CHAPITRE II
Comment ane natton qnl se développe augmente la quantité de sa monnaie pendant une certaine période, et, passé ce point, cherebe<i 1a rédaire.
11 est de règle qn’un peuple qui commence ou qui est peu avancé en industrie, n’ait qu’une petite quantité de monnaie, à moins que, par une exception toute spéciale, il ne possède des mines remarquables d’or ou d’argent. On a accumulé peu de capital; tout ce qu’on en a consiste en diverses parties de l’attirail élémentaire de la civilisation : ce sont des ouvrages qui servent à l’appropriation du sol, des bâtiments d’exploitation, des outils, quelques machines et des matières premières pour les fabrications les plus nécessaires. Dans une société comme je la suppose, on n’a pu encore se procurer un grand approvisionnement de métaux précieux, par beaucoup de raisons. Sous une autre forme que la monnaie, c’est un article de luxe, le superflu de la civilisatioD, et on est allé au plus pressé. Sous la forme de monnaie, on n’en éprouve pas le besoin d’une manière aussi intense que dans un système social plus perfectionné : la division du travail existe à peine ; chaique famille, ou chaque groupe d’individus, constitué snr la base d’une communauté plus ou moins intime et hiérarchique, se suffit en produisant presque tous les articles qu’il lui faut. Les échanges intérieurs étant peu développés en nombre et en grandeur, à quoi donc servirait d’avoir en grande quantité, pour le service des éclianges, une marchandise chère, telle que l’argent ou l’or ? Le
plus souvent , la société dont il s’agit a beaucoup de peine à se procurer de l’or ou de l’argent par la voie du commerce extérieur, parce que le pays, en l’absence de la division du travail,vit pour ainsi dire sur lui-mème, et qu’il est déjà bien embarrassé pour solder, par le surcroît de sa production en denrées communes, les articles manufacturés les plus indispensables qu’il est forcé de tirer du dehors. C’est que, dans la plupart des cas, la société que je suppose n’exportera qu’avec grande difficulté ces denrées communes, quoique la terre les lui livre à bas prix : on est dépourvu de moyens de transport ; on n’a pu établir de bonnes routes, et d’ailleurs le roulage est un mode dispendieux de déplacement. A plus forte raison roanque-t-on de canaux ou de chemins de fer. Ce serait seulement dans les cas où l’on aurait tout près de soi un fleuve navigable, qu’on enverrait avantageusement au marché général les articles de ce genre dont on dispose; mais tout le monde n’a pas la bonne fortune qui échut aux pionniers par les bras desquels furent défrichés les États du Kentucky, d’Ohio, d’Illinois et d’indiana, de trouver à sa porte des rivières ou des fleuves comme l’Ohio, l’Illinois, JaWabash et le Mississipi.
Abraham devait faire peu d’usage de la monnaie, nonseulement parce qu’il avait peu de besoins, mais plus encore parce que ses serviteurs faisaient eux-mêmes à peu près tous les objets qui étaient nécessaires au patriarche et àla tribu groupée autour de lui. La société féodale était dans le même cas. Le seigneur recevait, non des écus, mais des redevances en denrées et en articles divers de consommation, ou des services personnels. 11 entretenait les hommes qui gardaient sa personne, au moyen des approvisionnements qu’il avait en magasin. Le clergé du moyen âge était rémunéré de ses peines par la dîme en nature.
La plupart des colonies, à l’origine, à moins qu’elles n’aient été placées dans des contrées naturellement riches •len métaux précieux, ont, sous ce rapport, offert de l'analogie avec la société patriarcale et la société féodale.
Aux. États-Unis, primitivement, chaque famille tirait de son propre fonds son grain, sa viande, ses légumes, quelques fruits, et c’est ainsi qu’on vivait. La mère de famille entourée de ses (illes, de même que la matrone romaine au temps des Fabius et des Scipion, tissait les vêtements avec la laine du troupeau ou le chanvre de l’enclos. On ignorait le luxe et, par conséquent, on n’avait qu’un mobilier fort simple, réduit au strict nécessaire. De ses industrieuses mains, le cultivateur fabriquait luimême une partie de ses outils. Ce qu’on ne produisait pas soi-même, on tâchait de se le procurer par un troc avec les voisins.
M. Gallatin, témoin oculaire de la situation qui suivit immédiatement la conquête de l’Indépendance, dans la Pensylvanie, a donné le tableau de ce qu’étaient le centre et l’occident de cet État, régions qui naissaient alors à la culture et à la civilisation. On y était dépourvu d’espèces métalliques, et comment s’en serait-on procuré? On neproduisait que des articles pesants, qui n’eussent pu être transportés avec avantage, à une certaine distance, que sur les plus économiques des voies, et celles-ci faisaient complètement défaut. On récoltait des grains et d’autres produits agricoles de grand encombrement; mais après qu’on s’en était servi pour soi, on ne savait guère qu’en faire, à cause de l’éloignement des marchés. Deux articles indispensables, que les colons ne produisaient pas, le sel et le fer, absorbaient la valeur de tout ce qu’ils pouvaient faire sortir de leurs vallées. C’était par le troc avec les familles du voisinage qu’on obtenait, dans la plupart des cas, ce qu’on ne tirait pas de son fonds.
6i8 COURS D’ÉCONOMIE POUTIQUE.
On aurait pu avoir des métaux précieux dans la contrée pour le service des écbai^es, si les personnes qui venaient s’y établir y fussent arrivées avec du capital; mais les émigrants d’Europe ou du littoral immédiat n’apportaient avec eux que leur amour du travail.
A cette pénurie le crédit ne pouvait suppléer ; les villes du littoral, qui de nos jours sont d’opulentes métropoles, n’étaient alors ni grandes ni riches, et l’Europe n’avant pas de capital disponible qu’il lui convint d’envoyer, par manière de prêt, de l’autre côté de l’Atlantique.
Pendant les dernières années du dix-huitième siècle et les premières du dix-neuvième, presque toutes les campagnes de l’Amérique du Nord en furent là.
A plus forte raison en avait-il été de même avant l’Indépendance, sous le régime colonial, et c’est ce qui fait comprendre les difficultés que les provinces britanniques continentales en Amérique éprouvèrent alors, dans leurs rapports entre elles et avec la métropole, au sujet du numéraire. C’est ce qui rend compte de l’invincible penchant qu’on y avait pour le papier-monnaie.
C’est aussi ce qui explique et légitime les inventions qu’on imaginait pour suppléer les métaux précieux par d'autres marchandises érigées en numéraire.
A cet effet, on choisissait quelque denrée locale qui fût d’un débit plus assuré que le reste, comme le tabac en feuilles, et on l’investissait de l’attribution distinctive delà monnaie, en lui donnant cours légal dans toutes les transactions. Ainsi, en 1618, le gouverneur de la Vii^inie statua que cette marchandise serait prise en payement, sur le pied de trois schellings la livre , sous peine de trois ans de travaux publics. Dans le Massachusetts, en 1641, l’assemblée ordonna que le blé fût reçu en acquittement des dettes, et, deux ans après, ce privilège fut étendu, jusques à concurrence de 40 schellings, au wampompeag.
LA MONNAIE. SECTION XV, CHAPITRE II. 6f9
objet que lee lodieus recherchaient et dont ils usaient eux-mêmes comnae d’une monnaie (1). En 1660, cinquante-sept ans après la fondation de la ccdonie, le tabac servait encore de monnaie couraMe dans la Virginie (2).
Dans ces conditions, on est fondé à dire qu’un pays a peu de monnaie parce qu’il est pauvre ; tout comme on peut attribuer cette pauvreté à deux causes principales : l’une, la difficulté de faire du capital ; l’autre, l’absence de la division du. travail, qui d’ailleurs est une raison pour que le capital ne se forme pas.
Les colonies continentales de l’Angleterre en Amérique parvinrent quelquefois à avoir une certaine quantité d’or et d'argent; elles reliraient ces métaux, non de l’Europe, mais bien des colonies espagnoles, soit des
(1) Gouge, A short History of Paper-iioney and Banking in the United States, Il“* partie, chapitre L
Le Wampompeag ou Warapum est un coquillage qui se rencontre sur le littoral du Maryland et de la Virginie princtpalonicnl. Il était fort apprécié des Indiens qui. en taisaient des oruemenls, particulièrement des ceintures ou des bandes formées de plusieurs rangées superposées et nttachées ensemble. On les taillait à cet cITet en morceaux carrés, d’environ six millimètres de côté sur trois d’épaisseur. Dans ces fragments de coquilles on perçait ensuite un trou qui servait à les enfiler. Il y avait du wampum de trois couleurs, le brun, le violet,, le blanc. Les coquilles foncées étaient les plus estimées et valaient le diml)le des blanches. Dans les occasions solennelles, les Indiens se donnaient les uns aux autres de ces bandes on ceintures. On. cite la ceinture donnée par les Indiens I.enni-Lenapcs à Guillaume Penn, eu 1682, à l’occasion du traité qu’il fil avec eux. Elle est maintenant dans les archives de la Société Historique de Philadelphie. Elle oflre ilix-huil rangées de wampum taillé. Les coqnütesde wampum étaient acceptées parmi les Indiens à peu près comme une monnaie. Les blancs en firent un instrument d’échange avec eux. On peut consulter les Mémoires de la Société Historique de Philadelphie, tome VI, page 21S et suivantes, sur l’usage du wampum. Il est remarquable que ce soit une matière servant à faire des ornements, qui, en Amérique comme dans l’ancien continent, ail été choisie comme instrument des échanges.
(2) Bancroft, Hü'.ory of the United States, tome I, page 229, édition Baudry.
Aniilles, soit du continent, avec lesquelles des hommes entreprenants avaient établi un commerce interlope. Un hôtel-des-monnaies fut fondé dans le Massachusetts dès 1652, un autre vers 1662 dans le Maryland. Le motif allégué dans le préambule de la loi du Maryland était que la colonie restait fort arriérée dans le commerce , faute de numéraire (1 ) . Mais cette création n’approvisionna pas le pays en métaux précieux ; les relations clandestines des colonies continentales avec le Mexique et le Pérou, ou avec Cuba et Porto-Rico, ne furent pas encouragées par la métropole, qui se les réservait à elle-même; elles durent même cesser.
La dépendance dans laquelle le Parlement obligeait les consommateurs des colonies à vivre, envers les manufacturiers de la métropole, et l’interdiction décrétée contre le trafic direct des colonies continentales de l’Amérique du Nord avec l’étranger, perpétuaient la pénurie des métaux précieux parmi les colons. Car, par une aberration où la cupidité a souvent entraîné les hommes, on voulait qu’ils tirassent do la métropole presque fous les objets manufacturés, le fer même, quoique leur propre sol en offrit, dans la Pensylvanie notamment, des mines abondantes; et, excepté le tabac et le riz, qui encore ne venaient que dans les colonies du Sud, il n’y avait pour ainsi dire aucun article pour lequel la Grande-Bretagne leur présentât un débouché. Le bas prix des blés indigènes et des aliments en général de la Grande-Bretagne, à cette époque, se joignait à la difficulté des transports dans le nouveau continent, pour empêcher les colons d’expédier leur blé à la mèrepatrie; la Grande-Bretagne, alors, exportait des grains, au lieu d’avoir besoin de ceux du dehors. On entravait les
(0 Les hôtels-des-monnaies de Boslon et de Baltimore sont les seuls qu’aient eus les Étals* Unis avant l'Indépendance. Us ont, depuis, cessé ü’eiisler.
intrépides marins de la Nouvelle-Angleterre, pour satisfaire les armateurs anglais. On interdisait même certains échanges entre deux colonies limitrophes (1). S’il avait été en leur pouvoir d’exercer librement leur industrie, de choisir un marché, comme vendeurs, pour le placement de leurs denrées, un marché, comme acheteurs, pour l’acquisition des articles nécessaires à leur consommation dont ils n’étaient pas producteurs, les colons eussent rapidement amélioré leur sort. Économes comme ils l’étaient, ils auraient pu composer du capital, et de ce capital formé par leur intelligente activité et par leur esprit d’épargne, une partie se fût facilement convertie en or et en argent monnayés.
Dans leur embarras , les gouvernements coloniaux, quand ils étaient invinciblement ramenés aux métaux précieux, par les maux qu’occasionnait le papier-monnaie, ou par l’impossibilité de faire le commerce avec une monnaie aussi grossière que des carottes de tabac, tentaient de lutter contre la rareté de l’argent, en lui attribuant une plus grande valeur d’échange, comme s’il y avait eu besoin de décrets pour cela faire. C’est de celte manière qu’il y avait ce qu'on nommait le numéraire colonial {colonial currency), où la livre sterling était une quantité d’argent moindre que dans la Grande-Bretagne. Cet expédient ne servait de rien. Les prix se réglaient doublement, en monnaie de la métropole et en monnaie coloniale, sans que les conseils coloniaux s’y pussent opposer, et on demandait de celle-ci une quantité plus forte, dans la proportion de la différence des deux livres sterling. 11 ne résultait de cette innovation qu’une complication fâcheuse dans les écritures du commerce. En laissant les choses
(I) History of the United States, de Bancroft, tome 111, pages 384 et suivantes, édition Baudry.
suivre leur cours naturel, au lieu de dire : tel article vaut 5 livres sterling des colonies, mais la livre sterling des colonies ne vaut que les quatre cinquièmes de celle de la métropole, on eût dit : cet article a une valeur de 4 livres sterling. La formule eût été plus sincère, elle eût mis exactement la même quantité d’argent dans la poche du vendeur, et elle en eût conservé tout autant aux colonies.
Les nouveaux Étais qui se forment chaque jour, pour ainsi dire, daus le sein de TUnion Américaine, souffrent infiniment moins que les premiers établissements de la rareté de la monnaie. C’est dû à un assez grand nombre de causes, qui toutes, cependant, rentrent dans les suivantes : 1® Les colons actuels oui la disposition d’un capital beaucoup plus fort que leurs prédécesseurs; 2® la nature, les lois, les arts, un remarquable réseau de communications de toutes sortes leur permettent, avec le reste de rUuion et avec le monde entier, un commerce profitable, à la faveur duquel il leur est plus facile d’obtenir ce qu’il leur faut de métaux précieux; 3“ l’Union elle-même est devenue un pays producteur de métaux précieux sur la plus grande échelle.
Ils ont la disposition de plus de capital, parce que, personnellement, à leur point de départ, ils sont moins pauvres, et qu’à leur aisance personnelle le crédit joint ses bienfaits, soit qu’il émane des métropoles du littoral, comme New-York, Boston, Philadelphie, Baltimore, la Nouvelle-Orléans, ou des cités de l’intérieur, comme Saint-Louis, Cincinnati, Chicago, Louisville, soit qu’il vienne, par des canaux plus ou moins indirects, de l'Europe elle-même.
Ils trouvent dans la nature, dans les vastes créations d’utilité publique, dans les découvertes quiformenU’arsenal de l’industrie moderne, daus la grande liberté d’action que leur confèrent leurs lois générales ou particu-
Hères, les moyens de nouer avec leurs compatriotes des antres États, et avec le reste de la civilisation au loin, un commerce avantageux, parmi les retours duquel illeurest possible de comprendre un approvisionnement convenable de métaux précieux. La nature a doté ces nouveaux États de fleuves et de lacs admirables par la facilité qu'ils offrent à la navigation. Le génie d’un de leurs concitoyens, Fulton, asuscité le bateau à vapeur par lequel on franchit de grandes distances en peu de temps et avec un degré de bon marché qui semble tenir du prodige (1). Par leurs propres ressources, ou par un judicieux emploi du crédit, ils ont construit des canaux et des chemins de fer qui s’agencent avec les fleuves et les lacs. La liberté du commerce est complète dans l’intérieur de l’Union ; la liberté d’exportation ne l’est pas moins (2) entre l’Union américaine et les autres peuples , de sorte que les Étals nouveaux, outre qu’ils peuvent placer avantageusement, dans le sein même de l’Union, en grande quantité, les
(1) La navigation à vapeur, en général, est plus chère que le transport sur des barques halées par des chevaux; en Euro[>e, la diflërence est grande, au désavantage de la vapeur. Sur les grands fleuves de l’Ouest des États-Unis, qü s'établissent les nouveaux États, elle est, au contraire, par exception, à plus bas prix que le transport ordinaire sur les canaux, et elle est d'ailleurs exempte du péage assez élevé qui grève celui-ci dans l’Amérique du Nord (Voir le Cours de 1841-42, édition de 1842, leçons i2<el i3<^). Je renvoie, pour les détails circonstanciés, relativement au prix de transport sur les fleuves de l’Ouest et sur les canaux de l’Amérique du Nord, à mon essai sur VHisioire et Description des voies de communication aux États-Unis, 1. 1, p. 243 et suiv., 364 et suiv., 43t) et suiv., et tome 11, p. 188.
(2) 11 y a pourtant une ombre au tableau : la liberté d’importation est gênée aux États-Unis par un tarif douanier dont les rigueurs ont été aggravées dans ces dernières années. C'est un obstacle au progrès de la richesse nationale ; c’en est même un pour l’expurtalion des produits indigènes. Peu de semaines avant sa mort, l'illustre Richard Cubden avait adressé, sur ce point , des avis profondément sensés à des citoyens notables de rUnion américaine.
02 i COURS D’ÉCONOMIE POLITIQUE,
denrées qu’ils sont parvenus à produire en masse à bas prix, oui encore la facilité de les écouler au dehors. Ils livrent ainsi à l’étranger, à des conditions lucratives, les •salaisons et les farines du Nord, et surtout les cotons du Sud qui sont devenus un besoin pour le monde civilisé (1), sans parler des produits de l’industrie manufacturière, où les Américains commencent à exceller.
Quand une communauté remplit la triple condition de produire, en abondance, au moins une denrée d’exportation, déposséder les moyens matériels de l’exporter et d’en avoir la liberté, qu’elle ait des mines ou non, ce ne sont pas les métaux précieux qui lui manquent ; elle s’en procure aisément ce qu’il lui faut, comme de toute autre richesse.
Enfin les États-Unis sont devenus un des pays producteurs de métaux précieux, au point non-seulement de suffire à leurs propres besoins, mais d’en livrer à l’exportation de grandes quantités. On avait d’abord, il y a une quarantaine d’années , trouvé quelques mines d’or dans la chaîne des Alléghanys ; mais l’extraction n’y a jamais été bien importante. En 1848, on découvrit les magnifiques gisements de la Californie qui, exploités avec une vigueur sans pareille, donnèrent aussitôt et n’ont pas cessé de donner des résultats brillants. Après la Californie se sont présentés les gisements de l’État de Névada , qui réunit les deux métaux. A mesure que se continue l’exploration des espaces indéfinis de l’Ouest le plus reculé, on signale des mines nouvelles qui semblent appelées à un grand avenir. Telles sont en ce moment (1865) celles des territoires d’Idaho, de Colorado, d’Arizona, de
(1) En 1860, année qui précéda la guerre civile, la production du coton, aux États-Unis, fut de 5,198,000 balles de 400 livres avoirdupois (181 kilog.). Au commencement du siècle, elle était de 5,000 balles; eu 18Ü0, elle n’était encore que de 2,446,000 balles.
Dakota, de Montana, d’Utah, de Washington. Laproduction de l’or et de l’argent, déjà considérable aux États- Unis, semble devoir être immense dans quelques années (1) .
Nous pourrions encore faire remarquer ici cette circonstance, qu’aujourd’hui, par le moyen de diverses combinaisons et de divers expédients, dont le crédit est ta base, les divers États de l’Union américaine, les nouveaux comme les anciens, subviennent à leurs transactions intérieures avec une quantité de métaux précieux moindre que ce qu’il en fallait aux premiers États, sous le régime colonial, toutes choses égales d’ailleurs.
Parmi certaines nations fort différentes des États-Unis, on trouve des personnes, en très-petit nombre, qui possèdent unegrandequantitéd’oret d’argent, tantôt monnayés, tantôt fondus. En Turquie, chez les Arabes, dans les États barbaresques et dans une partie de l’Asie, on rencontre des souverains ou des chefs de tribus qui en ont de fortes provisions. Tout le monde se rappelle le trésor qu’avait dans sa Cashbali le Dey d’Alger, quand les Français conquirent cette ville, en 1830. On assure que l’Empereur du Maroc a entassé de même des sommes considérables (2). Mais les espèces et les lingots accumulés de la sorte ne circulent pas, ils sont enterrés : on doit considérer ces amas do métaux monnayés ou en lingots plutôt comme des mines que comme de la monnaie. Dans ces mêmes contrées, la circulation des métaux précieux est trèsrestreinte. L’or et l’argent y commandent beaucoup de travail. C’est qu’on a très-peu de moyens de s’en procurer.
(1) Un des documents annexés au rapport du ministre des finances, présenté au congrès, à l’ouverture de la session de 186i-6S, exprime l’opinion que la production de l'or et de l’argent est au moment d'atteindre la somme de 120 millions de dollars, soit plus de 600 millions de francs.
(2) Voir è ce sujet le Nouveau Traité d’Économie Politique de M. Villiaumé, 1. 1, page 182, 3* édition.