les opérations de 1773' eussent dénoté une richesse de cinq millionièmes (2 zol. par 100 ponds). Les gisements d’or do l’Oural paraissaientabandonnés, lorsque, en 181 0,on milia main sur deu.x pépites assez belles, ce qui excita l’ardeur des mineurs et la sollicitude de l’administration. On reprit donc les recherches et les travaux. En 1816, on retira' derOufal 96 kilog. d’or. De ce moment, ce fulune industrie constituée; cependant les produits no commencèrent à être assez notables qu’en 18?3. Jusque-là, les alluvions n’avaient donné en tout, depuis 1810, que 983 kilog. (1).

A partir do 1823, la production a une marche progressive, lente d’abord. En 1830, le produit officiellement constaté des lavages d’or de l’empire est de 3,779 kilog. Après 1830, le mouvement se dessine davantage, et en 184t l’extraction officielle dépasse 10,000 kilog. (2). De nouveaux bancs d’alluvioifs aurifères avaientété découverts et mis eu^œuvre au milieu d’autres richesses métalliques, plus anciennement connues et exploitées, à 2,000 kilom. à l’est de l’Oural, au cœur de la Sibérie, dans la chaîne de l’Altaï, dont le nom signifie montagnes d’or. Plus

(1) Un savant etneier du corps des mines de Russie, M. de Helmersen, a< donné une curieuse notice historique sur les travaux des mines dus rOural (Annuair» dt^ Journal des mines de Russie, 1835, page 279).

(2) I/cxtraction réelles dû être un peu supérieure; je l'ai évaluée ailleurs à 11,788 kilog. D’après la même évaluation, l'extraction réellé aurait, dès 1840, un peu dépassé 10,000 kilog.

étendue que l’Oural, avec des cimes plus élevées, celle chaîne couvre un grand espace en Asie, dans les possessions russes et à la limite des immenses Étals qui obéis- «■ . sent, l’un au czar, l’autre à l’empereur de la Chine. Parmi ces âpres montagnes, on exploitait déjà, dans la Sibérie orientale, quelques raines d’argent et d’autres métaux.

, Dès le dix-septième siècle , un Grec industrieux avait apporté au czar quelques lingots d’argent qu’il en avait retirés, et, depuis le commencement du di.x-huitième siècle, l’argent donnait lieu à une exploitation régulière.' Ou distingue aujourd’hui, dans l’Altaï et dans les chaînes qui s’y rattachent, trois circonscriptions minéralogiques qui toutes donnent de l’or. Elles répondent à la partie supérieure des bassins de trois grands fleuves, l’Obii le Jenisséï et la Léna, tributaires de la mer Glaciale; la troisième de ces circonscriptions, celle qui porte le nom de la ville de Nertschinsk, embrasse aussi le haut du bassin deltAnyjur, fleuve plus important que les trois autres, en ce que, au lieu de courir au Nord ver^des latitudes glaciales, et de se perdre dans un océan inaccessible, il coule à l’Est et, se d<?charge dans l’océan Pacifique. Les parties de la Sibérie, où CCS raines d’oront été feconnues et s'exploitent, offrent aussi des rames de plomb argentifère, d’étain, de fer. Pour qu’elles aient une plus entière ressemblance avec les terrains aurifères du Brésil, on y rencontre quelques pierres précieuses.

Les mines de la Russie boréale produisent, depuis une suite d’années, une quantité de métal qui excède ce qu’en rendait l’Amérique aux beaux jours du Brésil, et qui est double de ce que celle-ci en fournissait pendant la première moitié du dix-neuvième siècle, c’est-à-dire jusqu’à la découverte des mines de la Californie. Hérodote avait donc raison (t).

(t) Il n'pst pas jusqu'à la fable des griffons, gardiens du précieux mé-

Remarquons en passant combien il est étrange que le» hommès eussent perdu la mémoire d’un fait si propre à tenir en éveil, chez les peuples et chez les princes, une passion qui, par elle-même, est extrêmement vivace, la soif des richesses métalliques. Le plus classique des historiens l’avait vainement consigné dans ses écrits; son récit était traité de radotage. Peu d’exemples montreraient aussi bien ce (|ue notre nature a de léger, notre savoir de fugitif.

Le grand développement de la production de l’or de lavage, dans la Russie boréale, est dé principalement aux alluvions de la Sibérie proprement dite. Les mines de l’Oural, depuis 183o, rendent en moyenne une quantité de 0, 000 kilog. ; d’après un relevé que je dois à l’obligeance de M. RoutovNski, directeur général du Commerce de l’Empire 4o Russie, la moyenne de la période décennale de 1854 à 1803 est de 4,748 kilog. Jamais elles n’onr' •dépassé 6,000 kilog. ; mais elles s’en sont beaucoup rapprochées entre 1830 et 1833 ; de même en 1856. La Sibérie en est venue par degrés à 23,000 kilog. ; mais communément elle est au-dessous, et depuis quelques années la différence est notable. D’après les renseignements détaillés dont je suis redevable à M. Boutowski, la lÿdyetine de la période décennale de 1854 à 1863 n’est (jue de 18,321 kilog. (1).

tal, qui n'ait son explication : des ossements de grands quadrupèdes, pareils aux éléphants et aux rhinocéros, existent bien conservés dans la couche du sol qui recouvre les bancs de graviers aurifères. Les tribus, indigènes, race de chasseurs, croient y reconnaître, selon le témoignage de Humboldt dans son itsie Centrale, les grilles, le bec, la tête entière d'un oiseau gigantesque.

({) Ces nombres résultent des déclarations officielles des mineurs. Il 7 aurait lieu de les grossir dans une certaine proportion pour tenir compte de l'inexactitude des déclarations, inexactitude provoquée par le désir de se soustraire à une partie de l'impôt sur les mines. Suivant M. Mac-Culloch, il y aurait lieu d’ajouter 20 pour cent; je suis porté è croire que c'est excessif, surtout pour les dernières années.

LA MONNAIE. SECTION XII, CHAPITRE II. i93

Quand on eut reconnu que l’Oural abondait en alluvions aurifères, c’était déjà une spacieuse carrière ouverte aux hommes industrieux ; car celte chaîne n’a pas moins de 1 ,900 kilomètres do long. Après les reconnaissances faites à l'orient de l’Oural dans la Sibérie, le champ d’exploitation a acquis des dimensions prodigieuses. Depuis le Kamtchatka et les monts Ouskoï, dont le pied est baigné par l’océan Pacifique, jusqu’au méridien de Perra, à l’ouest de l’Oural, ^sur une distance qui. embrasse la moitié du cercle qu’on décrirait en faisant le tour de la planète par ces latitudes, les dépôts aurifères sont distribués en groupes nombreux, et la zone où ils sont épars est d’une largeur moyenne de 900 kilomètres, La présence de l’or sur une telle étendue est un des phénomènes les plus généraux qu’on puisse signaler à la surface de notre globe* (I).

Dans l’Oural, le^ dépôts- aurifères sUr lesquels se porte l’activité dès mineurs ont la tbPhie accoutumée* de bancs allongés dont la largeur n’est que du vingtième de la longu,eur dans les plus grands, ceux qui ont jusqu’à 500 mètres, et du douzième dans les plus courts. Ils sont disposés, tantôt le long des rivières, à peu de distance des bords, tantôt sur les pentes et les plateaux arides; leur épaisseur se réduit quelquefois à 20 centimètres, mais elle approche souvent de 2 mètres, et va même au delà.

Dans l’Altaï, les dimensions des dépôts, en tout sens,longueur, largeur et épaisseur, sont, en moyenne, supé-

(1) Je renvoie, pour la description de ces gîtes d’or, non-seulenjent à une publication fort intéressante que le gouvernement russe a fait imprimer à Paris pendant plusieurs années, sous le titre à,' Annuaire du Jownal des mines de Russie, et qui malheureusement a cessé, mais aussi aux ouvrages de plusieurs savants géologues, sir Koderick Murebison, M. de Verneuil, M. Pierre Tchibalcheli', et autres.

494 COUUS D’ÉCONOMIE WLITIQUE.

rieures à celles do l'Oural. On en elle dont l’épaisseur est de 6 mètres et plus.

Les couciies d’alluvions aurilères sont fréquemment recouvertes, dans J’Oural et plus encore dans l’Altaï, par des dépôts assez puissants de sables ou d’auUes alluvions stériles. Le plus souvent ou^ déblaye ces terrains improductifs j)Our exploiter à ciel ouvert les bancs aurifères; quelquefois on exploite en atteignant ceux-ci par des jiuits et des galeries, mais c’est rare. L’exploitatipn par ^ puits et galeries est facilitée par l'abondance des 1)ois, qui est grande.

La richesse des sables aurifères de là Russie boréale, mesurée par les rendements moyens dii lavage, n’a pas été stationnaire. Tant qu’on ét^it dans l’Oural, la rtioyenne était de 2 mîllionièines à 2 et demi. Il fallait laver 400,000 à 500,000 kilog. ou 200 à 2o0 mètres cubes de gravier pour obtenir un kilog. de métal ; mais on faisait avec profit Je lavage de sables moins riches ; 'on en lavait beaucoup qui avaient à peine la moitié, quelques-uns qui n’avaient que le tiers ou l^uart de cejlte teneur. II s’en trouvait cependant où elle était notablement dépassée. Dans la masse de certains bancs aurifères, on rencontrait, par exception, des veines incomparablement plus productives, mais d’une étendue restreinte. Quand l’exploitation fut parvenue aux vallées de l’Altaï, la teneur des sables s’y montra variable aussi ; on en exploita qui ressemblaient môme aux gîtes médiocres de l’Oural ; mais, après quelques années, on découvrit des bancs nombreux où la teneur en or se montrait assez régulièrement double, triple et quadruple de la moyenne ci-dessus rapportée des gisements ouraliens, et plus grande encore.

Lorsque l’on compulse les relevés officiels contenus dans V Annuaire du Journal des mines de Russie, on est frappé du changement brusque qui so manifeste de 1841

à 1842 : pendant l’anu6e 1841 , la teneur moyenne des alluvions de la Sibérie a été : sur la Birussa, de 0.000 006 700(2 zol. 37 dolis, par 100 ponds); sur la L(Jna, de 0.000 000 035 (2 V» tJolis) (1); sur l’Oka, de (2) 0.000 000 036 (13®/* dolis); sur l’Oudereï, de 0.000 011 6 (4 zol. 44 ®/* dolis); sur la Rubnaïa, de 0.000 023 (9 zol. 36 Va dolis); sur la Mouraguaïa, de 0.000 021 (8 zol.); sur la Podkamennaïa-Tongouska, de 0.000 01 1 (4 zol. 1 1 Vi dolis), et sur les affluents du Jenisséi, de 0.000 004 1 (1 zol. 38 ‘/g <^olis (3). Cependant la moyenne générale, pour les deu.x gouvernements de Tonisk et Jenisséisk, ne fut encore, celte année-là, que de 23 di.\-miIlioniènies (0.000 002 3). C’était donc comme dans l’Oural à peq près.

Eu 184?, le premier semestre donne pour les mêmes régions un rendement moyeu de 112, et le second de 116 tlix- millionièmes (0.000 011 2 et 0.000 011 6) (4). Ainsi,, en 1842, le rendement, selon les documents officiels, aurait" été quintuple de celui de 1841.

Aussi, à partir de 1842, l’extraction offro-l-elle, dans la Sibérie proprement dite, une augmentation remarquable. Relativement à 1841 , l’or de lavage de celle partie de l’empire est presque doublé dès 1842 (3). La Russie, pour la production de l’or, passe immédiatement par-dessus l’Amérique, et les années suivantes sont de plus en plus productives, jusques en 1846 où commence une période relativement stationnaire, pendant laquelle la pro-

(1) Celte localité n'a donné en tout que 70 granunes d’or; on y a occupé vingt-cinq hommes. C’était une exploration très-peu active et non pas une exploitation.

(2) Exploitation aussi insiguiûanle que la précédente.

(3) Annuaire du Journal det mines de Russie, volume de 1842, p. 303.

(4) /6id., pages 319 et 320.

(B) Les chiffres officiels sont, pour 1S4I, de S, 813 kilog. ; pour 1842, de 10,089.

duclion officielle de tous les lavages, tant de l’Ourat que de la Sibérie, oscille entre 20,000 et 28,000 kilog. de fin. Les résultats des dernières années connues indiquent une certaine diminution. 1858 était monté à 27,681 kilqg. La moyenne des cinq années suivantes n’est plus que de 22,000 kilog. Ici encore nous reproduisons les chiffres ^ fournis par les déclarations officielles des mineurs.

Ces renseignements sommaires suffisent à explique!* comment les principaux concessionnaires de nfines, ^ dans ces pays, les Popoff, les Riazanoff et autres, ont pu réaliser, dans ces sauvages contrées, des bénéfices comparablësà ce qu’avaient recueilli, au Mexique, les Laborde,les Tereros, les^Obregon et les Fagoaga. •

On n’a pas encore extrait d’or de la vallée du fleuve Amour, dans laquelle l’empire de Russie a faif’récemmenl des acquisitions si importai! les. Le comitéchargédesaffair^ . de la Sibérie a décidé qu’aucune autorisation pour la recherche et l’extraction de l’or n’y serait accord^ jusqu’en 1862. En ce moment (1865) les choses en sont au même point ; il est vraisemblablè que cette interdiction cessera bientôt.

Indépendamment des alluvions, on trouve dans la Russie boréale quelques filons de quartz aurifère assez riches pour être exploités. C’est même parlé, on l’a vu, qu’a commencé l’exploitation moderne de l’or dans l’Oural. Mais l’or qui a celte origine ne forme qu’une imperceptible fraction du total. L’exemple le moins insignifiant qu’on puisse citer de l’exploitation des filons est, de nos jours encore, à Bérézofsk.

Lorsque commença, dans l’Oural, l'exploitation de l’or de lavage, la epuronne voulut partager la tâche et le profit avec l’industrie privée. Elle s’adjugea à elle-même, dans cette chaîne, et plus tard dans l’Altaï, le versant occidental des montagnes, laissant aux particuliers le versant

oriental. Ce partage s’est trouvé très-inégal, au détriment delà couronne, parce que,Te.\périence l’a montré depuis, les gisements du versant occidental sont de beaucoup les plus pauvres. Si l’on devait en juger par les relevés de l’extraction, l’inégalilé serait plus marquée encore dans l’Altaï que dans l’Oural.

L’État se fait remettre, à titre de redevance ou d’impôt, une partie du produit brut des exploitations particulières. Dans les premières concessions, ce prélèvement au profit du Trésor avait été fi.xé au dixième. Plus tard, ce droit a été porté à 1.5 pour 100, indépendamment d’une taxe spéciale pour leservicede lapolice, taxe quijusqu’en 1849 fut de 4 roubles (16 fr.) par livre pesant de métal (409 grammes) au titre monétaire. C’est 36 fr. par kilog. valant 3,148 fr. Depuis, différents décrets ont modilié successivement la taxe. Il faut citer entre autres celui du ^ avril 1849, qui, en rendant progressive la redevance des mines en Sibérie, la porta, pour les grands établissements , à un taux exorbitant. Pour ceux-là, en effet, il ne s’agissait pas de moins de 32 à 33 pour 100 du produit brut, outre la taxe de police qui, pour les grandes exploitations, était portée à dix roubles (40 fr.) par livre ou à 98 fr. par kilog. de métal au titre monétaire. Les très - petites exploitations, celles qui donnaient moins de 3 pouds kilog.) d’or, furent à la vérilé sensiblement dégrevées; mais ce ne sont pas celles qui importent, quand on se place au point de vue de l’agrandissement de la production.

Cette énorme aggravation d’impôt était-elle purement fiscale, c’est-à-dire destinée à procurer des ressources à l’État ; ou avait-elle pour objet de limiter l’exploitation, afin d’empêcher que la grandeur de la production ne fit rapidement baisser la valeur de l’or, et ne diminuât les avantages que ces mines rapportent à l’empire? ou III. 32

bien voiilait-on forcer celte industrie à rester morcelée, et lui donner un caractère démocratique, autant que ce mot a un sens en Russie? ou enfin, se serait-on proposé de maintenir une espèce d’équilibre entre la Sibérie et l’Oural? car l’ukase d’avril 1849 laissait subsister l’ancien état des choses pour les mines ouraliennes. C’est ce qui n’a pas été expliqué au public ; mais quelle qu’en fût l’origine, de quelque pensée qu’il fût la manifestation, un pareil régitne était exce.ssif ; il heurtait les esprits autant que les intérêts. On pouvait prévoir qu’il ne durerait pas. Il a donc été modifié profondément par deux ukases successifs. Le premier, du août 1854, avait réduit de 10 à 4 le nombre des classes entre lesquelles les exploitations étaient partagées, d’après l’importance de leur production brute, et les proportions prélevées par l’État étaient de 5, 10, 15' et 20 pour 100. Le deuxième, du 1859, ne reconnaît plus que trois classes et abaisse encore le maximum du droit qui, du reste, continue de se percevoir sur le produit brut ;quand celui-ci est de 1 à 2 pouds, le droit est de 5 pour 100; quand il est de 2 à 5 pouds, le droit est de 10, et il monte au maximum de 15 pour toute quantité qui dépasse 5 pouds ou 82 kilogrammes. La production h partir do laquelle le droit atteint le maximum est modi(|ue ; si bien qu’en fait, la taxation des mines d’or do la Sibérie peut se formuler ainsi ; un droit de 15 pour 100 sur le produit brut, avec un dégrèvement pour les mineurs malheureux et pour ceux qui eu sont encore à explorer leurs gisements. Le droit de 15 pour 100 est encore trop élevé, l’exemple de ce qui s’est passé dans les cidevant colonies espagnoles du iNouveau-Monde autorise à le penser. Cédant au penchant qu’ils ont invariablement montré partout, lorsqu’on a voulu les assujettir à de fortes la.\es, les extracteurs dissimulent une partie

de leur production. Avec un métal qui recèle une aussi grande valeur sous un petit volume, la fraude est aisée à pratiquer, surtout à pareille distance du siège du gouvernement.

A l’or que produit le lavage des alluvions, la Russie boréale en ajoute une petite quantité qu’on retire des lingots d’argent ; d’après le tableau qu’a bien voulu me communiquer M. Boutovvski, l’or ainsi obtenu, dans l’ensemble dos mines de la Russie boréale, n’a été, selon les déclarations officielles des exploitants, que de 531 kilogrammes en moyenne pendant la période décennale de 1854 à 1863. C’était un peu plus il y a vingt ans.

Il est permis de penser que les mines d’or de la Russie boréale sont loin d’avoir dit leur dernier mot. La prodigieuse étendue sur laquelle se présentent les gisements légitime des espérances bien supérieures aux résultats acquis. Assurément les personnes, qui se sont mises à la lôte de l’industrie minière en Sibérie, sont loin de manquer d’intelligence et d’esprit d’entreprise. Il est également vrai que la Sibérie, même avant la grande mesure de l’émancipation qui sera l’honneur du règne de l’empereur Alexandre II, ne connaissait pas le servage. Mais il n’est pas moins vrai que le souffle vivifiant des institutions libérales n’a point passé par là ; la Russie ignore encore les bienfaits du système représentatif et reste étrangère aux libertés politiques dont la fécondité surpasse les dangers, quelque opinion qu’on puisse avoir sur la réalité de ceux-ci. Elle n’est même pas encore en possession des libertés civiles que recommandent à un si haut degré les succès des peuples occidentaux. Elle est de toute part sous le joug du système ultra-réglementaire, bien autrement que ceux des États de l’Europe où l’administration est le plus centralisée.'

Un jour viendra inévifableraent où l’empire de Russie

sera en possession, sous une forme appropriée à son génie, d’un régime politique analogue à celui qui a prévalu, après tant d’épreuves, dans l’occident de l’Europe et dans toutes les contrées peuplées par la race européenne. Ses souverains eux-mèmes, et particulièrement l’empereur Alexandre II, l’ont placé sur une pente qui l’y conduit. La liberté du travail y prendra alors un grand essor; l’esprit d’entreprise y aura les ailes pleinement ouvertes. Il semble que, sous de pareils auspices, les mines d'or de la Russie boréale devront être exploitées avec une autre puissance, et qu’on pourra voir se reproduire dans l'empire des Czars ce qui se passe en Californie et en Australie.

Si l’on veut se rendre compte de la quantité totale d’or qui a été retirée des mines de la Russie boréale depuis 1800 jusques à l’époque actuelle, il est facile, en compulsant les documents, de s’en faire une idée approximative.

La production dénoncée au Gouvernement s’élève pour les lavages à environ 000,000 kilogrammes, en la dégageant de l’alliage (1) de manière à avoir de l’or lin. 11 convient d’y ajouter l’or retiré de l’argent produit dans le pays; la quantité annuellement déclarée était jusqu’en 1850 d’environ 613 kilogrammes; depuis elle est un peu diminuée : elle est tombée à 531. Ce serait une addition de 37,500 kilogrammes. On obtient ainsi un total de 637,500 kilogrammes. Reste à savoir ce qu’on doit y ajouter pour les quantités non déclarées. Si l’on adoptait la proportion de 20 pour 100 indiquée par M. MacCulloch, on arriverait à un total de 765,000 kilogrammes. Avec la proportion de 10 pour 100, qui semble n’être pas atteinte

(1) l.a proportion d’alliage d’après les chiffres consignés dans les tableaux dont je suis redevable à M. Boutowski peut être évaluée à 9 p. 100. C’est presque eu totalité de l’argent.

aujourd’hui, mais qui a pu Cire dépassée anlériourenient, pn trouve 701 ,000 kilo};rammes. C'est environ le quart de ce que le Nouveau-Continent avait fourni jusqu’à la découverte des mines de la Californie.

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CH.APITRE III

Mines d'or de la Californie.

L’existence de beaux gisements d’or dans l’Amérique septentrionale, sur les bords de l’océan Pacifique, est un fait qu’on avait déjà signalé depuis longtemps. Quiconque avait mis le pied aii .Mexique et s’y était enquis des ressources du territoire, avait entendu dire que l’or était plus abondant qu’ailleurs dans la province de Sonora, qui est attenante à la Californie et riveraine du même océan. Au sujet de la partie de la Sonora qui confine à la Californie, Ilumboldtdisait en 1803 : «Ce terrain montueuxde « la Pimeria Alla (I) est le Clioco (2) de l’Amérique sep- « tenirionale. Tous les ravins, et môme des plaines, y con- « tiennent de l’or de lavage disséminé dans des terrains « d’alluvion. On y a trouvé des pépites d’or pur d’un poids « de 2 à 3 kilog. Mais ces lavaderos sont faiblement exploi- « tés, à cause des incursions fréquentes des Indiens iudé- « pendants, et surtout à cause de la cherté des vivres, qu’il « faut transporter de très-loin dans ce pays inculte (3). »

M. Duport, qui avait poussé plus au nord que llumholdt ses excursions minéralogiques. Tuais qui n’avait pas visité

(1) C'est le nom qu’on donne à cette partie de la Sonora.

(2) Le Choco est une province de la Nouvelle-Grenade qui est riche en or. Il avait sous ce rapport, au commencement du siècle, une grande réputation.

(3) Essai sur la Nouv'lle-Espagne, tome II, page 240, édition de I82t.

502 COURS O’fiCOXOMIE POLITIQUE.

non plus la Sonora ni la Californie, n’est pas moins net dans ses aKirmations. Voici comment il s’est exprimé vers 1840 :

« L’examen des gttes métallifères entre la pente de la « Sie7'ra-}Jailre i'X la iner du Sud, au nord de Mazatlan, « ajoute un intérêt métallurgique <i scs attraits géologi- H qucs; car c’est dans ces contrées que l’or s’est montré en « plus grande abondance : c’est sur ce point que sa pro- « duction semble pouvoir devenir indépendante de celle n de l'argent.

<1 L’état peu avancé do la civilisation dans la partie 0 nord-ouest de la république mexicaine, a sans doute « empêché que le lavage des sables aurifères n’ait atteint « une faible partie du développement dont il est suscep- « tible.Cequisepasseen Sibérie peut faire présager quelle (I serait la production de l’or dans le département de « Sonora, si l’on pouvait, comme en Russie, disposer d’un V grand nombre de bras. »

M. Duflot de IVIofras, après avoir parcouru les contrées dé r.\mérique septentrionale que baignel’océan Pacifique, signalait de même la richesse en or des provinces de Sonora et de Siualoa ; « Le climat, dit-il, est tempéré, et les <( terres de l’intérieur fertiles; mais leur principale source « de richesse consiste dans les mines d’or et d’argent. II « y a plus de deux cents localités exploitées, et l’on peut « assurer que ces métaux se rencontrent partout. Dans «ces départements, on rejette des minerais contenant « cependant trois et quatre millièmes d’argent, qui est « toujours aurifère. »

« Aucun pays du monde ne possède des gise-

« ments aussi riches et aussi étendus (crmkros ou placeres « deorn). Le métal se rencontre sur les terrains d’alluvion, « dans les ravins, à la suite des pluies, et toujours à la sur- « face du sol ou à quelques pieds seulement de profondeur.

« Au nord de la ville d’Arispe, les gisements do Quilovac « et de Sonoïlac, qui furent découverts eu 183G, produi- « sirent pendant trois ans deux cents onces iT or par jour. <1 Les chercheurs d’or se bornent à remuer la terre avec n un bâton pointu et ne ramassent que les grains visibles ; « mais si l’on voulait diriger des cours d’eau et faire en « grand le lavage des terres, les bénéfices seraient encore <1 plus considérables. Il n’est pas rare de rencontrer « des grains d’or qui pèsent souvent plusieurs livres, et <1 dont la valeur, comme objet scientifique, est inexpri- « niable. M. Zavala, ancien plénipotentiaire du Mexique « à Londres, possédait un grain d’or qui pesait plus de « neuf mille piastres. Le cabinet du roi, à Madrid, ren- (I ferme plusieurs magnifiques échantillons de cette es- « pèce.

« La facilité avec laquelle les mineurs gagnent des " sommes considérables explique l’énorme consommation « des marchandises d’Europe qui a lieu dans ces pro- II vinces. On voit fréquemment de simples habitants des Il hameaux {ranchos) dépenser en peu de jours quatre a et cinq livres d’or, qui souvent ne leur ont <;oûté qu’une Il semaine de recherches (1).

La présence de l’or en Californie (2) n’avait guère été remarquée jusques à notre époque, quoiqu’il paraisse que Drake en eût rapporté quelque peu de ce métal. La Californie manquait d’habitants : de rares Indiens, confiés aux soins de missionnaires bien intentionnés, mais totalement

(1) Exploration du territoire de l’Orégon, des Californies et de la mer Vermeille, pendant les années 1840, 1841, 1842, par M. Duflut de Mofras, tome I, page 206 à 212.

(2) C’est à l’aride et longue presqu’île qui borde à l’ouest la mer Vermeille, ou golfe de Californie, qu’on avait donné ce nomjusqu’ànos jours; la terre continentale attenante, où a été découvert l’or, était appelée par les géographes Nouvelle-Californie ou Haute-Californie, mais désormais elle a accaparé pour elle le nom de Californie tout court.

dépourvus d’inilialivc, et par eux réunis dans des sortes de colonies agricoles, qu’on nommait les Missions, commençaient il peine à se familiariser avec les premiers éléments de la civilisation ; la plus ancienne de ces agglomérations modestes datait de 1769 seulement. Sur le littoral, de petites villes, comme Monterey, marquaient les points où les navires pouvaient mouiller et fournissaient quelques vivres aux baleiniers. La baie de San-Francisco, dont on disait que c’était le plus beau port du monde, restait inoccupée; on n’y voyait qu’un village qui Décomptait pas deux cents âmes, celui de San-Francisco. C’est en ces circonstances que le gouvernement des États-Unis se lit céder la province par le .Mexique. Des colons anglo-américains se portèrent aussitôt sur la baie de San-Francisco, qui en est le point important ; à quelques mois de distance, le hasard faisait découvrir l’or sur les bords du Sacramento, priûcipal tributaire de la baie, dans les propriétés d’un officier suisse, le capitaine Suttcr, que les révolutions avaient fait sortir de France.

La Californie occupe sur le bord de l’océan Pacifique une longueur d’environ 1 ,900 kilom. La largeur moyenne du pays est d’un peu plus de 300. 11 est borné à l’ouest par la ligne de faîte de la Sierra-Nevada, chaîne fort élevée, et que Humboldt désignait sous le nom de chaîne de Saint-Marc. A peu de distance du littoral s’étend, parallèlement à la côte, une autre chaîne à laquelle les Anglo-Américains ont donné le nom de Coast- Range. Elle est beaucoup moins haute que la Sierra-Nevada, car elle ne dépasse pas 600 mètres. Entre ces deux chaînes se déploie une magnifique vallée intérieure, dont tous les voyageurs vantent la fertilité, la salubrité, l’agréable climat, et qui a presque la longueur de la Californie elle-même. Elle est arrosée par deux rivières qui viennent, l'une, le Sacramento, du nord, l’autre, le

Sainl-Joachim (San- Joaquin), du midi, et qui joignent leurs eaux pour se dé'cliarger dans la haie de San-Fraucisco. Celle riante vallée, dont les charmes et les ressources agricoles ont été décrits par M. Dullot de .Mofras(l), par legénéral, alors colonel, Fremont, infatigahle explorateur qui a pris part à la conquête, et plus récemment par difîérents voyageurs, est la contrée on l’on a découvert Foret, avant ce précieux métal, le mercure.

Les deux chaînes do la Sierra-Nevada et du Coast- Range ont l’une et l’autre ce caractère, que du côté de l’orient, c’est-à-dire de l’intérieur, elles s’alTaisscnt hriisquement, tandis que du côté de l’occident, c’est-à-dire vers l’océan Pacifique, elles présentent un versant prolongé qui s’incline lentement,

A cause de la grande hauteur de la Sierra-Nevada, le pays offre, de ce dernier côté, un plan incliné Irès-développé, hérissé çà et là par les contre-forts de la chaîne et sillonné par les vallons des cours d’eau qui viennent grossir le Sacramento et le San-Joaquin. Ce plan incliné vient se raccorder avec une grande plaine d’un sol très-fertile, large de 85 kilom. environ, de l’est à l’ouest, et qui, du sud au nord, s’étend sur toute la contrée. C’est au milieu de celte plaine que coulent les deux fleuves.

(1 Si on conçoit maintenant, dit .M. Laur, la ligne d’intersection des plaines du San-Joaquin et du Sacramento avec ce grand plan incliné du versant occidental de la Nevada, et si, sur ce môme versant, on tire une ligne parallèle à la première, à une distance moyenne de 40 kilom. vers l’est, on limitera une zone étroite de terrain qui, prolongée du sud au nord, cfepuis les sources du San-Joaquin jusqu’à celles du Sacramento, couvrira une superficie totale

(I ) L’ouvrage de M. DuQot de Mofras, accompagné de cartes précieuses, a été publié par les soins du gouvernement français.

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de 19,000 kiloni. carrés. Celle /.one est la région de l’or en Californie. »

Dans quelles condilions diverses l’or s’y offre-t-il?

La présence de l’or, dans la Californie, paraît due à la même cause à laquelle on l’allribue partout ailleurs. Ap rés que la masse du pays eut été formée, des émanations souterraines, probablement contemporaines de l’éruption de roches ignées, de l’espèce des trachytes et d’une nature particulière à la chaîne des Andes, imprégnèrent les roches de matières quartzeuses mêlées, en petites-quantités, de sulfures métalliques, de pyrites de fer particulièrement et d’or. L’or se trouve ainsi disséminé, avec une proportion de pyrite qui excède la sienne propre, dans des filons et des veines de quartz, et quelquefois dans la pâte d’autres substances ; mais, ainsi que nous avons eu .occasion de le dire déjà, en parlant des mines d’or en général, c’est à l’approche de la surface du sol que se rencontre la plus grande richesse des fdons et des veines.

Ces gisements aurifères primitifs, qui paraissent avoir été friables, furent désagrégés par les eaux, dont l’action prolongée donna naissance à des alluvions à la fois vastes et épaisses, dans une partie desquelles l’or se retrouve en plus grande quantité que dans le gîte primitif. Ainsi se formèrent des dépôts aurifères qui se recommandent par un caractère remarquable : au lieu d’y être réparti fort inégalement, ainsi que c’est la règle, de telle manière qu’on ne puisse exploiter utilement que des sortes de nids de gravier, répandus çà et là, sous la forme de lentilles allongées, dans la masse de l’alluvion, l’or y est à peu près uniformément semé sur de gr^inds espaces, avec cette loi que, sur chaque point, la proportion du précieux métal varie du sommet du dépôt, où elle est le plus faible, à la base où elle est le plus forte.

Cette période de l’Iiisloire géologique du pays fut ar-

rêlée par im nouveau soulèvement de la Sierra-Nevada marqué par l’érupliou du basalte. Une seconde période d’érosion par les eaux suivit ce nouveau débordement do roches ignées et fut l’origine d’un nouvel ensemble de bancs d’alluvion formés aux dépens, soit des terrains solides, soit des alluvions premières qui disparurent en beaucoup d’endroits, particulièrement dans le sud. Mais elle se passa différemment ; elle distribua l’or d’une façon plus inégale et plus confuse. Le métal constitua des gîtes d’une grande richesse, mais de peu d’étendue au milieu de dépôts de graviers presque stériles.

Après l’accomplissement de ces grands phénomènes, le relief de la contrée était définitivement li.\é. La distribution de l’or ne fut plus modifiée que par l’action de l’atmosphère et des pluies, et par le lavage que les cours d'eau actuels opéraientdans leur propre lit. De cette manière, l’or disséminé dans le lit des rivières, et des ruisseaux put se concentrer sur un grand nombre d’espaces,, de peu d’étendue chacun, et préparer des chances brillantes aux mineurs heureux qui renconlreraient les bons endroits.

L’or se présente ainsi en Californie dans quatre gisements différents d’espèce et de date. Les voici rangés suivant l’ordre chronologique :

1® Dans les roches massives ; ce sont principalement dos filons et des veines de quart/, qui offrent le précieux métal. M. Laur l’a cependant reconnu dans la masse de certains schistes où il n’a pas été exploité encore.

2® Dans une première catégorie d’alluvions qui aurait précédé l’apparition du basalte : ces alluvions forment des bancs très-étendus dans les contre-forts élevés do la Sierra- Nevada.

3® Dans des alluvions, postérieures au basalte, qu’on rencontre dans les chaînons inférieurs de la Sierra-Nevada, où elles constituent des terrasses planes au-dessus de

508 coulis D’I-XONOMIE POLITIQUE.

]a plaine étendue qui est baignée par le Sacramento et le San-Joaqiiin.

4“ Dans les allnvions modernes dues aux cours d’eau actuels, et remaniées sans cesse par eux.

De là (juatre champs d’exploitation bien distincts.

'11 était naturel que l’exploitation commençât par les gisements delà quatrième catégorie, et c’est en effet ce qui a eu lieu. Ce fui dans les alluvions d’un petit cours d’eau près de Coloma, à peu de distance du confluent de la Rivière Américaine avec le Sacramento, qu’au mois de janvier 1 848 se fit la découverte de l’or. Le métal se présentait eu grains faciles à distinguer, et le résultat des premiers travaux fut tellement heureux, malgré la grossièreté des appareils dont on se servait, que de toutes les parties du globe on se précipita sur la Californie pour y exploiter les mines d’or (1).

Dans ces gisements, que le lavage effectué par les eaux courantes avait çà et là enrichis extrêmement, les mineurs heureux ou intelligents firent des trouvailles surprenantes. L’or y était visible en pépites qui souvent

(1) Voici comment le colonel Mason, gouverneur de la Calirornie à l'origine, expose l'événement, dans son rapport orCciel au gouvernement fédéral :

« M. Sutler avait fait un marché avec M. Marshal pour construire à cet endroit une scierie. Quand le bâtiment fut achevé et qu'il fallut conduire l’eau sur les roues, on reconnut que le canal était trop étroit pour donner à l'eau une rapidité suffisante. Pour épargner un nouveau travail, M. Marshal (It entrer dans le canal un fort courant, qui entraîna une masse de terre et de gravier. Un jour que M. Marshal observait ce dépét, il y vit briller des paillettes, qu’il examina. En ayant reconnu la valeur, il s’en alla au fort faire part de sa découverte a M. Sutter. Tous deux convinrent de tenir les choses secrètes jusqu'à l’achèvement d’un moulin que M. Sutter voulait faire bâtir. Mais la grande nouvelle se répandit tout à coup de côté et d'autre, comme par magie. Les premiers explorateurs obtinrent un plein succès, et, dans l’espace de quelques semaines, des centaines d’individus accoururent en ce lieu. Trois mois après la découverte de la mine, quatre mille hommes y travaillaient. »

dépassaienl plusieurs onces. En moins de huit semaines de travail, une valeur de plus de 5 millions de francs arriva à San-Francisco, des bords de la Rivière Américaine. A Rich-Bar, dit M. Laur, on ne ramassait que les gros morceaux ; à Coyote-Ville, près de Nevada-Cily, on exploitait un ravin dont les sables, lavés à la battée, rendaient environ 9 pour 100 d’or.

Les premiers rapports officiels reçus par le gouvernement de Washington, contiennent tous des renseignements dans ce genre-ci : «J’ai passé la nuit dans la « tente d’un groupe de huit personnes, deux matelots, «deux charpentiers, trois hommes de peine et un com- « mis. Chaque soir, j’ai. vu l’or qu’ils ont rapporté, je l’é- « value à 50 dollars par télé (75 grammes d’or fin); ils « disaient 64 (90 grammes d’or fin). Une autre fois, j’ai « assisté au pesage de l’extracfion de deux frères qui la- « vaient de la vase dans un poêlon de fer-blanc. L’un avait «eu 7 düll. (10 ‘/a l’autre 82 doll. (123

« grammes). » Sur la Rivière des Plumes, le colonel Mason, gouverneur de la province, vit quelques personnes qui avaient réuni 50 Indiens, et les faisaient travailler. En sept semaines et deux jours, soit 44 journées de travail (je ne défalque rien pour les chômages forcés ou volontaires autres que les dimanches, ni pour les maladies), ils eurent 273 livres d’or, que le gouverneur estime à la somme de 400,000 fr. Ce serait un produit quotidien de 9,000 fr. ou par journée do travailleur, 180 fr.

En ce temps-Ki, le produit moyen d’une journée de travail était d’environ 130 fr. 11 y avait des mineurs heureux qui, à certains jours, faisaient cinquante et cent fois cette somme; mais aussi les denrées les plus ordinaires, les outils les plus grossiers, les vêtements les plus simples, les services les plus vulgaires enchérirent d’une manière prodigieuse à San-Francisco, Le salaire d’un journalier.

dès le commencement, fut de 8 à 10 dollars (42 à 54 fr.). Pendant la première campagne, où l’on était pris au dépourvu, les subsistances montèrent à des prix incroyables : le baril de farine, contenant 196 livres avoir- (hipois (89 kilogr.), qui vaut à New-York environ 5 dollars, se vendait 30. 40 et 50 dollars, et même davantage, en Californie. Un médecin demandait une once d’or (28 grammes, près de 100 francs) pour. une consultation, 6 onces (170 grammes) pour une visite. La portion de boîuf séché, qui dans les fermes se serait vendue 4 cents (21 centimes), coûtait, sur les ateliers de lavage, de 1 à 2 dollars (5 fr. 35 c. à 10 fr. 70 c.). Les Indiens donnaient 1 once d’or pour une chemise ordinaire en calicot. « On « paye, dit le capitaine Folsom, dans un rapport officiel, « pour une voiture attelée de quatre bœufs, 50 dollars par <1 jour (environ 270 fr.). J’ai vu, dans les régions aurifè- (( res, un nègre qui faisait la cuisine et auquel on donnait « 25 dollars (130 fr.). »

Celte cherté des aliments usuels et des autres objets ou services les plus nécessaires à la vie s’est maintenue longtemps sur les mines, non cependant sans des écarts assez forts. Aujourd'hui la Californie a <léveloppé ses cultures, de façon que les denréesprincipalesyabondent. Elle produit du blé par delà sa consommation; elle en a expédié, en 1861, aux marchés de l’Europe.

En peu de temps, les gisements les plus remarquables, parle nombre dtïs pépites ou l’abondance des grains, furent épuisés de leurs trésors. 11 fallut s’attaquer à des alluvious moins exceptionuelles. A la battée, que les Mexicains accourus dans le pays, au commencement de l’exploitation des raines, avaient apportée avec eux, on substitua un engin un peu plus compliqué mais plus expéditif, le rochetou berceau qui, suivant 1)1. Laur, aurait été introduit en Californie par les Chinois, car les habi-

tants du Céleste Empire n’avaient pas été les derniers avenir recueillir leur part du butin étalé sur les rives du Sacramento et du San-Joaquin.

Le berceau exige deux hommes, mais il expédie par jour 3,000 kilogrammes de sable, au lieu de 400 que lavait la battée.

Telle était l’activité des mineurs et l’affluence des nouveaux arrivants, que peu d’années suffirent à exploiter d’abord avec la battée, ensuite avec le berceau, le bord de tous les cours d’eau, grands et petits. Dès 1852, les terres vierges sur la rive des fleuves et de leurs affluents devenaient rares; on exploitait les sables aurifères de ravins desséchés et on les transportait jusques au bord des cours d’eau ou à portée de canaux de dérivation que des hommes entreprenants avaient creusés. En 1861 , ce premier gisement du précieux métal, celui qu’offre le lit des rivières et des ruisseaux, était complètement abandonné par les mineurs de la race blanche; il n’était plus fréquenté que par les Chinois que la jalousie, ou pour mieux dire la cupidité violente des autres mineure écarte des gîtes plus riches. Ces travailleurs sobres, adroits, tenaces au travail, dit M. Laur, lavent à celte heure, pour la dixième fois peutêtre en certains lieux, les déblais de gravier que les premiers mineurs ont amoncelés dans toutes les vallées de la Sierra-Nevada. 11 n’est pas facile de savoir d’un Chinois ce qu’il relire d’or de son chantier. On s’accorde généralement à penser que ce produit n’est pas en moyenne supérieur à 5 réaux, environ 3 fr. par jour.

Une seconde catégorie de gisements d’une autre sorte,

celle des alluvions postérieures à l’apparition du basalte,

fut attaquée parles mineurs après qu’ils furent rebutés de

s’acharner sur celui des alluvions récentes. Elle a l’a van- «

tage de former de plus vastes espaces. C’est ainsi que tout autour de la petite ville de Folsom, dans la vallée

COUHS D’ÉCONOMIE POLITIQUE.

de la Rivière Américaine, M. Laur en a constaté l’existence sur plus de 20,000 hectares, avec des épaisseurs qu’on ne pourrait évaluer en moyenne à moins de 10 à 12 mètres. Vers le nord, dans les vallées del’Yuba et de la Rivière des Plumes, cette formation géologique se montre fort étendue, avec une puissance qu’on dit plus grande encore. Mais le rendemeut de ces alluvions était trop faible pour qu’on pût les exploiter avantageusement avec la battée et même avec le berceau. Stimulé par la nécessité, l’esprit inventif des Américains produisit alors des mécanismes nouveaux. Ce fut d’abord le long lom, formé d’une auge immobile dont le fond est occupé par une grille sur laquelle se lavent les terres ; du long tom on passa bientôt au sluice, qui présente beaucoup plus d’avantage. C’est un canal de planches, large de 30 centimètres et long d’environ cent mètres, qu’on fait parcourir par un violent courant d’eau chargé de terre aurifère. L’or se dépose dans les fentes et les interstices du fond qui est en bois raboteux.

Moyennant ce dernier appareil, il a été possible de laver avec profit des alluvions aurifères qui se présentaient en grandes masses. En effet, au témoignage de M. Laur, un terrain d’alluvion aurifère étant donné, si la puissance productive du travail, e.xprimée par le nombre de grammes d’or qu’un mineur extrait dans sa journée, y

est représentée, avec la battée, par .... 1

Elle est, avec le berceau, de 3,75

Avec le long loin, de 13 »

Avec le sluice, de 43,73

Mais l’exploitation parle moyen du sluice exige beaucoup d’eau. On se mil donc alors à creuser des canaux qui amenassent aux alluvions l’eau de la partie supérieure des vallées. On a ainsi établi de nombreux ouvrages, avec celte activité dévorante qui distingue l’Américain du

Nord et qu’imitent bientôt les autres races, lorequ’elles sont mêlées à celle-là. Dans la vallée de la Rivière Américaine elles vallons affluents, dès 1858, selon M. Laur, on ne comptait pas moins de 78 canaux et rigoles , d’une longueur totale de 1,600 kilomètres, ayant coûté plus de 17 millions de francs. L’organisation du travail éprouva dès ce moment une modification très-sensible: le mineur isolé était désormais impuissant devant la pauvreté des nouveaux gisements et la difficulté qu’il y avait à les exploiter. Il y fallait des capitaux. Ces circonstances nouvelles appelaient l'association, et aussi la subordination dans le travail. Des travailleurs dépourvus d’avances durent se mettre aux gages de ceux qui, plus habiles ou plus sages, possédaient du capital, fruit de leur labeur antérieur.

Les alluvions de la seconde catégorie qu’on ait attaquée, celle qui est postérieure au basalte, ne répondirent pourtant que médiocrement à l’attente des mineurs. L’exploitation n’en était pas facile. La configuration topographique de la région où elles sont situées est telle que, pour l’épuisement des eaux qui s’amoncèlent dans les travaux souterrains, il n’est pas possible de se servir de galeries, puisque ce sont des plateaux étendus et sensiblement de niveau; il faut des puits verticaux ou inclinés, munis de machines motrices. Or, on aurait très-difficilement des chutes d’eau àproximité. L’eau , conduite à grands frais de la montagne, se vend aux mineurs à raison de 5 centimes environ le mètre cube; à ce prix, on peut l’employer dans le lavage, mais non comme moteur. Quant à la vapeur, elle serait d’un usage coûteux, parce que, dans ces plaines, le bois, seul combustible dont il puisse être question, ne laisse pas que d’être assez rare. Dans ces conditions, pour cette classe d’alluvions, l’extraction du sein de la terre et l’épuisement des eaux intérieures delà mine, 111. 33

doivent s’opérer par des moteurs animés, souvent par des hommes, ce qui accroît la dépense et restreint les' proportions de l’industrie.

Encore si le rendement eût été régulier, et eût par làdonné de la sécurité au mineur. Mais la richesse de ces alluvions est fort inconstante. On dirait que l’or s’y est déposé au milieu d’un trouble permanent. A côté de chantiers qui rendaient de 40 à 50 fr. par homme et par jour, il n’était pas rare d’en voir où le mineur récoltait à peine de quoi payer ses vivres. Le rendement variait même quelquefois entre des limites fort écartées, sur le parcours d’un'petit puits ou d’une galerie sans étendue. Le métal précieux semblait s’être aggloméré dans des dépôts exigus, distribués sans règle au milieu de vastes amas de sables presque stériles.

Le.s grandes variations de la quantité d’or obtenue sur ces gisements rendent difficile la détermination d’un produit moyen qui soit concluant. On connaît cependant les résultats d’exploitations d’une durée passablement prolongée et citées par les mineurs comme étant d’une richesse très-modérée. Dans un chantier de ce genre , M. Laur rapporte que huit mineurs pouvaient, en une journée de travail , extraire et laver 1 50 chariots de graviers à 675 kilogr. l’un, soit en tout 100,000 kilogr. Les dépenses de l’atelier étaient, y compris le prix de l'eau, de 36 fr. 26. Cette somme prélevée, il restait à partager entre les mineurs 324 fr., soit 40 fr. par homme et par journée de travail effectif ; mais on va voir qu’il y a lieu d’en beaucoup rabattre.

Dans l’état actuel des choses, les eaux de lavage sont insuffisantes, en général, sur ces placers des plaines; les travaux qu il faudrait, pour en amener des approvisionnements considérables, seraient hors de proportion avec les résultats à en attendre. Les mineurs donc ne lavent pas la

totalité des terres que l’exploitation leur procure. Pour eux, c’est une perle. Le temps absorbé par les travaux préparatoires et pour l’installation des chantiers, et celui pendant lequel la maladie retient les mineurs, équivalent à une diminution de la richesse du gisement. Tout compte fait, dit M. Laur, le taux moyen de la journée du mineur arrive à peine, pour toute l’année, à 12 ou 13 francs. C’est 3 grammes et demi d’or fin.

L’or rendu par une tonne (1, 000 kilog.) de gravier, dans l’exploitation que nous venons de citer, faisait 3 fr. 00. C’est un millionième (0.000001) du poids du minerai.

Les exploitations de cette classe d’alluvionsi outre l’irrégularité du rendement, qui était un grand défaut, ont présenté, après quelque temps, de graves inconvénients d’une autre sorte. Une fois abandonnées, les excavations ouvertes au milieu des plaines se remplissaient d’eau et répandaient autour d’elles pendant l’été des fièvres meurtrières. Ces marais artificiels, foyers d’infection, s’étaient tellement multipliés par le développement de l’extraction, que les mineurs ont été forcés successivement de s’éloigner et de renoncer à ces placers.

Les alluvions anciennes, c’est-à-dire antérieures à l’éruption du basalte, ont été abordées après les autres et semblent appelées à un grand avenir. Les faits observés par M. Laur l’ont amené à annoncer que ce serait prochainement le champ d’exploitation le plus important de la Californie.

Cette formation est composée d’argiles, de sables et de graviers, superposés à peu près dans l’ordre de leur grosseur. Les dépôts supérieurs, faits de matériaux menus, sont d’une exploitation facile; les couches inférieures, composées de gros graviers, sont quelquefois reliées par un ciment de pyrite de fer et ont alors une solidité gênante pour le mineur. Dans le haut, l’or est en paillettes très-

petiles, et en moindre quantité. Le maximum de richesse se rencontre constamment dans la tranche inférieure, au cüiilacl môme de la roche en place (|ui supporte la masse du dépôt. A Mokolumne-llill, cette tranche était si riche, (pie les mineurs avaient limité à 15 pieds carrés (moins d’un mètre carré et demi), l’étendue que chaque exploitant pouvait posséder. L’exploitation consistait à foncer le puits jusqu’à la roche vive. On Jetait les terres supérieures, tout excellentes qu’elles étaient ; on s’en tenait à un banc de quelques centimètres seulement qui couvrait la roche du fond ; c’était un mélange de pyrite et d’or. .M. Laur, à qui j’emprunte ces détails, ajoute que certains puits ont ainsi produit 250 livres (1 13 kilogrammes) pesant d’or, retirées de leurs 15 pieds carrés.

Ou observe dans ces gisements des caractères généraux attestant la régularité et le calme qui ont présidé au dépôt de l’alluvion. Si celle-ci repose sur des roches saillantes, elle offre peu d’or, même dans ses parties inférieures. Si au contraire elle a trouvé une dépression du sol pour s’y déposer, la couche entière est riche, et on rencontre de grosses paillettes, même dans les parties supérieures.

De cette même règle il suit que, si l’on a la chance de placer son exploitation le long d’un vallon souterrain primitivement creusé dans la roche vive, on est dans les meilleures conditions pour ramasser beaucoup d’or.

En somme, les alluvions de cette classe se distinguent bien moins par leur richesse que par l’uniformité du rendement sur de grandes superficies; d’où cet avantage que les mineurs peuvent compter sur un revenu régulier et constant, ou tout au moins ne sont pas sujets à ce que les jours de prospérité cessent brusquement pour faire place à la détresse. Le rendement moyen de vastes espaces, exploitables et exploités avec profit aujourd’hui,

n’est que de 1 fi . 30 cent, par mètre cube de sables, terres ou graviers soumis au lavage ; c’est 38 centigrammes d’or sur 1500 liilog. de dépôts ou un quart de millionième (0.000 000 253), quantité extrêmement modique, car elle ne fait que le cinquantième de ce qu’on relire des alluvions de la Sibérie (1). Pour que des gîtes pareils soient abordés par le mineur avec bénéfice, une réunion de circonstances favorables est nécessaire. Il faut que la manutention des terres, sables ou graviers aurifères ait été rendue très-facileet n'entraîne pour ainsi dire aucun frais ; il faut qu’on puisse se procurer de l’eau en quantité sans une forte dépense; il faut qu’on ait un moyen simple de se débarrasser des terres lavées ; il faut enfin la puissance du gîte, c’est-à-dire l’abondance des matières à laver. ' Ces conditions se rencontrent toutes dans le nord de la Californie, à un degré remarquable. Les bancs d’alluvion, de la catégorie qui nous occupe, s’y préseptent sur une épaisseur qui est rarement de moins de 10 mètres dans les districts où se sont établis les mineurs, et qui va, sur de larges lois, à 30, 40 et plus. Ils forment des plateaux qui s’élèvent d’étage en étage le long des contre-forts de la Sierra Nevada, jusqu’à des altitudes de2,000et 2,500 mètres. Ces hautes plaines ayant été envahies par des eaux déchaînèeSj ont subi des érosions violentes qui ont même entamé la roche sur laquelle le dépôt s’était assis* La couche aurifère a été ainsi mise à découvert sur son épaisseur entière, tout le long de grandes tranchées naturelles. De là des talus rapides de graviers, sables ou terres, les uns et les autres aurifères, qui affleurent au bord supérieur des vallées et qui sont de l’accès le plus facile.

(t) Voir plus haut, page 495, la proportion fournie par les sables de la Russie boréale ; au lieu de 25 cent-milliooièmes, c’est une proportion de 23 dix-millionicmcs dans l’Oural et 112 ou IIG dix-millionièmes dans la Sibérie.

Leur (ilévalioii, au-dessus de la vallée, douuc le moyen de se débarrasser sans frais des matières lavées, puisque l’eau, qui a servi au lavage, entraîne celles-ci naturellement vers le thalweg. Leur proximité de la crête de la Sierra Nevada permet d’y faire venir les eaux que la fonte des neiges fournit en abondance, au cœur de la montagne, et qu’il est possible d’emprisonner dans des réservoirs par des barrages de retenue établis dans les vallons supérieurs. Ces eaux, conduites à une notable hauteur au-dessus du pied des alluvions s’offrant à pic ou en talus roide, dont la masse constitue le dépôt aurifère, peuvent, par le bénéfice de cette hauteur, être dirigées en jets énergiques sur les alluvions en place, terres, sables et graviers, de manière à en opérer le lavage directement, sans qu’on ait eu, au préalable, à les piocher et à les transporter à un chantier de travail. C’est ainsi en effet que les choses se pratiquent.

Des réservoirs ont été construits au pied des cimes de la Sierra Nevada et les eaux eu sont amenées, par des canaux déjà multipliés, sur les plateaux qui couronnent les couches d’alluvion aurifère; un tuyau métallique, mis en communication avec un de ces canaux, apporte l’eau sous une forte pression, déterminée et mesurée par la différence de niveau entre le canal d’amenée et la roche vivo qui sert de base à l’alluvion. Sous le choc de l’eau lancée ainsi avec impétuosité, les terres, sables et graviers, qui constituent l’alluvion, s’éboulent et sont entraînés par le flot dans des conduits préparés d’avance qui aboutissent à un canal ou galerie de vidange, d'inclinaison douce, d’où ils sortent après avoir laissé, en vertu de la pesanteur spécifique de l’or, ainsi qu’on le dira bientôt, la majeure partie du précieux métal dans le trajet. Charriés par les eaux, les terres, sables et graviers dépouillés de leur or se répandent dans la vallée qui est à un niveau

très-nolablemeni inférieur au champ d’exploitation.

Il faut ainsi, pour chaque atelier, un canal d’écoulement ou de fuite, qui le plus souvent est souterrain en partie. C’est donc une galerie qu’on ouvre dans la roche sous-jacente à l’alluvion, en la plaçant de telle sorte qu’elle soit en contre-bas des plus profonds graviers qu’on se propose d’exploiter. Il est clair qu’il faut avoir soin de la diriger de manière à la faire déboucher dans la vallée èn quelque point où les matières lavées, quoiqu’affluant en masse, ne puissent donner lieu à un encombrement, ce qui n’est pas difficile dans un pays où l’on a toute liberté de choisir son emplacement, puisqu’il n’est pas peuplé.

Avec ce procédé, la manutention des matières à laver n’est pas seulement simplifiée, elle est nulle. L’eau de lavage agit directement sur le minerai en place. 11 faut seulement des travaux préparatoires qui ne sont pas sans importance, à savoir : le canal ou galerie d’écoulement, qui suffit pour le lavage d’une immense quantité de matière; et les rigoles qui y conduisent les eaux de chaque point de l’exploitation. Quant au canal qui amène l’eau depuis la montagne, ou depuis les réservoirs où elle s’accumule, et quant à ces réservoirs eux-mômes, le mineur n’a point à s’en occuper. Une intelligente division du travail laisse ces entreprises à la charge d’associations spéciales qui se bornent à cette œuvre et l’exécutent chacune pour un ensemble de chantiers.

L’opération qui consiste à recueillir l’or dans les canaux, où il s’est déposé après le lavage, est facile, grâce à un fait qu’avaient observé les mineurs: l'or contenu, même en paillettes très-fines, dans un courant d’eau qui emporte des terres, sables et graviers, se précipite rapidement par l’effet delà pesanteur spécifique du métal, vers la tranche inférieure, et se laisse arrêter en majeure

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parlie, si le canal présente à son plat-fond une surface raboteuse. C’est sur ce fait que repose le jeu de l’appareil nommé le sh/ice, dont nous avons déjà parlé.

Le sluice se reproduit dans le canal même de fuite ou d’écoulement, qui est un des organes essentiels de chaque atelier : une parlie de ce canal est en bois et a pour fond un pavé de bois non raboté. Toutes les quinzaines plus ou moins, selon la richesse du gîte, on suspend le travail pour vider celle parlie du canal et en retirer le métal. Tout ror(|nine s’y est point arrêté est perdu. Mais cet inconvénient disparaît devant l’avantage qu’offre le procédé, de développer la puissance productive du travail des mineurs à ce point que, par journée de travail et par homme, sept cents mètres cubes de sables sont lavés. Il ne faudrait pas dire que cette méthode d’exploitation consiste à gaspiller une grande quantité de minerai riche pour extraire seulement une parcelle du métal qu’il offre; loin de là, elle utilise un minerai qu’aulrefois le mineur eût dédaigné. Enfin il n’est pas démontré que quelque perfectionnement nouveau des moyens de concentrer l’or dans les canaux de fuite ne restreindra pas la proportion de l’or qui aujourd’hui se perd.

Pour donner au lecteur une idée de l’importance acquise, depuis quelques années déjà, aux gisements de celle catégorie,je citerai ici l’exposé qu’a tracé M.Laur, en 1860, de ce qui s’est passé sur l’un d’eux.

Il est situé dans le comté de Nevada et commence à 30 kilomètres au Nord-Est deNevada-City. 11 s’étend entre les deux branches de l’Yuba, le Soulh-Fork et le Middle- Fork, et forme un plateau grossièrement triangulaire, limité par les deux vallées de TYuba et le pied de la chaîne centrale de la Nevada. L’étendue de celte portion d’alluvions aurifères est de 630 kilomèlres,carrés. L’épaisseur mesurée sur les bords du plateau n’est jamais

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moindre de 20 mètres ; au centre de la plaine, il est probable qu’elle n’est pas inférieure à 100 mètres.

Ce placer n’était d’abord exploité que pendant quelques mois de la saison des pluies, l’eau manquant pendant le reste de l’année. Une compagnie de mineurs français entreprit alors d’arrêter par des barrages, dans les hautes vallées de la Sierra Nevada, les eaux delà fonte des neiges, pour les reprendre à la saison sècheet les distribuer sur ces plaines où l’on savait qu’il y avait partout de l’or, sans pouvoir le recueillir.

Après huit années de travaux persévérants, cellegrande entreprise, connue sous le nom de Eurêka Lake Water Company, était réalisée. M. Laur a eu raison dire qu’on ne sait ce qu’il faut admirer davantage, de sa grandeur ou de l’intelligence et de la ténacité de ceux qui, sans autres ressources, au début de leur carrière, que leur travail personnel, osèrent l’aborder et ont su l’achever (1).

Du fait de cette association, douze barrages grands ou petits retiennent maintenant les eaux dans de hautes vallées de la Sierra Nevada, sur une étendue totale de 1050 hectares. De ces bassins, un canal à grande section les conduit jusque sur les plateaux des mines; là un système de nombreux réservoirs et de canaux secondaires ou rigoles complète la distribution.

Le grand canal alimentaire (main ditc/i) aune longueur totale de 113 kilomètres; il compte sur son parcours de nombreux et magnifiques aqueducs, tels que celui de Magenta et le National qui n’ont pas moins de 1083 mètres de longetqui, en certains points, atteignent 41 mètres de hauteur. Le réseau des rigoles qui parcouraient la plaine, et distribuaient l’eau à toutes les exploitations, lors de la

(I) H est à regretter que M. Laur n'ait pas publié les noms de ces hommes industrieux qui font honneur à notre nation, et démontrent combien on est peu fondé à soutenir qu’elle manque d'initiative.

\isile de M. Laur, présentail un développement total de 284 kilomètres. Cet ensemble de travaux avait coûté environ 5 millions de francs.

La quantité d’eau qui était répartie entre les chantiers était d’environ 168,000 mètres cubes par jour, et la recette annuelle produite par la vente de cette eau était de 1,095,424 fr.

La compagnie distribuait alors l’eau à plusieurs centaines d’exploitations, parmi lesquelles M. Laur mentionne, à titre d’e.xemple, A' Eurêka Claim, près de la petite ville de San-Juan. La couche de graviers y a 43 mètres de hauteur ; les 22 premiers mètres à partir de la surface, sont d’un sable assez pauvre, mais facile à laver ; les 18 mètres en dessous sont d’un gravier très-gros et plus riche, mais plus difficile à désagréger. L’exploitation se fait donc dans des conditions moyennes de difficulté. Le champ d’exploitation a été aménagé par une galerie d’écoulement, dont une grande partie a été ouverte dans un granit très-dur, à raison d’environ 700 francs le mètre, et qui a coûté aux mineurs 140,000 fr.

L’exploitation se fait, dit M. Laur, par quatre jets d'eau, débitant ensemble environ 25,000 litresd’eau par minute, sous une pression de 45 mètres. Ces jets démolissent le mur de gravier contre lequel on les dirige ; le courant entraîne les boues et les pierres dans la candisation de la galerie d’écoulement où l’or se dépose. Quatre hommes suffisent à conduire ce travail que l’on prolonge ainsi pendant 2 semaines, soit 10 postes de travail de 8 heures chacun. Au bout de ce temps on s’arrête, on lave les canaux en bois et on relève l’or.

Pendant cette période de dix jours de travail, on a exploité 28,000 mètres cubes de graviers. On a enlevé le dépôt aurifère sur une superficie de 620 mètres carrés.

Les frais d’exploitation ont été pour ces deux semaines :

Coût de l'eau ô,400 Ir.

Main-d’œuvre 86i

Dépenses diverses oOO

Total 6,764 fr.

Au bout de ce temps de deux semaines, l’or relevé dans les canaux produit en moyenne 32,000 fr. Ce produit arrive à 80 et 100,000 fr., lorsque l’exploitation a porté exclusivement sur les couches inférieures de l’alluvion.

Ces résultats montrent ce que, sous certaines conditions, peut être l’extraction de l’or dans les mines modernes d’alluvion ; ils mettent en évidence les grands progrès qu’a accomplis l’exploitation, et le peu de travail qu’il reste à faire à l’homme dans ce nouveau système de lavage.

En supposant le prix de la journée du mineur à un taux uniforme de 20 francs, la dépense en main-d’œuvre nécessaire à l’exploitation d’un mètre cube de graviers, qui serait de 75 fr. avec la ballée, de 20 fr. avec le berceau, de 5 fr. avec le long-tom et de 1 fr. 7t c. avec le sluice, n’est plus que de 0 fr. 028 par la nouvelle méthode.

La Californie présente sur une grande échelle le spectaclede l’exploitation de l’or natif dans les filons de quartz eux-mêmes. Ces filons sont compris dans une bande de terrain, qui va du Sud au Nord, en se tenant dans le milieu de la zone aurifère de la Californie. Vers le Sud, dans les comtés de Mariposa et de Tuolomne, la zone où se rangent les filons n’a pas plus de 10 kilomètres de large, de l’Est à l’Ouest. Les filons y sont peu nombreux, niais puissants. Vers le Nord ils s’éparpillent davantage. Dans le comtôdeNevada,M.Laurles a observés, sur une largeur de pays de 22 kilomètres, plus nombreux et plus riches, mais moins épais que dans le Sud. On pose comme une règle que la richesse en or est en raison inverse de l’épaisseur des filons. Ainsi elle est plus grande dans des veines

(le 15 à 50 centirnèlres que dans celles de 1 à 3 mètres. Avec de plus fortes épaisseurs, comme celles de 20 et 30 mètres qu’on rencontre dans le Sud, il arrive le plus souvent que l’or est disséminé en petite dose dans la roche, à ce point que l’exploitation cesse d’ôlre fructueuse.

L’or existe particulièrement dans la partie supérieure des filons. A mesure qu’on pénètre dans la profondeur, il diminue et même disparaît, ou ce qui en reste passe en partie à l’état de dispersion dans des sulfures métalliques où le mercure est impuissant à le saisir.

Le procédé d’exploitation consiste à broyer le minerai extrait du sein de la terre sous des bocards ou pilons en fonte, en présence d’un faible courant d’eau. Tamisés par une grille fine, les sables coulent, en suivant le fil de l’eau, sur des toiles grossières où l’or est retenu, non sans mélange de quartz. La fraction d’or très-divisée qui est portée au-delà des toiles par le courant est perdue en général.

On retire le minerai des entrailles de la terre par les procédés en usage pour les autres métaux, tels que le cuivre, l’argent, le plomb, c’est-à-dire par un ensemble de puits et de galeries pratiqués à grands frais, soit dans les roches dures qui encaissent le filon, soit dans la masse du filon même.

Quand on se mit à explorer les filons, quelques-uns donnèrent, dans leurs aftleuremenls, de remarquables quantités d’or. On pen.sa qu’on était arrivé à ce qui est l’idéal du mineur en Californie et en Australie, la source de l’or. C’était exact en ce sens que l’or répandu dans les alluvions provient, en très-grande partie au moins, du broiement des filons; mais on crut qu’à celte source il serait aisé de puiser des trésors, ce qui était fort problématique. On fit de grands efforts pour y organiser large-

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ment l’extraction. On y appliqua une partie des sommes qu’on avait gagnées en exploitant les sables et graviers, et on procéda avec celte vigueur et cette promptitude qui sont des traits du caractère américain. Déjà avant la fin de 1856, selon M. Laur, il existait en Californie quatrevingt-une usines, employant à broyer le quartz aurifère une force de plus de 1 ,500 chevaux obtenue, soit par la vapeur, soit par des chutes d’eau. Ces établissements avaient coûté plus de huit millions de francs. Toutes ces machines étaient à l’œuvre dans des montagnes où, peu auparavant, n’osaient s’aventurer les plus hardis pionniers. Mais ici l’esprit d’entreprise de la race américaine parait avoir été médiocrement récompensé.

Lorsque M. Laur visita pour la première fois les mines de la Californie (fin de 1860), le calcul montrait qu'une veine de quartz ne couvrait pas les frai,?, si elle ne rendait 60 fr. d’or sur 1,000 kilog. de minerai, soit un peu plus de 2 cent-millièmes (exactement 0.000 020 7). Or Jusque-là l’expérience indiquait que les filons d’une richesse notablement supérieure ne sont pas communs en Californie. M. Laur cite des mines où le rendement était de 1 50 fr. , 180 fr. et même 300 et 350 fr. par 1 ,000 kilogr. de minerai. 11 mentionne môme une veine qui a rendu beaucoup plus : un seul coup de mine y a donné jusqu’à

375.000 fr. Mais ce n’étaient que des exceptions. Dans un grand nombre d’usines on n’atteignait que 65 à 70 fr. S’il me fallait, dit .M. Laur, donner une moyenne géné-. raie du rendement des quartz exploités à cette heure en Californie, je la fixerais à 16 ou 18 dollars, environ 87 fr.

L’énergie des moyens déployés dans ces e.\ploitations se mesure par ce fait, qu’il est fort ordinaire de rencontrer des usines à vapeur broyant par vingt-quatre heures

25.000 à 30,000 kilog. de quartz, et on en voit quelquesunes qui vont jusqu’à 90,000 et 100,000. Quant à l’ha-

bileté avec laquelle on y travaille, il suffit de citer ce fait, rapporté par M. Laur que, à Massachussetts Mili, près de Gran-Valley, des essais précis, qu’il a faits lui-môrae, lui ont prouvé qu’on perdait à peine 7 p. 100 du métal contenu dans le minerai; celui-ci du reste est fort riche, car il rend par 1,000 kilog. jusqu’à 400 et 420 fr. d’or. Dans le district de Gran-Valley, un des plus célèbres, sinon le plus renommé de tous en 1860, on a obtenu par tonne (1,000 kilog.) de minerai :

En 1851 120 dollars

En 18S3 48

En 185H 28

En 1857 24

En 1860 18

Dans un autre, l’Eldorado, c’était

En 1858 23 dot. 94

En 18.59 19 — 72

En 1860 18 — 45

Cette diminution continue provenait, soit de l’appauvrissement du gîte dans la profondeur, soit de la moindre richesse des exploitations ouvertes sur des veines nouvelles.

En 1860,. il existait en Californie, dans cette branche de l’industrie minière, 180 usines pour le moins, broyant environ 700,000 tonnes de quartz aurifère et produisant à peu près du métal précieux pour 60 millions de francs ou 17,500 kilog.

A cette époque, l’impression que laissèrent à M. Laur les exploitations de quartz fut peu favorable. Il lui parut qu'elles n’étaient appelées à fournir qu’une proportion secondaire de métal en comparaison des alIuvions.Nousne pouvons dire jusqu’à quel point les faits postérieurs ont été do nature à confirmer ou à infirmer cette opinion

pour la Californie. Mais on verra que, par rapport à un autre pays grand producteur d’or, l’Australie, elle ne serait pos fondée.

Essayons d’estimer la quantité de métal qui est sortie des mines de la Californie. On possède à cet égard un document certain, c’est le relevé fait chaque année par la douane, de ce qui est embarqué au port de San-Francisco, où se concentre toute l’exportation. Mais à cet égard il y a plusieurs remarques à faire. La première, c’est que les relevés de ce genre sont incomplets ; ils ne contiennent que ce qui est consigné sur les livres de bord des navires. Tout l’or que les voyageurs ont sur eux ou dans leur malle, reste en dehors. Il y a là une cause très-sensible de diminution apparente. En second lieu, l’or qui s’expédie par San-Francisco provient non-seulement de la Californie, mais de l’Orégon et du Nevada, et des possessions britanniques du voisinage. Depuis quelques années, les mines du district de Washoë, compris dans le nouvel État de Nevada, y contribuent surtout pour un contingent toujours croissant. On sait que ce district et le pays qui l’entoure ont offert de grandes richesses métalliques en or et en argent. Elles consistent surtout dans un filon d’argent aurifère nommé le filon de Comstock, situé au pied du mont Davidson, dans le district de Virginia City. Quoique ce soit une région plus inhospitalière encore que la partie de la Bolivie où se dresse le mont Potosi, les mineurs s’y sont portés avec ardeur et y travaillent avec une grande énergie, qui est couronnée de succès.

En ne comptant que le métal officiellement constaté, c’est-à-dire ce qui est déclaré à l’embarquement au moment de l’exportation, la production des mines d’or de la Californie s’éleva, dès la quatrième année (1851), à plus de 200 millions de francs, ou environ 60,000 kilo-

grammes de fin. En 1853, elle parut avoir atteint son apogée : elle fut de 83,600 kilogrammes. Après 1859, on remarque une diminution de 8 à 9,000 kilogrammes ; mais bientôt à la production d’or vient s’ajouter une production d’argent fort intéressante , du fait des mines de Washoë. Et quoique l’or continue de décroître , la somme des deux métaux réunis ne tarde pas à se relever. Le montant des déclarations à l’embarquement a été en I8G4, pour les deux métaux réunis, de 53,202,420 dollars, sur quoi l’argent formait 15,797,585 dollars, et l’or 39,404,833 dollars. Ce serait ainsi une masse d’or de 59,265 kilogrammes, et une d’argent de 380,000 kilogrammes.

En somme, la sortie officielle depuis l’origine jusqu’au 31 décembre 1864 a été, en or, de 986,650 kilogrammes, et en argent (1), de 887,600 kilogrammes.

Il resterait à évaluer ce qui a été exporté sans déclaration, ainsi que la fraction qui sera restée dans le pays. 11 semble difficile de l’évaluer à moins d’un di.vicme. On arrive aussi à une production d'or de 1 ,085,000 kilogrammes , à laquelle s’ajouteraient 977,000 kilogrammes d’argent.

Terminons ces observations rapides sur les mines d’or de la Californie par une réflexion. Les mines de ce pays auront eu sur la civilisation des effets généraux d’un autre genre. Elles auront attiré sur les rivages du Grand- Océan une population entreprenante. Les vastes régions que baigne cette mer, et qui semblaient plongées dans un sommeil léthargique, auront été réveillées, comme par une commotion électrique. Pour le genre humain tout entier, c’est un événement d’une incalculable portée. Les

(I) Celte quantité d’argent est le produit des cinq dernières années. 1860, la prenaière de la série, n’en avait fourni que 90,897 dollars, ou 2,186 kilogrammes.

mines d’or de l’Australie ont à cet égard exercé une influence puissante, dans le même sens que celles de la Californie; mais c’est l’e.\ploilation des mines californiennes qui a provoqué celle des gisements australiens. Ellecon-^ tinue aujourd’hui à manifester. ses effets pour le peuplement de la f»artie du continent américain qui des bords de l’Océan Pacifique se déploie vers l’intérieur, car on ne cesse pas de trouver des gisements remarquables de métaux précieux, eu s'éloignant du littoral, et chacun de ces gisemeuts nouveaux attire la population blanche; celleci vient par étapes occuper ce qui était un désert.

Les mines d’or de la Californie n’auront pas peu contribué à arrêter les progrès de l’escla.vage, qui menaçait de s’étendre indéfiuiment, avec les conquêtes des États- Unis, vers le Sud et vers l’Ouest, jusqu’à l’Océan Pacifi-^ que. Les blancs qui travaillent aux miucs d’or ne voulurent pas que la constitution de la Californie reconnût l’esclavage. Ce n’est pas seulement par respect pour les principes , quoique je sois persuadé que ce beau sentiment n’a pas été étranger à leur détermination; c’est aussi que l’extraction de l’or fût devenue un travail servile, flétri à ce titre. Les blancs n’auraient plus pu s’y livrer sans encourir une sorte de déchéance , et les propriétaires d’esclaves auraient fait aux travailleurs libres une concurrence qui eût probablement' écrasé ceux-ci.

Mais la question de l’esclavage appartient désormais à l’histoire ancienne, en ce qui concerne ces régions. D’ailleurs cette question et celle de la civilisation des contrées que borde le Grand-Océan sont en dehors de notre sujet.

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