CHAPITRE II
Comment la monnaie eo classe dans le lapital d’une nation. — capital Dxe, capital de roulement. — l.a monnaie se range, par rapport à la société dans le caiiltal fl\c, par rapport à l'individu dans le capital de roulement. — l'ne nation a iiitérct à s’organiser de manière à réduire le montant de la monnaie. — l.a monnaie passe Tacilement de l'état de capital flve è celui de capital de roulement. — O qu’est le capitaliste, le banquier; il distribue du capital : à cet eflet, il faut que les titres qu’il poss^e puissent être convertis en monnaie.
Le capital est celte partie de la richesse acquise qui a la destination de servir à la reproduction d’une richesse nou-
LA MONNAIE. SECTION XIV, CHAPITRE II. ?,8r>
velle. Le fer dont sont la plupart des machines ; le platine ou l’argent dont, pour quelques arts, on fait des ustensiles; l’or qui, sous la forme d’une pièce de 20 fr., me sert à solder un compte, sont de la richesse et du capital en môme temps. L’or qui est en bijoux dans l’ôcrin d’une femme est de la richesse et n’est pas du capital. Dans certains pays, il y a une très-forte partie de la richesse qui n’est pas à l’état de capital. Rossi compare utilement la ville de Rome et le canton de Zurich, pour montrer quelle différence peuvent, sous ce rapport, présenter deux localités (1).
Dans le capital que possède la société, il y a lieu, ainsi que le dit Adam Smith, de distinguer deux parts : le capital fijce et ce qu’il appelle le capital ciraihint. Le capital fi.xe répond à peu près à ce que la loi française qualifie A’ immeubles par nature ou par destination. Jusques ii notre temps c'était de beaucoup, et c’est encore de nosjours, quoique;\un degré moindre, chez chaque peuple qui occupe un vaste territoire et compte une population nombreuse, la majeure partie du-capital national. Le capital circulant embrasse l’ensemble des fonds de roulement dans toutes les branches de l’industrie, dans les manufactures, dans l'agriculture, dans le commerce. Il diffère du capital tixe en ce qu’il est de son essence de changer sans cesse de forme dans le cours de la production, et dépasser de main en main jusqu’à ce qu’il arrive au consommateur. Le capital fi.xe ne subit nécessairement ni ces métamorphoses ni ces transmissions (2).
(1) Cours d’ Économie Politique, li'çon 7, du lunie II.
(2) Je reproduis ici les termes mêmes d’Adam Smith :
« Il y a deux manières difTêrentes d’employer un capital pour qu’il rende un revenu ou proûte à celui qui l’emploie.
« D'abord, on peut l’employer i faire croître des denrées, à les manufacturer ou à les acheter pour les revendre avec profit. Le capital, employé de celle manière, ne peut rendre à son maître de revenu ou de profil, tant qu'il reste en sa possession ou tant qu'il continue à rester
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L’un est le champ avec la charrue, l’autre la récolte; celui-ci est la toile peinte de coton, ou encore la somme qui se distribue en salaires divers ou qui sert à l’achat des diverses matières que représente la toile une fois achevée; celui-là, le bâtiment qui abrite le travailleur et les outils, la machine à vapeur qui fait tourner les rouages de l’atelier, la carderie, la mulljenny, le rouleau qui imprime. Le capital fixe est l’ensemble des instruments de l’action extérieure desquels le producteur s’assiste, depuis les fonds de terre (1) et le chemin de fer le plus chargé de constructions et de machines, jusqu’au plus mince des outils; le capital roulant est le produit même dans toutes les phases et toutes les situations qu’il traverse jusqu’à ce qu'il soit non-seulement fabriqué, mais aux mains du consommateur.
Le capital roulant se consomme lorsqu’il est complôto-
sous la môme forme. I.es marchandises d'un marchand ne lui donneront point de revenu ou de profit avant qu’il les ait converties en argent, et cet argent ne lui en donnera pas davantage avant qu’il l’ait de nouveau échangé contre des marchandises. Ce capital sort continuellement de ses mains sons une forme pour y rentrer sous une autre, et ce n’est qu’au moyen de cette circulation ou de ces échanges successifs qu'il peut lui rendre quelque profit. Des capitaux de ce genre peuvent donc être trèsproprement nommés capitaux circulants,
« Eu second lieu, on peut employer un capital à améliorer des terres ou q acheter des machines utiles et des in^truments de métier ou d’autres choses semblables qui puissent donner un revenu ou profit sans changer de maître ou .sans qu’elles aient besoin de circuler davantage : ces sortes de ca|>itaux peuvent donc très-bien être distingués par le nom de capitaux fixes.
« Des professions différentes exigent des proportions très-différentes entre le capital fixe et le capital circulant qu’on y emploie » {Richesse des Nations, liv. Il, chap. i, traduction de Garnier).
(1) Smith dirait l’amé/ioration des fonds de terre. Je n’ai pas ici h insister sur la différence de ces deux expressions; je me borne à la signaler et je renvoie au commentaire de üestutt de Tracy sur V Esprit des Lots, de Montesquieu, livre XIII, et au traité sur la Liberté du travail, d» M. Ch. Dunoyer.
ment procbât (1); mais aussi, à cluique optiralion complète, il revient tout entier, par la voie du commerce, aux mains du producteur, même avec un surplus. Si pour un article en particulier, cette réintégration, totale et avec un surplus, cessait d’avoir lieu pendant un certain laps de temps, le producteur aurait lieu de s’arrêter. Le capital li.xe, au contraire, à chaque opération, n’a besoin de recevoir et ne reçoit en effet qu’un revenu, un intérêt, en sus des frais d’entretien bien entendu.
La distinction qu’a présentée M. Wilson (2) et sur laquelle il a insisté, en vertu de laquelle le capital ch'cidant d'Adam Smith, qu’il appelle/?o//«n/ (floatwg), se régénère, tout entier avec un supplément, dans tonie opéraliou qui réussit, tandis que le capital fixe rapporte seulement un intérêt, donne une idée plus précise <|ue ce qu’avait dit Adam Smith de la différence entre les deux sortes de capital. I
A cette formule on pourrait encore en ajouter une autre, afin de jeter une nouvelle clarté sur le sujet.
Le capital circulant d'une nation, à chaque instant, se compose de la masse d’approvisionnements que possède l’ensemble des particuliers, en denrées alimentaires dans les greniers ou à l’état de récolte pendante, en tissus et autres articles d’usage entièrement faits ou seulement en cours d’e.xécution, en métaux, en bois, en matières quelconques destinées à être ouvrées ou déjii entre les mains de l’ouvrier, ou rangées, toutes confectionnées, dans les magasins des commerçants. La quantité de ces objets divers, qui arrive cl un état propre à la consommation dans le cou-
(1) Le mot produit comprend ici entre aulre.s choses, on le sait déjà, les frais de conduite au marché avec les commissions qui s'ensuivent, tout aussi bien que les frais de fabrication proprement dite. En l'entendant ainsi, on lui donne son véritable sens éljinologique.
(2) Capital, Currmey and Banking, chapitre ii.
COUKS D’ÉCONOMIK POLlTIQUlî:.
ranl d’une année, conslilne le revenu brui de la société, lequel se répartit <t différents titres, entre ses membres, pour qu’ils v'ivent. O’est ce qui fait vivre les macbines elles-mêmes. C’est là-dessus que la société pourvoit à toutes ses dépenses, et entre autres choses c’est là-dessus qu’elle répare, maintient en bon étal, et renouvelle au besoin tout ce dont se compose son capital fixe. Ce qui reste, tous frais acquittés, constitue l’épargne de la nation, l’accroissement qu’elle peut donner à son capital en tout genre.
Arrêtons-nous un instant sur cette idée, que le capital de roulement, par la continuité de ses transformations, non moins que de ses transmissions, non-seulement engendre le revenu brut de la société, mais encore constitue la substance même de ce revenu brut. Clic montre que la monnaie, en tant que monnaie, doit être classée, par rapport au corps .social pris dans son ensemble, dans le capital fixe et non dans le capital de roulement.
La monnaie est assurément, de toutes les marcbandises, colle qui possède au plus haut degré la faculté de c/m//er, dans le sens ordinaire du mol; les Anglais l’appellent currency, quehjue chose qui court toujours (I); c’est cependant, avant tout, un agent destiné à faciliter la circulation des autres objets. Adam Smitb la compare justement à une yrunile roue qui sert à faire arriver dans les mains de chacun les matières premières, produits et services qui lui reviennent. A ce point de vue, c’est un mécanisme qui, de même que toutes les autres machines, doit être rangé dans le capital fixe.
()) Je fais abstraction ici de cette circonstance' que, sous le mot de currency, les Anglais comprennent, en même temps que la monnaie, au moins un titre de crédit, qui est le billet de banque. Ce titre remplit la fonclion de la monnaie elle-même, sans être de la monnaie. Plusieurs auteurs considèrent d'autres titres encore comme faisant partie de la currency.
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Adam Smith, qui l’a mise dans le capital de roulement, dit cependant que la monnaie ne fait aucunement partie du revenu brut de la société (1). Or, par rapport à la société, ce qui caractérise tous les objets qui composent le capital de roulement, c’est de faire partie de ce revenu brut.
La monnaie a encore, par rapport à la société, ce caractère que Smith a reconnu, et qui lui est commun avec les objets formant le capital fi.xe, qu’on peut et doit \iser à'ce que la somme qui y est consacrée soit relativement aussi petite que possible. Il se peut qu’on réduise la monnaie dans une forte proportion sans porter préjudice à la sociélé, et même en lui rendant service, et c’est ce qui n’a pas lieu avec le capital de roulement entendu et spécifié ainsi que nous venons de le faire. Il est légitime de vouloir que, par le progrès de l’art commercial, la France accomplisse toutes ses transactions avec deux milliards en espèces, au lieu de quatre ou cinq (lu’elle en a. On est aujourd’hui fondé à le désirer et à l’espérer, tout comme, il y a un demi-siècle, on aurait pu avoir le désir et l’e.spoir, présentement justifié par l’événement, que les machines à vapeur nécessitassent un tiers ou un quart de moins de fonte, de fer, de bronze, par le progrès des arts mécaniques. Au contraire, dès qu’il s’agit de blé, de vin et de viande, de tissus divers en laine, coton , chanvre ou soie, de presque tous les objets de consommation qui constituent le revenu brut et rentrent dans le capital de roulement, la raison et l’humanité interdisent de soûl aiter , avec des populations que je dois supposer économes et tempérantes, que la sociélé en ait moins et en consomme moins par tête, car ce serait souhaiter que
(1) Nous raisonnons dans la supposition d’un pays qui ne soit point csseuliellcincnt producteur de métaux précieux, et dont la monnaie ne soit point, ce qu’est celle qu’on frappe à Mexico ou à San-Francisco, une marchandise fabriquée pour l'exportation.
la société fût plus mal nourrie, plus mal vêtue, plus mal meublée. La sollicitude de tout homme qui aime ses semblables doit être l’augmentation de ce qu’en possède la patrie, 1e monde.
Ailleurs Adam smith a comparé la monnaie aux voies de transport ; la comparaison est irréprochable, les voies de transport sont des instruments qui facilitent la production de la même manière que les machines, mais elles sont, de même, du capital fixe.
Ainsi, par rapport à la société en masse, le métal monnayé, en tant que monnaie, doit être considéré comme du capital fixe.
Mais la monnaie a cela de particulier que, par rapport au chef d’industrie pris isolément, elle devient du capital de roulement. Le manufacturier, le producteur en général qualifie de capital de roulement les écus qu’il a en caisse, chez lui-même ou chez son banquier. Par rapport à lui individuellement, c’est tout naturel, c’est juste, c’est vrai. La monnaie dont dispose un chef d’industrie, cette monnaie que le courant des affaires lui ramène indéfiniment, après qu’il s’en est dessaisi pour acheter des matières ou payer des salaires, est, par rapport à lui et pour lui, du capital de roulement. Ce qui ne veut pas dire cependant qu'il n’en distraira pas telle ou telle somme pour acheter une machine qui sera du capital fixe, ou pour édifier et monter un nouvel atelier qui en sera de même. Mais peu importe ici ; ce sera simplement lapreuve de ce fait incontestable, (|ue le capital de roulement se transforme aisément eu capital fixe, à la volonté du détenteur.
11 serait possible de suivre ici la métaphore par laquelle -Adam Smitli appelle la monnaie une grande roue, et de dire que la somme de monnaie que le manufacturier possède, ou qui lui revient successivement par les évolutions de son capital de roulement, montre l’étendue
LA MONNAIE. SECTION XIV, CHAPITRE II. rm
du droit qu’il a de faire tourner la roue pour se procurer les objets el services, compris dans le capital de roulement de la société, qui sont nécessaires à sa fabrique.
Si, par rapportàla société, la monnaie peut à bon droit être assimilée aux machines, cette machine-là se distingue de toutes les autres, en ce que les matières dont elle est faite sont très-précieuses et possèdent , à très-peu près , la même valeur que la machine toute confectionnée. Le bois, la fonte, le fer, le cuivre, qui entrent dans la composition d’un mécanisme quelconque , si vous brisez celui-ci, perdent beaucoup de ce qu’ils valaient ajustés ensemble. Si je mets en pièces une machine à vapeur, c’est assurément de la fonte, du fer, du bronze, qui rentrent dans l’approvisionnement de la société en matières premières, dans le capital de roulement, en un mot ; tandis que la machine, qui était, je le suppose, en activité dans un atelier, était du capital fixe. Mais tous ces morceaux rompus, dont le capital de roulement s’est accru, ne valent pas ensemble le dixième peut-être de ce que valait la machine intacte. Aussi, cette conversion du capital fixe, sous la forme d’une machine, en capital de roulement, sous la forme de vieux fer et de vieux cuivre, ne se fait-elle jamais, tant que la machine peut fonctionner. Au contraire, elle s’opère fréquemment sur la monnaie, et d’abord sur la monnaie étrangère, qu’on n’a reçue qu’en raison du poids de métal fin qu’elle contient, et qu’on met volontiers au creuset pour la convertir en lingots. Il est possible qu’elle ait lieu même sur la monnaie nationale, depuis qu’il n’y a plus de seigneuriage proprement dit , là surtout où les frais de monnayage sont presque insignifiants. Alors l’orfévre et le bijoutier doivent être tentés de prendre de la monnaie, pour leur fabrication, particulièrement lorsqu’ils n’ont besoin que de petites quaotités.La masse de monnaies qui a été remise en lingots est im-
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COURS D’IÏCONOMIE POLITIQUE.
mense. C’est donc un caractère qui est exclusif à la inouuaie, d’avoir de la facilité à passer alternativement du rôle d’instrument des échanges à celui de matière première, et d’être, pour ainsi dire à volonté, une partie du capital fixe ou du capital de roulement de la société. Mais, tant que les métaux précieux restent à l’étal et sous la forme de monnaie, tant qu’ils sont l’instrument des échanges, c’est, par rapport à la société, du capital fixe.
Ce qu’on nomme communément le capitaliste, l’homme dont, suivant une expression reçue dans le langage ordinaire, la fortune est en portefeuille, est celui qui possède et manie des engagements à échéance plus ou moins prochaine souscritspar des manufacturiers, des commerçants et autres citoyens, drossés par la loi et par l’usage à s’acquitter au jour fixé. S’il y Joint, dans beaucoup de cas, des valeurs que l’on qualifie de mobilières, telles que des titres de rente sur l’État, des actions ou des obligations de chemins de fer, c’est à cause de la facilité extrême qu’on a pour négocier ces valeurs et les convertir en monnaie. Les chemins de fer sont des immeubles, des capitaux fixes ; mais par des combinaisons ingénieuses, la propriété en est partagée en fractions égales et fort petites, appelées actions, qui se négocient sur le marché public dont la Bourse est le siège, si rapidement et avec si peu de formalités et de frais, qu’on les regarde, communément, comme dégagés des caractères des immeubles. Les rentes sur l’État.sont des prélèvements sur le revenu de l’État, et les titres de rente sont des engagements à valoir sur l’ensemble des capitaux de toutes sortes, tant fixes que roulants, qui appartiennent aux membres de la uation; engagements négociables aussi très-aisément et à peu près sans frais. De même que les actions industrielles du genre des chemins de fer, et plus que celles-ci, par ce qu’ils sont d’un cours moins variable, les titres de rente
sont fréquemment recherchés par les capitalistes comme des placements provisoires, ou pourservir de réserve. Mais la personne qui n’aurait que des titres de rente ou des actions industrielles serait un rentier et non pas un capitaliste, dans le sens propre du mot. Le capitaliste, celui qui fait profession de prêter du capital aux manufacturiers, aux commerçants, aux agriculteurs même, contre leurs lettres de change ou leurs billets à ordre, distribue du capital sous la forme de monnaie ou sous celle d’avances, non -seulement évaluées en monnaie, mais exigibles en numéraire, à la volonté de l’emprunteur, d^ns un délai convenu. Dans de grands centres d’industrie et de commerce, tels que Paris et Londres, le capitaliste est avant tout un fournisseur de capital de roulement.
Il y a pourtant une classe de capitalistes, nombreuse en France, qui prêle du capital aux propriétaires fonciers, pour des améliorations territoriales, et pour toute autre destination, sur hypothèque , et par conséquent à longue échéance. Ces capilalistes-là disposent d’un capital de roulement qui se convertit, dans le cas de l’amélioration du sol , en un capital fi.xe, et dont le retour est nécessairement lent; c’est alors autant de détourné du capital de roulement de la société, pour une autre destination dont nous sommes loin de contester l’utilité. Pareille chose arrivera q^uand le capitaliste donnera ses fonds pour construire une manufacture, ou pour la pourvoir de mécanismes. En fournissant du capital, pour l’objet que je note ici, au propriétaire foncier ou au manufacturier, le capitaliste n’est pas seulement dans son droit; il remplit un office auquel l’appelle sa profession. Mais, s’il place ainsi tout son capital, il cesse, pour un long terme, d’avoir à sa disposition les fonds dont la distribution l’occupait. Ce n’est plus un capitaliste, en ce sens qu’il n’a plus rien à prêter, jusqu’à ce qu’on lui ait 111. 38
reslitué le capital qu’il avait avançât. 11 reste un homme riche ou ais6, ayant droit un jour à une rentrée de capitaux. Le manufacturier et le commerçant, qui ont des lettres de change à faire escompter, frapperaient en vain à sa porte et doivent s’adresser ailleurs.
C’est plus vrai encore pour le banquier, dont le métier consiste à prêter du capital et à souscrire lui-même, en qualité d’endosseur ou d’intermédiaire, une grande quantité d’engagements à échéance prochaine. Le banquier, par cela qu’il est lui-même sous le coup d’engagements prochains et considérables, doit tenir à peu près tout son avoir sous une forme telle qu’il lui rentre à bref délai, et pour cela il faut que tous ou presque tous ses placements représentent des fractions du capital de roulement de ses débiteurs, afin que ceux-ci, par les rentrées qu’ils opèrent naturellement, soient en mesure de lui restituer le montant de ses avances d’une manière toute spontanée, pour ainsi dire, à l’échéance fixée. Ce que les Anglais appellent sccitn'ties , les seuls titres
qu’un bîjinquier avisé doive admettre dans son portefeuille, ne saurait jamais, en fait d’immeubles, représenter que ceux qui ont été mobilisés par le procédé indiqué tout à l’heure de la division en actions d’une négociation facile et prompte, en se restreignant encore à la catégorie de ceux dont il y a lieu de croire qu’ils ne sont sujets qu’il de faibles oscillations. On a remarqué avec beaucoup de justesse que, dans les faillites qui éclatèrent en 1847, parmi les maisons de banque de Londres, beaucoup provenaient de ce que ces maisons avaient inconsidérément acquis des immeubles, ou engagé une bonne partie de leurs fonds, sur hypothèques territoriales, dans l’Inde ou dans les colonies occidentales. Un banquier peut très-bien placer de la sorte les capitaux de ceux de ses clients qui y consentent expressément, jamais les siens
propres; car les engagements qui résultent de placements pareils ne sont pas des bunking ^ecurities. On doit renoncer à faire la banque quand on veut engager ses fonds d’une manière quelconque qui n’en comporterait pas la rentrée prochaine, sous forme d’espèces sonnantes, ou de titres équivalents, comme est le billet de banque ou un crédit réalisable à volonté.
Ce que nous disons ici du banquier particulier s’applique, à bien plus forte raison et bien plus strictement, au.v banques publiques. On sait qu’une des clauses auxquelles elles sont communément astreintes par le législateur consiste en ce qu’elles ne puissent faire d’autres avances que celles qui sont remboursables dans le délai maximum d’un petit nombre de mois.