CI1.\PITRE PREMIER
Du mouvement des espèces monnayées et des matières d’or et d'arsent, entre les différents États, considéré dans les phénomène généraux.
Tout pays qui a reçu des marchandises étrangères est tenu, en honneur et en justice, de les payer. La tendance générale est de s’acquitter avec les produits de.sa propre industrie. C’est ainsi que, chaque année, lorsque la France a reçu de laGrande-Bretagne descharbons.des fon tes brutes , des fils, de coton , des tissus de lin , des tapis, elle lui renvoie des proiluits français, des vins de Champagne ou de Bordeaux, des farines, desfruits, desarticlesdemodeet dégoût, des soieries (1). Il est plus profitable, communément pour la France, de solder ainsi son compte, que de se dessaisir de l’or et de l’argent servant au mécanisme de ses échanges. L’arrangement est plus avantageux aussi pour l’Angleterre, qui possède habituellement l’approvisionnement
(l)On peut objecter ici que, si les vins, que je suppose expédiés par la l'iance, sont entièrement de son cru, il n'en est pas de môme des autres productions, .\insi, dans les soieries, les couleurs ont été en partie achetées au dehors, et le tissu môme a pu être fait avec de la soie étrangère ; les toiles peintes fines sont certainement faites avec une matière te.xtile qui est étrangère, et pour la confection des objets de goût, on a employé des substances venues de toutes les parties du globe; mais, dans ces marchandises variées, tout peut être considéré comme d’origine française, car le travail qui les a façonnées est français, et les matières exo-
de mélaux précieux qu’elle désire, et qui, si tous ses débiteurs se niellaient à lui expédier de l’or et de l’argent, n’en aurait que faire chez elle ; tandis que nos vins, nos farines, nos fruits, nos soieries, nos articles dégoût, sont en rapport direct avec ses besoins. C’est pour le Mexique, le Pérou, la Russie, la Californie, l’Australie, qu’il est naturel de payer avec des lingots, des piastres, des dollars, des impériales ou de la poudre d’or.
Il est donc exact de dire que, en principe et en fait, les importations d’nn pays s’acquittent au moyen des fruits de son propre travail qu’il exporte. On lire sur lui, du dehors, des letlres-de-change, jusqu’à concurrence des inipoi lalions qu’il a reçues ; il y répond par des letlresde-change qui représentent les exportations qu’il a livrées. La somme de celles-ci doit, on moyenne, pour un laps de temps de plusieurs années, équilibrer à peu près la somme de celles-là, sinon envers chacun des États étrangers en particulier, du moins pour l’ensemble, en supposant un pays qui soit stationnaire, sous le triple rapport de la richesse, du capital et du luxe, et où le mécanisme monétaire et le mode des échanges restent les mêmes. C’est en ce sens qu’il y a une éclatante vérité dans cette proposition établie par J. -B. Say, que le commerce international est le troc des produits de l’uii contre les produits de l’autre.
Mais on ne doit pas perdre de vue que les importations de chacun des deux Étals, qui sont des exportations par rapport à l’autre partie contractante, sont appelées par les besoins raisonnés des populations respectives, je veux dire par leurs besoins rapprochés de leurs ressources. Il se peut que la France ait besoin de plus de charbon et de fonte celle année qu’à l’ordinaire, et qu’au contraire, la
tiques qui y ont servi ont été soldées, en définitive, directement ou indirectement, aux contrées d’où on les a tirées, avec du travail français.
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même année, l’Anglelerre n’ait pus la volonté ou le pouvoir de consoiumer môtne la quantité accoutumée de vin de Champagne ou d’articles de Lyon et de Paris. Avec plus ou moins de temps, ces inégalités et ces disproportions se balancent, mais ce n’est pas immédiatement. Je ne disconsiens pas que, si la France a tiré beaucoup plus de foute et de charbon de la Grande-Bretagne, il est à croire que ce surplus de demaude aura répandu la prospérité parmi les mineurs de Newcastle, ouïes fondeurs de l’Écosse ou du pays de Galles, qui alors eux-mêmes auront vraisemblablement consommé plus de produits en tout genre, nationaux et étrangers, et spécialement de produits français; ils auront pu faire participer à leur bien-être inaccoutumé et Ji leurs consommatious extraordinaires un certain nombre de leurs compatriotes, d’où sera résulté, de la part de certains Anglais, une demande supplwnenlaire spéciale des produits français. Il n’en est pas moins vrai que c’est là un effet probable et non pas infaillible, et que ce surcroît de demaude spéciale peut ne point compenser la baisse de la demande générale du reste de l’Angleterre. Bien des causes peuvent diminuer ou arrêter le retlux qui, dans l’hypothèse indiquée ici, tendait à se manifester de Fiance en Angleterre, en conséijueuce du courant plus fort qui a eu lieu des produits anglais vers le marché français : un ensemble de spéculations mal conçues ou exagérées, qui aura renversé beaucoup de fortunes et porté une atteinte profonde à la production et à la consommation dans la Grande-Bretagne, comme on l’a trop éprouAé en 182ii et en 1847 ; une agitation politique, ou la fermeture accidentelle de quelques marchés extérieurs, qui auront restreint dans le pays le travail et par conséquent l’aisance, ainsi qu’on l’a vu en 1861 , quand laguerre civile des États-Unis a réduit dans de fortes proportions les importations de l’Amérique du Nord, en produits an-
glais ou autres, ainsi que ses refours en coton brut; l’intempérie des saisons, qui aura porté un grand préjudice à quelqu’une des récoltes principales, causé la disette et appauvri la population.
L’habitant de la France qui fait venir d’Angleterre du charbon, delà fonte, ou des fils de coton, ou des tissus de lin, ou des machines, n’est point le même qui expédie de France en Angleterre des vins, ou des farines, ou des soieries de Lyon, ou des toiles peintes de Mulhouse, ou des articles de Paris. Ce sont deux individus très-distincts, l’un recevant la lettre-de-change d’un Anglais, l’autre délivrant la sienne à un Anglais différent. Entre eux, point de solidarité directe, rien que des relations médiales et éloignées. L’opération faite par celui-ci n’enlralne point impérieusement, de la façon dont la cause entraîne l’effet, l’opération de celui-là; ils se déterminent l’un etl’autrepar une raison qui leur est propre, par le sentiment de leur intérêt, dans ses rapports avec les convenances générales du consommateur, leur concitoyen. Une chose cependant est vraie : si une demande de produits anglais ne suit pas, comme à l’ordinaire , l’expédition en Angleterre de produits français; si une leffre-de-change tirée de l’Angleterre ne répond pas à la lettre-de-change tirée sur l’Angleterre, les Anglais, pour s’acquitter , devi'pnt se mettre en mesure d’embarquer de l’or ou de l’aient pour Calais. Cette perspective fera baisser le chan^ de Londres sur Paris, c’est-à-dire que, désormais, 1 kilogramme d’or, livrable à Londres, au lieu de s’échanger contre tout juste 1 kilogramme d’or livrable à Paris, ne se troquera plus que contre une quantité un peu moindre. Cette altération dans le cours du change deviendra un attrait nouveau pour l’exportation de produits anglais en France. Tel commerçant français qui se refusaità faire venir des produits anglais,* parce que les circoustan-
ces ne lui promettaient pas un profit qui pût le séduire, remarquera qu’il peut lesavoir à meilleur marché, puisqu’il suffira, pour effectuer le payement, à Londres, d'une somme donnée, de délivrer un montant moindre à Paris. Et puis, il y a lieu de croire que la stagnation du commerce d’exportation, d’Angleterre en France, aura déprimé le cours des produits anglais qui avaient l’habitude de s’exporter, d’où une tentation nouvelle, pour le commerce, d’en acheter afin de les exporter en France ou ailleurs.
Certes, les variations qu’éprouve le cours du change entre deux places voisines, comme Paris et Londres, sont bien modérées ; la quantité dont 1e change peut, en effet, s’écarter du pair en dessus ou en dessous est limitée par ce qu’il en coûte pour transporter effectivement de l’or d’une place à l’autre, puisque, si la prime à payer pour l’opération du change excédait les frais de transport, on prendrait le parti de faire en réalité l’expédition. Or, ces frais sont peu de chose. Neanmoins, les profils du commerce sont ordinairement tellement restreints par la concurrence, que la différence entre un change favorable et un défavorable est une des circonstances que prend en considération le commerçant dans ses commandes, et qui contribuent à rétablir la balance entre les importations et les exportations.
Pour voir comment l’équilibre se maintient, sans un grand déplacement de métaux précieux, entre deux pays qui trafi(|uent beaucoup ensemble, il faut tenir compte du commerce de ces deux États avec les diverses autres nations. Ce n’est pas le commerce de la France avec l’Angleterre seule qui se balance à peu près, sans l’intervention d’une grande /quantité de métaux précieux en espèces ou en lingots, par une somme d’exportations analogue à celle des importations. La France peut s’acquitter aussi envers le commerce anglais par deslettres-de-change
sur l’Espagne, sur les États-Unis, sur la Belgique, lellresde-change qui représentent des marchandises que la France a e.xportées dans ces contrées, par delà ce qu’il fallait pour qu’elle fût quitte de ce qu’elle en avait reçu ellemême.
Un des cas où la sortie dos métaux précieu.v acquiert le plus d’impétuosité est celui où une région populeuse aura vu sa récolte en céréales lui faire défaut. Alors, il se manifeste, dans les rapports entre le pays affamé et toute contrée qui possède une notable réserve en grains, un changement considérable-. Le courant commercial qui amène les produits de celui-ci à celui-là prend subitement, par le fait des grains qui viennent s’y précipiter, une grande force , que le contre-courant ne saurait égaler. Quand une nation, comme la Grande-Bretagne, par e.\emple, se met tout d’un coup à demander, dans une seule saison, pour 150 ou 200 millions de plus de blé à la Russie et pour pareille somme aux États-Unis, assurément les populations agricoles de la Crimée, ou des rives do la Baltique, ou des bords de l’Ohio, qui vendent leurs grains à des prix inespérés, achèteront plus d’objets de toute sorte, en Angleterre comme ailleurs. Les navires qui auront transporté, à des conditions très-lucratives, comme il arrive toujours en pareil cas, delà Russie ou de l’Amérique, des blés, marchandise encombrante, à Londres, à Bristol ou à Liverpool, olfrirout à vil prix leur fret de retour, et décideront ainsi, par le bon marché du transport, les commerçants à faire des expéditions, indépendamment de l’action, que nous signalions il n’y a qu’un instant, qu’aura le cours du change. De celte manière, les exportations de l’Angleterre, dans le cas que nous examinons ici, à destination de la Russie, des États-Unis et des autres pays producteurs de céréales, iront en croissant, mais elles n’égaleront pas les im-
portations, exiraordinairemeut grandes en grains et en farines, que l’Angleterre aura tirées des mêmes régions, et par conséquent il restera une force pour pousser les métaux précieux hors de rAiigIclerre.
Pendant la disette de 1847, les relevés du commerce de la Grande-Bretagne avec les autres États ont constaté ce qui vient d’être dit. Les exportations de la Grande- Bretagne pour les pays d’Europe, qui souffraient de la même calamité, se sont ralenties; mais elles se sont activées envers les contrées ijui produisent des grains, et qui en expédient à la Grande-Bretagne et à l’Europe occidentale. Ainsi, avec la France, l’Allemagne, l’Italie, les exportations de l’Angleterre ont diminué; tandis qu’elles ont augmenté avec les États-Unis, avec la Russie, avec l’Égypte. Néanmoins, l’accroissement des exportations anglaises, à destination des pays producteurs de céréales, a été bien loin d’égaler le montant de l’importation inusitée en grains ou en farines que l’Angleterre en a reçue; elle n’en a formé qu’une fraction. G’est ainsi qu’il a dû sortir do l’Angleterre, à la fin de 1846 et pendant les six premiers mois de 1847, une somme exceptionnelle en métaux précieux.
Il y a toujours, dans les grands États commerçants, un certain approvisionnement de métaux précieux en lingots, qui est là pour les besoins des arts, ou qui attend les variations du change pour en profiter. Dans l’hypothèse où nous nous sommes placé, celte masse flottante se met en chemin. Il y a, en outre, des réservoirs où les métaux précieux s'accumulent, à l’état d’espèces monnayées principalement, mais cependant aussi en lingots : ce sont les caisses des grandes banques, comme sont la Banque d’Angleterre et la Banque de France, comme était autrefois la Banque des États-Unis, qui a cessé d’exister. Les commerçants qui ont des payements à faire à l’étran-
ger, et qui ne trouvent pas de lettres-de-change venues du dehors qu’ils puissent retourner, puisent dans ces divers dépôts, et c’est ainsi qu’on a vu l’encaisse métallique des Banques de France et d’Angleterre décroître rapidement, après la moisson de 1846. Du 1" juillet 1846 au 14 janvier 1847, celui delà Banque de France avait diminué de 172 millions. La diminution fut plus forte encore à la Banque d’Angleterre. On a remarqué que, à toutes les mauvaises récoltes de la Grande-Bretagne, l’avoir métallique de la Banque d’Angleterre diminuait sensiblement. Toutefois, à l’occasion des approvisionnements de métaux précieux que possèdent les grandes banques, il est bon de remarquer, 1® qu’ils peuvent se réduire par des causes autres que rexportafion, c’est-à-dire par des causes intérieures ; 2® que, pour l’exportation, il existe, chez les marchands de métaux précieux , d’autres dépôts où le commerce puise tout aussi bien.
Même hors de ces temps critiques, il y a constamment des métaux précieux en plus ou moins grande quantité, qui vont et viennent, décrivant ainsi un périple très-divers, selon la diversité des circonstances.
Celte pérainbulation d’une masse variable de métaux précieux qui servent à solder les comptes, tantôt de ce pays-ci, tantôt de celui-là, se complique d’autres mouvements avec lesquels il ne faut cependant pas la confondre. Ainsi, à la sortie, les lingots d’argent et d’or du Mexique et du Pérou étaient , il y a peu d’années , et sont encore fréquemment confiés, pour plus de sûreté, à des navires de la marine royale britannique qui, naturellement , les transportent d’abord en Angleterre où ces métaux sont consignés, et d’où ils ont à se répandre ensuite dans les différents États, selon les besoins des arts et ceux du monnayage. Ainsi encore , l’habileté des affineurs français a maintes fois déterminé le passage parla
France d’une grande quanlilé de lingots d’argent et de piastres, pour y subir l’opération du départ.
Ensuite, il y a des mouvements accidentels de métaux précieux de toute autre nature, qui cependant ne laissent pas que de se présenter souvent. De vastes entreprises subitement montées, qui auront pour but un pays peu exploité encore, et y précipiteront les capitaux de l’Europe, pourront avoir l’effet de causer d’étranges déplacements d’or et d’argent. Ce fut ainsi que la grande spéculation des mines américaines, dont s’éprirent les Anglais en 1825, causa cette anomalie, que de fortes sommes en espèces ou en lingots refluèrent de l’Angleterre dans les pays producteurs de métaux précieux. C’était comme un fleuve qui serait remonté à sa source. Je lis dans le livre qu’a écrit sur le Mexique le premier envoyé anglais dans ce pays après l’indépendance, M. Ward, qu’à l’hôtel-des-monnaies de Mexico, on eut alors à monnayer en or venu d’Angleterre 1,936,040 piastres, ou environ 3,000 kilog. pesant de métal (1).
Les emprunts des États donnent lieu fréquemment à des mouvements de métaux précieux. Supposez que la Prusse ou la Russie aient négocié un emprunt de trois cent millions à Londres ; les versements des souscripteurs de l’emprunt se feront, pour une certaine portion, en lettres-de-cliange sur Berlin ou Cologne ou sur Pétersbourgou Odessa, mais le montant des lettres-de-cliange sur ces places, qui pourront être recueillies, est limité. Pour le reste on devra expédier des espèces métalliques. Les pays où les capitaux abondent, comme l’Angleterre, la France et la Hollande, sont exposés ainsi à des exportations considérables d’espèces, du fait des emprunts étrangers dont ils accueillent les titres. Les emprunts du royaume d’Italie sont, depuis
(1) Ward, Mexico, Ionie 1, page 19.
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CûüllS D’ÉCONOMIE POLITIQUE.
1861, l’occasion d’une notable sortie d’or de France (1). Une expérience pareille a été faite bien souvent en Angleterre.
Parmi les causes qui dérangent le mouvement normal des métaux précieux, il ne faut pas omettre la guerre, source de tant de perturbations de tout genre dans le monde. La guerre rend plus nécessaires les soldes en monnaie, parce qu’elle barre la plupart des chemins aux autres marchandises, et qu’on est souvent réduit alors dans le commerce à s’acquitter en or, celui-ci étant plus facile à transporter par de longs détours que les autres produits. Elle fait désirer les métaux précieux aux populations, lorsque celles-ci peuvent avoir à craindre le fléau de l’invasion, et elle les porte à enfouir. Elle provoque la formation de caisses militaires abondamment pourvues d’or, ce qui contribue à retirer les pièces de métal de leurs canaux accoutumés.
Dans le cours ordinaire des choses, tenons pour certain que les métaux précieux, en lingots ou en espèces monnayées, sont des marchandises qui ne quittent un État qu’autant qu’on n’a pas le moyen de faire sortir d’autres marchandises, dont l’exportation fût plus profitable. L’or et l’argent ont ce caractère que, sauf quelques faibles variations, ils trouvent constamment à se placer partout. Voilà pourquoi on se met à les exporter , quand on a épuisé les autres exportations; mais on attend que celles-ci aient cessé d’être praticables avec avantage.
Les règlements restrictifs qui gênent et souvent interdisent, dans la plupart des États, l’entrée d’un grand nombre de marchandises étrangères autres que l’argent et l’or, doi-
(i) La sortie des marchandises françaises a cependant payé la majeure partie de ces emprunts.
LA MONNAIE. SECTION XVI, CHAPITaE I. 687
\ent contribuer sérieusement à rendre obligatoire l’exportation de l’or et del’argent, monnayés ou non, de certains États, toutes les fois que des accidents d’une nature quelconque ont rendu nécessaire, dans ces derniers, un surcroît d'importation des produits étrangers. Incontestablement, avant le traité de commerce du 23 janvier 1860, quand la France était débitrice de l’Angleterre. pour une grosse somme, elle se serait acquittée, en partie au moins, par l’expédition de ses vins, si ceux-ci n’eussent été frappés de lourds droits par la douane anglaise. Quand c’était l’Angleterre qui devait à la France, elle aurait eu de même beaucoup plus de facilité à payer autrement qu’en métaux précieux, si ses fils communs de coton, ses tissus de coton et de laine, sa faïence, sa quincaillerie, n’eussent été écartés de notre marché par la prohibition absolue, et si ses aciers, ses fers, la plupart de ses machines, n'eussent été de même sous le coup de droits que leur élévation rendait prohibitifs.
Il y a des pays qui, d’une manière générale et permanente, exportent de l’un ou de l’autre des métaux précieux beaucoup plus qu’ils n’en importent : ce sont les pays qui en offrent des mines. 11 en est d’autres qui en importent constamment des quantités assez fortes, trèsfortes quelquefois, et qui n’en réexpédient que de petites quantités. Ce sont ceux qui, tels que l’Inde, paraissent en avoir peu de mines et qui. tandis qu’ils ont des productions recherchées au dehors, ne sont encore que médiocrement désireux des produits du sol ou de l’industrie des autres (1). Telle était encore la Chine avant qu’on eût imaginé de lui apporter de l’opium. Les pays barbaresques, où l’argent surtout est extrêmement recherché comme une richesse qu’on peut enfouir et dérober aux regards
(I) Au sujet de l’importation des produits européens dans l'Inde, voie plus haut section X, chap. V, et spécialement pages 422, 423.
COURS D’ÉCONOMIU POLITIQUE.
de cliel's avides et sans scrupules, forment une catégorie distincte, qui a aussi ce caractère qu’on y importe des mélau.x précieux, sans en retirer dans une proportion appréciable.
Les pays les plus civilisés, la France et l’Angleterre, par exemple, offrent les deux mouvements bien dessinés, celui de l’importation et celui de l’exportation. Mais il est à remarquer que, dans cette classe d’Élats, si l’on envisage les deux métaux ensemble, l’importation dépasse l’exportation presque régulièrement chaque année. C’est que dans ces pays les affaires s’étendent et se multiplient et la richesse grandit. L’extension et la multiplication des atfaires nécessitent le développement de rinstrunieut des échanges, c’est-à-dire plus de monnaie. Le progrès de la richesse détermine celui du luxe, qui emploie l’or et l’argent comme des matières premières. Enfin il y a une certaine quantité d’or et d’argent qui se perd : ce sont les dorures qui disparaissent, l’argenture qui se dissipe petit à petit ; c’est la déperdition de métal qu’entraînent la circulation de la monnaie, l’usage de la vaisselle, des ustensiles et des bijoux.
Les relevés de la douane ne font peut-être pas connaître très-exactement l’entrée et la sortie des métaux précieux. Il paraît que, pour ces matières, il y a un certain nombre de déclarations incomplètes, et les relevés de la douane ne constatent pas ce que les voyageurs portent avec eux. Ces relevés sont cependant les seuls documents qui, dans la plupart des cas, puissent faire connaître, au moins approximativement, les quantités entrées ou sorties. Ils constatent ce que nous venons de dire, que les grands États civilisés, tels que la France et l’Angleterre, reçoivent, à peu près régulièrement, plus de métaux précieux qu’ils n’en rendent.
Ainsi, depuis 1827 jusqu’au 31 décembre 1864, la France aurait reçu et livré, d’après les relevés de la douane, en monnaies ou en lingots, les qiianlilés suivantes :
Entrées 12,706,233,000 fr.
Sorties 8,196,270,000 n
Excédant des importations. . 4,609,96 >,000 fr.
Cet excédant serait un peu plus considérable, si l’on tenait compte de l’orfèvrerie et de la bijouterie, des cendres et régrets d’orfévre et des autres matières argentifères ou aurifères. 11 irait alors à 4,842,062,000 francs (1).
En thèse générale, l’accroissement de l’approvisionnement d’un grand État en métaux précieux se manifeste à la fois pour l’or et pour l’argent. Néanmoins des circonstances accidentelles peuvent faire que, pendant un temps, il y ait, pour l’un des deux, un redoublement de la sortie , qui soit compensé par un redoublement de l’entrée de l’autre. C’est ainsi qu’en France, dans les années qui ont suivi la découverte des mines d’or de la Californie et de l’Australie, il y a eu une immense sortie
(1) C'est ce qui résulte des relevés suivants :
IMPOnXATION'S
Or et argent 2,706,235,692 fr.
Billon et platine 33,303,542 »
Cendres et regrets d’orfévres 698,572,841 »
Or et argent laminés, filés et en minerais. 17,405,743 »
Orfèvrerie et bijouterie 9,543,395 »
Total des importations 13,485,063,213 fr.
tll. 44
d’argent, mais elle a été plus que balancée par le surplus d’or qui est entré (1).