‹ Cours D'economie PolitiqueChapitre 91 sur 132 · III · texte numérisé non relu

III

«26 COURS D’KCONOMIE POLITIQUE. *

Sous l’inlluence de diverses causes sociales, politiques, économiques, on a peu d’articles de commerce à exporter, et on éprouve le besoin de quelques-uns des objets manufacturés que produit l’étranger; si bien que l’exportation de matières premières, à laquelle on peut fournir, balance à peine l’importation des productions étrangères, autres que l’or et que l’argent, desquelles on ne peut se passer. Les métaux précieux que, dans des pays pareils, quelques personnes possèdent en grandes quantités, proviennent, en majeure partie, d’avanies dont un roi, un chef ou un homme puissant aura frappé le commerce d’importation ou d’exportation, de subsides dont des spéculateurs du dehors auront payé quelque monopole temporaire, ou de déprédations du genre de celles que commettaient les corsaires barbaresques. ■

Tout pays, neuf ou ancien, qui sera caractérisé par une grande rareté du capital, présentera toujours la circonstance d’une monnaie peu abondante ou même très-rare, à moins qu’il n’offre des mines remarquables d’or ou d'argent. On y pratiquera à un degré marqué le trpc en nature.

L’esprit conçoit, et l’expériehce révèle certains modes d’organisation industrielle et sociale, où cependant l’absence de la monnaie n’est pas incompatible avec un certain degré de prospérité.

Tel serait le cas d’une population qui, non-seulement se consacrerait presque tout entière à une production unique d’une nature fructueuse, et retirerait du dehors, par la voie des échanges, en retour de cette production spéciale, la majeure partie des autres articles qu’il lui faudrait, mais qui de plus serait constituée en groupes, formés d’un assez grand nombre d’individus unis par des liens, coercitifs ou non (ce n’est pas ce qui importe ici), d’une Nature telle que chacun fût pourvu de tout ce qu’il désire.

OU de tout ce qu’on juge à propos de lui accorder, aux dépens d’un magasin commun. Par la similitude de la production, d’un groupe à l’autre il n’y aurait pas lieu de commercer, et, par conséquent, d’employer la monnaie. Par l’organisation particulière des groupes, la monnaie n’aurait guère à intervenir davantage dans le sein de chacun d’eux, môme pour approvisionner les individus en objets tirés du dehors.

Envisageons, par exemple, un des États du Sud de l’Union américaine, tels qu’ils étaient jusques en 1835 ou 1840 : ils ne produisaient guère, avec du maïs et du bétail pour la nourriture des esclaves, rien de plus que du coton, article destiné à être expédié en Europe et dans les États du Nord de l’Union ; au coton se joignaient, dans un des États méridionaux, la Louisiane, le sucre, et dans la Caroline du Sud, le riz, qui avaient la même destination de sortir do l’État. La constitution sociale, en pareil cas, a de l’analogie avec le régime des anciens patriarches. Une grande partie de la population était, à titre d’esclaves, au service du reste, et spécialement d’un nombre restreint de chefs de famille, grands propriétaires fonciers, et elle recevait des greniers et des magasins du domaine môme tout ce qu’il lui fallait : par rapport à elle, la monnaie eût été une machine inutile. Les villes, qui sont le siège naturel de la division du travail, étaient peu nombreuses ou peu considérables, à l’exception de quelques ports. Ainsi, quoique les États du Midi de l’Union fussent déjà passablement riches, il y a un tiers ou un quart de siècle, on y voyait peu de monnaie, et on n’y en aurait pas vu beaucoup, quand bien même toute espèce de numéraire (1) aurait été remplacée *par des écus. Ici

(1) Voir, page 64, la distinction entre la monnaie et le numéraire. En Amérique, depuis le commencement du siècle, le billet de banque a pris un grand développement; il circule à côté de la monnaie, c’est-à-dire des

la rareté des espèces, ou, pour parler plus généralement, du numéraire, était la conséquence du système de culture et d’organisation industrielle et sociale que la race dominante, la race blanche, avait volontairement adopté et qu’elle imposait au reste de la population ; ce n’était pas une nécessité qu’elle subissait.

Cependant la division du travail, par le progrès des temps, s’établissait petit à petit dans les États du Sud: La richesse, en croissant, y avait appelé le luxe, et avec le luxe quelques industries accessoires ; il s’y était ouvert des manufactures, où l’on mettait en œuvre, soit une partie du coton que jusque-là on expédiait tout entier aux États du Nord ou àl’Europe, soit diverses autres matières qu’on avait sous la main (t). Dans ces conditions nouvelles, les Étals du Sud présentaient, pour une môme population, plus de numéraire qu’auparavant, soit sous la forme métallique, soit sous celle de billets de banque. Le numéraire avait suivi le progrès de la division du travail et celui de la richesse.

L’empire de Russie a eu, jusqu’à l’avénement de l’empereur Alexandre II, une constitution sociale arriérée qui n’était pas sans analogie avec celle des États du Sud de l’Union Américaine. La division du travail y existait fort peu, en comparaison de ce qu’offre l’Europe occidentale.

métaux, et en tient lieu. Il ne faut pas perdre de vue cependant que le billet de banque même exige impérieusement la présence d’une certaine quantité de monnaie. Le dépôt en compte courant et le chèque jouent aussi un grand rôle en Amérique. Depuis quelque temps même, ils ont éclipsé le billet de banque, dans ceux des ÉlaU du Nord qui sont les plus avancés ; nous aurons occasion de le faire remarquer dans le chapitre suivant.

(1) Au sujet des manufactures qui existaient, en 1860, dans les Etats du Sud, on trouvera des détails remplis d'intérêt dans le Rapport Préliminaire sur le huitième recensement, par M. Kennedy, qui a dirigé celte importante opération.

11 s’ensuivait, par une conséquence forcée, qu’il y avait peu de monnaie.

... « Dans l’intérieur de l’empire, disait Storch (peu après «le commencement du siècle), la division du travail n’a « fait jusqu’ici que peu de progrès; les habitants delacam- « pagne, et môme en bonne partie ceux des villes de pro- « vince, ce qui fait la très-majeure partie de la population, (' pourvoient encore par leur propre industrie à tous leurs « besoins; dans la plupart des villages, le paysan pourrait a se passer entièrement de numéraire, si ce n’était pour « payer les contributions publiques, et pour acheter du « sel, de l’eau-de-vie, et quelques ustensiles de fer qu’il « ne peut se procurer autrement qu’à l’aide de l’argent. (I Encore ne fais-je pas mention de ces peuplades de « chasseurs et de pêcheurs qui ignorent absolument l’u- «sage du numéraire, et dont les contributions mêmes se « payent en fourrures ou sont évaluées en services (1). »

Aujourd’hui, dans l’empire de Russie, l’état de choses décrit par Storch est grandement changé, ce qui ne veut pas dire cependant que la monnaie, ou ce qui la représente communément, y abonde autant qu’en Franco ou en Angleterre; il s’en faut de beaucoup.

Jusqu’à un certain point donc, à mesure qu’une nation devient plus industrieuse et plus riche, la quantité de monnaie qu’elle réclame pour son usage va en augmentant. On est fondé à dire qu’il est, pour les sociétés, un âge pendant lequel la multiplication de la monnaie est l’indice du progrès de la richesse et en donne la mesure.

Mais aussi bien, un moment arrive où toute relation cesse entre la quantité de monnaie que la société possède et l’accroissement réel de la richesse, et déjà le lecteur a pu le pressentir, puisque nous avons mentionné

(1) Storch, Économie Politique, tome IV, det’e'dition de Paris, p. 232.

des signes, des tilres, des mécanismes qui, de plus en plus, quand le commerce se développe, représentent ou suppléent avantageusement les espèces. La preuve en est près de nous, et dans notre propre sein. La France a deux ou trois fois plus de métaux monnayés que l’Angleterre ; l’Espagne en a plus que les États-Unis, toute proportion gardée par rapport è la population ; l’Angleterre, pourtant, est plus riche que la France, et la richesse des États-Unis est autrement grande que celle de la Péninsule ibérique.

C’est que, une fois parvenue à un certain point, une nation intelligente s’applique, non pas à accroître la masse de métaux précieux monnayés qui sert à ses- échanges, mais bien à perfectionner son organisme commercial, de manière h accomplir la plus grande quantité possible d’échanges avec le moins d’espèces. Les métaux précieux convertis en monnaie ne sont point inutiles à la production, en ce sens qu’on ne produit que ce qu’on est assuré de vendre, et la présence de bons et sûrs instruments d’échange est une des conditions d’une vente facile et avantageuse. En cela cependant, la monnaie ne concourt û l'acte de la production que d’une façon indirecte. C’est un intermédiaire avec lequel on peut se procurer les éléments de quelque industrie que ce soit, machines, matières premières, main-d’œuvre ; mais, à cliaque instant, tout ce qu’on retient de monnaie, au delà de ce qui serait strictement nécossaife, est par cela môme d’une complète stérilité, comme, au surplus, ce qu’on pourrait, .sans inconvénient présent ou futur, se dispenser d’avoir d’instruments quelconques. Les écus qui, par l’effet d’usages commerciaux arriérés, restent de trop dans le mécanisme des échanges, ne sont pas plus utiles à une nation, ne contribuent pas plus à créer une nouvelle richesse, que si un génie malfaisant les eût convertis en pierres.

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Un État où l’on garde quatre ou cinq milliards de métaux monnayés, alors qu’on pourrait subvenir aussi bien à tous les échanges avec la moitié, se prive volontairement de toute la richesse que pourrait lui procurer un capital de deux milliards ou de deux milliards et demi, qu’on emploierait, par exemple, à ouvrir des chemins, à acheter des semences, du bétail, des machines, des engrais, à payer les salaires d’une population industrieuse ou à fonder des écoles. En agissant ainsi, on paye fort cher son attachement à des habitudes surannées et à des formes de comptabilité vicieuses ; on porte la peine de l’ignorance où l’on s’est tenu des améliorations conçues et mises eu pratique par les autres.

' CHAPITHE III

Comment le mécanisme industriel, en se perfectionnant, permet de se livrer à une même quantité de transactions avec une quantité moindre d'espècet.

— Les métaux précieux remplacés en grande partie par divers instruments de comptabilité et de crédit, qu’on peut considérer comme tenant lieu de monnaie.

— Le dépôt en compte courant, le chèque, la maison de liquidation {Clearing- Hud'-e;, le billet de banque, la lettre de change i l’emploi de ces divers instruments, centralisant les espèces métalliques, leur permet, à quantité égale, de rendre plus de services.

L’usage de thésauriser retient sans utilité, chez plusieurs nations, une assez grande quantité de métaux précieux monnayés. C’est une mauvaise habitude qu il faut combattre, qui ne disparaîtra cependant que lorsque la sécurité sera devenue complète chez les peuples qui 1 ont contractée; elle se perpétuera donc indéfiniment chez les nations qui sans cesse se livrent à des agitations violentes, chez celles qui sont soumises à une autorité spoliatrice ou exposées à des incursions de barbares. La monnaie qu on

a thésaurisée doit être considérée comme n’ayant plus rien de commun avec les opérations journalières du commerce. C’est autant de retiré du mécanisme des échanges. Il est une autre coutume, legs de temps de méfiance et d’insociabilité, qui agit sur la masse d’espèces monnayées nécessaire au service des transactions, pour l’enfler dans une proportion très-forte; c’est que chacun ait une caisse à domicile, pour effectuer lui-même ses recettes et ses payements. Tous ces fonds de caisse individuels, qui attendent un emploi, composent, à tout instant, dans un grand État, une très-grosse somme. Les nations dont les idées commerciales sont avancées ont imaginé et adopté quelques dispositions organiques, moyennant lesquelles la majeure partie de cette richesse stagnante devient un capital actif.

Contre l’isolement et la dispersion le remède naturel est la centralisation. Il faut que, quelques hommes devenant les caissiers de tous, le service des payements et des recettes se fasse par leur entremise. Ils y subviendront facilement avéc une fraction du numéraire qui, auparavant, restait épars dans les caisses particulières. Si l’on établit ensuite une autre centralisation parmi ces agents eux-mêmes, on portera le mécanisme à un haut point de simplicité et de perfection. Ces deux degrés de centralisation existent très-visiblement à Londres. Là, non-seulement les chefs d’industrie, mais tous les hommes de quelque aisance s’abstiennent de garder chez eux du numéraire, si ce n’est cette quantité insignifiante qu’on peut appeler l’argent de poche. On dépose tout ce qu’on a d’espèces chez son banquier [banker), qu’on devrait plutôt qualifier de caissier. Tous les payements journaliers, commerciaux ou domestiques, que chacun faisait autrefois en tirant des écus de sa caisse propre, s’opèrent par des mandats à vue {chèques), que le débiteur délivre sur son banquier. Le créancier, à qui la somme a été re-

mise, la livre à un autre banquier, dont il est le client, ou plutôt il remet le chèque k celui-ci. Chaque jour, dans l’après-midi, les divers banquiers se font représenter par un de leurs commis dans un bureau central (le Clenriny- Ilouse ou Chambre de Liquidation), où ils échangent les mandats qu’ils ont à recevoir contre ceux à payer, et ainsi un immense mouvement de fonds se réduisit, dès l’origine de cette organisation, au versement de quelques balances. Je lis, dans un document parlementaire, que pendant tout le cours de l’année 1839, avec 66,275,600 liv. sterl. en numéraire (1), on liquida dans le Clearing- House une masse de chèques montant à 954,101,600 liv. sterl. En moyenne, quotidiennement, 200,000 liv. sterl. tenaient lieu de 3,000,000. C’était la proportion d’un pour 15 (2).

Aujourd’hui c’est mieux encore. La quantité des transactions qui viennent se régler au Cleanng-House s’est notablement accrue, parce que la population et les affaires ont augmenté, et aussi parce que le nombre des bankers ou des institutions opérant au C learing- House , nombre jusqu’ici trop restreint, s’est agrandi. On estimait, il y a dix ans, qu’elle montait à 2 milliards sterling ou 50 milliards de fr. Elle doit aujourd’hui être plus considérable encore. En même temps, la quantité de numéraire servant à payer les balances n’a pas seulement diminué ; elle a fait bien mieux, elle s’est réduite absolument, mathématiquement à rien. Le solde des balances s’effectue par des virements à la Banque d’Angleterre, avec laquelle chacune des maisons ou des banques, qui ont leur entrée au Clearing-House, est en compte courant (3) , et c’est ici

(1) Presque tout en billets de la Banque d’Angleterre.

(2) Banks of Issue, second rapport, 1841 , page 320.

(3) On sait ce que c’est que d’être en compte courant avec une banque ou un banquier. On a, à la banque ou chez le banquier, un crédit ouvert, à compte duquel on dispose selon ses besoins, et qu’on alimente

qu’apparaît un troisième degré de centralisation , qui était pratiqué depuis longtemps, mais dont on avait tardé à tirer tout le parti possible et convenable pour la liquidation des comptes par chèques.

La Banque d’Angleterre fait, par rapport aux bankers, ce que font ceux-ci relativement aux particuliers, par cela même qu’elle est la dépositaire en compte courant <ï une partie de leurs fonds. Et ainsi, il n’y a plus, dans cette immense ville, qu’une seule caisse, autour de laquelle tout se meut, oû tout entre et de laquelle tout sort. Tout se passe donc avec une économie extrême de démarches et de nu méraire. Le règlement d’une quantité de transactions, qui étonne l’imagination par son immensité, n’exige que quelques lignes d’écritures sur les livres de la Banque, pour transporteries sommes du crédit de l’un au crédit de l’autre.

"Les banquiers, qui ont reçu les dépôts des particuliers, les emploient à leurs opérations propres, sous leur responsabilité personnelle. Un des effets de cet emploi est que les métaux précieux, qui formaient l’excédant de monnaie, sont convertis en lingots, exportés, ou utilisés comme matières premières dans les arts. Seulement, les banquiers ont des précautions à prendre, afin d’ôtre en mesure de toujours répondre aux demandes d’espèces, que sont en droit de leur adresser, à chaque instant, les particuliers dont ils sont les dépositaires (1).

par des versements. Dans le cas dont il s’agit ici, les crédits résultent de ce que des sommes ont été déposées à la Banque par les bankers ou pour eux. Iji Banque inscrit au crédit de ceux-ci toutes les sommes qu’ils versent ou qu’elle reçoit pour eux, à leur débit toutes celles qu’ils retirent personnellement, ainsi que le montant de tous les mandats par eux délivrés sur la Banque, soit que la Banque les ait acquittés en espèces ou en billets, soit qu’elle les ait transférés au crédit d'une autre personne ou institution qui, elle aussi, est en compte courant avec la Binque.

(1) Nous laissons de côté en ce moment cette circonstance, que les particuliers, au lieu d'exiger des espèces métalliques de leurs banquiers

Comme on a beaucoup parlé des chèques depuis quelque temps, je crois devoir entrer à ce sujet dans quelques détails.

Depuis un certain nombre d’années, l’usage de déposer ses fonds chez un banquier ou dans une banque et l’emploi du chèque, ou mandata vue, qui est la conséquence fort anciennement connue de cet usage, se sont généralisés eu Angleterre. Le fisc s’est plu à le favoriser par une intelligente libéralité qui consiste en ce qu’un chèque, quelqu’cn soit le montant, n’est astreint qu’à la taxe uniforme d’un penny (10 centimes et demi). Le chèque lui-même a reçu dans sa forme des perfectionnements qui l’ont rendu plus commode et l’ont entouré de plus de sécurité.

C’est en 1 834 que le mouvement commença. Bien avant ce temps, les caissiers ou banquiers exerçaient leur industrie, et ils avaient des clients qui pratiquaient régulièrement le chèque, de même qu’à Paris les mandats blancs sur la Banque de France, qui ne sont que des clièques sous un autre nom, ont été usités dès l’origine de l’institution. Mais, sauf un petit nombre d’exceptions, ces caissiers ou banquiers n’avaient pas d’établissements considérables, et ils imposaient à leur clientèle deux règles peu faites pour attirer la masse du public: 1" ils exigeaient que leurs clients maintinssent toujours, au crédit de leur compte courant, une certaine balance en rapport avec le mouvement de leurs affaires; c'est-à-dire qu’il était admis que le client devait toujours être en avance d’une somme notable; 2° ils ne servaient d’intérêt ni sur cette balance ni sur les autres sommes tenues à la disposition de leurs clients. Dans ces circonstances, la pratique de déposer ses fonds chez les banquiers était

ou caissiers, acceptenl d’eux des billets de banque. 11 sera fait plus loin une mention particulière du billet de banque.

surtout à l’usage des maisoifs de commerce qui jugeaient commode d’avoir un agent chez lequel s’effectuât le mouvement d’entrée et de sortie des fonds, et qui eût la responsabilité de leur encaisse, quelquefois fort important : la masse du public, les personnes d’un revenu médiocre ne s’y livraient pas, et ne pouvaient s’y livrer. L’inconvénient de ne recevoir aucun intérêt des fonds déposés ne choquait guère la classe qui formait la clientèle des banquiers. Il fallait bien que ceux-ci eussent quelque rémunération de la peine qu’ils prenaient et du service qu’ils rendaient en prêtant leurs bureaux et le travail de leure commis, et en se soumettant à la responsabilité qui incombe au dépositaire ; car ces banquiers ne touchaient ' aucune commission sur les opérations de payement ou de recette qu’ils effectuaient, et le profit qu’ils pouvaient obtenir, en faisant valoir les fonds qui leur avaient été confiés , était limité par l’obligation où ils étaient de rembourser les dépôts, sur des chèques ou autrement, à la volonté du déposant.

On posait en principe, à cette époque, dans le monde financier de Londres, qu’il était impossible de servir un intérêt sur les dépôts, sans se ruiner. En 1832, un des banquiers les plus distingués de la Cité (M. Glyn), appelé devant le comité parlementaire qui faisait une enquête motivée par l’e.\piration imminente de la Charte de la Banque d’Angleterre , s’exprimait ainsi : « Il y a 62 « banques particulières à Londres. Elles reçoivent des défi pôts sur lesquels elles ne payent pas d’intérêt. Le système « de service des intérêts sur les dépôts en compte courant « a été autrefois essayé à Londres, mais les maisons qui « sont entrées dans ce système ont toutes fait faillite. »

M. Glyn expliquait l’insuccès qu’on avait eu, à Londres, de la manière suivante :

« Les dépôts gardés par les banquiers (ou caissiers) de

Londres se composent en général de très-fortes sommes, qui sont remboursables immédiatement, à la volonté du déposant; delà vient qu’on ne peut faire le remploi de ces dépôts, ainsi que le font les banquiers de province. Les dépôts sont généralement laissés aux banquiers de province pour une période convenue, quelque soit le taux d’intérêt qu’alloue le banquier. »

Cette déposition de M. Glyn indiquait, à côté del’échec, le moyen de l’éviter : il fallait servir un intérêt aux déposants, en stipulantque le remboursement ne pourrait avoir lieu sans un avis préalable, précédant la date du remboursement d’un laps de temps déterminé, et qui, dans tous les cas, pouvait être court, ou en introduisant dans le contrat quelque autre condition qui eût de même l’effet d’empêcher, dans la plupart des cas, les remboursements immédiats. Avec ces nouvelles données, il était bien probable que le système de servir un intérêt aux déposants réussirait à Londres, de même qu’il avait réussi dans les provinces de l’Angleterre proprement dite, ei surtout en Écosse, où le succès était éclatant (1). Il était réservé aux banques par actions, et particulièrement aux intelligents fondateurs de celle de ces institutions qui est devenue célèbre sous le nom de Banque de Londres et Westminster, d’organiser le nouvel état des choses.

La loi qui renouvela la charte de la Banque d’Angleterre, en 1833, mit fin à la clause restrictive en vertu de laquelle les opérations de banque, mêmeautres que l’émission des billets au porteur et à vue, et particulièrement celle de recevoir en dépôt les fonds des particuliers, étaient interdites, à Londres et dans un assez grand rayon (105 kilom.) tout autour, à toute association de plus de six personnes. La liberté fort mitigée qui fut ainsi reconnue

(I) En vertu d’une loi moins restrictive que celle qui existait avant 1833, dans l’Angleterre proprement dite, il y avait là des banques for-

à l’emploi des capitaux (1) eut son effet immédiatement. L’industrie privée créa des banques de dépôt et d’escompte, ayant un nombre indéfini d’actionnaires et pouvant ainsi se procurer un grps capital. Le premier de ces établissements fut la Banque de Londres et Westminster, qui date de 1834. Elle se mit à offrir aux déposants des avantages que refusaient les anciens banquiers. On put avoir a,vec elle un compte courant, sans subir la clause d’une forte balance, et s’assurer sur les sommes déposées un certain intérêt, en remplissant des conditions stipulées pour tout le monde, qui cependant ne laissent pas que d’être assez étroites. Les autres banques par actions, dont l’organisation a suivi de près celle de la Banque de Londres et Westminster, ont adopté les mêmes usages, en variant un peu les formules.

La conséquence a été de multiplier extrêmement les dépôts dans les joint stock banks ou banques par actions ayant un nombre indéfini d’intéressés. De même que les Écossais, les habitants de Londres ont eu lieu de considérer qu’ils perdaient quelque chose sur chaque somme de monnaie qui restait sans emploi dans leur caisse. Le marchand se croit en perte, quand il laisse de l’argent inactif dans son tiroir. Une foule de particuliers jouissant d’un revenu très-modeste ont pu avoir un compte avec une banque.

mées d'une réunion nombreuse d’aclionnaires, qui recevaient les dépôts, tandis qu'en Angleterre c’étaientdesmaisonsdebanquelimitéesà un nombre extrêmement restreint d’associés, celui de six. Les banques d’Écosse procédaient et procèdent encore de la manière suivante : Elles servent un intérêt aux déposants et ne sont pas rigides sur l’article des avances.

(1) En réalité, l’interdiction à toute association de plus de six personnes de recevoir en dépôt les fonds des particuliers et de s’en servir pour faire des avances au commerce n’était pas dans le texte de la loi qui conférait à la Banque d’Angleterre son privilège , mais on avait supposé qu’elle y était. On lira avec intérêt ce que dit sur ce point M. Macleod. (Thtory and practice of Banking, t. Il, p. 269 et suivantes.)

Ce qui a encouragé la formation des banques du nouveau modèle, c’est que la première qui ait été instituée, celle de Londres et Westminster, a eu un succès colossal. Le capital effectivement versé par les actionnaires est d’un million sterling (25 millions de francs) ; c’est le cinquième seulement du capital souscrit. Le montant des dépôts était, au mois d'août 1860, de 293 millions de francs; c’est , à 22 millions près, autant que la Banque d’Angleterre au môme instant. 11 avait été prélevé sur les bénéfices une réserve de 3 millions de francs, et les dividendes étaient de 20 pour 100. En un mot, celte institution, quoiqu’elle fût privée de la faculté, pourtant lucrative, d’émettre des billets de banque, distribuait à ses actionnaires un dividende presque triple de celui delà Banque d’Angleterre. Depuis 1800, la somme des dépôts livrés par les particuliers à la Banque de Londres et Westminster n’a pas décru , elle a augmenté au contraire de plus de moitié, d’après un rapport tout récent (1863) , et les joint stock banks, établies sur le même type et avec les mêmes attributions, s’étant multipliées et ayant prospéré à peu près autant qu’elle , le montant total des dépôts a acquis des proportions énormes. Au commencement de 1861, le nombre des banques de ce genre en pleine activité à Londres était de huit et une neuvième venait de se fonder. Le total de leurs dépôts faisait déjà 1 milliard 48 millions. On conçoit à quelle émission de chèques une pareille masse de dépôts peut donner lieu. Depuis 1861, le mouvement progressif a continué; aujourd’hui (1865) le nombre des joint stock banks de Londres est de quatorze, et la somme totale des dépôts qui leur sont confiés n’est pas au-dessous d’un milliard et demi.

Dans un écrit fort intéressant qui a été publié sans nom d’auteur, à Paris, sur ce sujet, à la fin de 1860 (1), je lis

{,\)Mémoire «ur la nécessité d’introduire en France les banques de dépôts.

f)40 COURS D’KCONOMIE POLITIQUE.

qu’il y a à Londres, sans parler de la Banque d’Angleterre, qualre-vingl-deux banques, dont vingt-sept sont des compagnies avec charte, c’est-à-dire autorisées par un acte du parlement, et cinquante-cinq des banques particulières, c’est-à-dire des maisons de banquiers ou caissiers, semblables à celles qui seules pouvaient, avant 1833, fonctionner à côté de la Banque d’Angleterre. D’après cet écrit, les dépôts confiés à ces établissements et servant de base à la circulation des chèques, excéderaient, dans le Royaume-Uni, la somme gigantesque de dix milliards de francs, ce qui, nous devons le dire, semble difficile à admettre. A Londres, les banquiers ou caissiers n’ont pas modifié leur ancien mode de procéder; ils reçoivent des comptes courants , sur lesquels ils ne servent aucun intérêt, mais qui sont remboursables à la volonté du déposant ; ils obligent le déposant à avoir une balance, ce qui, pour certaines personnes, telles que des commerçants ou des familles riches, n’a pas d’inconvénients; mais aussi, de même qu’auparavant, ils ne prélèvent aucune commission en retour de la peine qu’ils se donnent d’encaisser ou de payer et de tenir le compte de caisse. La Banque d’Angleterre persiste absolument dans ses vieux errements. Ce sont les joint stock banks ou banques par actions qui ont innové. Sans entrer dans les détails de leur manière do procéder, pour laquelle nous renvoyons à des traités spéciaux et notamment aux ouvrages de MM. II. D. Macleod (1), Gilbart (2) et Courcellc-Seneuil (3), nous en ferons succinctement connaître l’esprit.

les chèques et les virements de chèques d'après la méthode anglaise. Imprimerie de Henri Pion.

(1) T/teory and practice of Banking, ch. VII. 2“ vol.

(2) Praclical treatise on Banking, chap. III. 2' vol.

(3) Traité des opérations de Banque, livre IV. chap. ni.

Les banques par actions ouvrent deux sortes de comptes. Le compte courant proprement dit (currenf account, appelé aussi draiving account)^ qui ne rapporte pas d’intérêt ou qui rapporte un intérêt moindre, et le compte de dépôt (deposil account), pour lequel il est toujours .servi un intérêt. Mais les sommes déposées ii ce titre ne sont pas remboursables de la même manière que celles qui le sont en compte courant. Eu général, la règle est qu’on ne peut tirer de chèque à valoir sur cessommes. On est tenu de les retirer en bloc. La banque est ainsi, en ce qui concerne cette fraction des dépôts, à l’abri des remboursements partiels,'" et l’expérience a démontré le fait curieux que, plus la somme est forte, plus elle a de chances de la garder longtemps. Voici la rédaction par laquelle cette clause est exprimée dans les circulaires de la Banque de Londres et Westminster: «Toute somme de 10 liv. sterl. « et au-dessus est reçue sous la condition de porter in- « térêt et sera remboursable sur la simple demande du « déposant. Le déposant reçoit en retour récéjyissés de H dépôt. Ces récépissés ne sont pas transférables et il n’est H pas permis de tirer sur la banque des chèques à valoir « sur la somme totale. Quand le déposant veut ravoir le « montant, il signe au dos du récépissé et le rapporte à la « Banque. Si la demande a lieu dans le délai du premier « mois, il n’est pas dû d’intérêt. Ou peut déposer des « sommes à titre de compte de dépôt ou de compte à in- « térêt, sans avoir un compte courant, et le déposant qui (I a déjà un compte courant peut en transférer une partie « au compte d’intérêt. »

La formule des autres banques par actions de Londres est analogue.

Le taux de l’intérêt servi sur ces dépôts est habituellement de 1 p. 1 00 au-dessous du taux ordinaire de la place.

Les banques par actions ont examiné la question de sain. 41

Üi2 COURS D’ÉCONOMIE POLITIQUE.

voir si elles ne devraient pas servir un intérêt sur les sommes versées en compte courant proprement dit. La Banque de Londres et Westminster s’est prononcée pour la négative. M. Gilbart, qui pendant longtemps l’a dirigée, dit que le compte courant proprement dit expose trop la banque à dos remboursements, et que la banque d’ailleurs fait de grands frais dont il faut bien qu’elle se couvre. Les particuliers qui sont désireu.x de toucher un intérêt n’ont qu’à avoir un compte de dépôt, parallèlement à leur dépôt en compte courant. Cependant la Banque de Londres, fondée en 1836, admit le système opposé, celui de servir un intérêt sur les comptes courants. Elle paya d’abord un intérêt, calculé sur le pied de 2 p. 100 par an, qu’en 1 844 elle réduisit à 1 p. 100. Mais aujourd’hui, d’après ses circulaires, elle ne donne d’intérêt , chaque mois, que sur la moindre somme que le déposant a eue au crédit de son compte courant pendant le mois précédent, et il faut que ce minimum n’ait pas été de moins de 200 liv. sterl. (5,000 fr.). La Banque de Londres et du Comté fait de même. La Banque de l’Union sert même 2 p. 100.

11 nous reste à faire connaître, au sujet du chèque, les améliorations qu’il a reçues.

Le chèque est un titre qui n’est pas susceptible d’acceptation. Il est toujours payable ài vue. Il ne comporte pas l’obligation d’un acquit. Le simple fait qu’il se trouve entre les mains du banquier sur lequel il a été tiré est la preuve que celui-ci en a acquitté le montant. Il est payable purement et simplement au porteur, c’est-à-dire à la personne qui le présente, sans aucune question ni recherche (1).

(i) Voici comment la loi française du 14 juin 186a déOnit le chèque et en expose les principaux caractères :

Le chèque est l'écrit qui, sous la forme d’un mandat de payement, sert au tireur à elTectucr le retrait, à son profit ou au profit d’un tiers,

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Dans ces conditions, qui ont été déterminées par la pensée de faciliter l’expédition des affaires, les détournements sont possibles et il était opportun de les prévoir et de les prévenir, sans soumettre le public, cependant, à aucune démarche gênante, à aucune perte de temps. On a été ainsi amené par la pratique à se servir du chèque barré, dont l’usage est devenu général. Voici en quoi consiste le chèque barré : c’est le chèque ordinaire, auquel on ajoute, entre deux barres, le nom du banquier par l’intermédiaire duquel il sera présenté au payement, et il ne peut l’être que par ce banquier. De sorte que fout chèque qui aurait été dérobé ou égaré n’a plus de valeur pour le détenteur entre les mains duquel le hasard ou une soustraction l’aura fait tomber, du moment qu’il aura été barré, et que le propriétaire légitime y aura écrit le nom de son propre banquier (1).

de tout ou partie de fonds portés au crédit de son connpte chez le tiré, et disponibles.

Il est signé par le tireur et porte la date du jonr où il est tiré.

Il ne peut-êire tiré qn’à vue.

Il peut être souscrit au porteur ou au profit d’une personne dénommée.

il peut être souscrit A ordre et transmis, même par voie d'endossement en blanc.

Le chèque ne peut-être tiré que sur un tiers ayant provision préalable; il est payable à présentation.

Le chèque peut-être tiré d’un lieu sur un autre ou sur la même place.

Le porteur d'un chèque doit en réclamer le payement dans le délai de cinq jours, y compris le jour de la date, si le chèque est tiré de la place sur laquelle il est payable, et dans le délai de huit jours, y compris le jour de la date, s'il est tiré d’un autre lieu.

(1) Voici ce qui est exposé, an sujet du chèque barré, dans l'écrit déjà mentionné page 630 ci-dessus (page 36 de cet écrit) :

« Il y a quelque temps, les employés des banquiers, chargés de les représenter autburean de virement, adoptèrent l’usage d'écrire lesnothsde leurs patrons sur les chèques qu’ils avaient à présenter. L'objet de cette pratique était de constater de la part de quel banquier les chèques étaient

L’usage du chèque élant devenu général, on a eu occasion d’en modifier la forme, pour satisfaire aux exigences des divers cas. Ainsi on a le chèque à ordre, qui est destiné à tenir lieu de la lettre de change, mais qui en diffère en ce que, de même que le chèque ordinaire, il n’est payable qu’h vue et n’est pas susceptible d’acceptation. Encore comme le chèque ordinaire, il n’est soumis qu’au timbre fixe d’un penny. Le chèque à ordre exige l’endossement de la personne en faveur de laquelle il est tiré. Il peut

présentes. On trouva de grands avantages à ce procédé, et il conduisit à un autre usage, savoir, que les personnes qui recevaient un chèque en payement écrivaient sur le corps du chèque le nom du banquier à qui elles désiraient que le montant fût payé.

B Les banquiers sur icsquels le chèque était tiré reconnaissaient la barre et l'inscription du nom du banquier porteur du chèque, comme l'indication du titre de propriété de celui-ci; et quoique le chèque fût encore libellé payable au porteur, l'inscriplion du nom d’un autre banquier sur le corps du chèque n’en était pas moins considérée comme la preuve que celui- ci en était le véritable propriétaire. Toutd’abord et pendant longtemps, on résista à l’application de cette pratique; mais, à la long ic, on y trouva tant d'avantages, qu’elle est maintenant devenue générale. Ou se contente même à présent de faire deux barres, sur le corps du chèque, et d’écrire entre ces deux barres et à l’extrémité de l’espace qu’elles comprennent, les mots « et Compagnie, » laissant une place libre pour que le nom du banquier qui doit recevoir soit inscrit avant que le ch'''-|uc soit présenté au banquier qui doit le payer. Ainsi le chèque bari é est devenu maintenant un effet reconnu dans le commerce cl dans l’ensemble des affaires. Le chèque ainsi barré peut passer de main en main jusqu’à ce qu’il soit présenté pour le payement, à condition toujours ipie, des qu’il est présenté, il le soit par quelque banquier dont le nom est alors inséré avant les mots « et Compagnie, a Cette coiuliiion donne une grande sécurité en cas de perte, de vol ou de contrefaçon d’\m chèque; car le chèque ne peut être payé qu’à un banquier. De son côté, le l>anquier doit toujours porter le chèque au compte de quelqu’un Je scs clients, et, par conséquent, de quelqu'un qui est parfaitement connu de lui, et qui doit aussi parfaitement connaître la personne de qui il a reçu le chèque. De cette façon, si le chèque n’est pas régulier, ou n’est pas régulièrement présenté, l’on est en possession d'un moyen fort simple de le rectifier et de prévenir la fraude ou de la découvrir. Il {Méinuire iur la Néct%sili, etc., page 36.)

aussi être barré et revêtu, en conséquence, du nom d’un banquier, comme on l’a dit plus haut. Sous cette forme, on en fait grand usage pour les envois d’argent (I).

Dans tous les pays dont l’éducation commerciale est faite, on retrouve un système analogue à celui que nous venons d’esquisser, des comptes courants et des chèques, sauf le degré de développement et de perfectionnement, qui est loin d’être partout le même qu’en Angleterre. Aux États-Unis, c’est une organisation fort étendue; elle est entrée dans les mœurs de toutes les classes. A Paris, bon nombre de commerçants sont en compte courant

(i) « Par exemple, M. A., qui est à Londres, désire envoyer raille livres sterling à M. B., qui est à Liverpool; il tire un chèque sur son banquier à Londres, il le fait payable à M. B. ou à son ordre ; il le barre et il le marque du signe convenu « et C* » ; il insère le chèque dans une lettre enregistrée adressée à M. B., celui-ci reçoit la lettre à Liverpool, le lendemain matin de bonne heure ; il en relire le chèque, l'endosse et le porte à son banquier à Liverpool. Le banquier de Liverpool, à son tour, insère le nom de son correspondant à Londres devant les mois « et C'°. s le monhtnl du chèque est immédiatement porté au crédit de M. B., et le chèque est envoyé, par le prochain courrier, à Londres, au correspondant de M. B.

« Le correspondant, quiest toujours un banquier, l’envoie au Clearing- Uonse, où il est soldé par le banquier de M. A. Le montant est alors porté au crédit du banquier de M. B. avec son correspondant; et, do cotte f.içoii, la transaction se trouve complète, sans l’emploi de la moindre pièi e de monnaie. Le seul mécanisme mis on jeu consiste dans les deux lettres, dont l’une porte le chèque à Liverpool et l’autre le porte à Londres, et enfin dans l'inscription du chèque sur les livres des trois banquiers.

« Il existe un autre mode encore plus simple d’effecluer celte transaction. C’est que M. A., connaissant le correspondant à Londres du banquier de M. B. à Liverpool (connaissance qu’il peut d’ailleurs acquérir très-facilement en consultant l’ Almanach des Adresses), se rende tout simplement chez ledit correspondant, et lui donne, pourlecoraple de M. B., son chèque, avec instruction d’en faire créditer le coraptedeM.B. chezson banquier de Liverpool. Dans ce cas, le correspondant n’a qu’à envoyer le chèque au Clearing-House, en faisant connaître le montant et la destination de cet effet au banquier de Liverpool. » (J/émoire sur la Nécessité, etc., page 39.)

COURS D’ÉCONOMIE POUTIQUE.

avec la Banque de France; ils lui livrent leur numéraire, sans recevoir d’elle aucun iniérêt, à la charge, par elle, d’effectuer pour eux les encaissements, à domicile, et d’aoquilter, à valoir sur leurs dépôts, les mandats qu’ils délivrent sur elle. Le service des recouvrements qu’elle fait au dehors pour les particuliers est très-largement établi, et c’est une des dépenses de l’institution.

En résumé, cependant, la Banque de France ne se procure, par le moyen des comptes courants, qu’une somme bien médiocre, en comparaison du total des fonds décaissé qui dorment chez les particuliers non commerçants, et même chez les commerçants. En moyenne, les comptes courants particuliers ne s’élèvent, pour Paris, qu’à 130 millions, et, pour l’ensemble des succursales des départements, ils ne vont qu’à une trentaine. Il reste donc à cet égard infiniment à faire. Dans Paris, quelques éta- ‘ blissements, formés depuis une quinzaine d’années, se sont mis à appeler les dépôts par l’appât d’un iniérêt plus ou moins élevé; tels le Crédit Foncier, le Crédit Mobilier, le Crédit Industriel et Commercial, la Société des Dépôts, la Société Générale et quelques autres. Ils font aux déposants des conditions beaucoup plus libérales que celles qui viennent d’être rapportées pour \q% joint stock banks de , l’Angleterre (1).

(1) On peut s’en faire une iddc par l’exlrait suivant d’une note publiée par le Crédit Mobilier, pour exposer les conditions auxquelles il recevait en compte courant les sommes qui lui étaient versées , pendant l'été de 1865, alors que le taux de l’escompte de la Banque de France était à 3 pour cent.

« 1 “ Le compte courant est crédité du montant des versements le lendemain du jour où ils ont lieu ;

« 2° Bonification, au profit du titulaire de compte courant, d’un intérêt calculé sur le pied de 2 1/2 pour 100 l’an, pour toute somme dont il sera créditeur;

« 3“ Remboursement à vue, jusqu’à concurrence de 20,000 francs par

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Les Caisses d’épargne exerçaieni, depuis un certain nombre d’années, une action salutaire pour le même objet, l’agglomération et la concentration des fonds de caisse ; mais elles procèdent suivant une forme restrictive, qui est fort incommode pour le déposant, et elles ne mettent pas les dépôts à la disposition de l’industrie. M. Scliulze- Delitsch leur a sous ce rapport fait subir, en Allemagne , une métamorphose admirable , qui n’a pas encore pénétré en France : il en a fait des banques populaires.

Les bons du Trésor offrent depuis longtemps un placement provisoire aux capitaux qui sont en suspens.

En somme, le service consistant à utiliser, pour la fécondation du travail, les sommes éparses dans les caisses ou les tiroirs, par le moyen des chèques ou par tout autre procédé, n’existe encore dans Paris qu'à l’élat rudimentaire, et, dans les dix-neuf vingtièmes des .dépar-

jour; remboursement des sommes supérieures à 20,000 francs deux jours après avis adressé à la Société ;

«4° Faculté donnée au titulaire de disposer, soit au moyen de clièques ou mandats, soit au moyen de bous de virement en faveur de tout autre titulaire de compte courant, de tout ou partie des sommes dont il sera créditeur ;

« t)° Les dispositions ne seront, dans aucun cas, présentables à l’acceptation de la Société ;

« 0” Le compte courant sera débité valeur de la veille du jour indiqué pour le payement;

« 7“ Le compte courant ne pourra jamais être débiteur ;

« La Société refusera absolument le payement ou l’admission de tout chèque ou bon de virement dépassant de quelque somme que ce soit le solde au crédit du titulaire.

R 8“ La Société se réserve le droit de mettre fin au compte courant ou d’en modifier les conditions. »

Les autres établissements de Paris font des conditions analogues. 11 en est qui ont deux taux d’intéiêt, l’un pour les dépôts exigibles à vue, l’autre pour les dépôts dont le remboursement ne peut être demandé que dans un certain nombre de jours, sept jours par exemple.

temenls, il n’a pas môme cette , ombre d’existence (1). II rencontre une énergique résistance, jusqu’ici insurmontable, dans l’babitude à laquelle tient le commerce français de garder chez soi sa caisse, et d’effectuer soimême le payement de ses engagements, au lieu d’élire domicile dans quelque établissement analogue aux banquiers de Londres ou aux jomt stock banks de cette ville, qu’on aurait, au préalable, constitué son caissier. On repousse cette innovation obstinément, sans raisonner. Tant que cette répuguance n’aura pas été vaincue, on fera des efforts à peu prés superflus pour développer en France le système de compensation dont l’Angleterre et les États-Unis ont tant à s’applaudir.

Lorsque, par la centralisation et par l’emploi des ingénieux artifices de comptabilité qui résultent des comptes courants, des chèques et du clearmg-house, on a réduit, dans une forte proportion, la quantité de métaux précieux qui est nécessaire au service des échanges, on n’est pas encore au terme des économies que la société peut faire sur la masse de son or ou de son argent monnayés. Ici se présentent des inventions qui permettent de remplacer dans la circulation les métaux précieux par des signes, derrière lesquels sont des équivalents, eUqui, à la différence du chèque, peuvent circuler pendant un temps indéfini. Tel est d’abord le billet de banque. C’est un engagement qu’une institution financière s’oblige à échanger contre des espèces , à la volonté du porteur, et dont le public se sert en place d’espèces d’or ou d’argent, parce qu’il se tient pour assuré d’obtenir immédiatement des espèces , en retour , et qu£ c’est plus commode à manier et à porter. Une banque qui a réussi à gagner la confiance maintient dans

(I) On peut citer, pour Lyon, le Cnidit Lyonnais, qui est un établissement important, remplissant celte fonction.

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la circulation une grande quantité de billets, sans avoir besoin de conserver en caisse, pour les rembourser, une somme en espèces, qui soit égale, à beaucoup près. Communément jusqu’en 1844, où fut votée la loi qui porte le nom désir Robert Peel, son promoteur, la Banque d’Angleterre garantissait, avec 7 ou 8 millions sterling (175 à 200 millions de francs) d’or ou d’argent (1) dans ses caves, une circulation de 20 à 22 millions de livres en billets (500 à 550 millions de fr.). A ce compte, l’emploi des billets de la Banque d’Angleterre aurait donné au pays le moyen de diminuer d’environ 13 millions sterling (325 millions de francs) son numéraire métallique, Depuis 1844, la Banque d’Angleterre est forcée d’avoir un plus fort en caisse en métaux précieux, principalement en or. Habituellement c’est 13 à 14 millions sterling (325 à 350 millions de francs), au lieu de 7 ou 8 ; (175 à 200 millions de francs). Ce qui met à 7 millions sterling (175 millions de francs) seulement l’économie que le billet de la Banque d’Angleterre permet au pays d’opérer sur le montant de son numéraire métallique. A ’ cette économie se joint celle qui est l’œuvre des autres banques autorisées à émettre des billets, soit dans l’Angle- terre proprement dite et le pays de Galles, soit en Écosse, soit en Irlande. Le bloc de leurs émissions est en moyenne de 15 à 18 millions sterling (373 à 430 millions de francs), et la somme qu’elles ont en espèces sonnantes ou en lingots est en proportion moindre qu’à la Banque d’Angleterre,

La lettre de change (2) peut beaucoup réduire le mon- '

(t) La Banque d’Angleterre est autorisée à avoir en argent un quart de son approvisionnement métallique, quoique l'argent ne circule pas dans le Royaume-Uni à l’état de monnaie proprement dite. (Voir plus haut, page 173.)

(2) La lettre de change est bien connue. C’est un titre par lequel un commerçant, qui habite une place, charge un correspondant, qu’il a

tant des écus en circulaUon. La lettre de change n’est qu’un engagement individuel, qui olTre moins de garantie que celui d’une riche institution, dont les affaires sont soumises au contrôle de la publicité. Mais lorsque la personne qui l’a signée est un commerçant considérable, ou lorsque le signataire, occupant un rang plus modeste, a sa signature appuyée de celle de plusieurs endosseurs solvables, la lettre de change circule, parmi les conamerçants, presque comme le ferait un billet de banque. Le cercle dans lequel elle est accueillie varie d’étendue avec l’importance des hommes qui s’en sont faits les garants : il suflit que l’un d’entre eux ail une grande situation commerciale pour que ce cercle soit vaste.

Ici apparait un degré nouveau de centralisation qui sert de couronnement à tout ce que nous avons indiqué déjà. Par les moyens qui précèdent, la centralisation s’effectue heureusement dans le sein de chaque localité, mais elle ne s’étend pas au delà de l’enceinte de la ville. La lettre de change, qui crée des relations entre les habitants des localités diverses, proches ou éloignées, est l’élément naturel d’une centralisation supérieure qui peut embrasser tout un empire. Pour mieux fi.xer les idées, considérons ce qui se passe en France. Chaque ville a

dans une antre ville, de payer loi jour, à un tiers ou à l'ordre de ce tiers (c'est-à-dire à la personne à laquelle celui-ci aura transmis le titre), une somme déterminée. Pour que la lettre de change ait son effet, il faut qu’elle ail été acceptée rormcileraeiit ou agréée d’une manière quelconque par celui sur lequel elle est tirée. Elle devient alors un engagement qui lie deux personnes, l'accepteur et le tireur. La lettre de change se transmet ordinairement par voie d’endossemenf. Chaque nouveau détenteur, en la passant à une autre personne, signe.au dos et devient endosseur, et par- conséquent responsable lui-méme.

Quelquefois cependant, pour éviter cette responsabilité, il se dispense d’endosser; les lettres de change qui se transmettent de celte manière exceptionnelle sont ce qu’on appelle des lettres de change en bUinc : il en a été question page 42.

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ses banquiers qui ont, entre autres attributions essentielles à leur profession, le commerce des lettres de change. Les comptoirs ou succursales de la Banque de France remplissent la même fonction, dans les villes où ils sont institués, et qui sont nombreuses. Par les soins des banquiers et de ces succursales, toutes les lettres de change, qui représentent les titres de créance que chaque ville possède sur les autres, sont recueillies, et ainsi ces litres se trouvent tous réunis dans un petit nombre demains.

11 n’y a plus qu’ù organiser un système de liquidation entre les banquiers et les succursales de tout l’empire français, pour que les transactions entre les diverses , parties du territoire donnent lieu à un mouvement de papier ou d'écritures plutôt qu’à un voyage d’espèces, et que les métaux précieux n’aient plus à se déplacer que pour solder des balances. On est parvenu à établir celte organisation, au moyen des lettres de change sur Paris, c’est-à-dire payables dans la capitale. La lettre de change sur Paris est une forme d’engagement fort usitée aujouiv •' d’hui dans nos villes commerçantes ou manufacturières. C’est de celle manière qu’on s’acquitte d’une ville à l’autre, dans le plus grand nombre des cas, et c’est un des remarquables perfectionnements qu’a reçus notre mécanisme commercial. Des lettres de change arrivent à Paris de tous les coins du territoire ; elles viennent, endossées par quelqu’un des banquiers les plus importants de chaque localité, quand elles ne sont pas transmises pailes succursales de la Banque de France. C'est de celte façon que les comptes des diverses villes les unes avec les autres aboulisseuL à une liquidation entre des agents, tous établis dans une seule et mêmè localité. Paris devient un Clearing-Home pour la France entière. >

A la faveur de la Banque de France, la ressemblance devient plus frappante entre ce qui se passe à Paris pour

les chefs d’industrie répartis sur la totalité du territoire, et ce qui a lieu à Londres, dans la salle du Clearing-Home^ pour la réunion des tankers et des institutions de crédit assimilées à ceux-ci. Les tankers, avons-nous dit, se présentent au Clearing-Home avec des chèques, mandats qui .sont tous payables à vue. Les lettres de change, que tes banquiers de la province ou les succursales ont colligées et envoyées à leurs correspondants de Paris, sont à une échéance convenue et non encore arrivée. Mais la Banque de France, en escomptant ces effets, lorsqu’ils lui sont directement présentés, soit à Paris, soit dans les villes où sont les succursales, c’est-à-dire en les prenant comme argent comptant (sauf une retenue qui n’importe pas ici), les transforme par cela môme en traites à vue, et dès-lors la liquidation est opérée à peu près comme dans un clearing-home.

Je n’ai pas besoin de dire que, à fortiori, la place de Londres est devenue, en Angleterre, par un procédé analogue, le centre de liquidation do l’ensemble des transactions qui se passent entre les différentes localités des Iles-Britanniques. Chaque institution financière, chaque compagnie un peu importante, presque chaque commerçant ou fabricant au-dessus de l’ordinaire a un correspondant, et par là une sorte de domicile commercial à Londres. La Banque d’Angleterre est ainsi , dans Londres même, le point où tout converge, surtout dans les temps ■un peu difficiles. Toutefois les grandes joint stock tanks la suppléent, dans uue forte mesure, pour ce service. 11 est vrai que ces institutions ont à la Banque d’Angleterre un compte courant, moyennant lequel s’opère la liquidation définitive et suprême.

Pour un avenir plus ou moins éloigné, l’esprit conçoit un degré ultérieur de centralisation, qui résulterait de relations régulières établies entre les banques centrales des dif-

férenis États, telles que sont ; la Banque d’Angleterre pour les Iles-Britanniques, la Banque de France pour notre patrie, et comme seraient la Banque de Vienne pour l’Autriche,la Banque de Berlin pour la Prusse, si Vienne elBerlin avaient, dans les affaires des Étals dont elles sont les capitales, le poids qui appartient c'i Londres et à Paris. On peut se faire une idée des rapports dont ici nous exprimons le vœu, en regardant ce qui se passe aux États-Unis, entre le groupe des banques principales de New-York et les groupes semblables de Boston, de Philadelphie, de Baltimore, de la Nouvelle-Orléans, de Cincinnati, etc., qui président aux transactions financières et commerciales des différents Étals, tous souverains jusqu’à un certain point, qui composent l’Union. Mais quand verra-t-on les États européens instituer entre eux des relations qui ressemblent, môme de loin, au bon accord et à l’appui réciproque par lesquels les Étals de l’Amérique du Nord avaient tant avancé leur prospérité et leur puissance mutuelle, depuis leur indépendance jusqu’en 1861?

Déjà cependant on a vu la Banque d’Angleterre et la Panque de France venir utilement à l’assistance l’une de l’autre. Mais ce n’a été que fort accidentellement.

Ou ne voit même pas pourquoi le progrès des relations commerciales et politiques entre les peuples Européens ne déterminerait pas la création d’une banque internationale, qui aurait au moins un siège dans chacun des grands Étals (1).

Ce qui précède fait pressentir quelle est aujourd’hui l’étendue du rôle que joue la lettre de change. Nous n’avons cependant pas indiqué tous les usages qu’on en peut faire. Primitivement réservée partout à représenter

(1) Cette idée a été développée et très-bien motivée dans un écrit d'un négociant éclairé de Bordeaux, M. J. B. Paul Duvergier (La Banque Internationale, Paris, chez Guillaumin, 1865).

COURS D’iîCONOMIE POLITIQUE.

les engagements de commerçant à commerçant, et jusqu’à présent consacrée exclusivement à cet emploi dans la plupart des pays, la lettre de change en a reçu quelquefois un plus général. En Angleterre, dans quelques comtés , il y a un demi-siècle , les particuliers s’en servaient pour payer leurs fournisseurs; ou les faisait en sommes rondes de 10 liv. sterl., ou de 15 ou de 20. C’était le cas dans le Lancashire (I). L’impôt du timbre sur les lettres de change ayant été augmenté, le public préféra les billets de banque, soit à vue, soit à courte échéance {bank-post-bills) (2).

Dans l’ensemble des p.ayements commerciaux qui s’accomplissent au sein du Royauine-Uui, la lettre de change a une action tellement vaste, que celle du billet de banque lui-même l’est certainement moins. Un relevé, passablement conjectural à la vérité, qu’un banquier anglais, M. Leatham, avait dressé, en raisonnant sur le produit du droit de timbre de ces effets, portait à 528 millions sterling (280,000,000 fr.) la masse des lettres de change qui avait été mise en circulation dans l’année 1839. L’accroissement était continu; depuis 1832, il était moyennement de 24 millions sterling (604 raillions de francs) par an. Fait plus intéressant peut-être, le montant des lettres de change en circulation simultanément, à un instant donné de 1839, aurait été, d’après les mêmes calculs, de 132 millions sterling (3 milliards 320 millions de francs) "en moyenne : sous ce rapport, l’accroissement annuel moyen aurait été, depuis 1 832, de plus de 1 50 millions de francs.

(1) Témoignage de M. Louis Loyd, banquier à Manchester, lors de l’enquête de 1819, à la chambre des Lords, sur la reprise des payements en espèces.

(2) Les bank-post büls ne forment qu’une petite fraction de l’émission totale delà Banque d’Angleterre. Us sont à sept jours d'échéance.

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Les calculs de M. Leatham ont ét<5 repris et pour- *‘suivis jusques à une époque plus récente, avec un redoublement de soins et avec de nouveaux éléments d’instruction, plus précis que ceux qu’avait pu se procurer cet auteur, par M. Newmarch, qui a publié son travail, tant dans le recueil de la Société de Statistique de Londres que dans le sixième volume de V Histoire des PrixàQ M. Tooke, ouvrage auquel il a contribué comme collaborateur, pour les volumes Vet VI. Suivant cet habilestatislicien, le nombre total des lettre de change en circulation au même instant, dans le Royaume-Uni, n’a guère pu être en moyenne, pour 1856, de moins de 180 millions sterling (environ 4 milliards et demi de francs), et probablement est monté à 200 millions sterling (environ 5 milliards) (1).

D’après le S tatistical Abstract, la moyenne de la circulation des billets de banque de toute sorte, c'est-à-dire de toutes les banques, n’a été, dans la même année 1856, que de 37,664,000 livres sterling (947 millions de francs) (2). C’est assurément la preuve que, dans un pays dont les institutions commerciales sont perfectionnées, le billet de banque n’est, en quantité, qu’à un rang secondaire, par rapport aux titres et instruments mis en circulation par les particuliers (3).

Pour l’Angleterre proprement dite et le pays de Galles, c’est-à-dire en laissant de côté l’industrieuse Écosse et

(1) History of Prias, t. VI, pages S87 et suivantes. ’ ‘

(2) Au change de 25 fr. 15 c. que nous avons adopté pour les conversions, dans le présent chapitre, où il irnporta.it d’être Tort précis. Hors de là, nous avons pris le plus souvent la proportion de 25 Tr. contre une livre st.

(3) Je renvoie auxiVinetpes iT Économie Politique, S.Mill, pour ce qui concerne l'étendue diverse du rôle que jouent dans les transactions les diflérents mécanismes de crédit avec une même puissance nominale, livre IIl, chapitre xit. Voir aussi rjETistoire des Prix, de M. Tooke, tome IV, et VJnquiry into the Cwrenoy Principledxi même auteur.

6bG COURS D’ÉCONOMIE POLITIQUE.

l’Irlande, M. Newmarch a pu établir l’émission des lettres de change pour chaque trimestre, à partir de 1830, jusquesen 1853 inclusivement. 1830, qui forme le point de départ, présente pour l’ensemble des lettres de change de l’année, 197,170,000 livres sterling (4 milliards 959 millions de francs) ; 1853, année extrême de la période pour laquelle M. Newmarch a eu des renseignements positifs, est moulé à 323,230,000 livres sterling (8 milliards 129 millions). Si on partage la période de vingtquatre ans, qu’il a envisagée, en séries de trois années, on trouve les résultats moyens suivants, par an, pour chaque série :

11 est remarquable que le montant des billets de banque en circulation dans le Royaume-Uni, non-seulement «st beaucoup moindre que celui des lettres de change, ainsi qu’on vient de le voir, mais même qu’il ne progresse aucunement. En prenant, dans le Statistical Abstract, la moyenne des trois dernières années (1862-63-64) et celle des trois premières du régime établi par la loi de 1844(1845-46-47), on trouve d’une part 36,778,000 livres sterling (925 millions), de l’autre 38,183,000 livres (ou 960 millions), ce qui indique une diminution de 4 et demi pour 100, au lieu d’un accroissement.

Voici, en effet, la moyenne annuelle des billets de banque, en circulation dans les trois royaumes, depuis et y

199,320,000 liv. st. ou 5,017 millions de fr.

LA MONNAIE. SECTION XV, CHAPITRE lU. (337

compris 1852, en livres sterling. La progression est nulle, ou plutôt elle est négative.

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